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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, vol. I

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, vol. I

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Ce droit de suffrage, qui, je crois l'avoir demontre, fait partie de
l'entite du citoyen, ce droit de suffrage sans lequel le citoyen n'est
pas, ce droit qui fait plus que le suivre, qui s'incorpore a lui, qui
respire dans sa poitrine, qui coule dans ses veines avec son sang, qui
va, vient et se meut avec lui, qui est libre avec lui, qui nait avec
lui pour ne mourir qu'avec lui, ce droit imperdable, essentiel,
personnel, vivant, sacre (_on rit a droite_), ce droit, qui est le
souffle, la chair et l'ame d'un homme, votre loi le prend a l'homme
et le transporte a quoi? A la chose inanimee, au logis, au tas de
pierres, au numero de la maison! Elle attache l'electeur a la glebe!
(_Bravos a gauche.--Murmures a droite._)

Je continue.

Elle entreprend, elle accomplit, comme la chose la plus simple du
monde, cette enormite, de faire supprimer par le mandataire le titre
du mandant. (_Mouvement._) Quoi encore? Elle chasse de la cite legale
des classes entieres de citoyens, elle proscrit en masse de certaines
professions liberales, les artistes dramatiques, par exemple, que
l'exercice de leur art contraint a changer de residence a peu pres
tous les ans.

A DROITE.--Les comediens dehors! Eh bien! tantmieux.

M. VICTOR HUGO.--Je constate, et le _Moniteur_ constatera que, lorsque
j'ai deplore l'exclusion d'une classe de citoyens digne entre toutes
d'estime et d'interet, de ce cote on a ri et on a dit: Tant mieux!

A DROITE.--Oui! oui!

M. TH. BAC.--C'est l'excommunication qui revient. Vos peres jetaient
les comediens hors de l'eglise, vous faites mieux, vous les jetez hors
de la societe. (_Tres bien! a gauche._)

A DROITE.--Oui! oui!

M. VICTOR HUGO.--Passons. Je continue l'examen de votre loi. Elle
assimile, elle identifie l'homme condamne pour delit commun et
l'ecrivain frappe pour delit de presse. (_A droite: Elle fait bien!_)
Elle les confond dans la meme indignite et dans la meme exclusion. (_A
droite: Elle a raison!_) De telle sorte que si Voltaire vivait, comme
le present systeme, qui cache sous un masque d'austerite transparente
son intolerance religieuse et son intolerance politique (_mouvement_),
ferait certainement condamner Voltaire pour offense a la morale
publique et religieuse.... (_A droite: Oui! oui! et l'on ferait tres
bien!...--M. Thiers et M. de Montalembert s'agitent sur leur banc._)

M. TH. BAC.--Et Beranger! il serait indigne!

AUTRES voix.--Et M. Michel Chevalier!

M. VICTOR HUGO.--Je n'ai voulu citer aucun vivant. J'ai pris un des
plus grands et des plus illustres noms qui soient parmi les peuples,
un nom qui est une gloire de la France, et je vous dis: Voltaire
tomberait sous votre loi, et vous auriez sur la liste des exclusions
et des indignites le repris de justice Voltaire. (_Long mouvement._)

A DROITE.--Et ce serait tres bien! (_Inexprimable agitation sur tous
les bancs._)

M. VICTOR HUGO _reprend_:--Ce serait tres bien, n'est-ce pas? Oui,
vous auriez sur vos listes d'exclus et d'indignes le repris de justice
Voltaire (_nouveau mouvement_), ce qui ferait grand plaisir a Loyola!
(_Applaudissements a gauche et longs eclats de rire._)

Que vous dirai-je? Cette loi construit, avec une adresse funeste, tout
un systeme de formalites et de delais qui entrainent des decheances.
Elle est pleine de pieges et de trappes ou se perdra le droit de trois
millions d'hommes! (_Vive sensation._) Messieurs, cette loi viole,
ceci resume tout, ce qui est anterieur et superieur a la constitution,
la souverainete de la nation. (_Oui! oui!_)

