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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Le Monde comme il va, vision de Babouc

V >> Voltaire >> Le Monde comme il va, vision de Babouc

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[15] Tel est le texte de 1748 et de toutes les autres editions.
Mais l'edition de 1750, que j'aurais peut-etre du suivre, porte:

<<... par-derriere. Il est evident que le monde va finir: ne
pourriez-vous point, avant cette belle epoque, nous proteger contre
le grand-lama?--Quel galimatias, dit Babouc, contre le grand-lama?
contre ce pontife-roi qui reside au Thibet?--Oui, dit le petit
demi-mage avec un air opiniatre, contre lui-meme.--Vous lui faites
donc la guerre, vous avez donc des armees? dit Babouc.--Non, dit
l'autre, mais nous avons ecrit contre lui trois on quatre mille gros
livres qu'on ne lit point, et autant de brochures, que nous fesons
lire par des femmes: a peine a-t-il entendu, etc.>> B.



VIII. Retire chez lui, il envoya chercher des livres nouveaux pour
adoucir son chagrin, et il pria quelques lettres a diner pour se
rejouir. Il en vint deux fois plus qu'il n'en avait demande, comme
les guepes que le miel attire. Ces parasites se pressaient de manger
et de parler; ils louaient deux sortes de personnes, les morts et
eux-memes, et jamais leurs contemporains, excepte le maitre de la
maison. Si quelqu'un d'eux disait un bon mot, les autres baissaient
les yeux et se mordaient les levres de douleur de ne l'avoir pas dit.
Ils avaient moins de dissimulation que les mages, parcequ'ils
n'avaient pas de si grands objets d'ambition. Chacun d'eux briguait
une place de valet et une reputation de grand homme; ils se disaient
en face des choses insultantes, qu'ils croyaient des traits d'esprit.
[16]Ils avaient eu quelque connaissance de la mission de Babouc. L'un
d'eux le pria tout bas d'exterminer un auteur qui ne l'avait pas assez
loue il y avait cinq ans; un autre demanda la perte d'un citoyen qui
n'avait jamais ri a ses comedies; un troisieme demanda l'extinction de
l'academie, parcequ'il n'avait jamais pu parvenir a y etre admis. Le
repas fini, chacun d'eux s'en alla seul, car il n'y avait pas dans
toute la troupe deux hommes qui pussent se souffrir, ni meme se parler
ailleurs que chez les riches qui les invitaient a leur table. Babouc
jugea qu'il n'y aurait pas grand mal quand cette vermine perirait dans
la destruction generale.

[16] Cette phrase et la suivante furent ajoutees en 1756. Les
editions de 1748 et 1750 portent: < etc.>> B.



IX. Des qu'il se fut defait d'eux, il se mit a lire quelques livres
nouveaux. Il y reconnut l'esprit de ses convives. Il vit surtout
avec indignation ces gazettes de la medisance, ces archives du mauvais
gout, que l'envie, la bassesse et la faim ont dictees; ces laches
satires ou l'on menage le vautour, et ou l'on dechire la colombe; ces
romans denues d'imagination, ou l'on voit tant de portraits de femmes
que l'auteur ne connait pas.

Il jeta au feu tous ces detestables ecrits, et sortit pour aller le
soir a la promenade. On le presenta a un vieux lettre qui n'etait
point venu grossir le nombre de ses parasites. Ce lettre fuyait
toujours la foule, connaissait les hommes, en fesait usage, et se
communiquait avec discretion. Babouc lui parla avec douleur de ce
qu'il avait lu et de ce qu'il avait vu.

Vous avez lu des choses bien meprisables, lui dit le sage lettre; mais
dans tous les temps, dans tous les pays, et dans tous les genres, le
mauvais fourmille, et le bon est rare. Vous avez recu chez vous le
rebut de la pedanterie, parceque, dans toutes les professions, ce
qu'il y a de plus indigne de paraitre est toujours ce qui se presente
avec le plus d'impudence. Les veritables sages vivent entre eux
retires et tranquilles; il y a encore parmi nous des hommes et des
livres dignes de votre attention. Dans le temps qu'il parlait ainsi,
un autre lettre les joignit; leurs discours furent si agreables et si
instructifs, si eleves au-dessus des prejuges et si conformes a la
vertu, que Babouc avoua n'avoir jamais rien entendu de pareil. Voila
des hommes, disait-il tout bas, a qui l'ange Ituriel n'osera toucher,
ou il sera bien impitoyable.

