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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, vol. I

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, vol. I

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Je viens de dire: les chimeres d'un certain socialisme, et je ne veux
rien retirer de cette expression, qui n'est pas meme severe, qui n'est
que juste. Messieurs, expliquons-nous cependant. Est-ce a dire que,
dans cet amas de notions confuses, d'aspirations obscures, d'illusions
inouies, d'instincts irreflechis, de formules incorrectes, qu'on
designe sous ce nom vague et d'ailleurs fort peu compris de
_socialisme_, il n'y ait rien de vrai, absolument rien de vrai?

Messieurs, s'il n'y avait rien de vrai, il n'y aurait aucun danger.
La societe pourrait dedaigner et attendre. Pour que l'imposture ou
l'erreur soient dangereuses, pour qu'elles penetrent dans les masses,
pour qu'elles puissent percer jusqu'au coeur meme de la societe,
il faut qu'elles se fassent une arme d'une partie quelconque de la
realite. La verite ajustee aux erreurs, voila le peril. En pareille
matiere, la quantite de danger se mesure a la quantite de verite
contenue dans les chimeres. (_Mouvement_.)

Eh bien, messieurs, disons-le, et disons-le precisement pour trouver
le remede, il y a au fond du socialisme une partie des realites
douloureuses de notre temps et de tous les temps (_chuchotements_);
il y a le malaise eternel propre a l'infirmite humaine; il y a
l'aspiration a un sort meilleur, qui n'est pas moins naturelle a
l'homme, mais qui se trompe souvent de route en cherchant dans ce
monde ce qui ne peut etre trouve que dans l'autre. (_Vive et unanime
adhesion._) Il y a des detresses tres vives, tres vraies, tres
poignantes, tres guerissables. Il y a enfin, et ceci est tout a fait
propre a notre temps, il y a cette attitude nouvelle donnee a l'homme
par nos revolutions, qui ont constate si hautement et place si haut la
dignite humaine et la souverainete populaire; de sorte que l'homme du
peuple aujourd'hui souffre avec le sentiment double et contradictoire
de sa misere resultant du fait et de sa grandeur resultant du droit.
(_Profonde sensation_.)

C'est tout cela, messieurs, qui est dans le socialisme, c'est tout
cela qui s'y mele aux passions mauvaises, c'est tout cela qui en fait
la force, c'est tout cela qu'il faut en oter.

VOIX NOMBREUSES.--Comment?

M. VICTOR HUGO.--En eclairant ce qui est faux, en satisfaisant ce
qui est juste. (_C'est vrai!_) Une fois cette operation faite, faite
consciencieusement, loyalement, honnetement, ce que vous redoutez dans
le socialisme disparait. En lui retirant ce qu'il a de vrai, vous lui
retirez ce qu'il a de dangereux. Ce n'est plus qu'un informe nuage
d'erreurs que le premier souffle emportera. (_Mouvements en sens
divers_.)

Trouvez bon, messieurs, que je complete ma pensee. Je vois a
l'agitation de l'assemblee que je ne suis pas pleinement compris. La
question qui s'agite est grave. C'est la plus grave de toutes celles
qui peuvent etre traitees devant vous.

Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu'on peut supprimer la
souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis
de ceux qui pensent et qui affirment qu'on peut detruire la misere.
(_Reclamations.--Violentes denegations a droite_.)

Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir,
limiter, circonscrire, je dis detruire. (_Nouveaux murmures a
droite_.) La misere est une maladie du corps social comme la lepre
etait une maladie du corps humain; la misere peut disparaitre comme la
lepre a disparu. (_Oui! oui! a gauche_.) Detruire la misere! oui, cela
est possible. Les legislateurs et les gouvernants doivent y songer
sans cesse; car, en pareille matiere, tant que le possible n'est pas
fait, le devoir n'est pas rempli. (_Sensation universelle._)

La misere, messieurs, j'aborde ici le vif de la question, voulez-vous
savoir ou elle en est, la misere? Voulez-vous savoir jusqu'ou elle
peut aller, jusqu'ou elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas
au moyen age, je dis en France, je dis a Paris, et au temps ou nous
vivons? Voulez-vous des faits?