Contrairement au texte formel de l'article premier de cette
constitution, elle attribue a une fraction du peuple l'exercice de la
souverainete qui n'appartient qu'a l'universalite des citoyens, et
elle fait gouverner feodalement trois millions d'exclus par six
millions de privilegies. Elle institue des ilotes (_mouvement_),
fait monstrueux! Enfin, par une hypocrisie qui est en meme temps une
supreme ironie, et qui, du reste, complete admirablement l'ensemble
des sincerites regnantes, lesquelles appellent les proscriptions
romaines amnisties, et la servitude de l'enseignement liberte
(_Bravo!_), cette loi continue de donner a ce suffrage restreint, a
ce suffrage mutile, a ce suffrage privilegie, a ce suffrage des
domicilies, le nom de suffrage universel! Ainsi, ce que nous discutons
en ce moment, ce que je discute, moi, a cette tribune, c'est la loi du
suffrage universel! Messieurs, cette loi, je ne dirai pas, a Dieu ne
plaise! que c'est Tartuffe qui l'a faite, mais j'affirme que c'est
Escobar qui l'a baptisee. (_Vifs applaudissements et hilarite sur tous
les bancs._)

Eh bien! j'y insiste, avec toute cette complication de finesses, avec
tout cet enchevetrement de pieges, avec tout cet entassement de ruses,
avec tout cet echafaudage de combinaisons et d'expedients, savez-vous
si, par impossible, elle est jamais appliquee, quel sera le resultat
de cette loi? Neant. (_Sensation._)

Neant pour vous qui la faites. (_A droite: C'est notre affaire!_)

C'est que, comme je vous le disais tout a l'heure, votre projet de loi
est temeraire, violent, monstrueux, mais il est chetif. Rien n'egale
son audace, si ce n'est son impuissance. (_Oui! c'est vrai!_) Ah! s'il
ne faisait pas courir a la paix publique l'immense risque que je viens
de signaler a cette grande assemblee, je vous dirais: Mon Dieu! qu'on
le vote! il ne pourra rien et il ne fera rien. Les electeurs maintenus
vengeront les electeurs supprimes. La reaction aura recrute pour
l'opposition. Comptez-y. Le souverain mutile sera un souverain
indigne. (_Vive approbation a gauche._)

Allez, faites! retranchez trois millions d'electeurs, retranchez-en
quatre, retranchez-en huit millions sur neuf. Fort bien! Le resultat
sera le meme pour vous, sinon pire. (_Oui! oui!_) Ce que vous ne
retrancherez pas, ce sont vos fautes (_mouvement_); ce sont tous les
contre-sens de votre politique de compression; c'est votre incapacite
fatale (_rires au banc des ministres_); c'est votre ignorance du pays
actuel; c'est l'antipathie qu'il vous inspire et l'antipathie que vous
lui inspirez. (_Nouveau mouvement._) Ce que vous ne retrancherez pas,
c'est le temps qui marche, c'est l'heure qui sonne, c'est la terre qui
tourne, c'est le mouvement ascendant des idees, c'est la progression
decroissante des prejuges, c'est l'ecartement de plus en plus profond
entre le siecle et vous, entre les jeunes generations et vous, entre
l'esprit de liberte et vous, entre l'esprit de philosophie et vous.
(_Tres bien! tres bien!_)

Ce que vous ne retrancherez pas, c'est ce fait invincible, que,
pendant que vous allez d'un cote, la nation va de l'autre, que ce qui
est pour vous l'orient est pour elle le couchant, et que vous tournez
le dos a l'avenir, tandis que ce grand peuple de France, la face tout
inondee de lumiere par l'aube de l'humanite nouvelle qui se leve,
tourne le dos au passe! (_Explosion de bravos a gauche._)

Tenez, faites-en votre sacrifice! que cela vous plaise ou non, le
passe est le passe. (_Bravos._) Essayez de raccommoder ses vieux
essieux et ses vieilles roues, attelez-y dix-sept hommes d'etat si
vous voulez. (_Rire universel._) Dix-sept hommes d'etat de renfort!
(_Nouveaux rires prolonges._) Trainez-le au grand jour du temps
present, eh bien! quoi! ce sera toujours le passe! On verra mieux
sa decrepitude, voila tout. (_Rires et applaudissements a
gauche.--Murmures a droite._)

Je me resume et je finis.

