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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, Vol. 4

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, Vol. 4

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"L'action qu'il a exercee sur ses premiers contemporains s'etend
encore sur la generation actuelle. Lorsqu'en 1867, sous l'empire, eut
lieu la premiere reprise d'_Hernani_, le poete exile recut une adresse
de quelques-uns des noms les plus illustres de la jeune ecole:
Sully Prudhomme, Coppee, Jean Aicard, Theuriet, Leon Dierx, Armand
Silvestre, Lafenestre. Bien des vaillants qui avaient fait partie des
"vieilles bandes d'Hernani" etaient couches dans la tombe; une armee
nouvelle sortait de terre, rien qu'a voir frissonner de nouveau les
plis du vieux drapeau; la vieille garde morte, toute une jeune garde
accourait se ranger autour du maitre."

Le public a souvent interrompu par ses applaudissements ce remarquable
discours et les heureuses citations de Victor Hugo que M. Rambaud y a
melees. On voulait presque faire bisser un passage du discours sur la
loi de l'enseignement de 1850.

Les artistes du grand theatre ont ensuite lu ou chante diverses
poesies de l'oeuvre du maitre.

Paul Meurice lit alors ce remerciement de Victor Hugo:

Je remercie mes compatriotes avec une emotion profonde.

Je suis une pierre de la route ou marche l'humanite, mais c'est la
bonne route. L'homme n'est le maitre ni de sa vie, ni de sa mort.
Il ne peut qu'offrir a ses concitoyens ses efforts pour diminuer
la souffrance humaine, et qu'offrir a Dieu sa foi invincible dans
l'accroissement de la liberte.

VICTOR HUGO.

Applaudissements prolonges. On couronne le buste d'un laurier d'or.
Cris: Vive Victor Hugo! vive la republique!

La fete de jour s'est brillamment terminee par le chant de la
_Marseillaise_, qui a ete execute avec une verve toute patriotique par
les artistes et l'orchestre du theatre.

Le soir, a sept heures et demie, un magnifique banquet a ete donne
dans la grande salle du palais Granvelle, admirablement decoree pour
la circonstance par le jeune et habile architecte auquel on doit le
dessin de la plaque commemorative. Sur un fond rouge se detachaient en
lettres d'or les initiales R.F. et V.H.

Plus de cent convives assistaient a ce banquet, qui reunissait les
representants de la presse parisienne et locale, les autorites
civiles, municipales, universitaires et militaires du departement.

Divers toasts ont ete portes:

Le maire: Au president de la Republique.

A. Rambaud: A Victor Hugo, poete des Etats-Unis du monde.

Ad. Pelleport: A Garibaldi, qui empecha l'ennemi d'envahir Besancon.

Le general Wolf: Au genie, dans la personne de Victor Hugo.

Paul Meurice: A la ville de Besancon.

M. Beauquier, depute: A Victor Hugo, president de la republique des
lettres.

Apres les toasts, de beaux vers de M. Grandmougin, enfant de Besancon
comme Victor Hugo, lus par M. le recteur, ont ete salues d'unanimes
applaudissements.

On a passe dans un jardin d'hiver qui avait ete improvise dans une
autre salle du palais Granvelle.

De beaux arbustes verts portaient des lanternes venitiennes d'un effet
charmant, l'hotel de ville et la maison ou est ne Victor Hugo etaient
brillamment illumines.

La foule repandue dans les rues participait a la fete par sa joie et
ses nombreux vivats auxquels faisait echo la musique militaire.--_Ad.
Pelleport._





1881




I

LA FETE DU 27 FEVRIER 1881


Le 12 fevrier 1881, un nombre de jeunes gens, ecrivains et artistes,
se reunissaient au Grand-Orient, sur la convocation de MM. Edmond
Bazire et Louis Jeannin. Louis Blanc et Anatole de la Forge
presidaient. Il s'agissait de convoquer Paris, les ecoles, les
associations ouvrieres, pour celebrer, par une grande manifestation
populaire, l'entree de Victor Hugo dans sa quatrevingtieme annee.