Raccommode avec les lettres, il etait toujours en colere contre le
reste de la nation. Vous etes etranger, lui dit l'homme judicieux qui
lui parlait; les abus se presentent a vos yeux en foule, et le bien
qui est cache, et qui resulte quelquefois de ces abus memes, vous
echappe.[17] Alors il apprit que parmi les lettres il y en avait
quelques uns qui n'etaient pas envieux, et que parmi les mages meme il
y en avait de vertueux. Il concut a la fin que ces grands corps, qui
semblaient en se choquant preparer leurs communes ruines, etaient au
fond des institutions salutaires; que chaque societe de mages etait un
frein a ses rivales; que si ces emules differaient dans quelques
opinions, ils enseignaient tous la meme morale, qu'ils instruisaient
le peuple, et qu'ils vivaient soumis aux lois; semblables aux
precepteurs qui veillent sur le fils de la maison, tandis que le
maitre veille sur eux-memes. Il en pratiqua plusieurs, et vit des
ames celestes. Il apprit meme que parmi les fous [18] qui
pretendaient faire la guerre au grand-lama, il y avait eu de tres
grands hommes. Il soupconna enfin qu'il pourrait bien en etre des
moeurs de Persepolis comme des edifices, dont les uns lui avaient paru
dignes de pitie, et les autres l'avaient ravi en admiration.

[17] Ce texte est de 1751. Dans les editions de 1748 et 1750, on
lit: <<...vous echappe. Alors ils le menerent chez le principal
mage, qu'on appelait le surveillant, Babouc vit dans ce mage un
homme digne d'etre a la tete des justes; il sut qu'il y en avait
beaucoup qui lui ressemblaient. Il concut meme que ces grands corps,
etc.>>

Le mot eveque, en latin _episcopus_, vient du grec _episcopos_, qui
veut dire inspecteur. En 1748 et 1750 l'archeveque de Paris etait
Christophe de Beaumont, alors recemment nomme, mais qui se rendit
bientot _ridicule et odieux a tout Paris_ (voyez tome XXII, page
339). Beaumont, vingt-cinq ans apres, ne permit pas qu'a la mort
de Voltaire on fit le service d'usage jusque-la pour chaque membre
de l'academie francaise. B.

[18] Les jansenistes. B.



X. Il dit a son lettre: Je concois tres bien que ces mages, que
j'avais crus si dangereux, sont en effet tres utiles, surtout quand un
gouvernement sage les empeche de se rendre trop necessaires; mais vous
m'avouerez au moins que vos jeunes magistrats, qui achetent une charge
de juge des qu'ils ont appris a monter a cheval, doivent etaler dans
les[19] tribunaux tout ce que l'impertinence a de plus ridicule, et
tout ce que l'iniquite a de plus pervers; il vaudrait mieux sans doute
donner ces places gratuitement a ces vieux jurisconsultes qui ont
passe toute leur vie a peser le pour et le contre.

[19] L'edition de 1750 porte: leurs. B.

Le lettre lui repliqua: Vous avez vu notre armee avant d'arriver a
Persepolis; vous savez que nos jeunes officiers se battent tres bien,
quoiqu'ils aient achete leurs charges: peut-etre verrez-vous que nos
jeunes magistrats ne jugent pas mal, quoiqu'ils aient paye pour juger.

Il le mena le lendemain au grand tribunal, ou l'on devait rendre un
arret important. La cause etait connue de tout le monde. Tous ces
vieux avocats qui en parlaient etaient flottants dans leurs opinions;
ils alleguaient cent lois, dont aucune n'etait applicable au fond de
la question; ils regardaient l'affaire par cent cotes, dont aucun
n'etait dans son vrai jour: les juges deciderent plus vite que les
avocats ne douterent. Leur jugement fut presque unanime; ils jugerent
bien, parcequ'ils suivaient les lumieres de la raison; et les autres
avaient opine mal, parcequ'ils n'avaient consulte que leurs livres.


