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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, vol. I

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, vol. I

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Je ne veux pas vous confier l'enseignement de la jeunesse, l'ame des
enfants, le developpement des intelligences neuves qui s'ouvrent a la
vie, l'esprit des generations nouvelles, c'est-a-dire l'avenir de la
France. Je ne veux pas vous confier l'avenir de la France, parce que
vous le confier, ce serait vous le livrer. (_Mouvement_.)

Il ne me suffit pas que les generations nouvelles nous succedent,
j'entends qu'elles nous continuent. Voila pourquoi je ne veux ni de
votre main, ni de votre souffle sur elles. Je ne veux pas que ce qui a
ete fait par nos peres soit defait par vous. Apres cette gloire, je ne
veux pas de cette honte. (_Mouvement prolonge_.)

Votre loi est une loi qui a un masque. (_Bravo!_)

Elle dit une chose et elle en ferait une autre. C'est une pensee
d'asservissement qui prend les allures de la liberte. C'est une
confiscation intitulee donation. Je n'en veux pas. (_Applaudissements
a gauche_.)

C'est votre habitude. Quand vous forgez une chaine, vous dites: Voici
une liberte! Quand vous faites une proscription, vous criez: Voila une
amnistie! (_Nouveaux applaudissements_.)

Ah! je ne vous confonds pas avec l'eglise, pas plus que je ne confonds
le gui avec le chene. Vous etes les parasites de l'eglise, vous etes
la maladie de l'eglise. (_On rit_.) Ignace est l'ennemi de Jesus.
(_Vive approbation a gauche_.) Vous etes, non les croyants, mais les
sectaires d'une religion que vous ne comprenez pas. Vous etes les
metteurs en scene de la saintete. Ne melez pas l'eglise a vos
affaires, a vos combinaisons, a vos strategies, a vos doctrines, a vos
ambitions. Ne l'appelez pas votre mere pour en faire votre servante.
(_Profonde sensation_.) Ne la tourmentez pas sous le pretexte de lui
apprendre la politique. Surtout ne l'identifiez pas avec vous. Voyez
le tort que vous lui faites. M. l'eveque de Langres vous l'a dit. (_On
rit_.)

Voyez comme elle deperit depuis qu'elle vous a! Vous vous faites si
peu aimer que vous finiriez par la faire hair! En verite, je vous
le dis (_on rit_), elle se passera fort bien de vous. Laissez-la en
repos. Quand vous n'y serez plus, on y reviendra. Laissez-la, cette
venerable eglise, cette venerable mere, dans sa solitude, dans son
abnegation, dans son humilite. Tout cela compose sa grandeur! Sa
solitude lui attirera la foule, son abnegation est sa puissance, son
humilite est sa majeste. (_Vive adhesion_.)

Vous parlez d'enseignement religieux! Savez-vous quel est le veritable
enseignement religieux, celui devant lequel il faut se prosterner,
celui qu'il ne faut pas troubler? C'est la soeur de charite au chevet
du mourant. C'est le frere de la Merci rachetant l'esclave. C'est
Vincent de Paul ramassant l'enfant trouve. C'est l'eveque de Marseille
au milieu des pestiferes. C'est l'archeveque de Paris abordant avec
un sourire ce formidable faubourg Saint-Antoine, levant son crucifix
au-dessus de la guerre civile, et s'inquietant peu de recevoir la
mort, pourvu qu'il apporte la paix. (_Bravo!_) Voila le veritable
enseignement religieux, l'enseignement religieux reel, profond,
efficace et populaire, celui qui, heureusement pour la religion et
l'humanite, fait encore plus de chretiens que vous n'en defaites!
(_Longs applaudissements a gauche_.)

Ah! nous vous connaissons! nous connaissons le parti clerical. C'est
un vieux parti qui a des etats de service. (_On rit._) C'est lui qui
monte la garde a la porte de l'orthodoxie. (_On rit._) C'est lui qui
a trouve pour la verite ces deux etais merveilleux, l'ignorance et
l'erreur. C'est lui qui fait defense a la science et au genie d'aller
au dela du missel et qui veut cloitrer la pensee dans le dogme. Tous
les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgre
lui. Son histoire est ecrite dans l'histoire du progres humain, mais
elle est ecrite au verso. (_Sensation._) Il s'est oppose a tout. (_On
rit_.)