La date de la manifestation serait fixee au dimanche 27 fevrier. On
partirait de l'Arc de Triomphe et on irait, par rangs de douze ou
quinze, defiler devant les fenetres de Victor Hugo. Ce serait comme
une immense revue que passerait de tout le peuple de Paris le grand
poete de la France.

En meme temps, une fete litteraire serait donnee dans la salle du
Trocadero, ou des vers de Victor Hugo seraient dits par les acteurs de
la Comedie-Francaise [Note: Voir aux Notes.].

Un comite d'organisation fut elu. Il se composait de MM. Edmond
Bazire, Alfred Barbou, Emile Blemont, Delarue, Alfred Etievant, Flor
O'Squarr, Paul Foucher, Alfred Gassier, Ernest d'Hervilly, Louis
Jeannin, Lemarquand, Eugene Mayer, Catulle Mendes, Bertrand
Millanvoye, Joseph Montet, Adolphe Pelleport, Felix Regamey, Gustave
Rivet, A. Simon, Spoll, Paul Strauss, Maurice Talmeyr et Troimaux.

Le projet de la manifestation pouvait paraitre risque; la saison
etait froide et brumeuse, la neige ou la pluie allait tout empecher
peut-etre. La genereuse initiative de ces jeunes gens ne s'arreta
a aucune objection. Leur idee prit comme une trainee de poudre. De
toutes parts les adhesions arrivaient, les adresses pleuvaient, les
delegations se formaient. Le comite d'organisation, heureux d'etre
ainsi deborde, annoncait qu'il s'etait borne a proposer un programme,
mais qu'il n'entendait en aucune facon se substituer a l'initiative de
la population parisienne.

Le 25 fevrier, au soir, M. Jules Ferry, president du conseil, se
presentait chez Victor Hugo, lui apportant, au nom du gouvernement,
un magnifique vase de Sevres peint par Fragonard. "--Les manufactures
nationales, lui disait-il, ont ete instituees a l'origine pour offrir
des presents aux souverains. La Republique offre aujourd'hui ce vase a
un souverain de l'esprit."

Le 26, le conseil municipal de Paris, le conseil general de la Seine
deleguent leurs bureaux pour les representer a la fete du lendemain.
Les cercles, les lycees, les associations, les orpheons, les loges
maconniques prennent leurs rendez-vous.

La Ville fait dresser, a l'entree de l'avenue d'Eylau, deux mats
venitiens de vingt metres de hauteur, executes sur les dessins de M.
Alphand, et qui sont d'un caractere charmant et superbe. Au sommet,
les initiales R. F. Quatre ecussons etages sur chaque face portent
les titres des ouvrages du poete. Chaque mat est orne de faisceaux de
drapeaux et de lances dorees, avec bannieres bleues et roses. Les mats
sont relies par une grande draperie rose frangee d'or, ou se lit en
grands caracteres cette inscription:

VICTOR HUGO

NE LE 26 FEVRIER 1802

1881

Des palmes, des guirlandes de feuilles de chene, de sapin et de buis,
des arbustes, des plantes et des fleurs s'entremelent dans cette
elegante decoration.

Dans cette soiree du 26, inauguration, au theatre de la Gaite, de la
nouvelle direction Larochelle-Debruyere par une eclatante reprise de
_Lucrece Borgia_, avec Mme Favart et M. Dumaine.

Tout est pret pour le lendemain.

Il faut donner l'impression de cette grande journee dans les recits,
pris sur le vif, de Jules Claretie et de Gustave Rivet, dans le
_Rappel_ et dans le _Temps_.

Extrait du _Temps_:

C'est aujourd'hui une journee historique.

Paris,--et, avec Paris, la nation entiere, les deputations de
l'etranger, la jeunesse, cette _France en fleur_, a dit Victor Hugo
lui-meme,--tout un peuple fetant l'entree de Victor Hugo dans ses
quatrevingts ans, un tel spectacle est de ceux qui se gravent pour
l'avenir dans la memoire des hommes, et en couronnant l'oeuvre et la
vie de son grand poete, la France aura ajoute une admirable page a son
histoire.

