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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, Vol. 4

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, Vol. 4

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Adieu et salut, maitre tres illustre et tres venere, eternel honneur
de la France, de la Republique et de l'humanite!


DISCOURS DE M. PHILIPPE JOURDE

AU NOM DE LA PRESSE PARISIENNE.


Messieurs,

La presse parisienne m'a fait un honneur dont je sens le prix en me
chargeant de dire, en son nom, un dernier adieu au grand mort que nous
pleurons.

En ce jour ou tant de voix eloquentes s'elevent pour celebrer cette
illustre memoire, la presse ne pouvait garder le silence sans manquer
a un devoir sacre.

N'a-t-elle pas, elle aussi, une dette de reconnaissance a acquitter
envers Victor Hugo?

Le journal n'etait pas seulement pour Victor Hugo une des plus belles
manifestations de la pensee humaine: il etait a ses yeux l'instrument
du progres, le flambeau de la civilisation: Le journal etait pour lui
l'avant-coureur du livre dans les masses profondes de notre societe
democratique.

Il n'a pas vingt ans qu'il publia le _Conservateur litteraire_.
Lorsque plus tard, sorti vainqueur de la grande bataille romantique,
il elargit son horizon, c'est au journal, c'est a l'_Evenement_ de
1848 qu'il demande une tribune politique, comme il avait demande une
tribune litteraire au _Conservateur_ de 1819.

Plus tard encore, pendant l'exil et apres l'exil, toutes les fois
que le grand poete a eu une cause genereuse a defendre, il fait a
la presse l'honneur de l'associer a ses belles actions, a ses
revendications eloquentes, a ses appels a la clemence et a l'humanite.
Qu'il s'agisse de combattre l'esclavage dans les colonies espagnoles
ou de repondre a l'appel des Cretois, qu'il s'agisse de demander a
l'Angleterre la grace des fenians condamnes a mort, ou d'implorer de
Juarez la grace de l'empereur Maximilien; plus tard encore, qu'il
s'agisse de plaider la cause de la France durant l'Annee terrible,
c'est le journal qui porte au monde les revendications de cette grande
conscience et les eclats de cette voix puissante.

Voila, messieurs, pour la presse, un grand honneur. Elle en est fiere.
On l'accuse parfois du mal dont elle est innocente: n'a-t-elle pas le
droit de se glorifier du bien qui s'est fait par elle?

On n'accusera pas la presse d'ingratitude vis-a-vis du grand homme
dont nous celebrons aujourd'hui l'apotheose; l'immense publicite
qu'elle a donnee aux oeuvres du maitre a fait penetrer sa pensee
jusque dans les hameaux les plus recules. Elle a mis sa gloire a
l'abri des contestations qui se sont elevees, dans d'autres pays,
autour d'illustres genies.

La presse tout entiere s'est inclinee avec respect devant les restes
du poete national. Les dissentiments se sont impose silence devant ce
glorieux cercueil; et c'est pour celui qui parle au nom de la presse
parisienne une satisfaction profonde de savoir qu'il est l'interprete
de tous ses confreres quand il exprime son admiration et sa gratitude
pour celui qui fut Victor Hugo.


DISCOURS DE M. LOUIS ULBACH

AU NOM DE L'ASSOCIATION LITTERAIRE INTERNATIONALE.


Si je n'ecoutais que la douleur d'une amitie de plus de quarante ans
et si je n'obeissais qu'a l'admiration de toute ma vie, je me tairais
devant le silence formidable de ce cercueil.

Mais j'ai recu de l'_Association litteraire et artistique
internationale_, dont Victor Hugo etait le president d'honneur, un
mandat qu'il ne m'est pas permis de recuser. Nos amis de la France et
de l'etranger, ceux qui dans nos courses a travers l'Europe, a chacun
de nos congres, a Londres, a Lisbonne, a Vienne, a Rome, a Amsterdam,
a Bruxelles, acclamaient Victor Hugo avec tant de sympathie, en nous
donnant tant d'orgueil, ont aujourd'hui l'orgueil de faire retentir
leur sympathie dans notre profonde tristesse.

