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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, Vol. 4

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, Vol. 4

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Liberte, cela s'adresse au peuple; Egalite, cela s'adresse aux hommes;
Fraternite, cela s'adresse aux ames.

Navigateurs en detresse, abordez a ce grand rivage, la Republique.

Le port est la. (_Longue acclamation. Cris de: Vive la republique!
Vive l'amnistie! Vive Victor Hugo_!)




II

LE SEIZE MAI


I

LA PROROGATION

Le 16 mai 1877, un essai preliminaire de coup d'etat fut tente par M.
le marechal de Mac-Mahon, president de la Republique. Brusquement il
congedia, sur les plus futiles pretextes, le ministere republicain de
M. Jules Simon, qui reunissait dans la chambre une majorite de deux
cents voix. Le nouveau cabinet, sous la presidence de M. de Broglie,
ne fut compose que de monarchistes.

Deux jours apres, un decret du president de la Republique prorogeait
le parlement pour un mois.

Aussitot les gauches des deux chambres tinrent chacune leur reunion
pleniere et redigerent des declarations collectives adressees au pays.

Dans la reunion des gauches du Senat, Victor Hugo prit la parole:

Dans quelles circonstances l'evenement qui nous preoccupe se
produit-il?

Laissez-moi vous le dire. Deux choses me frappent.

Voici la premiere:

La France etait en pleine paix, en pleine convalescence de ses
derniers malheurs, en pleine possession d'elle-meme; la France
donnait au monde tous les grands exemples, l'exemple du travail, de
l'industrie, du progres sous toutes les formes; elle etait superbe
de tranquillite et d'activite; elle se preparait a convier tous
les peuples chez elle; elle prenait l'initiative de l'Exposition
universelle, et, meurtrie, mutilee, mais toujours grande, elle allait
donner une fete a la civilisation. En ce moment-la, dans ce calme
fecond et auguste, quelqu'un la trouble. Qui? Son gouvernement. Une
sorte de declaration de guerre est faite. A qui? A la France en paix.
Par qui? Par le pouvoir. (_Oui! oui!--Adhesion unanime_.)

La seconde chose qui me frappe, la voici:

Si la France est en paix, l'Europe ne l'est pas. Si au dedans nous
sommes tranquilles, au dehors nous sommes inquiets. Le continent prend
feu. Deux empires se heurtent en orient; au nord, un autre empire
guette; a cote du nord, une puissante nation voisine fait son
branle-bas de combat. Plus que jamais, il importe que la France, pour
rester forte, reste paisible. Eh bien! c'est le moment qu'on choisit
pour l'agiter! C'est pour le pays l'heure de la prudence; c'est pour
le gouvernement l'heure des imprudences.

Ces deux grands faits, la paix en France, la guerre en Europe,
exigeaient tous les deux un gouvernement sage. C'est l'instant que
prend le gouvernement pour devenir un gouvernement d'aventure.

Une etincelle suffirait pour tout embraser; le gouvernement secoue la
torche. (_Sensation profonde_.)

Oui, gouvernement d'aventure. Je ne veux pas, pour l'instant, le
qualifier plus severement, esperant toujours que le pouvoir se sentira
averti par l'enormite de certains souvenirs, et qu'il s'arretera.
Je recommande au pouvoir personnel la lecture attentive de la
constitution. (_Mouvement_.)

Il y a la sur la responsabilite plusieurs articles serieux.

J'en pourrais dire davantage. Mais je me borne a ces quelques paroles.
J'ai une fonction comme senateur et une mission comme citoyen; je ne
faillirai ni a l'une ni a l'autre.

Vous, mes collegues, vous resisterez vaillamment, je le sais et je
le declare, aux empietements illegaux et aux usurpations
inconstitutionnelles. Surveillons plus que jamais le pouvoir. Dans la
situation ou nous sommes, souvenez-vous de ceci: toute la defiance que
vous montrerez au nouveau ministere, vous sera rendue en confiance par
la nation.