Il semble que, sur les bannieres qui ont flotte aujourd'hui devant les
fenetres de l'avenue d'Eylau, on eut pu ecrire: _La Patrie a Victor
Hugo_. C'est la patrie, en effet, qui a celebre le poete patriote; ce
sont les generations reconnaissantes envers cet homme de toutes les
emotions, de toutes les joies qu'il leur a donnees, de toutes les
nobles pensees qu'il a fait eclore en elles, de toute la gloire que sa
gloire personnelle a fait rejaillir sur le pays.

Le peuple, pendant toute une journee, a defile devant la maison de
Victor Hugo en acclamant son nom. Et quand je dis peuple, toutes les
classes, tous les rangs, tous les ages etaient confondus dans ce flot
humain qui se deroulait des Tuileries a l'Arc de Triomphe et de l'Arc
de Triomphe a l'avenue d'Eylau.

N'y a-t-il pas dans la destinee du poete quelque chose de predestine?
N'etait-ce pas de l'Arc de Triomphe, qu'il a si souvent et si
magnifiquement chante, que devait necessairement partir l'immense
cortege qui a passe en saluant devant les fenetres de Victor Hugo?
C'est aujourd'hui surtout qu'il pourrait crier au "monument sublime":

Entre tes quatre pieds toute la ville abonde,
Comme une fourmiliere aux pieds d'un elephant!

Que de monde! Et qu'est-ce, a cote d'un tel concours de population,
que le triomphe theatral de Petrarque, le front encadre d'un camail
rouge, porte sur son char triomphal avec les Muses et les Graces,
escorte par les ecuyers, les pages, les seigneurs blasonnes et les
cardinaux?

Qu'est-ce que le triomphe de Voltaire, acclame par une foule ou,
deguisee, le coeur battant bien fort, Marie-Antoinette se cachait,
curieuse de voir passer l'auteur de _Candide_,--la jeune reine saluant
le vieillard roi?

La fete de Victor Hugo, c'est l'acclamation qui saluait Voltaire
centuplee par le telegraphe, le telephone, le fil electrique qui
envoie au poete le salut de l'Amerique; c'est le peuple courant a son
poete, comme la reine au philosophe; c'est le triomphe de Voltaire
multiplie par les forces du dix-neuvieme siecle.--_Jules Claretie_.

Extrait du _Rappel_:

Des le matin, toute l'avenue d'Eylau etait deja pleine d'une foule
animee; on pavoisait les fenetres, on etablissait des estrades, on se
massait devant la maison du poete, decoree avec un gout exquis par les
soins du comite et de la Ville de Paris. M. Alphand avait envoye ses
plus belles fleurs.

Devant la porte, sur un piedestal aux couleurs bleues et roses
frangees d'or, un grand laurier d'or dont la pointe touche au premier
etage.

Aux deux cotes de la maison, de grandes estrades couvertes de fleurs
et de plantes vertes font un decor de printemps; des palmes sont
attachees aux arbres; et, devant la maison, aux pointes de fer de
la marquise, aux fenetres, devant la porte, sont accrochees des
couronnes, sont amonceles des palmes et des lauriers envoyes pas les
villes des departements.

Il nous a ete impossible de noter les inscriptions de toutes les
couronnes; citons au hasard: de Marseille, la couronne de l'Athenee
meridional, avec cette inscription: "_Au poete, au philosophe, au
grand justicier de la cause des peuples_"; le Cercle de la Federation
a envoye une grande couronne d'or et d'argent; le Cercle de l'Aurore
une superbe palme d'or et d'argent; la societe le Reveil social, une
palme d'or.