Nous sommes les soldats d'une idee que Victor Hugo nous a leguee, la
defense de la propriete litteraire et de la propriete artistique.
Partout ou nous sommes alles livrer ce bon combat, son nom nous a
ouvert l'hospitalite la plus cordiale, son genie nous a donne les
armes les plus sures et sa gloire a illumine nos succes.

Je viens donc, au nom de ceux qu'il a inspires, commandes, soutenus,
l'acclamer a mon tour, quand je voudrais uniquement le pleurer.

Victor Hugo est l'ecrivain francais le plus admire hors de France;
non pas parce que nous l'admirons, car les etrangers parfois nous
reprochent de ne pas l'admirer assez, tant ils sont saisis par la
forte expansion de son genie! A peine a-t-on besoin de le traduire!
Le relief de sa pensee fait sa trouee dans la langue etrangere, et le
geste de sa parole aide a le deviner, avant qu'on l'ait penetre.

Sa gloire prodigieuse, messieurs, nous est donc doublement chere! Elle
rayonne sur nous, avec le souvenir de nos joies, de nos douleurs les
plus intimes, de nos ambitions les plus vastes, et en meme temps elle
resplendit au dehors comme une irradiation de la France genereuse et
fraternelle.

Le patriotisme de Victor Hugo, qui ne sacrifie rien des droits stricts
de la patrie, s'augmente d'un sentiment de justice internationale,
superieur aux prejuges de la diplomatie, aux ignorances populaires. Il
est un foyer hospitalier ou toutes les patries s'echauffent pour aimer
et servir davantage la paix, l'union, la liberte.

Soyons fiers, a travers notre douleur, de voir ce mort sublime se
degager de nos etreintes pour recevoir de toutes les nations tournees
vers lui une immortalite qui s'ajoute a notre reconnaissance
nationale.

On n'a trouve dans Paris qu'une porte assez haute pour y faire passer
son ombre: celle qu'il a mesuree lui-meme a sa taille dans ses
strophes de granit, celle ou son doigt filial a inscrit le nom de son
pere absent, celle, ou son nom rayonnera desormais, sans avoir besoin
d'y etre inscrit. Mais ce qu'on ne trouvera pas, c'est un horizon qui
borne sa renommee. Deja, devant ces temoignages venus de tous les
points du globe, il semble que ce poete, evanoui dans l'infini,
deborde l'Europe comme il a deborde la France et qu'a l'heure ou nous
rouvrons pour lui le Pantheon francais le monde lui eleve un Pantheon
international.

Gardons nos larmes pour le recueillement de demain; mais aujourd'hui
ne resistons pas a cet entrainement d'un enthousiasme universel. C'est
notre honneur d'y ceder.

Il y a, en effet, messieurs, dans cette solennite comme un relevement
definitif de la patrie, qui se sent grande du genie de son plus grand
homme, et aussi de la foi que ces funerailles rallument dans les
coeurs.

Conservons le souvenir de cette journee, comme celui d'un pacte
nouveau conclu avec l'amour du pays, avec sa gloire, avec sa puissance
dans le monde, avec le rayonnement de ses idees, et restons dignes de
ce transport unanime qui a fait s'agenouiller toute la France et se
dresser toute l'Europe sur ce seuil ou notre poete national renait
dans sa vie immortelle.

Ce sera le dernier chef-d'oeuvre de Victor Hugo. C'eut ete son
ambition supreme apres avoir tant ecrit, tant lutte pour la fraternite
humaine et pour la gloire de la France, de faire servir sa mort a une
federation sincere entre les peuples et a une explosion radieuse du
patriotisme francais!


DISCOURS DE M. GOT

AU NOM DE LA COMEDIE-FRANCAISE.