Il y a dans Paris ... (_L'orateur s'interrompt._)

Mon Dieu, je n'hesite pas a les citer, ces faits. Ils sont tristes,
mais necessaires a reveler; et tenez, s'il faut dire toute ma pensee,
je voudrais qu'il sortit de cette assemblee, et au besoin j'en ferai
la proposition formelle, une grande et solennelle enquete sur la
situation vraie des classes laborieuses et souffrantes en France. Je
voudrais que tous les faits eclatassent au grand jour. Comment veut-on
guerir le mal si l'on ne sonde pas les plaies? (_Tres bien! tres
bien!_)

Voici donc ces faits.

Il y a dans Paris, dans ces faubourgs de Paris que le vent de l'emeute
soulevait naguere si aisement, il y a des rues, des maisons, des
cloaques, ou des familles, des familles entieres, vivent pele-mele,
hommes, femmes, jeunes filles, enfants, n'ayant pour lits, n'ayant
pour couvertures, j'ai presque dit pour vetements, que des monceaux
infects de chiffons en fermentation, ramasses dans la fange du coin
des bornes, espece de fumier des villes, ou des creatures humaines
s'enfouissent toutes vivantes pour echapper au froid de l'hiver.
(_Mouvement_.)

Voila un fait. En voici d'autres. Ces jours derniers, un homme, mon
Dieu, un malheureux homme de lettres, car la misere n'epargne pas plus
les professions liberales que les professions manuelles, un malheureux
homme est mort de faim, mort de faim a la lettre, et l'on a constate,
apres sa mort, qu'il n'avait pas mange depuis six jours. (_Longue
interruption_.) Voulez-vous quelque chose de plus douloureux encore?
Le mois passe, pendant la recrudescence du cholera, on a trouve une
mere et ses quatre enfants qui cherchaient leur nourriture dans
les debris immondes et pestilentiels des charniers de Montfaucon!
(_Sensation_.)

Eh bien, messieurs, je dis que ce sont la des choses qui ne doivent
pas etre; je dis que la societe doit depenser toute sa force, toute
sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonte, pour que de
telles choses ne soient pas! Je dis que de tels faits, dans un pays
civilise, engagent la conscience de la societe tout entiere; que je
m'en sens, moi qui parle, complice et solidaire (_mouvement_), et que
de tels faits ne sont pas seulement des torts envers l'homme, que ce
sont des crimes envers Dieu! (_Sensation prolongee_.)

Voila pourquoi je suis penetre, voila pourquoi je voudrais penetrer
tous ceux qui m'ecoutent de la haute importance de la proposition qui
vous est soumise. Ce n'est qu'un premier pas, mais il est decisif. Je
voudrais que cette assemblee, majorite et minorite, n'importe, je ne
connais pas, moi, de majorite et de minorite en de telles questions;
je voudrais que cette assemblee n'eut qu'une seule ame pour marcher a
ce grand but, a ce but magnifique, a ce but sublime, l'abolition de la
misere! (_Bravo!--Applaudissements_.)

Et, messieurs, je ne m'adresse pas seulement a votre generosite, je
m'adresse a ce qu'il y a de plus serieux dans le sentiment politique
d'une assemblee de legislateurs. Et, a ce sujet, un dernier mot, je
terminerai par la.

Messieurs, comme je vous le disais tout a l'heure, vous venez, avec
le concours de la garde nationale, de l'armee et de toutes les forces
vives du pays, vous venez de raffermir l'etat ebranle encore une fois.
Vous n'avez recule devant aucun peril, vous n'avez hesite devant aucun
devoir. Vous avez sauve la societe reguliere, le gouvernement legal,
les institutions, la paix publique, la civilisation meme. Vous avez
fait une chose considerable ... Eh bien! vous n'avez rien fait!
(_Mouvement_.)