Babouc conclut qu'il y avait souvent de tres bonnes choses dans les
abus. Il vit des le jour meme que les richesses des financiers, qui
l'avaient tant revolte, pouvaient produire un effet excellent, car
l'empereur ayant eu besoin d'argent, il trouva en une heure, par leur
moyen, ce qu'il n'aurait pas eu en six mois par les voies ordinaires;
il vit que ces gros nuages, enfles de la rosee de la terre, lui
rendaient en pluie ce qu'ils en recevaient[20]. D'ailleurs les
enfants de ces hommes nouveaux, souvent mieux eleves que ceux des
familles plus anciennes, valaient quelquefois beaucoup mieux; car rien
n'empeche qu'on ne soit un bon juge, un brave guerrier, un homme
d'etat habile, quand on a eu un pere bon calculateur.

[20] Voyez daus les _Melanges_, annee 1749, le morceau intitule:
_Embellissements de Paris_. B.



XI. Insensiblement Babouc fesait grace a l'avidite du financier, qui
n'est pas au fond plus avide que les autres hommes, et qui est
necessaire[21]. Il excusait la folie de se ruiner pour juger et pour
se battre, folie qui produit de grands magistrats et des heros. Il
pardonnait a l'envie des lettres, parmi lesquels il se trouvait des
hommes qui eclairaient le monde; il se reconciliait avec les mages
ambitieux et intrigants, chez lesquels il y avait plus de grandes
vertus encore que de petits vices; mais il lui restait bien des
griefs, et surtout les galanteries des dames; et les desolations qui
en devaient etre la suite le remplissaient d'inquietude et d'effroi.

[21] 1750 porte: <> B.

Comme il voulait penetrer dans toutes les conditions humaines, il se
fit mener chez un ministre; mais il tremblait toujours en chemin que
quelque femme ne fut assassinee en sa presence par son mari. Arrive
chez l'homme d'etat, il resta deux heures dans l'antichambre sans etre
annonce, et deux heures encore apres l'avoir ete. Il se promettait
bien dans cet intervalle de recommander a l'ange Ituriel et le
ministre et ses insolents huissiers. L'antichambre etait remplie de
dames de tout etage, de mages de toutes couleurs, de juges, de
marchands, d'officiers, de pedants; tous se plaignaient du ministre.
L'avare et l'usurier disaient: Sans doute cet homme-la pille les
provinces; le capricieux lui reprochait d'etre bizarre; le voluptueux
disait: Il ne songe qu'a ses plaisirs; l'intrigant se flattait de le
voir bientot perdu par une cabale; les femmes esperaient qu'on leur
donnerait bientot un ministre plus jeune.

Babouc entendait leurs discours; il ne put s'empecher de dire: Voila
un homme bien heureux, il a tous ses ennemis dans son antichambre; il
ecrase de son pouvoir ceux qui l'envient; il voit a ses pieds ceux qui
le detestent. Il entra enfin; il vit un petit vieillard courbe sous
le poids des annees et des affaires, mais encore vif et plein
d'esprit.[22]

[22] C'est le cardinal de Fleuri que Voltaire designe ici; il en
fait encore l'eloge dans le _Panegyrique de Louis XV_ (voyez les
_Melanges_, annee 1748). B.

Babouc lui plut, et il parut a Babouc un homme estimable. La
conversation devint interessante. Le ministre lui avoua qu'il etait
un homme tres malheureux, qu'il passait pour riche, et qu'il etait
pauvre; qu'on le croyait tout puissant, et qu'il etait toujours
contredit; qu'il n'avait guere oblige que des ingrats, et que dans un
travail continuel de quarante annees il avait eu a peine un moment de
consolation. Babouc en fut touche, et pensa que, si cet homme avait
fait des fautes, et si l'ange Ituriel voulait le punir, il ne fallait
pas l'exterminer, mais seulement lui laisser sa place.



XII. Tandis qu'il parlait au ministre entre brusquement la belle dame
chez qui Babouc avait dine; on voyait dans ses yeux et sur son front
les symptomes de la douleur et de la colere. Elle eclata en reproches
contre l'homme d'etat, elle versa des larmes; elle se plaignit avec
amertume de ce qu'on avait refuse a son mari une place ou sa naissance
lui permettait d'aspirer, et que ses services et ses blessures
meritaient; elle s'exprima avec tant de force, elle mit tant de graces
dans ses plaintes, elle detruisit les objections avec tant d'adresse,
elle fit valoir les raisons avec tant d'eloquence, qu'elle ne sortit
point de la chambre sans avoir fait la fortune de son mari.