Messieurs, rassurons la France, rassurons-la dans le present,
rassurons-la dans l'avenir.

La republique est une delivrance definitive. Esperance est un des
noms de la liberte. Aucun piege ne reussira. La verite et la raison
prevaudront. La justice triomphera de la magistrature. La conscience
humaine triomphera du clerge. La souverainete nationale triomphera des
dictatures, clericales ou soldatesques.

La France peut compter sur nous, et nous pouvons compter sur elle.

Soyons fideles a tous nos devoirs, et a tous nos droits. (_Adhesion
unanime.--Applaudissements prolonges_.)


II

LA DISSOLUTION

La prorogation d'un mois expiree, le marechal de Mac-Mahon adresse,
le 17 juin, un message au senat, lui demandant, aux termes de la
constitution, de prononcer avec le president de la Republique, la
dissolution de la chambre des deputes.

La chambre des deputes replique aussitot par un ordre du jour
declarant que "le ministere n'a pas la confiance de la nation". Cet
ordre du jour est vote par 363 voix contre 158.

Le 21 juin, les bureaux du senat se reunissent pour nommer la
commission chargee du rapport sur la demande de dissolution.

Dans le quatrieme bureau, dont Victor Hugo fait partie, se passe
l'incident suivant, rapporte ainsi par _le Rappel_.

_Reunion dans les bureaux du senat_.

"Il s'est produit, au 4e bureau, un incident qui a cause une vive
emotion.

"M. Victor Hugo fait partie de ce bureau. M. le vicomte de Meaux,
ministre du commerce, en fait egalement partie.

"La discussion s'est ouverte sur le projet de dissolution.

"Apres des discours de MM. Bertauld et de Lasteyrie contre le projet
et de MM. de Meaux et Depeyre pour, la seance semblait terminee,
lorsque M. Victor Hugo a demande la parole.

"Il a dit:

J'ai garde le silence jusqu'a ce moment, et j'etais resolu a ne point
intervenir dans le debat, esperant qu'une question essentielle serait
posee, et aimant mieux qu'elle le fut par d'autres que par moi.

Cette question n'a pas ete posee. Je vois que la seance va se clore,
et je crois de mon devoir de parler. Je desire n'etre point nomme
commissaire, et je prie mes amis de voter, comme je le ferai moi-meme,
pour notre honorable collegue, M. Bertauld.

Cela dit, et absolument desinteresse dans le vote qui va suivre,
j'entre dans ce qui est pour moi la question necessaire et immediate.

Un ministre est ici present. Je profite de sa presence, c'est a
lui que je parle, et voici ce que j'ai a dire a M. le ministre du
commerce:

Il est impossible que le president de la Republique et les membres du
cabinet nouveau n'aient point examine entre eux une eventualite, qui
est pour nous une certitude: le cas ou, dans trois mois, la chambre,
dissoute aujourd'hui, reviendrait augmentee en nombre dans le sens
republicain, et, ce qui est une augmentation plus grande encore,
accrue en autorite et en puissance par son mandat renouvele et par le
vote decisif de la France souveraine.

En presence de cette chambre, qui sera a la fois la chambre ancienne,
repudiee par le pouvoir personnel, et la chambre nouvelle, voulue
par la souverainete nationale, que fera le gouvernement? quels plans
a-t-il arretes? quelle conduite compte-t-il suivre? Le president
fera-t-il simplement son devoir, qui est de se retirer et d'obeir a la
nation, et les ministres disparaitront-ils avec lui? En un mot, quelle
est la resolution du president et de son cabinet, dans le cas grave
que je viens d'indiquer?

Je pose cette question au membre du cabinet ici present. Je la pose
categoriquement et absolument. Aucun faux-fuyant n'est possible: ou le
ministre me repondra, et j'enregistrerai sa reponse; ou il refusera de
repondre, et je constaterai son silence. Dans les deux cas, mon but
sera atteint; et, que le ministre parle ou qu'il se taise, l'espece de
clarte que je desire, je l'aurai.