C'est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que
les etoiles ne tomberaient pas. C'est lui qui a applique Campanella
vingt-sept fois a la question pour avoir affirme que le nombre des
mondes etait infini et entrevu le secret de la creation. C'est lui qui
a persecute Harvey pour avoir prouve que le sang circulait. De par
Josue, il a enferme Galilee; de par saint Paul, il a emprisonne
Christophe Colomb. (_Sensation._) Decouvrir la loi du ciel, c'etait
une impiete; trouver un monde, c'etait une heresie. C'est lui qui a
anathematise Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la
morale, Moliere au nom de la morale et de la religion. Oh! oui,
certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le parti catholique et
qui etes le parti clerical, nous vous connaissons. Voila longtemps
deja que la conscience humaine se revolte contre vous et vous demande:
Qu'est-ce que vous me voulez? Voila longtemps deja que vous essayez de
mettre un baillon a l'esprit humain. (_Acclamations a gauche_.)

Et vous voulez etre les maitres de l'enseignement! Et il n'y a pas un
poete, pas un ecrivain, pas un philosophe, pas un penseur, que vous
acceptiez! Et tout ce qui a ete ecrit, trouve, reve, deduit, illumine,
imagine, invente par les genies, le tresor de la civilisation,
l'heritage seculaire des generations, le patrimoine commun des
intelligences, vous le rejetez! Si le cerveau de l'humanite etait la
devant vos yeux, a votre discretion, ouvert comme la page d'un livre,
vous y feriez des ratures! (_Oui! oui!_) Convenez-en! (_Mouvement
prolonge_.)

Enfin, il y a un livre, un livre qui semble d'un bout a l'autre une
emanation superieure, un livre qui est pour l'univers ce que le koran
est pour l'islamisme, ce que les vedas sont pour l'Inde, un livre
qui contient toute la sagesse humaine eclairee par toute la sagesse
divine, un livre que la veneration des peuples appelle le Livre, la
Bible! Eh bien! votre censure a monte jusque-la! Chose inouie! des
papes ont proscrit la Bible! Quel etonnement pour les esprits sages,
quelle epouvante pour les coeurs simples, de voir l'index de Rome pose
sur le livre de Dieu! (_Vive adhesion a gauche._)

Et vous reclamez la liberte d'enseigner! Tenez, soyons sinceres,
entendons-nous sur la liberte que vous reclamez; c'est la liberte de
ne pas enseigner. (_Applaudissements a gauche.--Vives reclamations a
droite_.)

Ah! vous voulez qu'on vous donne des peuples a instruire! Fort
bien.--Voyons vos eleves. Voyons vos produits. (_On rit_.) Qu'est-ce
que vous avez fait de l'Italie? Qu'est-ce que vous avez fait de
l'Espagne? Depuis des siecles vous tenez dans vos mains, a votre
discretion, a votre ecole, sous votre ferule, ces deux grandes
nations, illustres parmi les plus illustres; qu'en avez-vous fait?
(_Mouvement_.)

Je vais vous le dire. Grace a vous, l'Italie, dont aucun homme qui
pense ne peut plus prononcer le nom qu'avec une inexprimable douleur
filiale, l'Italie, cette mere des genies et des nations, qui a repandu
sur l'univers toutes les plus eblouissantes merveilles de la poesie
et des arts, l'Italie, qui a appris a lire au genre humain, l'Italie
aujourd'hui ne sait pas lire! (_Profonde sensation_.)

Oui, l'Italie est de tous les etats de l'Europe celui ou il y a
le moins de natifs sachant lire! (_Reclamations a droite.--Cris
violents_.)