A chaque instant, une delegation des departements vient apporter des
fleurs; des bouquets merveilleux arrivent du Midi, de Nice, de Toulon;
l'un d'eux, tout entier de myosotis, avec ces mots en fleurs rouges:
_A Victor Hugo_. Un autre, enorme, fait de superbes violettes, avec
les initiales du poete tracees en fleurs de jasmin blanc.

L'interieur de la maison est aussi tout fleuri; depuis la veille,
chaque heure apporte une foule de bouquets qui decorent le salon, la
salle a manger, la veranda. Partout, partout de la verdure et des
fleurs. Une couronne immense a ete envoyee par la Comedie-Francaise,
faite de roses blanches et roses, avec les titres, brodes sur
des drapelets de soie rouge, des drames du poete representes au
Theatre-francais: _Hernani, Le Roi s'amuse, Angelo, Les Burgraves,
Marion de Lorme, Ruy Blas_.

A dix heures et demie, dans une maison qui fait face a celle du poete,
s'organise le cortege de petits enfants qui doivent dire un compliment
au Maitre. Une banniere bleue et rose, avec cette inscription: _L'Art
d'etre grand-pere_, est tenue par une petite fille, ayant a ses cotes
des enfants qui portent des bouquets et tiennent les rubans de la
banniere.

Au dehors, s'est organise le defile des enfants des ecoles, qu'on
a amenes a cette heure pour qu'ils ne courent aucun danger dans la
foule; les petites filles bleues et roses prennent la tete du cortege,
accompagnees des membres du comite.

La deputation est introduite dans le salon, et Victor Hugo embrasse
d'abord la plus petite, en disant:--Je vous embrasse tous en elle, mes
chers enfants.--Comme ils sont charmants! ajoute le poete; et il dit:
Je veux embrasser aussi la porte-banniere.

L'enfant, qui est la fille de notre confrere Etievant, recite avec une
grace emue ces jolies strophes de Catulle Mendes:

Nous sommes les petits pinsons,
Les fauvettes au vol espiegle
Qui viennent chanter des chansons
A l'Aigle.

Il est terrible! mais tres doux,
Et sans que son courroux s'allume
On peut fourrer sa tete sous
Sa Plume.

Nous sommes, en bouton encor,
Les fleurs de l'aurore prochaine,
Qui parfument les mousses d'or
Du Chene.

....Nous sommes les petits enfants
Qui viennent gais, vifs, heureux d'etre,
Feter de rires triomphants
L'Ancetre.

Si Jeanne et George sont jaloux,
Tant pis pour eux! c'est leur affaire....
Et maintenant embrassez-nous,
Grand-Pere!

On applaudit, Victor Hugo serre la main a ses amis et recoit les
bouquets que lui offrent les enfants.

"Je les accepte pour vous les offrir", dit le poete a Mmes Leon Cladel
et Gustave Rivet, qui recoivent avec emotion ces souvenirs precieux.

Arrive M. Herold, prefet de la Seine. Il presente au poete ses enfants
qui portent un bouquet. Victor Hugo offre a Mme Edouard Lockroy le
bouquet de M. Herold.

La deputation sort de la maison, et au dehors tous les enfants des
ecoles demandent a voir Victor Hugo. Il parait a sa fenetre; une
immense acclamation retentit de toutes ces jeunes voix et de celles de
la foule massee sur les trottoirs. Vive Victor Hugo! vive Victor Hugo!
crient les enfants, en envoyant des baisers au poete.

Les ecoles defilent et s'eloignent.

Victor Hugo dejeune alors avec ses petits-enfants et M. et Mme
Lockroy. Dejeuner de famille. Aucun invite.

La foule grossit toujours autour du logis. Lui n'a rien change a ses
habitudes; il a du travailler ce matin comme chaque jour, et son
dejeuner a lieu sans aucun apparat.

Une nouvelle deputation des ecoles arrive. Victor Hugo se montre a la
fenetre du petit salon de gauche, et salue les enfants de la main avec
son paternel sourire.

A ce moment, apparait la deputation du conseil municipal de Paris,
precedee par deux huissiers.

