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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, vol. I

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, vol. I

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Messieurs, je viens de le dire, l'action de l'atmosphere qui agit sur
les montagnes se complique d'une multitude de phenomenes; il faut des
milliers d'annees a l'action atmospherique pour demolir une muraille
comme les Pyrenees, pour creer une ruine comme le cirque de Gavarnie,
ruine qui est en meme temps le plus merveilleux des edifices. Il faut
tres peu de temps aux flots de la mer pour degrader une cote; un
siecle ou deux suffisent, quelquefois moins de cinquante ans,
quelquefois un coup d'equinoxe. Il y a la destruction continue et la
destruction brusque.

Depuis l'embouchure de la Somme jusqu'a l'embouchure de la Seine, si
l'on voulait compter toutes les degradations quotidiennes qui ont
lieu, on serait effraye. Etretat s'ecroule sans cesse; le Bourgdault
avait deux villages il y a un siecle, le village du bord de la mer,
et le village du haut de la cote. Le premier a disparu, il n'existe
aujourd'hui que le village du haut de la cote. Il y avait une eglise,
l'eglise d'en bas, qu'on voyait encore il y a trente ans, seule et
debout au milieu des flots comme un navire echoue; un jour l'ouragan a
souffle, un coup de mer est venu, l'eglise a sombre. (_Mouvement._) Il
ne reste rien aujourd'hui de cette population de pecheurs, de ce petit
port si utile. Messieurs, vous ne l'ignorez pas, Dieppe s'encombre
tous les jours; vous savez que tous nos ports de la Manche sont dans
un etat grave, et pour ainsi dire atteints d'une maladie serieuse et
profonde.

Vous parlerai-je du Havre, dont l'etat doit vous preoccuper au plus
haut degre? J'insiste sur ce point; je sais que ce port n'a pas ete
mis dans la loi, je voudrais cependant qu'il fixat l'attention de M.
le ministre des travaux publics. Je prie la chambre de me permettre de
lui indiquer rapidement quels sont les phenomenes qui ameneront, dans
un temps assez prochain, la destruction de ce grand port, qui est a
l'Ocean ce que Marseille est a la Mediterranee. (_Parlez! parlez!_)

Messieurs, il y a quelques jours on discutait devant vous, avec une
remarquable lucidite de vues, la question de la marine; cette question
a ete traitee dans une autre enceinte avec une egale superiorite. La
puissance maritime d'une nation se fonde sur quatre elements: les
vaisseaux, les matelots, les colonies et les ports; je cite celui-ci
le dernier, quoiqu'il soit le premier. Eh bien, la question des
vaisseaux et des matelots a ete approfondie, la question des colonies
a ete effleuree; la question des ports n'a pas ete traitee, elle n'a
pas meme ete entrevue. Elle se presente aujourd'hui, c'est le moment
sinon de la traiter a fond, au moins de l'effleurer aussi. (_Oui!
oui!_)

C'est du gouvernement que doivent venir les grandes impulsions; mais
c'est des chambres, c'est de cette chambre en particulier, que doivent
venir les grandes indications. (_Tres bien!_)

Messieurs, je touche ici a un des plus grands interets de la France,
je prie la chambre de s'en penetrer. Je le repete et j'y insiste,
maintenir, consolider et ameliorer, au profit de notre marine
militaire et marchande, la configuration de notre littoral, voila le
but qu'on doit se proposer. (_Oui, tres bien!_) La loi actuelle n'a
qu'un defaut, ce n'est pas un manque d'urgence, c'est un manque de
grandeur. (_Sensation._)

Je voudrais que la loi fut un systeme, qu'elle fit partie d'un
ensemble, que le ministre nous l'eut presentee dans un grand but et
dans une grande vue, et qu'une foule de travaux importants, serieux,
considerables fussent entrepris dans ce but par la France. C'est la,
je le repete, un immense interet national. (_Vif assentiment._)

Voici, puisque la chambre semble m'encourager, ce qui me parait devoir
frapper son attention. Le courant de la Manche....

M. LE CHANCELIER.--J'invite l'orateur a se renfermer dans le projet en
discussion.

M. VICTOR HUGO.--Voici ce que j'aurai l'honneur de faire remarquer a
M. le chancelier. Une loi contient toujours deux points de vue, le
point de vue special et le point de vue general; le point de vue
special, vous venez de l'entendre traiter; le point de vue general, je
l'aborde.

