A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, Vol. 4

V >> Victor Hugo >> Actes et Paroles, Vol. 4

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24



A la suite de la loi de finances du 29 juillet 1831, qui supprima
cette allocation, le chapitre a cesse de se completer lors des
vacances et ne contient plus que trois membres, lesquels ne recoivent
aucun traitement de l'Etat.

En resume, le Pantheon n'est, comme la basilique de Saint-Denis, ni un
edifice diocesain, ni un edifice paroissial. Il ne rentre pas dans
la categorie de ceux qui, aux termes de l'article 75 de la loi du 18
germinal an X, ont du etre mis a la disposition des eveques a raison
d'un edifice par cure et par succursale. Le culte ne s'y celebre
pas d'une maniere reguliere et legale. Ce n'est la paroisse d'aucun
citoyen francais. Il n'a aucune existence comme circonscription
ecclesiastique.

Comme monument, il appartient incontestablement au domaine de l'Etat
et, des lors, il rentre dans vos attributions, monsieur le president,
conformement aux dispositions de l'arrete des consuls du 13 messidor
an X et a l'ordonnance du 14 juin 1833, d'affecter cet edifice a un
nouveau service public.

Il nous a paru que le moment etait venu de donner satisfaction au voeu
deja formule par le Parlement en 1881 et de restituer au Pantheon sa
destination premiere. Si ces vues sont agreees par vous, monsieur le
president, nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien revetir
de votre signature le decret ci-joint.

Nous vous prions d'agreer, monsieur le president, l'hommage de notre
profond respect.

Le ministre de l'instruction publique,
des beaux-arts et des cultes,
RENE GOBLET.

Le ministre de l'interieur,
H. ALLAIN-TARGE.

Le ministre des finances,
SADI CARNOT.

A la suite de ce rapport, le _Journal officiel_ publie le decret
suivant, rendu sur les conclusions conformes des ministres:

Le president de la Republique francaise,

Sur le rapport des ministres de l'instruction publique, des beaux-arts
et des cultes, de l'interieur et des finances,

Vu la loi des 4-10 avril 1791;

Vu le decret du 20 fevrier 1806;

Vu l'ordonnance du 12 decembre 1821;

Vu l'ordonnance du 26 aout 1830;

Vu le decret des 6-12 decembre 1851;

Vu les decrets des 22 mars 1852 et 26 juillet 1867;

Vu l'arrete du gouvernement du 13 messidor an X et l'ordonnance du 4
juin 1833;

Considerant que la France a le devoir de consacrer, par une sepulture
nationale, la memoire des grands hommes qui ont honore la patrie, et
qu'il convient, a cet effet, de rendre le Pantheon a la destination
que lui avait donnee la loi des 4-10 avril 1791,

Decrete:

Article premier.--Le Pantheon est rendu a sa destination primitive et
legale. Les restes des grands hommes qui ont merite la reconnaissance
nationale y seront deposes.

Art. 2.--La proposition qui precede est applicable aux citoyens a
qui une loi aura decerne les funerailles nationales. Un decret du
president de la Republique ordonnera la translation de leurs restes au
Pantheon.

Art. 3.--Sont rapportes le decret des 6-12 decembre 1851, le decret du
26 fevrier 1806, l'ordonnance du 12 decembre 1821, les decrets des
23 mars 1852 et 26 juillet 1867, ainsi que toutes les dispositions
reglementaires contraires au present decret.

Art. 4.--Les ministres de l'instruction publique, des beaux-arts et
des cultes, de l'interieur et des finances sont charges, chacun en ce
qui le concerne, de l'execution du present decret,

Fait a Paris, le 26 mai 1885.

JULES GREVY,

Par le president de la Republique:
Le ministre de l'instruction publique,
des beaux-arts et des cultes,
RENE GOBLET.

Le ministre de l'interieur,
H. ALLAIN-TARGE.

Le ministre des finances,
SADI CARNOT.