Vous n'avez rien fait, j'insiste sur ce point, tant que l'ordre
materiel raffermi n'a point pour base l'ordre moral consolide! (_Tres
bien! tres bien!--Vive et unanime adhesion_.) Vous n'avez rien fait
tant que le peuple souffre! (_Bravos a gauche_.) Vous n'avez rien fait
tant qu'il y a au-dessous de vous une partie du peuple qui desespere!
Vous n'avez rien fait, tant que ceux qui sont dans la force de l'age
et qui travaillent peuvent etre sans pain! tant que ceux qui sont
vieux, et qui ont travaille peuvent etre sans asile! tuant que l'usure
devore nos campagnes, tant qu'on meurt de faim dans nos villes
(_mouvement prolonge_), tant qu'il n'y a pas des lois fraternelles,
des lois evangeliques qui viennent de toutes parts en aide aux pauvres
familles honnetes, aux bons paysans, aux bons ouvriers, aux gens de
coeur! (_Acclamation._) Vous n'avez rien fait, tant que l'esprit de
revolution a pour auxiliaire la souffrance publique! Vous n'avez rien
fait, rien fait, tant que, dans cette oeuvre de destruction et de
tenebres qui se continue souterrainement, l'homme mechant a pour
collaborateur fatal l'homme malheureux!

Vous le voyez, messieurs, je le repete en terminant, ce n'est pas
seulement a votre generosite que je m'adresse, c'est a votre sagesse,
et je vous conjure d'y reflechir. Messieurs, songez-y, c'est
l'anarchie qui ouvre les abimes, mais c'est la misere qui les creuse.
(_C'est vrai! c'est vrai!_) Vous avez fait des lois contre l'anarchie,
faites maintenant des lois contre la misere! (_Mouvement prolonge
sur tous les bancs.--L'orateur descend de la tribune et recoit les
felicitations de ses collegues._)


II

L'EXPEDITION DE ROME


[Note: Le triste episode de l'expedition contre Rome est trop connu
pour qu'il soit necessaire de donner un long sommaire a ce discours.
Tout le monde se rappelle que l'assemblee constituante avait vote un
credit de 1,200,000 francs pour les premieres depenses d'un corps
expeditionnaire en destination de l'Italie, sur la declaration
expresse du pouvoir executif que cette force devait proteger la
peninsule contre les envahissements de l'Autriche. On se rappelle
aussi qu'en apprenant l'attaque de Rome par les troupes francaises
sous les ordres du general Oudinot, l'assemblee constituante vota un
ordre du jour qui prescrivait au pouvoir executif de ramener a sa
pensee primitive l'expedition detournee de son but.

Des que l'assemblee legislative, dont la majorite etait sympathique a
la destruction de la republique romaine, fut reunie, ordre fut
donne au general Oudinot d'attaquer Rome et de l'enlever _coute que
coute_.--La ville fut prise, et le pape restaure.

Le president de la Republique francaise ecrivit a son aide de camp, M.
Edgar Ney, une lettre, qui fut rendue publique, ou il manifestait son
desir d'obtenir du pape des institutions en faveur de la population
des Etats romains.

Le pape ne tint aucun compte de la recommandation de son restaurateur,
et publia une bulle qui consacrait le despotisme le plus absolu du
gouvernement clerical dans son domaine temporel.

La question romaine, deja debattue plusieurs fois dans le soin de
l'assemblee legislative, y fut agitee de nouveau, a propos d'une
demande de credits supplementaires, dans les seances du 18 et du 19
octobre 1849.

C'est dans cette discussion que M. Thuriot de la Rosiere soutint que
Rome et la papaute etaient _la propriete indivise de la catholicite._

Victor Hugo soutint, au contraire, la these "si chere a l'Italie,
dit-il, de la secularisation et de la nationalite". (Note de
l'editeur.)]


15 octobre 1849.