Eh bien! lorsqu'une loi souleve des questions aussi graves, vous
voudriez que ces questions passassent devant la chambre sans etre
traitees, sans etre examinees par elle! (_Bruit._)

A l'heure qu'il est, la question d'urgence se discute; je crois qu'il
ne s'agit que de cette question, et c'est elle que je traite, je suis
donc dans la question. (_Plusieurs voix: Oui! oui!_) Je crois pouvoir
demontrer a cette noble chambre qu'il y a urgence pour cette loi,
parce qu'il y a urgence pour tout le littoral.

Maintenant si, au nombre des arguments dont je dois me servir,
je presente le fait d'une grande imminence, d'un peril demontre,
constate, evident pour tous, et en particulier pour M. le ministre des
travaux publics, il me semble que je puis, que je dois invoquer cette
grande urgence, signaler ce grand peril, et que si je puis reussir a
montrer qu'il y a la un serieux interet public, je n'aurai pas mal
employe le temps que la chambre aura bien voulu m'accorder. (_Adhesion
sur plusieurs bancs._)

Si la question d'ordre du jour s'oppose a ce que je continue un
developpement que je croyais utile, je prierai la chambre de vouloir
bien me reserver la parole au moment de la discussion de cette loi
(_Sans doute! sans doute!_), car je crois necessaire de dire a la
chambre certaines choses; mais dans ce moment-ci je ne parle que pour
soutenir l'urgence du projet de loi. J'approuve l'insistance de M. le
ministre des travaux publics; je l'appuie, je l'appuie energiquement.

Vous nous mettez en presence d'une petite loi; je la vote, je la vote
avec empressement; mais j'en provoque une grande.

Vous nous apportez des travaux partiels, je les approuve; mais je
voudrais des travaux d'ensemble.

J'insiste sur l'importance de la question. (_Parlez! parlez!_)

Messieurs, toute nation a la fois continentale et maritime comme la
France a toujours trois questions qui dominent toutes les autres, et
d'ou toutes les autres decoulent. De ces trois questions, la premiere,
la voici: ameliorer la condition de la population. Voici la seconde:
maintenir et defendre l'integrite du territoire. Voici la troisieme:
maintenir et consolider la configuration du littoral.

Maintenir le territoire, c'est-a-dire surveiller l'etranger.
Consolider le littoral, c'est-a-dire surveiller l'ocean.

Ainsi, trois questions de premier ordre: le peuple, le territoire,
le littoral. De ces trois questions, les deux premieres apparaissent
frequemment sous toutes les formes dans les deliberations des
assemblees. Lorsque l'imprevoyance des hommes les retire de l'ordre
du jour, la force des choses les y remet. La troisieme question, le
littoral, semble preoccuper moins vivement les corps deliberants.
Est-elle plus obscure que les deux autres? Elle se complique, a la
verite, d'un element politique et d'un element geologique, elle exige
de certaines etudes speciales; cependant elle est, comme les deux
autres, un serieux interet public.

Chaque fois que cette question du littoral, du littoral de la France
en particulier, se presente a l'esprit, voici ce qu'elle offre de
grave et d'inquietant: la degradation de nos dunes et de nos falaises,
la ruine des populations riveraines, l'encombrement de nos ports,
l'ensablement des embouchures de nos fleuves, la creation des barres
et des traverses, qui rendent la navigation si difficile, la frequence
des sinistres, la diminution de la marine militaire et de la marine
marchande; enfin, messieurs, notre cote de France, nue et desarmee,
en presence de la cote d'Angleterre, armee, gardee et formidable!
(_Emotion_.)

Vous le voyez, messieurs, vous le sentez, et ce mouvement de la
chambre me le prouve, cette question a de la grandeur, elle est digne
d'occuper au plus haut point cette noble assemblee.

Ce n'est pas cependant a la derniere heure d'une session, a la
derniere heure d'une legislature, qu'un pareil sujet peut etre aborde
dans tous ses details, examine dans toute son etendue. On n'explore
pas au dernier moment un si vaste horizon, qui nous apparait tout
a coup. Je me bornerai a un coup d'oeil. Je me bornerai a quelques
considerations generales pour fixer l'attention de la chambre,
l'attention de M. le ministre des travaux publics, l'attention du
pays, s'il est possible. Notre but, aujourd'hui, mon but a moi, le
voici en deux, mots; je l'ai dit en commencant: voter une petite loi,
et en ebaucher une grande.