"Sur ces paroles, au milieu du profond silence et de l'attente unanime
des senateurs, M. de Meaux s'est leve. Voici sa reponse:

"La question posee par M. Victor Hugo ne pourrait etre posee qu'au
president de la Republique, et excede la competence des ministres."

"Une certaine agitation a suivi cette reponse. MM. Valentin, Ribiere,
Lepetit et d'autres encore se sont vivement recries.

"M. Victor Hugo a repris la parole en ces termes:

Vous venez d'entendre la reponse de M. le ministre. Eh bien! je vais
repliquer a l'honorable M. de Meaux par un fait qui est presque pour
lui un fait personnel.

Un homme qui lui touche de tres pres, orateur considerable de la
droite, dont j'avais ete l'ami a la chambre des pairs et dont j'etais
l'adversaire a l'assemblee legislative, M. de Montalembert, apres la
crise de juillet 1851, s'emut, bien qu'allie momentane de l'Elysee,
des intentions qu'on pretait au president, M. Louis Bonaparte, lequel
protestait du reste de sa loyaute.

M. de Montalembert, alors, se souvenant de notre ancienne amitie, me
pria de faire, en mon nom et au sien, au ministre Baroche, la question
que je viens de faire tout a l'heure a M. de Meaux.... (_Profond
mouvement d'attention_.) Et le ministre d'alors fit a cette question
identiquement la meme reponse que le ministre d'aujourd'hui.

Trois mois apres, eclatait ce crime qui s'appellera dans l'histoire le
2 decembre.

"Une vive emotion succede a ces paroles.

"Aucune replique de M. de Meaux. Exclamations des senateurs presents.

"Le president du bureau, M. Batbie, fait, tardivement, remarquer
que les interpellations aux ministres ne sont d'usage qu'en seance
publique; dans les bureaux, il n'y a pas de ministre; un membre parle
a un membre, un collegue a un collegue; et M. Victor Hugo ne peut pas
exiger de M. de Meaux une autre reponse que celle qui lui a ete faite.

"--Je m'en contente! s'ecrie M. Victor Hugo.

"Et les quinze membres de la gauche applaudissent."


_Seance publique du senat._

--12 JUIN 1877.--


Messieurs,

Un conflit eclate entre deux pouvoirs. Il appartient au senat de les
departager. C'est aujourd'hui que le senat va etre juge.

Et c'est aujourd'hui que le senat va etre juge. (_Applaudissements a
gauche._)

Car si au-dessus du gouvernement il y a le senat, au-dessus du senat
il y a la nation.

Jamais situation n'a ete plus grave.

Il depend aujourd'hui du senat de pacifier la France ou de la
troubler.

Et pacifier la France, c'est rassurer l'Europe; et troubler la France,
c'est alarmer le monde.

Cette delivrance ou cette catastrophe dependent du senat.

Messieurs, le senat va aujourd'hui faire sa preuve. Le
senat aujourd'hui peut etre fonde par le senat. (_Bruit a
droite.--Approbation a droite._)

L'occasion est unique, vous ne la laisserez pas echapper.

Quelques publicistes doutent que le senat soit utile; montrez que le
senat est necessaire.

La France est en peril, venez au secours de la France. (_Bravos a
gauche_.)

Messieurs, le passe donne quelquefois des renseignements. De certains
crimes, que l'histoire n'oublie pas, ont des reflets sinistres, et
l'on dirait qu'ils eclairent confusement les evenements possibles.

Ces crimes sont derriere nous, et par moments nous croyons les revoir
devant nous.

Il y a parmi vous, messieurs, des hommes qui se souviennent.
Quelquefois se souvenir, c'est prevoir. (_Applaudissements a gauche_.)