En tete, MM. Thorel, Sigismond Lacroix, Murat. Tous s'arretent, tete
nue, sous la fenetre de Victor Hugo. Il se fait un grand silence.

Victor Hugo prononce le discours suivant, interrompu a chaque phrase
par les applaudissements et les cris de: Vive Victor Hugo!

Je salue Paris.

Je salue la ville immense.

Je la salue, non en mon nom, car je ne suis rien; mais au nom de tout
ce qui vit, raisonne, pense, aime et espere ici-bas.

Les villes sont des lieux benis; elles sont les ateliers du travail
divin. Le travail divin, c'est le travail humain. Il reste humain tant
qu'il est individuel; des qu'il est collectif, des que son but est
plus grand que son travailleur, il devient divin; le travail des
champs est humain, le travail des villes est divin.

De temps en temps, l'histoire met un signe sur une cite. Ce signe est
unique. L'histoire, en quatre mille ans, marque ainsi trois cites qui
resument tout l'effort de la civilisation. Ce qu'Athenes a ete pour
l'antiquite grecque, ce que Rome a ete pour l'antiquite romaine, Paris
l'est aujourd'hui pour l'Europe, pour l'Amerique, pour l'univers
civilise. C'est la ville et c'est le monde. Qui adresse la parole a
Paris adresse la parole au monde entier. _Urbi et orbi_.

Donc, moi, l'humble passant qui n'ai que ma part de votre droit a
tous, au nom des villes, de toutes les villes, des villes d'Europe
et d'Amerique et du monde civilise, depuis Athenes jusqu'a New-York,
depuis Londres jusqu'a Moscou, en ton nom, Madrid, en ton nom, Rome,
je glorifie avec amour et je salue la ville sacree, Paris.

Le discours acheve, les chapeaux s'agitent, on crie: bravo! et le
conseil municipal s'eloigne. Quelques flocons de neige tombent, mais
les tetes de la foule sont toujours nues.

A onze heures et demie, on place devant la maison le buste dore de la
Republique, que le sculpteur Francia vient d'envoyer a Victor Hugo, et
la foule, qui grossit de plus en plus, crie: Vive Victor Hugo! vive la
republique!

On commence a apercevoir au loin, du cote de l'Arc de Triomphe, des
masses noires que dominent des bannieres.

Les membres du comite d'organisation, avec les commissaires de la
fete, sont a leur poste, Ils ont fait tendre devant la maison des
rubans bleus et roses en guise de barrieres, et ils contiennent sur
les trottoirs la foule qui s'y est massee, attendant le defile.

Pas un sergent de ville dans l'avenue, les commissaires de la fete
font eux-memes garder l'avenue libre, et tout se prepare dans le plus
grand ordre.

Le temps est gris, mais un grand souffle de joie et de fete passe sur
tous les fronts.

Les amis, connus et inconnus, de Victor Hugo viennent apporter leurs
cartes, qu'on entasse dans des corbeilles, a cote des fleurs et des
couronnes.

Deux Chinois, en robe bleue, leur parapluie a la main, viennent se
meler a la foule, plus civilises certes que ne pouvaient etre des
Hurons apportant leur hommage a Voltaire.

Un photographe arrive et installe son objectif devant la maison meme,
tandis que les dessinateurs des journaux illustres prennent des
croquis. Un peintre, M. H. Scott fait, _au fond de la boite_, comme on
dit, debout, le pinceau a la main, malgre le froid, une etude peinte
de l'entassement des fleurs et des couronnes au seuil du logis.

Cependant le cortege en marche s'est approche; la _Marseillaise_
retentit.

Il est midi. Le defile commence.

Victor Hugo est a sa fenetre, au premier etage. A ses cotes, personne
autre que Georges et Jeanne.

Et alors c'est un spectacle merveilleux, inoui, unique, et tel qu'on
n'en vit jamais: de midi a la nuit, sans relache, comme une mer
toujours montante, le flot de la population n'a pas cesse de defiler
devant la maison, en criant: Vive Victor Hugo!