Messieurs les pairs, il ne faut pas se dissimuler que l'etat du
littoral de la France est en general alarmant; le littoral de la
France est entame sur un tres grand nombre de points, menace sur
presque tous. Je pourrais citer des faits nombreux, je me bornerai
a un seul; un fait sur lequel j'ai commence a appeler vos regards a
l'une des precedentes seances; un fait d'une gravite considerable,
et qui fera comprendre par un seul exemple de quelle nature sont les
phenomenes qui menacent de ruiner une partie de nos ports et de
deformer la configuration des cotes de France.

Ici, messieurs, je reclame beaucoup d'attention et un peu de
bienveillance, car j'entreprends une chose tres difficile;
j'entreprends d'expliquer a la chambre en peu de mots, et en le
depouillant des termes techniques, un phenomene a l'explication duquel
la science depense des volumes. Je serai court et je tacherai d'etre
clair.

Vous connaissez tous plus ou moins vaguement la situation grave du
Havre; vous rendez-vous tous bien compte du phenomene qui produit
cette situation, et de ce qu'est cette situation? Je vais tacher de le
faire comprendre a la chambre.

Les courants de la Manche s'appuient sur la grande falaise de
Normandie, la battent, la minent, la degradent perpetuellement; cette
colossale demolition tombe dans le flot, le flot s'en empare et
l'emporte; le courant de l'Ocean longe la cote en charriant cette
enorme quantite de matieres, toute la ruine de la falaise; chemin
faisant, il rencontre le Treport, Saint-Valery-en-Caux, Fecamp,
Dieppe, Etretat, tous vos ports de la Manche, grands et petits, il
les encombre et passe outre. Arrive au cap de la Heve, le courant
rencontre, quoi? la Seine qui debouche dans la mer. Voila deux forces
en presence, le fleuve qui descend, la mer qui passe et qui monte.

Comment ces deux forces vont-elles se comporter? Une lutte s'engage;
la premiere chose que font ces deux courants qui luttent, c'est de
deposer les fardeaux qu'ils apportent; le fleuve depose ses alluvions,
le courant depose les ruines de la cote. Ce depot se fait, ou?
Precisement a l'endroit ou la providence a place le Havre-de-Grace.

Ce phenomene a depuis longtemps eveille la sollicitude des divers
gouvernements qui se sont succede en France. En 1784 un sondage a ete
ordonne, et execute par l'ingenieur Degaule. Cinquante ans plus tard,
en 1834, un autre sondage a ete execute par les ingenieurs de l'etat.
Les cartes speciales de ces deux sondages existent, on peut les
confronter. Voici ce que ces deux cartes demontrent. (_Attention
marquee_.)

A l'endroit precis ou les deux courants se rencontrent, devant le
Havre meme, sous cette mer qui ne dit rien au regard, un immense
edifice se batit, une construction invisible, sous-marine, une sorte
de cirque gigantesque qui s'accroit tous les jours, et qui enveloppe
et enferme silencieusement le port du Havre. En cinquante ans, cet
edifice s'est accru d'une hauteur deja considerable. En cinquante ans!
Et a l'heure ou nous sommes, on peut entrevoir le jour ou ce cirque
sera ferme, ou il apparaitra tout entier a la surface de la mer, et
ce jour-la, messieurs, le plus grand port commercial de la France, le
port du Havre n'existera plus. (_Mouvement_.)

Notez ceci: dans ce meme lieu quatre ports ont existe et ont disparu,
Granville, Sainte-Adresse, Harfleur, et un quatrieme, dont le nom
m'echappe en ce moment.

Oui, j'appelle sur ce point votre attention, je dis plus, votre
inquietude. Dans un temps donne le Havre est perdu, si le
gouvernement, si la science ne trouvent pas un moyen d'arreter dans
leur operation redoutable et mysterieuse ces deux infatigables
ouvriers qui ne dorment pas, qui ne se reposent pas, qui travaillent
nuit et jour, le fleuve et l'ocean!

Messieurs, ce phenomene alarmant se reproduit dans des proportions
differentes sur beaucoup de points de notre littoral. Je pourrais
citer d'autres exemples, je me borne a celui-ci. Que pourrais-je vous
citer de plus frappant qu'un si grand port en proie a un si grand
danger?