Ces hommes ont vu, il y a vingt-six ans, ce phenomene:

Une grande nation qui ne demande que la paix, une nation qui sait ce
qu'elle veut, qui sait d'ou elle vient et qui a droit de savoir ou
elle va, une nation qui ne ment pas, qui ne cache rien, qui n'elude
rien, qui ne sous-entend rien, et qui marche dans la voie du progres
droit devant elle et a visage decouvert, la France, qui a donne a
l'Europe quatre illustres siecles de philosophie et de civilisation,
qui a proclame par Voltaire la liberte religieuse (_Protestations
a droite, vive approbation a gauche_) et par Mirabeau la liberte
politique; la France qui travaille, qui enseigne, qui fraternise, qui
a un but, le bien et qui le dit, qui a un moyen, le juste, et qui le
declare, et, derriere cet immense pays en pleine activite, en
pleine bonne volonte, en pleine lumiere, un gouvernement masque.
(_Applaudissements prolonges a gauche. Reclamations a droite_.)

Messieurs, nous qui avons vu cela, nous sommes pensifs aujourd'hui,
nous regardons avec une attention profonde ce qui semble etre devant
nous: une audace qui hesite, des sabres qu'on entend trainer, des
protestations de loyaute qui ont un certain son de voix; nous
reconnaissons le masque. (_Sensation_.)

Messieurs, les vieillards sont des avertisseurs. Ils ont pour fonction
de decourager les choses mauvaises et de deconseiller les choses
perilleuses. Dire des paroles utiles, dussent-elles paraitre inutiles,
c'est la leur dignite et leur tristesse. (_Tres bien! a gauche_.)

Je ne demande pas mieux que de croire a la loyaute, mais je me
souviens qu'on y a deja cru. (_C'est vrai! a gauche_.) Ce n'est pas ma
faute si je me souviens. Je vois des ressemblances qui m'inquietent,
non pour moi qui n'ai rien a perdre dans la vie et qui ai tout a
gagner dans la mort, mais pour mon pays. Messieurs, vous ecouterez
l'homme en cheveux blancs qui a vu ce que vous allez revoir peut-etre,
qui n'a plus d'autre interet sur la terre que le votre, qui vous
conseille tous avec droiture, amis et ennemis, et qui ne peut ni hair
ni mentir, etant si pres de la verite eternelle. (_Profonde sensation.
Applaudissements prolonges_.)

Vous allez entrer dans une aventure. Eh bien, ecoutez celui qui en
revient. (_Mouvement_.) Vous allez affronter l'inconnu, ecoutez celui
qui vous dit: l'inconnu, je le connais. Vous allez vous embarquer sur
un navire dont la voile frissonne au vent, et qui va bientot partir
pour un grand voyage plein de promesses, ecoutez celui qui vous dit:
Arretez, j'ai fait ce naufrage-la. (_Applaudissements_.)

Je crois etre dans le vrai. Puisse-je me tromper, et Dieu veuille
qu'il n'y ait rien de cet affreux passe dans l'avenir!

Ces reserves faites,--et c'etait mon devoir de les faire,--j'aborde
le moment present, tel qu'il apparait et tel qu'il se montre, et je
tacherai de ne rien dire qui puisse etre conteste.

Personne ne niera, je suppose, que l'acte du 16 mai ait ete inattendu.

Cela a ete quelque chose comme le commencement d'une premeditation qui
se devoile.

L'effet a ete terrible.

Remontons a quelques semaines en arriere. La France etait en plein
travail, c'est-a-dire en pleine fete. Elle se preparait a l'Exposition
universelle de 1878 avec la fierte joyeuse des grandes nations
civilisatrices. Elle declarait au monde l'hospitalite. Paris,
convalescent, glorieux et superbe, elevait un palais a la fraternite
des nations; la France, en depit des convulsions continentales, etait
confiante et tranquille, et sentait s'approcher l'heure du supreme
triomphe, du triomphe de la paix. Tout a coup, dans ce ciel bleu un
coup de foudre eclate, et au lieu d'une victoire on apporte a la
France une catastrophe. (_Vive emotion.--Bravos a gauche_.)