L'Espagne, magnifiquement dotee, l'Espagne, qui avait recu des romains
sa premiere civilisation, des arabes sa seconde civilisation, de la
providence, et malgre vous, un monde, l'Amerique; l'Espagne a perdu,
grace a vous, grace a votre joug d'abrutissement, qui est un joug
de degradation et d'amoindrissement (_applaudissements a gauche_),
l'Espagne a perdu ce secret de la puissance qu'elle tenait des
romains, ce genie des arts qu'elle tenait des arabes, ce monde qu'elle
tenait de Dieu, et, en echange de tout ce que vous lui avez fait
perdre, elle a recu de vous l'inquisition. (_Mouvement_.)

L'inquisition, que certains hommes du parti essayent aujourd'hui de
rehabiliter avec une timidite pudique dont je les honore. (_Longue
hilarite a gauche.--Reclamations a droite_.) L'inquisition, qui
a brule sur le bucher ou etouffe dans les cachots cinq millions
d'hommes! (_Denegations a droite_.) Lisez l'histoire! L'inquisition,
qui exhumait les morts pour les bruler comme heretiques (_C'est
vrai!_), temoin Urgel et Arnault, comte de Forcalquier. L'inquisition,
qui declarait les enfants des heretiques, jusqu'a la deuxieme
generation, infames et incapables d'aucuns honneurs publics, en
exceptant seulement, ce sont les propres termes des arrets, _ceux qui
auraient denonce leur pere_! (_Long mouvement_.) L'inquisition, qui,
a l'heure ou je parle, tient encore dans la bibliotheque vaticane les
manuscrits de Galilee clos et scelles sous le scelle de l'index!
(_Agitation._) Il est vrai que, pour consoler l'Espagne de ce que vous
lui otiez et de ce que vous lui donniez, vous l'avez surnommee la
Catholique! (_Rumeurs a droite_.)

Ah! savez-vous? vous avez arrache a l'un de ses plus grands hommes ce
cri douloureux qui vous accuse: "J'aime mieux qu'elle soit la Grande
que la Catholique!" (_Cris a droite. Longue interruption.--Plusieurs
membres interpellent violemment l'orateur_.)

Voila vos chefs-d'oeuvre! Ce foyer qu'on appelait l'Italie, vous
l'avez eteint. Ce colosse qu'on appelait l'Espagne, vous l'avez mine.
L'une est en cendres, l'autre est en ruine. Voila ce que vous avez
fait de deux grands peuples. Qu'est-ce que vous voulez faire de la
France? (_Mouvement prolonge_.)

Tenez, vous venez de Rome; je vous fais compliment. Vous avez eu la un
beau succes, (_Rires et bravos a gauche_.) Vous venez de baillonner le
peuple romain; maintenant vous voulez baillonner le peuple francais.
Je comprends, cela est encore plus beau, cela tente. Seulement,
prenez garde! c'est malaise. Celui-ci est un lion tout a fait vivant.
(_Agitation_.)

A qui en voulez-vous donc? Je vais vous le dire. Vous en voulez a la
raison humaine. Pourquoi? Parce qu'elle fait le jour. (_Oui! oui! Non!
non!_)

Oui, voulez-vous que je vous dise ce qui vous importune? C'est cette
enorme quantite de lumiere libre que la France degage depuis trois
siecles, lumiere toute faite de raison, lumiere aujourd'hui plus
eclatante que jamais, lumiere qui fait de la nation francaise la
nation eclairante, de telle sorte qu'on apercoit la clarte de la
France sur la face de tous les peuples de l'univers. (_Sensation._) Eh
bien, cette clarte de la France, cette lumiere libre, cette lumiere
directe, cette lumiere qui ne vient pas de Rome, qui vient de
Dieu, voila ce que vous voulez eteindre, voila ce que nous voulons
conserver! (_Oui! oui!--Bravos a gauche._)

Je repousse votre loi. Je la repousse parce qu'elle confisque
l'enseignement primaire, parce qu'elle degrade l'enseignement
secondaire, parce qu'elle abaisse le niveau de la science, parce
qu'elle diminue mon pays. (_Sensation_.)