Lorsqu'on examine l'ensemble des causes qui amenent la degradation de
notre littoral ...--Je demande pardon a la chambre d'introduire ici
une parenthese, mais j'ai besoin de lui dire que je ne suis pas
absolument etranger a cette matiere. J'ai fait dans mon enfance,
etant destine a l'ecole polytechnique, les etudes preliminaires; j'ai
depuis, a diverses reprises, passe beaucoup de temps au bord de la
mer; j'ai de plus, pendant plusieurs annees, parcouru tout notre
littoral de l'Ocean et de la Mediterranee, en etudiant, avec le
profond interet qu'eveillent en moi les interets de la France et
les choses de la nature, la question qui vous est, a cette heure,
partiellement soumise.

Je reprends maintenant.

Ce phenomene, que je viens de tacher d'expliquer a la chambre, ce
phenomene qui menace le port du Havre, qui, dans un temps donne,
enlevera a la France ce grand port, son principal port sur la Manche,
ce phenomene se produit aussi, je le repete, sous diverses formes, sur
divers points du littoral.

Le choc de la vague! au milieu de tout ce desordre de causes melees,
de toute cette complication, voila un fait plein d'unite, un fait
qu'on peut saisir; la science a essaye de le faire.

Amortissez, detruisez le choc de la vague, vous sauvez la
configuration du littoral.

C'est la un vaste probleme digne de rencontrer une magnifique
solution.

Et d'abord, qu'est-ce que le choc de la vague? Messieurs, l'agitation
de la vague est un fait superficiel, la cloche a plongeur l'a prouve,
la science l'a reconnu. Le fond de la mer est toujours tranquille.
Dans les redoutables ouragans de l'equinoxe, vous avez a la surface la
plus violente tempete, a trois toises au-dessous du flot, le calme le
plus profond.

Ensuite, qu'est-ce que la force de la vague? La force de la vague se
compose de sa masse. Divisez la masse, vous n'avez plus qu'une immense
pluie; la force s'evanouit.

Partant de ces deux faits capitaux, l'agitation superficielle, la
force dans la masse, un anglais, d'autres disent un francais, a pense
qu'il suffirait, pour briser le choc de la vague, de lui opposer, a
la surface de la mer, un obstacle a claire-voie, a la fois fixe et
flottant. De la l'invention du brise-lame du capitaine Taylor, car,
dans mon impartialite, je crois et je dois le dire, que l'inventeur
est anglais. Ce brise-lame n'est autre chose qu'une carcasse de
navire, une sorte de corbeille de charpente qui flotte a la surface
du flot, retenue au fond de la mer par un ancrage puissant. La vague
vient, rencontre cet appareil, le traverse, s'y divise, et la force se
disperse avec l'ecume.

Vous le voyez, messieurs, si la pratique est d'accord avec la theorie,
le probleme est bien pres d'etre resolu. Vous pouvez arreter la
degradation de vos cotes. Le choc de la vague est le danger, le
brise-lame serait le remede.

Messieurs les pairs, je n'ai aucune competence ni aucune pretention
pour decider de l'excellence de cette invention; mais je rends ici un
veritable, un sincere hommage a M. le ministre des travaux publics
qui a provoque dans un port de France une experience considerable du
brise-lame flottant. Cette experience a eu lieu a la Ciotat. M. le
ministre des travaux publics a autorise au port de la Ciotat, port
ouvert aux vents du sud-est qui viennent y briser les navires
jusque sur le quai, il a autorise dans ce port la construction d'un
brise-lame flottant a huit sections.

L'experience parait avoir reussi. D'autres essais ont ete faits en
Angleterre, et, sans qu'on puisse rien affirmer encore d'une facon
decisive, voici ce qui s'est produit jusqu'a ce jour. Toutes les fois
qu'un brise-lame flottant est installe dans un port, dans une localite
quelconque, meme en pleine mer, si l'on examine dans les gros temps de
quelle facon la mer se comporte aupres de ce brise-lame, la tempete
est au dela, le calme est en deca.

Le probleme du choc de la vague est donc bien pres d'etre resolu.
Feconder l'invention du brise-lame, la perfectionner, voila, a mon
sens, un grand interet public que je recommande au gouvernement.