Le _Journal officiel publie egalement le decret suivant:

Le president de la Republique francaise,

Sur le rapport des ministres de l'interieur, de l'instruction
publique, des beaux-arts et des cultes,

Vu le decret du 26 mai 1885;

Vu la loi du 24 mai 1885, decernant a Victor Hugo des funerailles
nationales,

Decrete:

Article premier.--A la suite des obseques ordonnees par la loi du 21
mai 1885, le corps de Victor Hugo sera depose au Pantheon.

Art. 2:--Le ministre de l'interieur et le ministre de l'instruction
publique, des beaux-arts et des cultes sont charges, chacun en ce qui
le concerne, de l'execution du present decret.

Fait a Paris, le 26 mai 1885.

JULES GREVY.

Par le president de la Republique:
Le ministre de l'interieur,
H. ALLAIN-TARGE.

Le ministre de l'instruction publique,
des beaux-arts et des cultes,
RENE GOBLET.


NOTE XIX.

DISCOURS PRONONCES AUX FUNERAILLES

A l'Arc de Triomphe.

DISCOURS DE M. LE ROYER

PRESIDENT DU SENAT.


Messieurs,

En presence du spectacle grandiose de cette foule immense, de toute
une nation respectueusement inclinee devant ce cercueil, aux echos
retentissants de la commotion eprouvee, a la nouvelle de la mort de
Victor Hugo, par tout ce qui pense et lit dans le monde civilise,
je me demande ce que le langage humain, dans son expression la plus
elevee, peut ajouter aux temoignages de regret et d'admiration
prodigues a ce prodigieux genie.

Le senat, dont Victor Hugo a ete le plus illustre membre, qu'il a
honore d'un reflet de sa gloire, ne saurait cependant rester muet.
D'autres, mieux qualifies, vous diront ce qu'a ete l'oeuvre litteraire
et poetique de Victor Hugo. A moi, un role plus modeste: celui de
rappeler en quelques paroles la marche ascensionnelle et progressive
de ce grand esprit dans son evolution politique, son influence sur ses
contemporains et les services qu'il a rendus.

Victor Hugo vint au monde a l'heure ou la France, apres une longue et
douloureuse lutte entre le passe et l'avenir, s'etait donne un maitre,
a l'heure ou elle avait abdique sa volonte et ses destinees entre des
mains puissantes et implacables. Un compromis tacite et fatal etait
intervenu entre les entrainements de la veille et les necessites du
jour. Victor Hugo grandit dans une famille ou regnaient les traditions
monarchiques unies au souvenir tragique, mais imposant, de l'epopee
revolutionnaire. L'enfant subit necessairement l'influence de cette
atmosphere. Aussi voua-t-il une admiration de poete au genie de
Napoleon; puis, par une pente naturelle, il celebra le retour
des Bourbons comme une esperance de repos, comme une promesse
d'epanouissement intellectuel et liberal.

A ce moment, commencerent pour Victor Hugo ces memorables luttes
litteraires qu'il ne m'appartient pas de vous decrire. Il n'entra dans
la vie politique active que vers les dernieres annees du regime de
Juillet. Dans les remarquables harangues qu'il prononca alors devant
la Chambre des Pairs, on discerne facilement la transformation qui
devait le conduire a des croyances democratiques et republicaines
s'affermissant a chaque pas pour ne plus se dementir jusqu'a son
dernier soupir. On sent deja dans la parole de Victor Hugo un amour
passionne de la patrie, un esprit altere d'ideal et de grandeur,
s'enivrant des gloires de la France, pleurant ses defaites, elevant
toujours la voix en faveur des opprimes, des exiles et des vaincus.

A son tour, il fut proscrit et c'est surtout dans les douleurs de
l'exil qu'il se montra vaillant et superbe. Sous les humiliations qui
accablaient la France, son vers vengeur retentit comme le clairon de
ralliement et d'esperance.

Rentre le 4 septembre, Victor Hugo partagea toutes les angoisses de
la lutte gigantesque qui aboutit au demembrement de la patrie; mais,
apres la paix, le poete rendit a nos morts un solennel hommage et
releva les courages par ce cri de supreme consolation: Gloire aux
vaincus!