C'est un grand honneur pour toute notre corporation qu'on ait fait
choix d'un delegue qui prit aussi la parole dans cette ceremonie
auguste.

Mais le theatre de Victor Hugo, cette portion si fameuse de son
oeuvre, vient d'etre apprecie a sa valeur grandiose, et tout
d'ailleurs n'a-t-il pas ete dit--par quelles voix eloquentes!--sur le
maitre poete devant qui la France et le monde s'inclinent aujourd'hui!

Je crois donc devoir restreindre a son but veritable la mission qu'on
a bien voulu me confier.

C'est au nom de l'Art et des artistes dramatiques, dont une moitie--la
plus brillante sans doute, les femmes--pouvait difficilement prendre
place dans le cortege, accouru fievreusement de toutes part a ces
funerailles triomphales; c'est au nom de nous tous enfin, que
je depose ici cet hommage respectueux, mais plein d'un orgueil
patriotique!

A Victor Hugo, le Theatre-Francais reconnaissant!


DISCOURS DE M. MADIER DE MONTJAU

AU NOM DES PROSCRITS DU DEUX-DECEMBRE.


Concitoyens,

Mesdames et concitoyennes,

Au lendemain du coup terrible du 22 mai, a l'un de ceux dont ce coup
traversait le plus cruellement le coeur, un autre genie contemporain,
un chantre illustre de l'art ecrivait: "Devant la mort de cet
immortel, nulle parole n'est a la hauteur du silence." Que venons-nous
donc faire a cette place d'ou je m'adresse a vous? Et celui qui vient
de m'y preceder, et ceux qui m'y suivront, et moi-meme? Ajouter une
feuille a la couronne de laurier que depuis si longtemps le monde a
tressee pour le Maitre, glorifier la gloire elle-meme, illustrer cette
illustration universelle et deja presque seculaire, qui pourrait y
songer, qui oserait le dire?

Nous, nous venons tout simplement, modestement, humblement, je ne
crains pas de le dire, payer a celui qui n'est plus la dette enorme
de notre reconnaissance. Et vous, modernes poetes, modernes ecrivains
dont il fut le vaillant pionnier, pour qui il ouvrit des voies
nouvelles, a qui il fit entrevoir un immense horizon, et qui vous
elevates dans un genereux essor, emportes sur les ailes de son
inspiration; et vous, representants du Parlement et des Academies,
qui dutes tant de gloire a sa vaillante eloquence, aux oeuvres de son
grand esprit; et vous tous patriotes qui m'ecoutez, qui n'avez pas
oublie la grandeur de celui qui porta si haut l'honneur de la France.

Entre tous, la dette reste immense, pour ceux-la surtout qui m'ont
fait l'honneur de m'autoriser a parler ici en leur nom: les proscrits
de 1851. Des proscrits de tous les temps, de toutes les heures
douloureuses, comme de ceux-la, Victor Hugo fut en effet le champion
traditionnel.

Enfant, il avait vu sa mere recueillir dans la maison paternelle ceux
du premier empire. Jeune homme, dans son modeste gite, il offrait un
asile a ceux de la Restauration. Sous la monarchie de Juillet, il
disputait victorieusement a l'echafaud la tete de notre cher Barbes.
Et plus tard, s'il ne sauvait pas la tete de John Brown, du moins en
la defendant il rendait la victime immortelle et fletrissait a jamais
les defenseurs de l'esclavage sanglant.

Quand vint notre tour, quand, le coeur saignant de nos miseres et
de celles de la France, il nous fallut quitter cette patrie qu'on
n'emporte pas, a dit un grand homme, a la semelle de ses souliers,
alors que quelques coeurs navres s'abandonnaient au desespoir, quelle
joie d'avoir a nos cotes le maitre, de le sentir a la fois notre
compagnon et le chef de notre phalange!