M. VICTOR HUGO. (_Profond silence._)--Messieurs, j'entre tout de suite
dans la question.

Une parole de M. le ministre des affaires etrangeres qui interpretait
hier, en dehors de la realite, selon moi, le vote de l'assemblee
constituante, m'impose le devoir, a moi qui ai vote l'expedition
romaine, de retablir d'abord les faits. Aucune ombre ne doit etre
laissee par nous, volontairement du moins, sur ce vote qui a entraine
et qui entrainera encore tant d'evenements. Il importe d'ailleurs,
dans une affaire aussi grave, et je pense en cela comme l'honorable
rapporteur de la commission, de bien preciser le point d'ou nous
sommes partis, pour faire mieux juger le point ou nous sommes arrives.

Messieurs, apres la bataille de Novare, le projet de l'expedition
de Rome fut apporte a l'assemblee constituante. M. le general de
Lamoriciere monta a cette tribune, et nous dit: L'Italie vient de
perdre sa bataille de Waterloo,--je cite ici en substance des paroles
que tous vous pouvez retrouver dans _le Moniteur_,--l'Italie vient de
perdre sa bataille de Waterloo, l'Autriche est maitresse de l'Italie,
maitresse de la situation; l'Autriche va marcher sur Rome comme elle a
marche sur Milan, elle va faire a Rome ce qu'elle a fait a Milan, ce
qu'elle a fait partout, proscrire, emprisonner, fusiller, executer.
Voulez-vous que la France assiste les bras croises a ce spectacle?
Si vous ne le voulez pas, devancez l'Autriche, allez a Rome.--M. le
president du conseil s'ecria: La France doit aller a Rome pour y
sauvegarder la liberte et l'humanite. --M. le general de Lamoriciere
ajouta: Si nous ne pouvons y sauver la republique, sauvons-y du moins
la liberte.--L'expedition romaine fut votee.

L'assemblee constituante n'hesita pas, messieurs. Elle vota
l'expedition de Rome dans ce but d'humanite et de liberte que lui
montrait M. le president du conseil; elle vota l'expedition romaine
afin de faire contre-poids a la bataille de Novare; elle vota
l'expedition romaine afin de mettre l'epee de la France la ou allait
tomber le sabre de l'Autriche (_mouvement_); elle vota l'expedition
romaine....--j'insiste sur ce point, pas une autre explication ne
fut donnee, pas un mot de plus ne fut dit; s'il y eut des votes avec
restriction mentale, je les ignore (_on rit_);--...l'assemblee
constituante vota, nous votames l'expedition romaine, afin qu'il ne
fut pas dit que la France etait absente, quand, d'une part,
l'interet de l'humanite, et, d'autre part, l'interet de sa grandeur
l'appelaient, afin d'abriter en un mot contre l'Autriche Rome et les
hommes engages dans la republique romaine, contre l'Autriche qui, dans
cette guerre qu'elle fait aux revolutions, a l'habitude de deshonorer,
toutes ses victoires, si cela peut s'appeler des victoires, par
d'inqualifiables indignites! (_Longs applaudissements a gauche.
Violents murmures a droite.--L'orateur, se tournant vers la droite_).

Vous murmurez! Cette expression trop faible, vous la trouvez
trop forte! Ah! de telles interruptions me font sortir du coeur
l'indignation que j'y refoulais! Comment! la tribune anglaise a fletri
ces indignites aux applaudissements de tous les partis, et la tribune
de France serait moins libre que la tribune d'Angleterre! (_Ecoutez!
ecoutez!_) Eh bien! je le declare, et je voudrais que ma parole, en
ce moment, empruntat a cette tribune un retentissement europeen, les
exactions, les extorsions d'argent, les spoliations, les fusillades,
les executions en masse, la potence dressee pour des hommes heroiques,
la bastonnade donnee a des femmes, toutes ces infamies mettent
le gouvernement autrichien au pilori de l'Europe! (_Tonnerre
d'applaudissements_.)