Le 15 mai, tout prosperait; le 16, tout s'est arrete. On a assiste au
spectacle etrange d'un malheur public, fait expres. (_Sensation_.)
Subitement, le credit se deconcerte; la confiance disparait; les
commandes cessent; les usines s'eteignent; les manufactures se
ferment; les plus puissantes renvoient la moitie de leurs ouvriers;
lisez les remontrances des chambres de commerce; le chomage, cette
peste du travail, se repand et s'accroit, et une sorte d'agonie
commence. Ce que cette calamite, le 16 mai, coute a notre industrie, a
notre commerce, a notre travail national, ne peut se chiffrer que
par des centaines de millions. (_Allons donc! a droite.--Oui! oui! a
gauche_.)

Eh bien, messieurs, aujourd'hui que vous demande-t-on? De la
continuer. Le 16 mai desire se completer. Un mois d'agonie, c'est peu;
il en demande quatre. Dissolvez la chambre. On verra ou la France en
sera au bout de quatre mois. La duree du 16 mai, c'est la duree de la
catastrophe. Aggravation funeste. Partout la stagnation commerciale,
partout la fievre politique. Trois mois de querelle et de haine.
L'angoisse ajoutee a l'angoisse. Ce qui n'etait que le chomage sera la
faillite; ruine pour les riches, famine pour les pauvres; l'electeur
accule a son droit; l'ouvrier sans pain arme du vote. La colere melee
a la justice. Tel est le lendemain de la dissolution. (_Mouvement_.)

Si vous l'accordiez, messieurs, le service que le 16 mai aurait rendu
a la France equivaudrait au service vice que rend une rupture de rails
a un train lance a toute vapeur. (_C'est vrai_!)

Et j'hesite a achever ma pensee, mais il faut, sinon tout dire, au
moins tout indiquer.

Messieurs, reflechissez. L'Europe est en guerre. La France a des
ennemis. Si, en l'absence des chambres, dans l'eclipse de la
souverainete nationale, si l'etranger....

(_Bruit et protestations a droite.--A gauche_: N'interrompez pas!--_M.
le president_: Faites silence!--_A gauche_: C'est a la droite qu'il
faut dire cela!)

....Si l'etranger profitait de cette paralysie de la France, si ... je
m'arrete.

Ici, messieurs, la situation apparait tellement grave, que nous avons
pu voir dans les bureaux du senat des membres du cabinet faire appel a
notre patriotisme et nous demander de ne pas insister.

Nous n'insistons pas.

Mais nous nous retournons vers le pouvoir personnel, et nous lui
disons:

La guerre exterieure actuelle ajoutee a la crise interieure faite par
vous cree une situation telle que, de votre aveu, l'on ne peut pas
meme sonder ce qui est possible. Pourquoi alors faire cette crise?
Puisque vous avez le choix du moment, pourquoi choisir ce moment-ci?
Vous n'avez aucun reproche serieux a faire a la chambre des deputes;
le mot _radical_ applique a ses tendances ou a ses actes est vide de
sens. La chambre a eu le tres grand tort, a mes yeux, de ne pas voter
l'amnistie; mais je ne suppose pas que ce soit la votre grief contre
elle. (_Sourires a gauche_.) La chambre des deputes a pousse l'esprit
de conciliation et de consentement jusqu'a partager avec le senat son
privilege en matiere d'impots, c'est-a-dire qu'elle a fait en France
plus de concessions au senat que la chambre des communes n'en fait
en Angleterre a la chambre des lords. (_A gauche: C'est vrai_!) La
chambre des deputes, a part les turbulences de la droite, est moderee,
parlementaire et patriote; seulement il y a entre elle, chambre
nationale, et vous, pouvoir personnel, incompatibilite d'humeur; vous
avez, a ce qu'il parait, des theories politiques qui font mauvais
menage avec les theories politiques de la chambre des deputes, et
vous voulez divorcer. Soit. Mais il n'y a la aucune urgence. Pourquoi
prendre l'heure la plus perilleuse? Dissoudre la chambre en ce moment,
c'est desarmer la France. (_Mouvement_.) Pourquoi ne pas attendre que
le conflit europeen soit apaise? Quand la situation sera redevenue
calme, si votre incompatibilite d'humeur ne s'est pas dissipee,
si vous persistez dans votre fantaisie theorique, vous nous en
reparlerez, et, puisque nous sommes ce qu'en Angleterre on appelle la
cour des divorces, nous aviserons. Nous choisirons entre la chambre et
vous. Mais rien ne presse, attendez. En ce moment, soyons prudents, et
n'ajoutons pas, de gaiete de coeur, a la complication exterieure, deja
tres redoutable, une complication interieure plus redoutable encore.
(_Tres bien! tres bien! a gauche_.)