Je ne veux pas abuser de l'attention si bienveillante de l'assemblee
(_Parlez! tout ceci est nouveau!_), je ne veux pas entrer dans des
considerations plus etendues encore auxquelles donnerait lieu le
projet de loi. Je ferai remarquer seulement, et j'appelle sur ce point
encore l'attention de M. le ministre des travaux publics, qu'une
grande partie de notre littoral est depourvue de ports de refuge. Vous
savez ce que c'est que le golfe de Gascogne, c'est un lieu redoutable,
c'est une sorte de fond de cuve ou s'accumulent, sous la pression
colossale des vagues, tous les sables arraches depuis le pole au
littoral europeen. Eh bien, le golfe de Gascogne n'a pas un seul port
de refuge. La cote de la Mediterranee n'en a que deux, Bouc et Cette.
Le port de Cette a perdu une grande partie de son efficacite par
l'etablissement d'un brise-lame en maconnerie qui, en retrecissant
la passe, a rendu l'entree extremement difficile. M. le ministre des
travaux publics le sait comme moi et le reconnait. Il serait possible
d'etablir a Agde un port de refuge qui semble indique par la nature
elle-meme. Ceci est d'autant plus important que les sinistres abondent
dans ces parages. De 1836 a 1844, en sept ans, quatrevingt-douze
navires se sont perdus sur cette cote; un port de refuge les eut
sauves.

Voila donc les divers points sur lesquels j'appelle la sollicitude du
gouvernement: premierement, etudier dans son ensemble la question
du littoral que je n'ai pu qu'effleurer; deuxiemement, examiner le
systeme propose par M. Bernard Fortin, ingenieur de l'etat, pour
l'embouchure des fleuves et notamment pour le Havre; troisiemement,
etudier et generaliser l'application du brise-lame; quatriemement,
creer des ports de refuge.

Je voudrais qu'un bon sens ferme et ingenieux comme celui de
l'honorable M. Dumon s'appliquat a l'etude et a la solution de ces
diverses questions. Je voudrais qu'il nous fut presente a la session
prochaine un ensemble de mesures qui regulariserait toutes celles
qu'on a prises jusqu'a ce jour et a l'efficacite desquelles je
m'associe en grande partie. Je suis loin de meconnaitre tout ce qui a
ete fait, pourvu qu'on reconnaisse tout ce qui peut etre fait encore;
et pour ma part j'appuie le projet de loi. Une somme de cent cinquante
millions a ete depensee depuis dix ans dans le but d'ameliorer les
ports; cette somme aurait pu etre utilisee dans un systeme plus grand
et plus vaste; cependant cette depense a ete localement utile et a
obvie a de grands inconvenients, je suis loin de le nier. Mais ce
que je demande a M. le ministre des travaux publics, c'est l'examen
approfondi de toutes ces questions. Nous sommes en presence de deux
phenomenes contraires sur notre double littoral. Sur l'un, nous avons
l'Ocean qui s'avance; sur l'autre, la Mediterranee qui se retire. Deux
perils egalement graves. Sur la cote de l'Ocean, nos ports perissent
par l'encombrement; sur la cote de la Mediterranee, ils perissent par
l'atterrissement.

Je ne dirai plus qu'un mot, messieurs. La nature nous a fait des dons
magnifiques; elle nous a donne ce double littoral sur l'Ocean et sur
la Mediterranee. Elle nous a donne des rades nombreuses sur les deux
mers, des havres de commerce, des ports de guerre. Eh bien, il semble,
quand on examine certains phenomenes, qu'elle veuille nous les
retirer. C'est a nous de nous defendre, c'est a nous de lutter. Par
quels moyens? Par tous les moyens que l'art, que la science, que la
pensee, que l'industrie mettent a notre service. Ces moyens, je les
ignore, ce n'est pas moi qui peux utilement les indiquer; je ne peux
que provoquer, je ne peux que desirer un travail serieux sur la
matiere, une grande impulsion de l'etat. Mais ce que je sais, ce que
vous savez comme moi, ce que j'affirme, c'est que ces forces, ces
marees qui montent, ces fleuves qui descendent, ces forces qui
detruisent, peuvent aussi creer, reparer, feconder; elles enfantent le
desordre, mais, dans les vues eternelles de la providence, c'est pour
l'ordre qu'elles sont faites. Secondons ces grandes vues; peuple,
chambres, legislateurs, savants, penseurs, gouvernants, ayons sans
cesse presente a l'esprit cette haute et patriotique idee, fortifier,
fortifier dans tous les sens du mot, le littoral de la France, le
fortifier contre l'Angleterre, le fortifier contre l'Ocean! Dans ce
grand but, stimulons l'esprit de decouverte et de nouveaute, qui est
comme l'ame de notre epoque. C'est la la mission d'un peuple comme la
France. Dans ce monde, c'est la mission de l'homme lui-meme, Dieu l'a
voulu ainsi; partout ou il y a une force, il faut qu'il y ait une
intelligence pour la dompter. La lutte de l'intelligence humaine avec
les forces aveugles de la matiere est le plus beau spectacle de la
nature; c'est par la que la creation se subordonne a la civilisation
et que l'oeuvre complete de la providence s'execute.