Je la repousse, parce que je suis de ceux qui ont un serrement de
coeur et la rougeur au front toutes les fois que la France subit, pour
une cause quelconque, une diminution, que ce soit une diminution
de territoire, comme par les traites de 1815, ou une diminution de
grandeur intellectuelle, comme par votre loi! (_Vifs applaudissements
a gauche_.)

Messieurs, avant de terminer, permettez-moi d'adresser ici, du haut de
la tribune, au parti clerical, au parti qui nous envahit (_Ecoutez!
ecoutez!_), un conseil serieux. (_Rumeurs a droite_.)

Ce n'est pas l'habilete qui lui manque. Quand les circonstances
l'aident, il est fort, tres fort, trop fort! (_Mouvement._) Il sait
l'art de maintenir une nation dans un etat mixte et lamentable, qui
n'est pas la mort, mais qui n'est plus la vie. (_C'est vrai!_) Il
appelle cela gouverner. (_Rires._) C'est le gouvernement par la
lethargie. (_Nouveaux rires_.)

Mais qu'il y prenne garde, rien de pareil ne convient a la France.
C'est un jeu redoutable que de lui laisser entrevoir, seulement
entrevoir, a cette France, l'ideal que voici: la sacristie souveraine,
la liberte trahie, l'intelligence vaincue et liee, les livres
dechires, le prone remplacant la presse, la nuit faite dans les
esprits par l'ombre des soutanes, et les genies mates par les bedeaux!
(_Acclamations a gauche.--Denegations furieuses a droite_.)

C'est vrai, le parti clerical est habile; mais cela ne l'empeche pas
d'etre naif. (_Hilarite._) Quoi! il redoute le socialisme! Quoi! il
voit monter le flot, a ce qu'il dit, et il lui oppose, a ce flot qui
monte, je ne sais quel obstacle a claire-voie! Il voit monter le flot,
et il s'imagine que la societe sera sauvee parce qu'il aura combine,
pour la defendre, les hypocrisies sociales avec les resistances
materielles, et qu'il aura mis un jesuite partout ou il n'y a pas un
gendarme! (_Rires et applaudissements._) Quelle pitie!

Je le repete, qu'il y prenne garde, le dix-neuvieme siecle lui est
contraire. Qu'il ne s'obstine pas, qu'il renonce a maitriser cette
grande epoque pleine d'instincts profonds et nouveaux, sinon il ne
reussira qu'a la courroucer, il developpera imprudemment le cote
redoutable de notre temps, et il fera surgir des eventualites
terribles. Oui, avec ce systeme qui fait sortir, j'y insiste,
l'education de la sacristie et le gouvernement du confessionnal....
(_Longue interruption. Cris: A l'ordre! Plusieurs membres de la droite
se levent. M. le president et M. Victor Hugo echangent un colloque gui
ne parvient pas jusqu'a nous. Violent tumulte. L'orateur reprend, en
se tournant vers la droite:_)

Messieurs, vous voulez beaucoup, dites-vous, la liberte de
l'enseignement; tachez de vouloir un peu la liberte de la tribune.
(_On rit. Le bruit s'apaise_.)

Avec ces doctrines qu'une logique inflexible et fatale entraine,
malgre les hommes eux-memes, et feconde pour le mal, avec ces
doctrines qui font horreur quand on les regarde dans l'histoire....
(_Nouveaux cris: A l'ordre. L'orateur s'interrompant_:) Messieurs, le
parti clerical, je vous l'ai dit, nous envahit. Je le combats, et au
moment ou ce parti se presente une loi a la main, c'est mon droit
de legislateur d'examiner cette loi et d'examiner ce parti. Vous ne
m'empecherez pas de le faire. (_Tres bien!_) Je continue.

Oui, avec ce systeme-la, cette doctrine-la et cette histoire-la, que
le parti clerical le sache, partout ou il sera, il engendrera des
revolutions; partout, pour eviter Torquemada, on se jettera dans
Robespierre. (_Sensation_.) Voila ce qui fait du parti qui s'intitule
parti catholique un serieux danger public. Et ceux qui, comme moi,
redoutent egalement pour les nations le bouleversement anarchique et
l'assoupissement sacerdotal, jettent le cri d'alarme. Pendant qu'il en
est temps encore, qu'on y songe bien! (_Clameurs a droite_.)