Et tout etait mele dans cette grande foule, les habits noirs, les
blouses, les casquettes, les chapeaux; des soldats de toutes les
armes, les vieux en uniformes d'invalides; des vieillards, des jeunes
filles; des meres en passant elevaient leurs enfants vers Victor Hugo,
et les enfants lui envoyaient des baisers. Bien des yeux pleuraient;
et c'etait le plus beau et le plus attendrissant des spectacles que
celui de ce peuple les mains levees vers ce genie; on sentait toutes
les ames confondues dans une seule et meme pensee.

Plusieurs groupes, en passant devant la maison, apres avoir acclame
et salue le poete, deposent a son seuil leurs couronnes ou leurs
souvenirs.

La chambre ou se tient le poete est bientot remplie d'adresses et
d'ecrins; nous y voyons une magnifique plume d'or ciselee, avec cette
dedicace: "A Victor Hugo. Ses admirateurs de Saint-Quentin". Puis une
couronne de chene en bronze vert, nouee par un ruban d'or massif,
venant du Cercle de la meme ville.

Les societes de gymnase de la Seine, qui ont pu traverser cette foule
formidable, ont fait remettre une superbe medaille frappee pour
cette circonstance solennelle; elle est soutenue par une large palme
d'argent finement ciselee.

Une admirable couronne porte cette mention: _Les Francais de
Californie a Victor Hugo_; une autre: _l'Alliance latine a Victor
Hugo_.

Une medaille est offerte par la Societe des anciens eleves des Ecoles
nationales des arts et metiers.

Un livre richement relie porte ce titre: _Basni Vicktora Huga_. C'est
un volume de la traduction des ouvres du poete en langue tcheque,
celui de la _Legende des Siecles_.

Dans un buvard riche, a cadre de bronze cisele, avec coins d'email
incruste d'or et d'argent, se trouve une adresse ecrite sur parchemin;
c'est celle de la Societe des hommes de lettres viennois, la
_Concordia_.

Les societes chantantes viennent rendre leur hommage gaulois au plus
grand des Francais. Parmi elles nous lisons sur leurs bannieres les
noms des Gais parisiens, la societe des Epicuriens, et, arborant sans
crainte de leurs femmes leur drapeau, la societe des Amis du divorce.

Un drapeau est particulierement acclame au passage, apres qu'il s'est
incline devant Victor Hugo, c'est un vieux drapeau fane portant le
faisceau coiffe du bonnet phrygien et l'inscription: Garde nationale
de Thionville, 1792.

Il nous est impossible d'enumerer les bannieres des corporations, des
chambres syndicales, des societes, des orpheons, des fanfares, qui
durant tout le jour ont defile.

La Societe des gens de lettres ouvrait la marche; puis les eleves de
l'Ecole normale superieure, apportant une enorme couronne de lauriers,
aux rubans violets, couleur de l'Universite.

Une societe de jeunes gens, la _Lecture_, apporte une table couverte
de lilas blancs et de roses.

Les eleves des lycees, ranges en compagnies, passent martialement,
marchant au pas dans un ordre admirable; ils sont acclames. Ils
deposent des couronnes devant la maison; l'une d'elles, de lauriers,
de roses et de bleuets, porte cette inscription: "_Au Pere! Ses fils
du Lycee Fontanes_."

Les eleves de Louis-le-Grand, de Saint-Louis, de Sainte-Barbe, de
Henri IV. Ceux du lycee de Versailles, apportent un immense bouquet.
Du lycee de Valenciennes, une couronne. Tout le defile de cette
jeunesse est saisissant; l'emotion etrangle les cris. C'est la France
de demain qui passe.

Ensuite defilent les anciens eleves des Arts et Metiers, avec un
immense bouquet envoye de Nice. La deputation du cercle republicain de
Saint-Quentin apporte une magnifique couronne d'or sur un coussin de
velours rouge. Le journal _la Lanterne_ envoie un superbe trophee
de lilas blanc et de camelias rouges, ou s'enroulent des rubans qui
portent le nom des oeuvres du maitre.