Dans l'obscurite profonde qui nous enveloppait, il brillait comme un
phare. Il etait le soleil ou nous nous rechauffions. Par lui, on se
sentait eclaire, guide, protege! Protege, semblait-il, contre tous les
perils, mais protege certainement contre le plus grand de tous, contre
les odieuses calomnies, contre les infamies qu'a flots on deversait
sur nous. Ne nous suffisait-il pas, en effet, pour nous laver, de
pouvoir affirmer, de dire: "Nous sommes du parti de Victor Hugo; nous
sommes ses complices; nous sommes ses amis!"

Oui, tu nous protegeas et tu nous vengeas, maitre! Et en nous
protegeant, tu protegeais, tu vengeais, tu sauvais, plus grands, plus
precieux que nous, ces proscrits de tous les temps funestes, le droit,
la liberte, dont nous n'etions que les soldats.

Quelle ivresse parmi nous et pour toutes les ames ou vivait encore
leur amour, quand de sa plume, formidable Eumenide, sortit et
traversa, comme un eclair, le monde, cette histoire de _Napoleon le
Petit_, ecrite avec le burin de Tacite; lorsque, plus tard, semblables
aux anathemes antiques, le suivaient les _Chatiments_, cette coulee
poetique colossale, epique, grandiose parfois, on l'a dit, grimacante
comme une charge de Callot, ou se melaient dans une alliance sublime
le terrible et le grotesque, la poignante ironie et l'inepuisable
colere.

Ah! ces oeuvres sublimes, filles de la vertu indignee, de la justice
implacable, et ces discours passionnes, prononces sur la tombe de
chacun des martyrs du Deux-Decembre, et ces _Miserables_, et cette
_Legende des Siecles_, revendication solennelle et plus large encore
au profit de toutes les miseres, contre toutes les tyrannies de tous
les pays, de tous les temps, nous les reclamons comme notres, nous
compagnons de l'exil de Hugo, solidaires de ses indignations, victimes
des persecutions qui le frappaient!

Elles ont ete faites, en meme temps que de son genie, du spectacle de
nos souffrances, de celles de nos proches, de la vue de notre sang,
voire du grondement de nos indignations.

Ecrivains illustres de notre pays, vaillants des grandes batailles
litteraires du maitre, mettez dans votre lot toutes les autres sorties
de sa plume, mais ne nous disputez pas celles-la, n'y touchez pas,
elles sont dans le notre, encore une fois, elles nous appartiennent,
et ce sont les plus belles!....

Quel reconfort nous y avons trouve! Et quel sentiment du devoir dans
l'exemple de ce stoique. Resigne a la solitude, renoncant a cette cour
d'esprits d'elite, que faisait autour de lui, dans son pays, tout ce
qu'avaient la France et l'Europe de plus illustre, seul sur son roc,
au milieu de l'ocean, impassible et inflexible, attendant que l'heure
de la justice et de la reparation vint.

Ce roc, comme celui de Sainte-Helene, il etait chaque jour battu par
le flot monotone, attriste par le mugissement de la vague tempetueuse;
mais tandis que, de la ou vecut ses derniers jours et mourut un tyran,
ne vinrent que des souvenirs sinistres d'iniquite, de sang partout
repandu, l'echo de rancunes furieuses et d'impuissantes coleres,--de
Hauteville-House partaient, pour courir a travers le monde, de nobles
appels a la revolte contre l'oppression, de hautes lecons de sagesse,
des paroles d'esperance, avec les plus nobles conseils, les plus
genereux exemples!

Nous en retrouvons le reflet et l'echo dans le discours superbe que,
sur la tombe d'un autre grand homme dont le nom est lie au sien et par
le malheur et par la grandeur du genie, Edgar Quinet, Hugo prononcait
il y a quelques annees.

Pour faire dignement l'oraison funebre de Hugo il eut fallu Hugo
lui-meme. C'est lui, qui en celebrant la gloire d'un de ses pairs,
nous dira quelle fut sa propre gloire.