Vous m'interrompez. Les cris et les murmures couvrent ma voix.
Messieurs, je vous parle, non en agitateur, mais en honnete homme!
(_Ecoutez! ecoutez!_) Ah ca, messieurs, est-ce que je vous serais
suspect, par hasard?

CRIS A DROITE.--Oui! oui!

M. VICTOR HUGO.--Quoi! je vous suis suspect! Vous le dites?

CRIS A DROITE.--Oui! oui!

(_Tumulte inexprimable. Une partie de la droite se leve et interpelle
l'orateur impassible a la tribune_.)

Eh bien! sur ce point, il faut s'expliquer. (_Le silence se
retablit_.) C'est en quelque sorte un fait personnel. Vous ecouterez,
je le pense, une explication que vous avez provoquee vous-memes. Ah!
je vous suis suspect! Et de quoi? Je vous suis suspect! Mais l'an
dernier, je defendais l'ordre en peril comme je defends aujourd'hui
la liberte menacee! comme je defendrai l'ordre demain, si le danger
revient de ce cote-la. (_Mouvement_.)

Je vous suis suspect! Mais vous etais-je suspect quand j'accomplissais
mon mandat de representant de Paris, en prevenant l'effusion du sang
dans les barricades de juin? (_Bravos a gauche. Nouveaux cris a
droite. Le tumulte recommence_.)

Eh bien! vous ne voulez pas meme entendre une voix qui defend
resolument la liberte! Si je vous suis suspect, vous me l'etes aussi.
Entre nous le pays jugera. (_Tres bien! tres bien!_)

Messieurs, un dernier mot. Je suis peut-etre un de ceux qui ont eu le
bonheur de rendre a la cause de l'ordre, dans les temps difficiles,
dans un passe recent, quelques services obscurs. Ces services, on a pu
les oublier, je ne les rappelle pas. Mais au moment ou je parle, j'ai
le droit de m'y appuyer. (_Non! non!--Si! si!_)

Eh bien! appuye sur ce passe, je le declare, dans ma conviction, ce
qu'il faut a la France, c'est l'ordre, mais l'ordre vivant, qui est
le progres; c'est l'ordre tel qu'il resulte de la croissance normale,
paisible, naturelle du peuple; c'est l'ordre se faisant a la fois dans
les faits et dans les idees par le plein rayonnement de l'intelligence
nationale. C'est tout le contraire de votre loi! (_Vive adhesion a
gauche_.)

Je suis de ceux qui veulent pour ce noble pays la liberte et non la
compression, la croissance continue et non l'amoindrissement, la
puissance et non la servitude, la grandeur et non le neant! (_Bravo!
a gauche_.) Quoi! voila les lois que vous nous apportez! Quoi! vous
gouvernants, vous legislateurs, vous voulez vous arreter! vous voulez
arreter la France! Vous voulez petrifier la pensee humaine, etouffer
le flambeau divin, materialiser l'esprit! (_Oui! oui! Non! non!_) Mais
vous ne voyez donc pas les elements memes du temps ou vous etes. Mais
vous etes donc dans votre siecle comme des etrangers! (_Profonde
sensation_.)

Quoi! c'est dans ce siecle, dans ce grand siecle des nouveautes,
des avenements, des decouvertes, des conquetes, que vous revez
l'immobilite! (_Tres bien!_) C'est dans le siecle de l'esperance que
vous proclamez le desespoir! (_Bravo!_) Quoi! vous jetez a
terre, comme des hommes de peine fatigues, la gloire, la pensee,
l'intelligence, le progres, l'avenir, et vous dites: C'est assez!
n'allons pas plus loin; arretons-nous! (_Denegations a droite_.) Mais
vous ne voyez donc pas que tout va, vient, se meut, s'accroit, se
transforme et se renouvelle autour de vous, au-dessus de vous,
au-dessous de vous! (_Mouvement_.)