Messieurs, cette loi est invalide, cette loi est nulle, cette loi
est morte meme avant d'etre nee. Et savez-vous ce qui la tue? C'est
qu'elle ment! (_Profonde sensation._) C'est qu'elle est hypocrite dans
le pays de la franchise, c'est qu'elle est deloyale dans le pays de
l'honnetete! C'est qu'elle n'est pas juste, c'est qu'elle n'est pas
vraie, c'est qu'elle cherche en vain a creer une fausse justice et une
fausse verite sociales! Il n'y a pas deux justices et deux verites.
Il n'y a qu'une justice, celle qui sort de la conscience, et il n'y a
qu'une verite, celle qui vient de Dieu! Hommes qui nous gouvernez,
savez-vous ce qui tue votre loi? C'est qu'au moment ou elle vient
furtivement derober le bulletin, voler la souverainete dans la poche
du faible et du pauvre, elle rencontre le regard severe, le regard
terrible de la probite nationale! lumiere foudroyante sous laquelle
votre oeuvre de tenebres s'evanouit. (_Mouvement prolonge._)

Tenez, prenez-en votre parti. Au fond de la conscience de
tout citoyen, du plus humble comme du plus grand, au fond de
l'ame--j'accepte vos expressions--du dernier mendiant, du dernier
vagabond, il y a un sentiment sublime, sacre, indestructible,
incorruptible, eternel, le droit! (_sensation_) ce sentiment, qui est
l'element de la raison de l'homme; ce sentiment, qui est le granit de
la conscience humaine; le droit, voila le rocher sur lequel viennent
echouer et se briser les iniquites, les hypocrisies, les mauvais
desseins, les mauvaises lois, les mauvais gouvernements! Voila
l'obstacle cache, invisible, obscurement perdu au plus profond des
esprits, mais incessamment present et debout, auquel vous vous
heurterez toujours, et que vous n'userez jamais, quoi que vous
fassiez! (_Non! non!_) Je vous le dis, vous perdez vos peines. Vous ne
le deracinerez pas! vous ne l'ebranlerez pas! Vous arracheriez
plutot l'ecueil du fond de la mer que le droit du coeur du peuple!
(_Acclamations a gauche._)

Je vote contre le projet de loi. (_La seance est suspendue au milieu
d'une inexprimable agitation._)


VII

REPLIQUE A M. DE MONTALEMBERT

23 mai 1850.

M. VICTOR HUGO.--Je demande la parole pour un fait personnel.
(_Mouvement._)

M. LE PRESIDENT.--M. Victor Hugo a la parole.

M. VICTOR HUGO, _a la tribune_. (_Profond silence._)

--Messieurs, dans des circonstances graves comme celles que nous
traversons, les questions personnelles ne sont bonnes, selon moi, qu'a
faire perdre du temps aux assemblees, et si trois honorables orateurs,
M. Jules de Lasteyrie, un deuxieme dont le nom m'echappe (_on rit
a gauche, tous les regards se portent sur M. Bechard_), et M. de
Montalembert, n'avaient pas tous les trois, l'un apres l'autre,
dirige contre moi, avec une persistance singuliere, la meme etrange
allegation, je ne serais certes pas monte a cette tribune.

J'y monte en ce moment pour n'y dire qu'un mot. Je laisse de cote
les attaques passionnees qui m'ont fait sourire. L'honorable general
Cavaignac a dit noblement hier qu'il dedaignait de certains eloges; je
dedaigne, moi, de certaines injures (_sensation_), et je vais purement
et simplement au fait.