Nous disons cela, qui est sage.

Messieurs, une chose me frappe, et je dois la dire: c'est qu'en ce
moment, dans l'heure critique ou nous sommes, l'esprit de gouvernement
est de ce cote (_montrant la gauche_), et l'esprit de revolution est
du cote oppose (_montrant la droite_). (_C'est vrai! c'est vrai! a
gauche_).

En effet, que veut-on de ce cote, du cote republicain?

Le maintien de ce qui est, l'amelioration lente et sage des
institutions, le progres pas a pas, aucune secousse, aucune violence,
le suffrage universel, c'est-a-dire la paix entre les opinions, et
l'Exposition universelle, c'est-a-dire la paix entre les nations. Et
qu'est-ce que cet ensemble de bonnes volontes tournees vers le bien?
Messieurs, c'est l'esprit de gouvernement. (_Applaudissements a
gauche_.)

Et du cote oppose, du cote monarchique, que veut-on?

Le renversement de la republique, la paix publique livree a la
competition de trois monarchies, le parti pris pour le pape contre
notre alliee l'Italie, la partialite pour un culte allant jusqu'a
l'acceptation d'une guerre religieuse eventuelle (_Denegations a
droite.--A gauche: Oui! oui!_), et cela a une epoque ou la France
ne peut et ne doit faire que des guerres patriotiques, le suffrage
universel discute, la force rompant l'equilibre de la loi et du
droit, la negation de notre legislation civile par la revendication
catholique; en un mot, une effrayante remise en question de toutes les
solutions sur lesquelles repose la societe moderne. (_Applaudissements
repetes a gauche_.) Qu'est-ce que tout cela, messieurs? c'est l'esprit
de revolution. (_Oui! oui!--Applaudissements_.)

J'avais donc raison de le dire: oui, a cette heure, l'esprit de
gouvernement est dans l'opposition, et l'esprit de revolution est dans
le gouvernement!

Qu'est-ce que la dissolution?

C'est une revolution possible. Quelle revolution? La pire de toutes.
La revolution inconnue. (_Sensation.--Murmures a droite.--Vive adhesion,
a gauche_.)

Messieurs les senateurs, croyez-moi. Oui, soyez le gouvernement.
Coupez court a cette tentative. Arretez net cette etrange insurrection
du 16 mai....

(_Reclamations a droite; cris_: A l'ordre! a l'ordre!--_Applaudissements
prolonges a gauche.--M. le president_: Les applaudissements par lesquels
on soutient l'orateur n'empecheront pas le president de faire son devoir:
ce n'est pas assez d'avoir porte contre une partie de cette chambre des
accusations d'opinions factieuses, vous appelez un acte qui n'est pas
sorti de la legalite un acte revolutionnaire; le president s'en etonne.
--_A gauche_: Ce sont des preliminaires de revolution!--_M. Valentin_:
L'avertissement etait necessaire!--_M. le president_: Monsieur Valentin,
vous n'avez pas la parole!--_A gauche, a M. Victor Hugo_: Continuez!
--_A droite_: Que l'orateur retire le mot "insurrection"!--_A gauche,
unanimement_: Non! ne retirez rien!--_L'orateur ne retire rien et
continue_.)