Babouc lui donna la main: Est-il possible, madame, lui dit-il, que
vous vous soyez donne toute cette peine pour un homme que vous n'aimez
point, et dont vous avez tout a craindre? Un homme que je n'aime
point! s'ecria-t-elle: sachez que mon mari est le meilleur ami que
j'aie au monde, qu'il n'y a rien que je ne lui sacrifie, hors mon
amant; et qu'il ferait tout pour moi, hors de quitter sa maitresse.
Je veux vous la faire connaitre; c'est une femme charmante, pleine
d'esprit, et du meilleur caractere du monde; nous soupons ensemble ce
soir avec mon mari et mon petit mage; venez partager notre joie.

La dame mena Babouc chez elle. Le mari, qui etait enfin arrive plonge
dans la douleur, revit sa femme avec des transports d'allegresse et de
reconnaissance: il embrassait tour-a-tour sa femme, sa maitresse, le
petit mage, et Babouc. L'union, la gaiete, l'esprit, et les graces,
furent l'ame de ce repas. Apprenez, lui dit la belle dame chez
laquelle il soupait, que celles qu'on appelle quelquefois de
malhonnetes femmes ont presque toujours le merite d'un tres honnete
homme; et pour vous en convaincre, venez demain diner avec moi chez la
belle Teone[23]. Il y a quelques vieilles vestales qui la dechirent;
mais elle fait plus de bien qu'elles toutes ensemble. Elle ne
commettrait pas une legere injustice pour le plus grand interet; elle
ne donne a son amant que des conseils genereux; elle n'est occupee que
de sa gloire: il rougirait devant elle, s'il avait laisse echapper une
occasion de faire du bien; car rien n'encourage plus aux actions
vertueuses que d'avoir pour temoin et pour juge de sa conduite une
maitresse dont on veut meriter l'estime.

[23] On a pretendu que sous le nom de Teone Voltaire designait
madame du Chatelet; ce serait plutot la marquise de Pompadour. B.


Babouc ne manqua pas au rendez-vous. Il vit une maison ou regnaient
tous les plaisirs. Teone regnait sur eux; elle savait parler a chacun
son langage. Son esprit naturel mettait a son aise celui des autres;
elle plaisait sans presque le vouloir; elle etait aussi aimable que
bienfesante; et, ce qui augmentait le prix de toutes ses bonnes
qualites, elle etait belle.

Babouc, tout Scythe et tout envoye qu'il etait d'un genie, s'apercut
que, s'il restait encore a Persepolis, il oublierait Ituriel pour
Teone. Il s'affectionnait a la ville, dont le peuple etait poli,
doux, et bienfesant, quoique leger, medisant, et plein de vanite. Il
craignait que Persepolis ne fut condamnee; il craignait meme le compte
qu'il allait rendre.


Voici comme il s'y prit pour rendre ce compte. Il fit faire par le
meilleur fondeur de la ville une petite statue composee de tous les
metaux, des terres et des pierres les plus precieuses et les plus
viles; il la porta a Ituriel: Casserez-vous, dit-il, cette jolie
statue, parceque tout n'y est pas or et diamants? Ituriel entendit a
demi-mot; il resolut de ne pas meme songer a corriger Persepolis, et
de laisser aller le monde comme il va; car, dit-il, si tout n'est pas
bien, tout est passable[24]. On laissa donc subsister Persepolis, et
Babouc fut bien loin de se plaindre, comme Jonas, qui se facha de ce
qu'on ne detruisait pas Ninive[25]. Mais quand on a ete trois jours
dans le corps d'une baleine, on n'est pas de si bonne humeur que quand
on a ete a l'opera, a la comedie, et qu'on a soupe en bonne compagnie.

[24] Fin du chapitre en 1748 et 1750. Le reste fut ajoute en 1756.
B.

[25] Voyez, dans la Bible, le chapitre IV de _Jonas_. B.










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