Lorsqu'il vint sieger au senat, l'apaisement s'etait fait en lui. De
grands malheurs intimes avaient ajoute leur fardeau au poids de ses
tristesses nationales; la serenite etait cependant rentree dans son
ame. Lui qui avait prophetise que "la Republique etait la terre
ferme", il la tenait, victorieuse et vivante. Son ideal etait realise!
Vous le voyez encore, messieurs les senateurs, sur ce fauteuil que
la piete de ses collegues veut consacrer, les mains croisees sur la
poitrine, son front olympien incline; attirant tous les regards et
tous les hommages, deja dans sa pose d'immortalite! La derniere fois
qu'il monta a la tribune, ce fut pour soutenir la cause qui lui etait
chere entre toutes, celle du pardon et de l'oubli.

A travers d'apparentes hesitations, il ne faut voir que le travail de
l'esprit en quete des formules definitives de sa foi. Victor Hugo a
constamment poursuivi un ideal superieur de justice et d'humanite.
Donner la liberte et la lumiere a tous, precher la fraternite pour les
desherites et les faibles, revendiquer l'autorite du droit contre
la force, tel fut le labeur de ce noble coeur, de cette grande
intelligence. Son action fut immense sur le moral de la France. Il
devoila et detruisit les sophismes du crime couronne, releva les
coeurs affoles et rendit aux honnetes gens devoyes la notion de la
loi morale un instant meconnue. Sous son souffle inspire, les ames
renaissaient a l'esperance: par deux fois, apres le 2 decembre, apres
1871, il reveilla la conscience de la patrie.

Gloire a ce puissant genie, dont le patriotisme et l'amour du bien
illuminent toutes les oeuvres! Gloire a celui que nous saluons tous
d'une egale reconnaissance et d'une egale admiration! Gloire a Victor
Hugo le Grand!


DISCOURS DE M. FLOQUET

PRESIDENT DE LA CHAMBRE DES DEPUTES.


Quelles paroles pourraient egaler la grandeur du spectacle auquel nous
assistons et que l'histoire enregistrera!

Sous cette voute toute constellee des noms legendaires de tant de
heros qui firent la France libre et la voulurent glorieuse, apparait
la depouille mortelle, je me trompe, l'image toujours sereine du
grand homme qui a si longtemps chante pour la gloire de notre patrie,
combattu pour sa liberte!

Autour de nous les maitres de tous les arts et de toutes les
sciences, les representants du peuple francais, les delegues de nos
departements, de nos communes, les ambassadeurs volontaires et les
missionnaires spontanes de l'univers civilise s'inclinent pieusement
devant celui qui fut un souverain de la pensee, un proscrit pour le
droit vaincu et la republique trahie, un protecteur perseverant de
toute faiblesse contre toute oppression, le defenseur en titre de
l'humanite dans notre siecle.

Au nom de la nation nous le saluons aujourd'hui non plus dans l'humble
attitude du deuil, mais dans la fierte de la glorification.

Nous le redirons sans cesse, ce ne sont pas des funerailles qui
commencent ici, c'est une apotheose.

Nous pleurons l'homme qui finit, mais nous acclamons l'apotre
imperissable qui demeure parmi nous et dont le verbe survivant d'age
en age nous conduira a la conquete definitive de la liberte, de
l'egalite, de la fraternite dans le monde.

Ce geant immortel aurait ete mal a l'aise dans la solitude et
l'obscurite des cryptes souterraines; nous l'avons expose la-haut
au jugement des hommes et de la nature, sous le grand soleil qui
illuminait sa conscience auguste.

Tout un peuple a voulu realiser le reve poetique de ce doux genie:

Le cercueil au milieu des fleurs veut se coucher.

Que ce cercueil entoure de ces fleurs amies et de ce peuple
reconnaissant entre dans le grand Paris que Victor Hugo appelait de
ce nom sacre: la "cite-mere" et dont il a ete veritablement le fils
respectueux, le serviteur fidele et l'elu bien-aime; que ce cercueil
venerable qui va a la gloire apporte parmi nous, avec toutes les
lumieres qui sortaient d'un cerveau si puissant, toutes les douceurs
que caressait un coeur si tendre; qu'il enseigne a la multitude emue
sur son passage le devoir, la concorde, la paix; que devant lui se
levent pour nous eclairer et nous guider les meditations austeres
du jeune voyant de 1831, cet acte de foi qui pourrait resumer le
testament du vieux republicain de 1885 et qui constitue l'unite morale
la cette grande vie.