"Il ne suffit pas, disait-il en 1876 au cimetiere Montparnasse, de
faire une oeuvre, il faut en faire la preuve. L'oeuvre est faite par
l'ecrivain, la preuve est faite par l'homme. La preuve d'une oeuvre,
c'est la souffrance acceptee."

Comme il l'acceptait, lui! Comme il s'offrait a elle en holocauste
avec ardeur, et comme il la faisait accepter a tous qui, en le voyant
invincible, invulnerable presque a la douleur, ne songeaient plus a se
plaindre, oubliant meme qu'ils souffraient!

Par sa sympathie, il les consolait. Par ses encouragements, il les
elevait au dessus d'eux-memes.

Qui ne se fut senti fier et presque heureux d'etre proscrit quand,
des hauteurs d'ou il planait, il laissait tomber ces paroles que nous
retrouvons plus tard encore sur ses levres devant la tombe glorieuse
dont je parlais tout a l'heure: "Il y a de l'election dans la
proscription. Etre proscrit, c'est etre choisi par le crime pour
representer le droit. Le crime se connait en vertus. Le proscrit est
l'elu du maudit.

"Il semble que le maudit lui dise: sois mon contraire."

Qui eut voulu sortir du bataillon ainsi sanctifie? Qui aurait pu
songer a etre infidele a l'infortune et a l'exil, quand, parlant des
exiles, il disait dans un de ses vers immortels, grave aujourd'hui
dans toutes les memoires, que, "s'il n'en restait qu'un, il serait
celui-la."

Pour les faibles, pour les decourages, il affirmait pourtant la
victoire future et surement prochaine, avec la certitude, avec
l'autorite du _vates_, du poete prophete.

Elle vint, o proscrits! au milieu de quelles douleurs et de quels
desastres, helas! Nous nous en souvenons, sans pouvoir l'oublier!
Et pourtant, au milieu de ces desastres, quand, sous le coup de ses
angoisses, Paris apprit le retour de son poete, de son orateur, de son
vaillant, tout entier il se leva, joyeux une heure, pour le recevoir.
Il lui fit fete dans le deuil, tant il lui semblait qu'en franchissant
nos murs Victor Hugo y conduisait avec lui la force invincible et la
victoire assuree.

Avec la meme unanimite, penetre d'une emotion plus forte encore, Paris
pleure aujourd'hui. Sur quoi? sur la fin de cette existence qu'avec
admiration nous avons vue se derouler? sur le sort de celui qui mourut
plein de jours et comble de gloire? Non; ne le croyez pas! Mais sur
lui-meme, sur le monde a jamais prive de cette grande lumiere.

Quand de telles morts viennent nous attrister, ce n'est pas en effet
la tombe qui semble noire. De ses profondeurs un rayonnement jaillit
qui l'illumine. C'est nous tous, ce sont les vivants qui comme
enveloppes dans un crepe de deuil se sentent dans les tenebres. Nous
pleurons comme pleure l'orphelin, qui, eperdu, verse moins des larmes
sur sa mere que sur l'appui tutelaire, sur la protection sans egale
qui vient a lui manquer.

Lui, le Maitre, jusqu'au dernier instant, jusqu'a son dernier souffle,
il souriait a la mort; mieux encore, se sentant immortel, il n'y
pouvait pas croire. Il voyait au dela la continuation de sa puissante
vitalite, devenue plus puissante encore.

Ici bas, a l'heure ou se fermaient ses yeux, il pressentait sans
doute, avec l'amour de tout ce grand peuple entourant son cercueil,
ce temple devant lequel nous sommes, trop longtemps ravi au culte des
grands hommes, a celui de la patrie, reconquis par lui, s'ouvrant
a deux battants pour le recevoir, sans souci des quelques clameurs
vaines qui essayaient de troubler le triomphe, sans souci des
accusations inouies de profanation, comme si le contact du genie
pouvait jamais profaner!