Je vote donc pour le projet de loi; mais je demande a M. le ministre
des travaux publics un examen approfondi de toutes les questions qu'il
souleve. Je demande que les points que je n'ai pu parcourir que tres
rapidement, j'en ai indique les motifs a la chambre, soient etudies
avec tous les moyens dont le gouvernement dispose, grace a la
centralisation. Je demande qu'a l'une des sessions prochaines un
travail general, un travail d'ensemble, soit apporte aux chambres.
Je demande que la question grave du littoral soit mise desormais a
l'ordre du jour pour les pouvoirs comme pour les esprits. Ce n'est pas
trop de toute l'intelligence de la France pour lutter contre toutes
les forces de la mer. (_Approbation sur tous les bancs_.)


III

LA FAMILLE BONAPARTE


[Note: Une petition de Jerome-Napoleon Bonaparte, ancien roi de
Westphalie, demandait aux chambres la rentree de sa famille en France,
M. Charles Dupin proposait le depot de cette petition au bureau des
renseignements; il disait dans son rapport: "C'est a la couronne qu'il
appartient de choisir le moment pour accorder, suivant le caractere et
les merites des personnes, les faveurs qu'une tolerance eclairee peut
conseiller; faveurs accordees plusieurs fois a plusieurs membres de
l'ancienne famille imperiale, et toujours avec l'assentiment de
la generosite nationale." La petition fut renvoyee au bur
des renseignements. Le soir de ce meme jour, 14 juin, le roi
Louis-Philippe, apres avoir pris connaissance du discours de M. Victor
Hugo, declara au marechal Soult, president du conseil des ministres,
qu'il entendait autoriser la famille Bonaparte a rentrer en France.
(_Note de l'editeur_.)]


14 juin 1847.

Messieurs les pairs, en presence d'une petition comme celle-ci, je le
declare sans hesiter, je suis du parti des exiles et des proscrits. Le
gouvernement de mon pays peut compter sur moi, toujours, partout, pour
l'aider et pour le servir dans toutes les occasions graves et dans
toutes les causes justes. Aujourd'hui meme, dans ce moment, je le
sers, je crois le servir du moins, en lui conseillant de prendre
une noble initiative, d'oser faire ce qu'aucun gouvernement, j'en
conviens, n'aurait fait avant l'epoque ou nous sommes, d'oser, en un
mot, etre magnanime et intelligent. Je lui fais cet honneur de le
croire assez fort pour cela.

D'ailleurs, laisser rentrer en France des princes bannis, ce serait de
la grandeur, et depuis quand cesse-t-on d'etre assez fort parce qu'on
est grand?

Oui, messieurs, je le dis hautement, dut la candeur de mes paroles
faire sourire ceux qui ne reconnaissent dans les choses humaines que
ce qu'ils appellent la necessite politique et la raison d'etat, a mon
sens, l'honneur de notre gouvernement de juillet, le triomphe de la
civilisation, la couronne de nos trente-deux annees de paix, ce serait
de rappeler purement et simplement dans leur pays, qui est le notre,
tous ces innocents illustres dont l'exil fait des pretendants et dont
l'air de la patrie ferait des citoyens. (_Tres bien! tres bien!_)

Messieurs, sans meme invoquer ici, comme l'a fait si dignement le
noble prince de la Moskowa, toutes les considerations speciales qui se
rattachent au passe militaire, si national et si brillant, du noble
petitionnaire, le frere d'armes de beaucoup d'entre vous, soldat apres
le 18 brumaire, general a Waterloo, roi dans l'intervalle, sans
meme invoquer, je le repete, toutes ces considerations pourtant si
decisives, ce n'est pas, disons-le, dans un temps comme le notre,
qu'il peut etre bon de maintenir les proscriptions et d'associer
indefiniment la loi aux violences du sort et aux reactions de la
destinee.

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