L'honorable M. de Lasteyrie a dit, et les deux honorables orateurs ont
repete apres lui, avec des formes variees, que j'avais glorifie plus
d'un pouvoir, et que par consequent mes opinions etaient mobiles, et
que j'etais aujourd'hui en contradiction avec moi-meme.

Si mes honorables adversaires entendent faire allusion par la aux vers
royalistes, inspires du reste par le sentiment le plus candide et le
plus pur, que j'ai faits dans mon adolescence, dans mon enfance meme,
quelques-uns avant l'age de quinze ans, ce n'est qu'une puerilite,
et je n'y reponds pas. (_Mouvement._) Mais si c'est aux opinions de
l'homme qu'ils s'adressent, et non a celles de l'enfant (_Tres bien! a
gauche.--Rires a droite_), voici ma reponse (_Ecoutez! ecoutez!_):

Je vous livre a tous, a tous mes adversaires, soit dans cette
assemblee, soit hors de cette assemblee, je vous livre, depuis l'annee
1827, epoque ou j'ai eu age d'homme, je vous livre tout ce que j'ai
ecrit, vers ou prose; je vous livre tout ce que j'ai dit a toutes les
tribunes, non seulement a l'assemblee legislative, mais a l'assemblee
constituante, mais aux reunions electorales, mais a la tribune de
l'institut, mais a la tribune de la chambre des pairs. (_Mouvement._)

Je vous livre, depuis cette epoque, tout ce que j'ai ecrit partout ou
j'ai ecrit, tout ce que j'ai dit partout ou j'ai parle, je vous livre
tout, sans rien retenir, sans rien reserver, et je vous porte a tous,
du haut de cette tribune, le defi de trouver dans tout cela, dans ces
vingt-trois annees de l'ame, de la vie et de la conscience d'un homme,
toutes grandes ouvertes devant vous, une page, une ligne, un mot,
qui, sur quelque question de principes que ce soit, me mette en
contradiction avec ce que je dis et avec ce que je suis aujourd'hui!
(_Bravo! bravo!--Mouvement prolonge._)

Explorez, fouillez, cherchez, je vous ouvre tout, je vous livre tout;
imprimez mes anciennes opinions en regard de mes nouvelles, je vous en
defie. (_Nouveau mouvement._)

Si ce defi n'est pas releve, si vous reculez devant ce defi, je le dis
et je le declare une fois pour toutes, je ne repondrai plus a cette
nature d'attaques que par un profond dedain, et je les livrerai a la
conscience publique, qui est mon juge et le votre! (_Acclamations a
gauche._)

M. de Montalembert a dit,--en verite j'eprouve quelque pudeur a
repeter de telles paroles,--il a dit que j'avais flatte toutes les
causes et que je les avais toutes reniees. Je le somme de venir dire
ici quelles sont les causes que j'ai flattees et quelles sont les
causes que j'ai reniees.

Est-ce Charles X dont j'ai honore l'exil au moment de sa chute,
en 1830, et dont j'ai honore la tombe apres sa mort, en 1836?
(_Sensation._)

VOIX A DROITE.--Antithese!

M. VICTOR HUGO.--Est-ce madame la duchesse de Berry, dont j'ai fletri
le vendeur et condamne l'acheteur? (_Tous les yeux se tournent vers M.
Thiers._)

M. LE PRESIDENT, _s'adressant a la gauche_.--Maintenant, vous etes
satisfaits; faites silence. (_Exclamations a gauche._)

M. VICTOR HUGO.--Monsieur Dupin, vous n'avez pas dit cela a la droite
hier, quand elle applaudissait.

M. LE PRESIDENT.--Vous trouvez mauvais quand on rit, mais vous trouvez
bon quand on applaudit. L'un et l'autre sont contraires au reglement.
(_Les applaudissements de la gauche redoublent._)