Ah! vous voulez vous arreter! Eh bien! je vous le repete avec une
profonde douleur, moi qui hais les catastrophes et les ecroulements,
je vous avertis la mort dans l'ame (_on rit a droite_), vous ne voulez
pas du progres? vous aurez les revolutions! (_Profonde agitation._)
Aux hommes assez insenses pour dire: L'humanite ne marchera pas, Dieu
repond par la terre qui tremble!

(_Longs applaudissements a gauche. L'orateur, descendant de la
tribune, est entoure par une foule de membres qui le felicitent.
L'assemblee se separe en proie a une vive emotion_.)


V

LA DEPORTATION


[Note: Par son message du 31 octobre 1849, M. Louis Bonaparte avait
congedie un ministere independant et charge un ministere subalterne de
l'execution de sa pensee.

Quelques jours apres, M. Rouher, ministre de la justice, presenta un
projet de loi sur la deportation.

Ce projet contenait deux dispositions principales, la deportation
simple dans l'ile de Pamanzi et les Marquises, et la deportation
compliquee de la detention dans une enceinte fortifiee, la citadelle
de Zaoudzi, pres l'ile Mayotte.

La commission nommee par l'assemblee adopta la pensee du projet,
l'emprisonnement dans l'exil. Elle l'aggrava meme en ce sens qu'elle
autorisait l'application retroactive de la loi aux condamnes
anterieurement a sa promulgation. Elle substitua l'ile de Noukahiva a
l'ile de Pamanzi, et la forteresse de Vaithau, iles Marquises, a la
citadelle de Zaoudzi.

C'etait bien la ce que le deporte Troncon-Ducoudray avait qualifie _la
guillotine seche._

M. Victor Hugo prit la parole contre cette loi dans la seance du 5
avril 1850.

Le lendemain du jour ou ce discours fut prononce, une souscription
fut faite pour le repandre dans toute la France. M. Emile de Girardin
demanda qu'une medaille fut frappee a l'effigie de l'orateur, et
portat pour inscription la date, _5 avril 1850_, et ces paroles
extraites du discours:

"Quand les hommes mettent dans une loi l'injustice, Dieu y met la
justice, et il frappe avec cette loi ceux qui l'ont faite."

Le gouvernement permit la medaille, mais defendit l'inscription.
(_Note de l'editeur._)]


5 avril 1850.

Messieurs, parmi les journees de fevrier, journees qu'on ne peut
comparer a rien dans l'histoire, il y eut un jour admirable, ce fut
celui ou cette voix souveraine du peuple qui, a travers les rumeurs
confuses de la place publique, dictait les decrets du gouvernement
provisoire, prononca cette grande parole: La peine de mort est abolie
en matiere politique. (_Tres bien!_) Ce jour-la, tous les coeurs
genereux, tous les esprits serieux tressaillirent. Et en effet, voir
le progres sortir immediatement, sortir calme et majestueux d'une
revolution toute fremissante; voir surgir au-dessus des masses
emues le Christ vivant et couronne; voir du milieu de cet immense
ecroulement de lois humaines se degager dans toute sa splendeur la loi
divine (_Bravo!_); voir la multitude se comporter comme un sage; voir
toutes ces passions, toutes ces intelligences, toutes ces ames, la
veille encore pleines de colere, toutes ces bouches qui venaient de
dechirer des cartouches, s'unir et se confondre dans un seul cri,
le plus beau qui puisse etre pousse par la voix humaine: Clemence!
c'etait la, messieurs, pour les philosophes, pour les publicistes,
pour l'homme chretien, pour l'homme politique, ce fut pour la
France et pour l'Europe un magnifique spectacle. Ceux memes que les
evenements de fevrier froissaient dans leurs interets, dans leurs
sentiments, dans leurs affections, ceux memes qui gemissaient, ceux
memes qui tremblaient, applaudirent et reconnurent que les revolutions
peuvent meler le bien a leurs explosions les plus violentes, et
qu'elles ont cela de merveilleux qu'il leur suffit d'une heure sublime
pour effacer toutes les heures terribles. (_Sensation_.)