En d'autre temps, parlant de cet autre edifice ou d'autres honneurs
viennent de lui etre rendus tout a l'heure, de la grandeur que donne
a la pierre le temps ecoule, de la majeste que lui prete l'usure des
ans, il avait dit:

La vieillesse couronne et la ruine acheve,
Il faut a l'edifice un passe dont on reve.

Ce qui est vrai de la pierre, l'est des hommes, chers concitoyens. Nul
n'eut reve, pour couronner une si admirable vie, une aussi glorieuse
vieillesse. La mort vient de les completer. Pour Victor Hugo le passe
a commence tout a l'heure et, dans le reve, nous pouvons le voir
entoure de Barbes, dont il prolongea la vie, de Ledru-Rollin dont la
male eloquence ne put qu'egaler celle du grand poete, d'Edgar Quinet,
du grand Edgar Quinet, cet autre genie qu'on peut celebrer, sans qu'il
palisse, a cote de celui du maitre, et de Louis Blanc, qu'il aimait
d'une tendresse fraternelle et qui le payait d'un retour presque
filial. Pleiade illustre qui tressaille de joie en se sentant
complete.

Nous seuls sommes en deuil. Elevons-nous a la hauteur de toutes ces
ames heroiques, de celle qui vient de se separer de nous. Dechirons
nos crepes. Cessons de pleurer sur la mort devant l'immortalite.
Ce que nous devons au Maitre, ce ne sont pas des larmes, c'est le
souvenir intime de ses oeuvres, de ses exemples, germe fecond de
nouveaux devouements, de nouvelles grandeurs, de nouvelles gloires
pour le monde.


DISCOURS DE M. GUILLAUME

AU NOM DE LA SOCIETE DES ARTISTES FRANCAIS.


Messieurs,

Le grand poete dont nous portons le deuil fut un artiste incomparable:
les artistes francais ne pouvaient manquer de s'associer a l'hommage
solennel qui lui est rendu. Eux aussi se font gloire d'appartenir a la
famille intellectuelle de Victor Hugo; car, si ce vaste genie a resume
les pensees et les aspirations de son temps, s'il a evoque les siecles
passes et jete sur l'avenir un regard prophetique, en meme temps il a
donne, dans son oeuvre, une idee frappante de tous les arts. En lui
l'Art est intimement uni a la Poesie.

Il y a, en effet, entre ces deux modes de l'inspiration, une etroite
affinite. Feconde en images expressives, la poesie cree dans le champ
de l'imagination des representations pleines de vie. Sans doute elle
ne faconne point les materiaux qui assurent aux idees une forme
sensible; chez elle c'est l'esprit seul qui s'adresse a l'esprit. Mais
elle est capable de donner aux objets qu'elle fait naitre un caractere
de determination qui les egale a des images peintes ou sculptees.
Alors ces objets nous apparaissent avec une sorte de realite. On
croit les voir et ils restent sous le regard interieur comme s'ils
existaient en dehors de nous.

Victor Hugo, entre tous les poetes et a l'egal des plus grands, a eu
le rare privilege de susciter les illusions plastiques. Que d'exemples
n'a-t-il pas donnes de ce pouvoir prestigieux! N'avait-il pas en lui
le genie d'un grand architecte et d'un voyant alors que, dans les
_Orientales_, il a decrit les villes maudites que le feu du ciel va
devorer? L'archeologie n'a rien a reprendre a cette creation qui
devanca de beaucoup les decouvertes de la science. Hugo avait la
divination du poete. Des ses debuts n'avait-il pas evoque le moyen
age dans les _Odes et Ballades_, comme il le fit plus tard dans
_Notre-Dame de Paris_? Admirateur passionne et juste de notre
architecture nationale, il l'a relevee dans l'opinion et a prepare
l'action des services publics destines a la proteger.