Quant a moi, soldat obscur, mais devoue, de l'ordre et de la
civilisation, je repousse de toutes les forces de mon coeur indigne
ces sauvages auxiliaires, ces Radetzki et ces Haynau (_mouvement_),
qui pretendent, eux aussi, servir cette sainte cause, et qui font a la
civilisation cette abominable injure de la defendre par les moyens de
la barbarie! (_Nouvelles acclamations_.)

Je viens de vous rappeler, messieurs, dans quel sens l'expedition
de Rome fut votee. Je le repete, c'est un devoir que j'ai rempli.
L'assemblee constituante n'existe plus, elle n'est plus la pour se
defendre; son vote est, pour ainsi dire, entre vos mains, a votre
discretion; vous pouvez attacher a ce vote telles consequences qu'il
vous plaira. Mais s'il arrivait, ce qu'a Dieu ne plaise, que ces
consequences fussent decidement fatales a l'honneur de mon pays,
j'aurais du moins retabli, autant qu'il etait en moi, l'intention
purement humaine et liberale de l'assemblee constituante, et la
pensee de l'expedition protestera contre le resultat de l'expedition.
(_Bravos_.)

Maintenant, comment l'expedition a devie de son but, vous le savez
tous; je n'y insiste pas, je traverse rapidement des faits accomplis
que je deplore, et j'arrive a la situation.

La situation, la voici:

Le 2 juillet, l'armee est entree dans Rome. Le pape a ete restaure
purement et simplement; il faut bien que je le dise. (_Mouvement_.) Le
gouvernement clerical, que pour ma part je distingue profondement du
gouvernement pontifical tel que les esprits eleves le comprennent, et
tel que Pie IX un moment avait semble le comprendre, le gouvernement
clerical a ressaisi Rome. Un triumvirat en a remplace un autre. Les
actes de ce gouvernement clerical, les actes de cette commission des
trois cardinaux, vous les connaissez, je ne crois pas devoir les
detailler ici; il me serait difficile de les enumerer sans les
caracteriser, et je ne veux pas irriter cette discussion. (_Rires
ironiques a droite_.)

Il me suffira de dire que des ses premiers pas l'autorite clericale,
acharnee aux reactions, animee du plus aveugle, du plus funeste et du
plus ingrat esprit, blessa les coeurs genereux et les hommes sages, et
alarma tous les amis intelligents du pape et de la papaute. Parmi
nous l'opinion s'emut. Chacun des actes de cette autorite fanatique,
violente, hostile a nous-memes, froissa dans Rome l'armee et en France
la nation. On se demanda si c'etait pour cela que nous etions alles
a Rome, si la France jouait la un role digne d'elle, et les regards
irrites de l'opinion commencerent a se tourner vers notre
gouvernement. (_Sensation._)

C'est en ce moment qu'une lettre parut, lettre ecrite par le president
de la republique a l'un de ses officiers d'ordonnance envoye par lui a
Rome en mission.

M. DESMOUSSEAUX DE GIVRE.--Je demande la parole. (_On rit_.)

M. VICTOR HUGO.--Je vais, je crois, satisfaire l'honorable M. de
Givre. Messieurs, pour dire ma pensee tout entiere, j'aurais prefere a
cette lettre un acte de gouvernement delibere en conseil.

M. DESMOUSSEAUX DE GIVRE.--Non pas! non pas! Ce n'est pas la ma
pensee! (_Nouveaux rires prolonges._)

M. VICTOR HUGO.--Eh bien! je dis ma pensee et non la votre. J'aurais
donc prefere a cette lettre un acte du gouvernement.--Quant a la
lettre en elle-meme, je l'aurais voulue plus murie et plus meditee,
chaque mot devait y etre pese; la moindre trace de legerete dans un
acte grave cree un embarras; mais, telle qu'elle est, cette lettre,
je le constate, fut un evenement. Pourquoi? Parce que cette lettre
n'etait autre chose qu'une traduction de l'opinion, parce qu'elle
donnait une issue au sentiment national, parce qu'elle rendait a tout
le monde le service de dire tres haut ce que chacun pensait, parce
qu'enfin cette lettre, meme dans sa forme incomplete, contenait toute
une politique. (_Nouveau mouvement_.)