Du reste, messieurs, ce triomphe subit et eblouissant, quoique
partiel, du dogme qui prescrit l'inviolabilite de la vie humaine,
n'etonna pas ceux qui connaissent la puissance des idees. Dans les
temps ordinaires, dans ce qu'on est convenu d'appeler les temps
calmes, faute d'apercevoir le mouvement profond qui se fait sous
l'immobilite apparente de la surface, dans les epoques dites epoques
paisibles, on dedaigne volontiers les idees; il est de bon gout de les
railler. Reve, declamation, utopie! s'ecrie-t-on. On ne tient compte
que des faits, et plus ils sont materiels, plus ils sont estimes. On
ne fait cas que des gens d'affaires, des esprits _pratiques_, comme on
dit dans un certain jargon (_Tres bien!_), et de ces hommes positifs,
qui ne sont, apres tout, que des hommes negatifs. (_C'est vrai!_)

Mais qu'une revolution eclate, les hommes d'affaires, les gens
habiles, qui semblaient des colosses, ne sont plus que des nains;
toutes les realites qui n'ont plus la proportion des evenements
nouveaux s'ecroulent et s'evanouissent; les faits materiels tombent,
et les idees grandissent jusqu'au ciel. (_Mouvement_.)

C'est ainsi, par cette soudaine force d'expansion que les idees
acquierent en temps de revolution, que s'est faite cette grande chose,
l'abolition de la peine de mort en matiere politique.

Messieurs, cette grande chose, ce decret fecond qui contient en germe
tout un code, ce progres, qui etait plus qu'un progres, qui etait un
principe, l'assemblee constituante l'a adopte et consacre. Elle l'a
place, je dirais presque au sommet de la constitution, comme une
magnifique avance faite par l'esprit de la revolution a l'esprit de
la civilisation, comme une conquete, mais surtout comme une promesse,
comme une sorte de porte ouverte qui laisse penetrer, au milieu des
progres obscurs et incomplets du present, la lumiere sereine de
l'avenir.

Et en effet, dans un temps donne, l'abolition de la peine capitale
en matiere politique doit amener et amenera necessairement, par la
toute-puissance de la logique, l'abolition pure et simple de la peine
de mort! (_Oui! oui!_)

Eh bien, messieurs, cette promesse, il s'agit aujourd'hui de la
retirer! cette conquete, il s'agit d'y renoncer! ce principe,
c'est-a-dire la chose qui ne recule pas, il s'agit de le briser! cette
journee memorable de fevrier, marquee par l'enthousiasme d'un grand
peuple et par l'enfantement d'un grand progres, il s'agit de la rayer
de l'histoire! Sous le titre modeste de _loi sur la deportation_, le
gouvernement nous apporte et votre commission vous propose d'adopter
un projet de loi que le sentiment public, qui ne se trompe pas, a deja
traduit et resume en une seule ligne, que voici: _La peine de mort
est retablie en matiere politique._ (_Bravos a gauche.--Denegations a
droite.--Il n'est pas question de cela!--On comble une lacune_ _du
code! voila tout.--C'est pour remplacer la peine capitale!_)

Vous l'entendez, messieurs, les auteurs du projet, les membres de
la commission, les honorables chefs de la majorite se recrient et
disent:--Il n'est pas question de cela le moins du monde. Il y a une
lacune dans le code penal, on veut la remplir, rien de plus; on veut
simplement remplacer la peine de mort.--N'est-ce pas? C'est bien la ce
qu'on a dit? On veut donc simplement remplacer la peine de mort, et
comment s'y prend-on? On combine le climat ... Oui, quoi que vous
fassiez, messieurs, vous aurez beau chercher, choisir, explorer, aller
des Marquises a Madagascar, et revenir de Madagascar aux Marquises,
aux Marquises, que M. l'amiral Bruat appelle _le tombeau des
europeens_, le climat du lieu de deportation sera toujours, compare
a la France, un climat meurtrier, et l'acclimatement, deja tres
difficile pour des personnes libres, satisfaites, placees dans les
meilleures conditions d'activite et d'hygiene, sera impossible,
entendez-vous bien? absolument impossible pour de malheureux detenus.
(_C'est vrai!_)

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