Quel sculpteur a taille, a cisele avec plus d'energie et de precision
l'image des heros et des dieux, la figure des nations, l'effigie
des hommes? Quelques mots, et c'est assez pour rendre visible tel
phenomene de la forme que plusieurs ouvrages du ciseau suffiraient
a peine a faire comprendre. Qui ne se rappelle les trois vers dans
lesquels il a represente l'evolution du masque de Napoleon. Exacte
observation, verite historique, sentiment de l'art, tout s'y trouve
reuni. Les possibilites de la statuaire y sont atteintes et depassees.
Combien d'autres images sont sorties de sa pensee, les unes comme
detachees d'un bloc de granit, les autres comme jetees en bronze, et
cela dans une strophe qui etonne l'esprit et, pour ainsi dire, le
regard.

Est-ce la variete, est-ce la richesse des formes et du coloris qui
font defaut a ce peintre sans egal? Ceux qui ont lu dans la _Legende
des Siecles_, la piece intitulee le Satyre, ne sont-ils pas restes, en
quittant le livre, comme eblouis et enivres de couleur et de lumiere?
Et puis, cette etude ardente de la nature poussee jusque dans ses
profondeurs, ce travail du poete qui suit les memes voies que la
science, quel exemple et quel enseignement pour l'avenir et pour
nous-memes!

Que dirai-je de l'harmonie qui deborde de ses poemes, de coupe et
de mouvement si divers. Le rythme suit toujours le sentiment. Il
accompagne la pensee, tantot grave ou leger, tantot vif ou plein de
langueur; tantot soutenu comme pour quelque symphonie de la nature;
tantot brise comme pour un dialogue ou une plainte; tantot solennel
comme il convient a la meditation philosophique. Quelle musique que
cette poesie! et combien, meme sans tenir compte des mots, elle berce
ou exalte l'ame qui s'abandonne au cours melodieux de la rime et des
sons!

Ah! oui, Victor Hugo est un grand artiste, un artiste complet, le plus
grand du siecle. Dans son oeuvre il a reconstitue l'unite de l'art,
cette unite qui n'existe que dans les antiques epopees. Il a le
sentiment de toutes les activites humaines: elles vibrent en lui; il
en est l'interprete ardent. Artiste, il l'est aussi le crayon a la
main: ses dessins sont inimitables. Mais sa gloire, comme celle des
poetes les plus sublimes, est de nous inspirer. Son oeuvre, comme
l'oeuvre d'Homere et de Dante, est une ecole. Il en sortira des
ouvrages grandioses, car l'admiration est feconde. Un vers d'Homere
avait donne a Phidias l'idee du Jupiter Olympien. Nos sculpteurs
pourront tirer des vers de Victor Hugo de nobles figures, dignes des
materiaux les plus precieux ... Je vois sur son tombeau les images des
plus nobles inspirations de son genie: les statues de la Justice et de
la Pitie.

Aucunes funerailles n'ont ete plus magnifiques, plus imposantes, plus
triomphales. Nous avons eu au milieu de nous un genie sans egal.
Honneur a lui! Honneur au poete qui a donne a ses oeuvres un caractere
d'universalite!

Gloire au maitre souverain de l'idee et de la forme, a celui qui a
identifie avec la poesie la representation intellectuelle de tous les
arts!

Les artistes francais deposent sur le cercueil de Victor Hugo un
laurier d'or en ce jour memorable consacre a son apotheose.


DISCOURS DE M. DELCAMBRE

AU NOM DE L'ASSOCIATION DES ETUDIANTS DE PARIS.


Apres les contemporains de Victor Hugo, nous venons--nous la posterite
--affirmer la meme admiration et le meme amour. Nous venons, avec
toutes les generations du siecle, pleurer celui qui fut et restera
notre maitre a tous. Nous n'avons pas vu grandir son genie, mais nous
l'avons vu triompher, et nous avons applaudi au triomphe. Pour tous
les jeunes hommes, il a ete l'initiateur et le bon guide. Ceux
qui vivaient loin de lui trouvaient dans ses oeuvres la parole
revelatrice, ceux qui l'approchaient comprenaient combien notre epoque
eut raison de l'appeler le Pere.

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