Elle donnait une base aux negociations pendantes; elle donnait au
saint-siege, dans son interet, d'utiles conseils et des indications
genereuses; elle demandait les reformes et l'amnistie; elle tracait au
pape, auquel nous avons rendu le service, un peu trop grand peut-etre,
de le restaurer sans attendre l'acclamation de son peuple...
(_sensation prolongee_) elle tracait au pape le programme serieux d'un
gouvernement de liberte. Je dis gouvernement de liberte, car, moi, je
ne sais pas traduire autrement le mot _gouvernement liberal_. (_Rires
d'approbation_.)

Quelques jours apres cette lettre, le gouvernement clerical, ce
gouvernement que nous avons rappele, retabli, releve, que nous
protegeons et que nous gardons a l'heure qu'il est, qui nous doit
d'etre en ce moment, le gouvernement clerical publiait sa reponse.

Cette reponse, c'est le _Motu proprio_, avec l'amnistie pour
post-scriptum.

Maintenant, qu'est-ce que c'est que le _Motu proprio_? (_Profond
silence_.)

Messieurs, je ne parlerai, en aucun cas, du chef de la chretiente
autrement qu'avec un respect profond; je n'oublie pas que, dans une
autre enceinte, j'ai glorifie son avenement; je suis de ceux qui ont
cru voir en lui, a cette epoque, le don le plus magnifique que la
providence puisse faire aux nations, un grand homme dans un pape.
J'ajoute que maintenant la pitie se joint au respect. Pie IX,
aujourd'hui, est plus malheureux que jamais; dans ma conviction, il
est restaure, mais il n'est pas libre. Je ne lui impute pas l'acte
inqualifiable emane de sa chancellerie, et c'est ce qui me donne le
courage de dire a cette tribune, sur le _Motu proprio_, toute ma
pensee. Je le ferai en deux mots.

L'acte de la chancellerie romaine a deux faces, le cote politique
qui regle les questions de liberte, et ce que j'appellerai le cote
charitable, le cote chretien, qui regle la question de clemence. En
fait de liberte politique, le saint-siege n'accorde rien. En fait de
clemence, il accorde moins encore; il octroie une proscription en
masse. Seulement il a la bonte de donner a cette proscription le nom
d'amnistie. (_Rires et longs applaudissements_.)

Voila, messieurs, la reponse faite par le gouvernement clerical a la
lettre du president de la republique.

Un grand eveque a dit, dans un livre fameux, que le pape a ses deux
mains toujours ouvertes, et que de l'une decoule incessamment sur le
monde la liberte, et de l'autre la misericorde. Vous le voyez, le pape
a ferme ses deux mains. (_Sensation prolongee_.)

Telle est, messieurs, la situation. Elle est toute dans ces deux
faits, la lettre du president et le _Motu proprio_, c'est-a-dire la
demande de la France et la reponse du saint-siege.

C'est entre ces deux faits que vous allez prononcer. Quoi qu'on fasse,
quoi qu'on dise pour attenuer la lettre du president, pour elargir
le _Motu proprio_, un intervalle immense les separe. L'une dit oui,
l'autre dit non. (_Bravo! bravo!--On rit._) Il est impossible de sortir
du dilemme pose par la force des choses, il faut absolument donner
tort a quelqu'un. Si vous sanctionnez la lettre, vous reprouvez le
_Motu proprio_; si vous acceptez le _Motu proprio_, vous desavouez la
lettre. (_C'est cela!_) Vous avez devant vous, d'un cote, le president
de la republique reclamant la liberte du peuple romain au nom de la
grande nation qui, depuis trois siecles, repand a flots la lumiere et
la pensee sur le monde civilise; vous avez, de l'autre, le cardinal
Antonelli refusant au nom du gouvernement clerical. Choisissez!