Je hais l'oppression d'une haine profonde!
Je suis fils de ce siecle. Une erreur chaque annee
S'en va de mon esprit, d'elle-meme etonnee,
Et, detrompe de tout, mon culte n'est reste
Qu'a vous, sainte patrie, et sainte liberte.


DISCOURS DE M. GOBLET

MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE.


Messieurs,

Le monde entier honore Victor Hugo, mais c'est a la France qu'il
appartient. Quel que soit le caractere universel de son genie, il est
le notre d'abord. Il vient de nous, de nos traditions, de notre
race, et, si nous accueillons avec une emotion reconnaissante les
temoignages d'admiration et de respect que lui envoient a l'envi tous
les peuples, cependant la France justement orgueilleuse le revendique;
elle se glorifie en lui et s'illustre elle-meme en lui faisant
aujourd'hui ces funerailles nationales.

Dans le concert d'hommages qui monte vers Victor Hugo, le gouvernement
reclame l'honneur de faire entendre sa voix. Ce ne peut etre ni pour
retracer sa carriere, ni pour resumer son oeuvre immense, encore moins
pour le louer comme il convient. Il semble, a la premiere vue, que
cette oeuvre soit si multiple et si grande, la carriere si vaste et si
diverse, qu'il faille pour une pareille tache autant d'orateurs que
son art a compte de genres et qu'il y a de phases diverses dans son
existence.

Roman, poeme, drame, histoire, philosophie, il a tout aborde; et son
role politique et social n'est pas moins considerable que celui qu'il
a occupe dans la litterature moderne.

Et pourtant, messieurs, ce que je voudrais pouvoir montrer ici, comme
je le sens, c'est l'unite du plan qui a preside a cette vie et a cette
oeuvre, si complexe en apparence.

Je ne sais s'il est vrai que notre siecle portera son nom et qu'on
dira: "le siecle de Victor Hugo" comme on a dit le "siecle de
Voltaire"; mais ce qui nous apparait des aujourd'hui avec une pleine
certitude, c'est qu'il en restera la plus haute personnification,
parce qu'il est celui qui resume le mieux l'histoire de ce siecle, ses
contradictions et ses doutes, ses idees et ses aspirations.

Victor Hugo en a ete le temoin attentif et passionne. Il en a vu
et juge les evenements avec son genie, il en a suivi toutes les
evolutions; ebloui d'abord par les gloires ephemeres des premieres
annees, seduit par la resurrection de la Liberte que l'ancienne
monarchie semblait ramener avec elle, progressant vers la democratie
avec la royaute de juillet, maudissant et frappant d'une condamnation
inexorable l'Empire qui, pour la seconde fois, venait faire violence
a ce grand mouvement, jaloux de demeurer exile pour rendre sa
protestation plus forte, trouvant enfin dans la Republique triomphante
le refuge et le couronnement de sa vie.

Dans cette longue et constante ascension, son oeuvre l'accompagne.
Poete, Victor Hugo n'a pas seulement chante ce que chantent les
poetes. Il ne s'est pas contente de celebrer les harmonies de la
nature, les joies et les tristesses humaines; il ne s'est pas
uniquement applique a dissequer son coeur pour en exprimer toutes les
voluptes et les amertumes de la jeunesse en proie a la passion et
au doute. Combien son oeuvre est plus virile, plus haute et plus
impersonnelle!

Ce n'est pas en lui tout d'abord, c'est autour de lui qu'il regarde,
curieux de notre passe, habile a restituer les souvenirs des temps qui
nous ont precedes, a nous faire revivre en plein Paris du moyen age,
parmi ses monuments et ses rues, comme avec les moeurs, les fetes, les
gaietes et les coleres de nos aieux.