M. DE LA MOSKOWA.--Monsieur le president, rappelez-vous le principe de
la libre defense des accuses.

M. VICTOR HUGO.--Je continue l'examen des causes que j'ai flattees et
que j'ai reniees.

Est-ce Napoleon, pour la famille duquel j'ai demande la rentree sur
le sol de la patrie, au sein de la chambre des pairs, contre des amis
actuels de M. de Montalembert, que je ne veux pas nommer, et qui, tout
couverts des bienfaits de l'empereur, levaient la main contre le nom
de l'empereur? (_Tous les regards cherchent M. de Montebello._)

Est-ce, enfin, madame la duchesse d'Orleans dont j'ai, l'un des
derniers, le dernier peut-etre, sur la place de la Bastille, le 24
fevrier, a deux heures de l'apres-midi, en presence de trente mille
hommes du peuple armes, proclame la regence, parce que je me souvenais
de mon serment de pair de France? (_Mouvement._) Messieurs, je suis en
effet un homme etrange, je n'ai prete dans ma vie qu'un serment, et je
l'ai tenu! (_Tres bien! tres bien!_)

Il est vrai que depuis que la republique est etablie, je n'ai pas
conspire contre la republique; est-ce la ce qu'on me reproche?
(_Applaudissements a gauche._) Messieurs, je dirai a l'honorable M. de
Montalembert: Dites donc quelles sont les causes que j'ai reniees; et,
quant a vous, je ne dirai pas quelles sont les causes que vous avez
flattees et que vous avez reniees, parce que je ne me sers pas
legerement de ces mots-la. Mais je vous dirai quels sont les drapeaux
que vous avez, tristement pour vous, abandonnes. Il y en a deux: le
drapeau de la Pologne et le drapeau de la liberte. (_A gauche: Tres
bien! tres bien!_)

M. JULES DE LASTEYRIE.--Le drapeau de la Pologne, nous l'avons
abandonne le 15 mai.

M. VICTOR HUGO.--Un dernier mot.

L'honorable M. de Montalembert m'a reproche hier amerement le crime
d'absence. Je lui reponds:--Oui, quand je serai epuise de fatigue par
une heure et demie de luttes contre MM. les interrupteurs ordinaires
de la majorite (_cris a droite_), qui recommencent, comme vous voyez!
(_Rires a gauche._)

Quand j'aurai la voix eteinte et brisee, quand je ne pourrai plus
prononcer une parole, et vous voyez que c'est a peine si je puis
parler aujourd'hui (_la voix de l'orateur est, en effet, visiblement
alteree_); quand je jugerai que ma presence muette n'est pas
necessaire a l'assemblee; surtout quand il ne s'agira que de luttes
personnelles, quand il ne s'agira que de vous et de moi, oui, monsieur
de Montalembert, je pourrai vous laisser la satisfaction de me
foudroyer a votre aise, moi absent, et je me reposerai pendant ce
temps-la.

(_Longs eclats de rire a gauche et applaudissements._) Oui, je pourrai
n'etre pas present! Mais attaquez, par votre politique, vous et le
parti clerical (_mouvement_), attaquez les nationalites opprimees,
la Hongrie suppliciee, l'Italie garrottee, Rome crucifiee (_profonde
sensation_); attaquez le genie de la France par votre loi
d'enseignement; attaquez le progres humain par votre loi de
deportation; attaquez le suffrage universel par votre loi de
mutilation; attaquez la souverainete du peuple, attaquez la
democratie, attaquez la liberte, et vous verrez, ces jours-la, si je
suis absent!

(_Explosion de bravos.--L'orateur, en descendant de la tribune, est
entoure d'une foule de membres qui le felicitent, et regagne sa place,
suivi par les applaudissements de toute la gauche.--La seance est un
moment suspendue._)


VIII

LA LIBERTE DE LA PRESSE


[Note: Depuis le 24 fevrier 1848, les journaux etaient affranchis de
l'impot du timbre.