Ayez, messieurs, une volonte, une grande volonte, et signifiez-la. La
France veut etre rassuree. Rassurez-la. On l'ebranle. Raffermissez-la.
Vous etes le seul pouvoir que ne domine aucun autre. Ces pouvoirs-la
finissent par avoir toute la responsabilite. La chambre releve, de
vous, vous pouvez la dissoudre; le president releve de vous, vous
pouvez le juger. Ayez le respect, je dis plus, l'effroi de votre
toute-puissance, et usez-en pour le bien. Redoutez-vous vous-memes, et
prenez garde a ce que vous allez faire. Des corps tels que celui-ci
sauvent ou perdent les nations.

Sauvez votre pays. (_Sensation.--Vifs applaudissements a gauche_.)

Messieurs, la logique de la situation qui nous est faite me ramene a
ce que je vous disais en commencant:

C'est aujourd'hui que la grave question des deux chambres, posee par
la constitution, va etre resolue.

Deux chambres sont-elles utiles? Une seule chambre est-elle preferable?
En d'autres termes, faut-il un senat?

Chose etrange! le gouvernement, en croyant poser la question de la
chambre des deputes, a pose la question du senat. (_Mouvement_.)

Et, chose non moins remarquable, c'est le senat qui va la resoudre.
(_Approbation a gauche_.)

On vous propose de dissoudre une chambre. Vous pouvez vous faire cette
demande: laquelle? (_Tres bien! a gauche_.)

Messieurs, j'y insiste. Il depend aujourd'hui du senat de pacifier la
France ou de troubler le monde.

La France est aujourd'hui desarmee en face de toutes les coalitions du
passe. Le senat est son bouclier. La France, livree aux aventures,
n'a plus qu'un point d'appui, un seul, le senat. Ce point d'appui lui
manquera-t-il?

Le senat, en votant la dissolution, compromet la tranquillite publique
et prouve qu'il est dangereux.

Le senat, en rejetant la dissolution, rassure la patrie et prouve
qu'il est necessaire.

Senateurs, prouvez que vous etes necessaires. (_Adhesion a gauche_.)

Je me tourne vers les hommes qui en ce moment gouvernent, et je leur
dis:

Si vous obtenez la dissolution, dans trois mois le suffrage universel
vous renverra cette chambre.

La meme.

Pour vous pire. Pourquoi?

Parce qu'elle sera la meme. (_Sensation profonde_.)

Souvenez-vous des 221. Ce chiffre sonne comme un echo de precipice.
C'est la que Charles X est tombe. (_Sensation_.)

Le gouvernement fait cette imprudence, l'ouverture de l'inconnu.

Messieurs les senateurs, vous refuserez la dissolution. Et ainsi
vous rassurerez la France et vous fonderez le senat. (_Tres bien! a
gauche_.)

Deux grands resultats obtenus par un seul vote.

Ce vote, la France l'attend de vous.

Messieurs, le peril de la dissolution, ce pourrait etre, ou de nous
jeter avant l'heure, d'un mouvement eperdu et desordonne, dans le
progres sans transition, et dans ces conditions-la le progres peut
etre un precipice; ou de nous ramener a ce gouffre bien autrement
redoutable, le passe. Dans le premier cas, on tombe la tete la
premiere; dans le second cas, on tombe a reculons. (_Applaudissements
a gauche, rires a droite_.) Ne pas tomber vaut mieux. Vous aurez la
sagesse que les ministres n'ont pas. Mais n'est-il pas etrange que le
gouvernement en soit la de nous offrir le choix entre deux abimes!
(_Vive emotion_.)

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