La societe Cheve passe en chantant la _Marseillaise_.--Vive la
republique!

Des artilleurs en rang saluent militairement.

Parfois, respectueusement, la foule salue sans rien dire. Des jeunes
gens des clubs elegants passent et otent leurs chapeaux correctement.

Et ce n'etait pas seulement Paris, c'etaient la France et le monde
entier qui etaient representes.

L'Association litteraire internationale depose ses cartes. Elle a
remis a Victor Hugo quatre volumes relies des adhesions qu'elle a
recues de tous pays.

L'Union francaise de la jeunesse, au nombre de 500, avec ses eleves,
ses professeurs, les directeurs de sections, apporte une longue et
eloquente adresse.

Nous n'avons pu lire toutes les inscriptions des bannieres des
corporations, des orpheons, des fanfares.

C'est la fanfare d'Ivry, de Levallois-Perret, l'harmonie
d'Arcueil-Cachan, la chambre syndicale des ouvriers boulangers, des
horlogers de Paris, des tourneurs en cuivre, des serruriers, des
gantiers.

Le choral de Belleville chante a Victor Hugo un hymne, imprime sur
papier tricolore; la foule applaudit, crie: _Bis!_ et le choeur
repete:

Nous donnerons tout le sang de la France
Pour la patrie et pour la liberte!

Une societe de recitation, conduite par M. Leon Ricquier, apporte une
magnifique corbeille de fleurs naturelles. On met a cote un bouquet de
deux sous que vient offrir un enfant.

Le choral de la Villette passe en chantant un choeur: _En avant_!

Puis des collegiens encore, et toute une ecole d'enfants, l'avenir.

Victor Hugo essuie une larme, salue de la main. Les cris de vive
Victor Hugo se font entendre et la foule continue sa marche,
respectueuse, presque recueillie. Puis une fanfare eclate, et les cris
renaissent.

Il est impossible de decrire l'aspect de l'avenue vers deux heures;
les trottoirs sont couverts d'une foule enorme; les maisons sont
pavoisees; les balcons sont couverts de monde, il y en a jusque sur
les toits; on s'entasse sur des estrades etablies dans les jardins,
sur les murs, sur les grilles; des enfants sont perches dans tous les
arbres.

Et le defile ne cesse pas.

Un instant la foule est tellement compacte qu'un arret se produit, les
commissaires se multiplient pour faire avancer et circuler cette foule
qui se succede sans relache, qui arrive en masses profondes, occupant
toute la largeur de l'avenue, et l'ordre n'est pas trouble un seul
moment; point de tumulte dans ce defile de toute une ville.

Une jeune femme s'evanouit, on lui apporte une chaise de chez Mme
Lockroy. On la soigne. Elle revient a elle.

Autant qu'il est permis d'evaluer la foule, on peut dire que cent
mille personnes par heure ont passe sous les fenetres de Victor Hugo,
de midi a six heures du soir.

Le temps froid et neigeux du matin est devenu plus doux. Le poete,
toujours debout a sa fenetre, contemple silencieusement la foule,
sourit a ces sourires et rend le salut a ces saluts.

Voici la banniere bleue des Felibres; les poetes du Midi acclament
Victor Hugo, la banniere s'incline; Victor Hugo salue. Une delegation
de Rodez remet une couronne avec cette inscription: _Au poete, au
citoyen_! Passent sous leur banniere, les ouvriers galochiers, les
emballeurs, les tonneliers; le cercle de l'Aurore de Marseille envoie
une superbe couronne; voici la fanfare du Xe arrondissement, la
fanfare de Bagneux, le Choral-Francais, la fanfare de l'Industrie,
le Choral des Amis de la Seine; tous chantent et jouent aux
applaudissements de la foule. A ce moment on apporte un magnifique
coussin brode d'or, avec cette inscription: "Au poete, de la part du
prince de Lusignan."

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