Dans l'espoir de tuer, sous une loi d'impot, la presse republicaine,
M. Louis Bonaparte fit presenter a l'assemblee une loi fiscale, qui
retablissait le timbre sur les feuilles periodiques.

Une entente cordiale, scellee par la loi du 31 mai, regnait alors
entre le president de la republique et la majorite de la legislative.
La commission nommee par la droite donna un assentiment complet a la
loi proposee.

Sous l'apparence d'une simple disposition fiscale, le projet soulevait
la grande question de la liberte de la presse.

C'est l'epoque ou M. Rouher disait: _la catastrophe de Fevrier._
(_Note de l'editeur._)]


9 juillet 1850.

Messieurs, quoique les verites fondamentales, qui sont la base de toute
democratie, et en particulier de la grande democratie francaise, aient
recu le 31 mai dernier une grave atteinte, comme l'avenir n'est jamais
ferme, il est toujours temps de les rappeler a une assemblee legislative.
Ces verites, selon moi, les voici:

La souverainete du peuple, le suffrage universel, la liberte de la
presse, sont trois choses identiques, ou, pour mieux dire, c'est
la meme chose sous trois noms differents. A elles trois, elles
constituent notre droit public tout entier; la premiere en est le
principe, la seconde en est le mode, la troisieme en est le verbe. La
souverainete du peuple, c'est la nation a l'etat abstrait, c'est l'ame
du pays. Elle se manifeste sous deux formes; d'une main, elle ecrit,
c'est la liberte de la presse; de l'autre, elle vote, c'est le
suffrage universel.

Ces trois choses, ces trois faits, ces trois principes, lies d'une
solidarite essentielle, faisant chacun leur fonction, la souverainete
du peuple vivifiant, le suffrage universel gouvernant, la presse
eclairant, se confondent dans une etroite et indissoluble unite, et
cette unite, c'est la republique.

Et voyez comme toutes les verites se retrouvent et se rencontrent,
parce qu'ayant le meme point de depart elles ont necessairement le
meme point d'arrivee! La souverainete du peuple cree la liberte, le
suffrage universel cree l'egalite, la presse, qui l'ait le jour dans
les esprits, cree la fraternite. Partout ou ces trois principes,
souverainete du peuple, suffrage universel, liberte de la presse,
existent dans leur puissance et dans leur plenitude, la republique
existe, meme sous le mot monarchie. La, ou ces trois principes sont
amoindris dans leur developpement, opprimes dans leur action, meconnus
dans leur solidarite, contestes dans leur majeste, il y a monarchie ou
oligarchie, meme sous le mot republique.

Et c'est alors, comme rien n'est plus dans l'ordre, qu'on peut voir
ce phenomene monstrueux d'un gouvernement renie par ses propres
fonctionnaires. Or, d'etre renie a etre trahi il n'y a qu'un pas.

Et c'est alors que les plus fermes coeurs se prennent a douter des
revolutions, ces grands evenements maladroits qui font sortir de
l'ombre en meme temps de si hautes idees et de si petits hommes
(_applaudissements_) des revolutions, que nous proclamons des
bienfaits quand nous voyons leurs principes, mais qu'on peut,
certes, appeler des catastrophes quand on voit leurs ministres!
(_Acclamations_.)

Je reviens, messieurs, a ce que je disais.

Prenons-y garde et ne l'oublions jamais, nous legislateurs, ces trois
principes, peuple souverain, suffrage universel, presse libre, vivent
d'une vie commune. Aussi voyez comme ils se defendent reciproquement!
La Liberte de la presse est-elle en peril, le suffrage universel se
leve et la protege. Le suffrage universel est-il menace, la presse
accourt et le defend. Messieurs, toute atteinte a la liberte de la
presse, toute atteinte au suffrage universel est un attentat contre
la souverainete nationale. La liberte mutilee, c'est la souverainete
paralysee. La souverainete du peuple n'est pas, si elle ne peut agir
et si elle ne peut parler. Or, entraver le suffrage universel, c'est
lui oter l'action; entraver la liberte de la presse, c'est lui oter la
parole.