Selon le choix que vous ferez, je n'hesite pas a le dire, l'opinion de
la France se separera de vous ou vous suivra. (_Mouvement_.) Quant a
moi, je ne puis croire que votre choix soit douteux. Quelle que soit
l'attitude du cabinet, quoi que dise le rapport de la commission, quoi
que semblent penser quelques membres influents de la majorite, il
est bon d'avoir present a l'esprit que le _Motu proprio_ a paru peu
liberal au cabinet autrichien lui-meme, et il faut craindre de se
montrer plus satisfait que le prince de Schwartzenberg. (_Longs eclats
de rire_.) Vous etes ici, messieurs, pour resumer et traduire en actes
et en lois le haut bon sens de la nation; vous ne voudrez pas attacher
un avenir mauvais a cette grave et obscure question d'Italie; vous
ne voudrez pas que l'expedition de Rome soit, pour le gouvernement
actuel, ce que l'expedition d'Espagne a ete pour la restauration.
(_Sensation_.)

Ne l'oublions pas, de toutes les humiliations, celles que la France
supporte le plus malaisement, ce sont celles qui lui arrivent a
travers la gloire de notre armee. (_Vive emotion._) Dans tous les cas,
je conjure la majorite d'y reflechir, c'est une occasion decisive
pour elle et pour le pays, elle assumera par son vote une haute
responsabilite politique.

J'entre plus avant dans la question, messieurs. Reconcilier Rome avec
la papaute, faire rentrer, avec l'adhesion populaire, la papaute
dans Rome, rendre cette grande ame a ce grand corps, ce doit etre la
desormais, dans l'etat ou les faits accomplis ont amene la question,
l'oeuvre de notre gouvernement, oeuvre difficile, sans nul doute, a
cause des irritations et des malentendus, mais possible, et utile a la
paix du monde. Mais pour cela, il faut que la papaute, de son cote,
nous aide et s'aide elle-meme. Voila trop longtemps deja qu'elle
s'isole de la marche de l'esprit humain et de tous les progres du
continent. Il faut qu'elle comprenne son peuple et son siecle....
(_Explosion de murmures a droite.--Longue et violente interruption_.)

M. VICTOR HUGO.--Vous murmurez! vous m'interrompez....

A DROITE.--Oui! Nous nions ce que vous dites.

M. VICTOR HUGO.--Eh bien! je vais dire ce que je voulais taire! A vous
la faute! (_Fremissement d'attention dans l'assemblee._) Comment!
mais, messieurs, dans Rome, dans cette Rome qui a si longtemps guide
les peuples lumineusement, savez-vous ou en est la civilisation? Pas
de legislation, ou, pour mieux dire, pour toute legislation, je
ne sais quel chaos de lois feodales et monacales, qui produisent
fatalement la barbarie des juges criminels et la venalite des
juges civils. Pour Rome seulement, quatorze tribunaux d'exception.
(_Applaudissements.--Parlez! parlez!_) Devant ces tribunaux, aucune
garantie d'aucun genre pour qui que ce soit! les debats sont secrets,
la defense orale est interdite. Des juges ecclesiastiques jugent les
causes laiques et les personnes laiques. (_Mouvement prolonge_.)

Je continue.

La haine du progres en toute chose. Pie VII avait cree une commission
de vaccine, Leon XII l'a abolie. Que vous dirai-je? La confiscation
loi de l'etat, le droit d'asile en vigueur, les juifs parques et
enfermes tous les soirs comme au quinzieme siecle, une confusion
inouie, le clerge mele a tout! Les cures font des rapports de police.
Les comptables des deniers publics, c'est leur regle, ne doivent pas
de compte au tresor, _mais a Dieu seul_. (_Longs eclats de rire._) Je
continue. (_Parlez! parlez!_)

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