Eh bien, messieurs, la premiere moitie de cette entreprise redoutable
(_mouvement_) a ete faite le 31 mai dernier. On veut aujourd'hui faire
la seconde. Tel est le but de la loi proposee. C'est le proces de la
souverainete du peuple qui s'instruit, qui se poursuit et qu'on veut
mener a fin. (_Oui! oui! c'est cela!_) Il m'est impossible, pour ma
part, de ne pas avertir l'assemblee.

Messieurs, je l'avouerai, j'ai cru un moment que le cabinet
renoncerait a cette loi.

Il me semblait, en effet, que la liberte de la presse etait deja toute
livree au gouvernement. La jurisprudence aidant, on avait contre la
pensee tout un arsenal d'armes parfaitement inconstitutionnelles,
c'est vrai, mais parfaitement legales. Que pouvait-on desirer de plus
et de mieux? La liberte de la presse n'etait-elle pas saisie au collet
par des sergents de ville dans la personne du colporteur? traquee
dans la personne du crieur et de l'afficheur? mise a l'amende dans la
personne du vendeur? persecutee dans la personne du libraire?
destituee dans la personne de l'imprimeur? emprisonnee dans la
personne du gerant? Il ne lui manquait qu'une chose, malheureusement
notre siecle incroyant se refuse a ce genre de spectacles utiles,
c'etait d'etre brulee vive en place publique, sur un bon bucher
orthodoxe, dans la personne de l'ecrivain. (_Mouvement_.)

Mais cela pouvait venir. (_Rire approbatif a gauche_.)

Voyez, messieurs, ou nous en etions, et comme c'etait bien arrange! De
la loi des brevets d'imprimerie, sainement comprise, on faisait une
muraille entre le journaliste et l'imprimeur. Ecrivez votre journal,
soit; on ne l'imprimera pas. De la loi sur le colportage, dument
interpretee, on faisait une murailleentre le journal et le public.
Imprimez votre journal, soit; on ne le distribuera pas. (_Tres bien!_)

Entre ces deux murailles, double enceinte construite autour de la
pensee, on disait a la presse: Tu es libre! (_On rit_.) Ce qui
ajoutait aux satisfactions de l'arbitraire les joies de l'ironie.
(_Nouveaux rires_.)

Quelle admirable loi en particulier que cette loi des brevets
d'imprimeur! Les hommes opiniatres qui veulent absolument que les
constitutions aient un sens, qu'elles portent un fruit, et qu'elles
contiennent une logique quelconque, ces hommes-la se figuraient que
cette loi de 1814 etait virtuellement abolie par l'article 8 de la
constitution, qui proclame ou qui a l'air de proclamer la liberte de
la presse. Ils se disaient, avec Benjamin Constant, avec M. Eusebe
Salverte, avec M. Firmin Didot, avec l'honorable M. de Tracy, que
cette loi des brevets etait desormais un non-sens; que la liberte
d'ecrire, c'etait la liberte d'imprimer ou ce n'etait rien; qu'en
affranchissant la pensee, l'esprit de progres avait necessairement
affranchi du meme coup tous les procedes materiels dont elle se sert,
l'encrier dans le cabinet de l'ecrivain, la mecanique dans l'atelier
de l'imprimeur; que, sans cela, ce pretendu affranchissement de la
pensee serait une derision. Ils se disaient que toutes les manieres de
mettre l'encre en contact avec le papier appartiennent a la liberte;
que l'ecritoire et la presse, c'est la meme chose; que la presse,
apres tout, n'est que l'ecritoire elevee a sa plus haute puissance;
ils se disaient que la pensee a ete creee par Dieu pour s'envoler en
sortant du cerveau de l'homme, et que les presses ne font que lui
donner ce million d'ailes dont parle l'Ecriture. Dieu l'a faite aigle,

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