Puis le poete embrasse tout ce qu'il rencontre sur son chemin, la
gloire des batailles et la pompe des sacres, la liberte, l'amour du
droit, de la justice, la haine de la violence et du parjure, les
malheurs comme les triomphes de la patrie. Rien n'echappe a son regard
dans le domaine des sentiments comme dans celui de la nature. Comme
Homere, il admire les merveilles de l'univers, "la terre, ce poeme
eternel", "le ciel superbe et l'ocean qui chantent les beautes de la
creation". Comme Shakespeare, il penetre dans les plus profonds replis
de l'ame humaine; il en a scrute toutes les faiblesses et toutes les
grandeurs.

Ainsi va son poeme depuis les _Odes et Ballades_, les _Voix
interieures_, par les _Contemplations_ et par les _Chatiments_,
jusqu'a la _Legende des Siecles_, cette epopee du genre humain,
jusqu'a l'_Annee terrible_, ce cri d'amour filial et de pitie.

Le drame s'y vient meler a la poesie, drame etrange qui semble
invente en pleine fantaisie, en dehors de toute realite et de toute
convention.

Quel drame cependant s'empare plus violemment de nos ames! Ou trouver
a la fois des situations plus hardies et plus fortes, plus de charme
ou de grandeur dans les sentiments et dans la pensee, plus de grace ou
de noblesse dans le langage?

Pour cette oeuvre, il a fait sa langue, ou plutot il a renouvele
et transforme notre vieille langue francaise. En l'arrachant aux
anciennes formules, en la democratisant, il y a decouvert de nouvelles
ressources et lui a donne une souplesse, une vigueur, une magnificence
inconnue jusqu'a lui.

Et c'est pourquoi, malgre les pretentions revolutionnaires de sa
jeunesse, bien qu'il se soit vante "d'avoir tout saccage, tout
secoue du haut jusques en bas", Victor Hugo de son vivant est devenu
classique. Il figurait deja dans la glorieuse pleiade des grands
poetes avec Corneille, Moliere, Racine, Voltaire.... Permettez-moi
de ne citer que des gloires francaises; elles suffisent a remplir ce
cenacle d'elus.

Mais il n'est pas seulement egal a eux, il les depasse par tout ce
que son ame a de plus grand et de plus vaste, cette ame "ou sa pensee
habite comme un monde". Le poete en Victor Hugo n'est plus qu'une
partie de l'homme, ou plutot l'homme a compris a sa maniere le role du
poete, et cette conception superieure l'eleve et le conduit.

Lui-meme l'a dit: "Dans cette melee d'hommes, de destinees et
d'interets qui se ruent si violemment tous les jours sur chacune des
oeuvres qu'il est donne a ce siecle de faire, le poete a une fonction
superieure. Il faut qu'il jette sur ses contemporains le tranquille
regard que l'histoire jette sur le passe. Il faut qu'il sache se
maintenir au-dessus du tumulte, inebranlable, austere et bienveillant,
sachant etre tout a la fois irrite comme homme et calme comme poete."

Ce role grandiose, Victor Hugo l'a rempli en effet. Il a ete le grand
justicier de son temps. Il a ete aussi le temoin auguste de la marche
de ce siecle "que mene un noble instinct...."

Ou le bruit du travail, plein de parole humaine,
Se mele au bruit divin de la creation.

Victor Hugo est l'homme de notre temps qui a le mieux compris, le plus
aime l'humanite dans l'ensemble et dans l'individu. Charitable avant
tout aux petits, aux humbles, aux opprimes, aucune misere morale ou
physique, le vice meme ni le crime, ne peuvent rebuter sa magnanimite,
et l'amelioration de la nature humaine, contre les destinees de
l'humanite tout entiere, fait l'objet principal de sa contemplation.

"Dans ses drames, vers et prose, pieces et romans, le poete, a-t-il
dit, mettra l'histoire et l'invention, la vie des peuples et des
individus ... il relevera partout la dignite de la creature humaine en
faisant voir qu'au fond de tout homme, si desespere et si perdu qu'il
soit, Dieu a mis une etincelle qu'un souffle d'en haut peut toujours
raviver, que la cendre ne cache point, que la fange meme n'eteint pas:
l'ame!"

Et maintenant, si l'on demande ou est le lien de cette oeuvre et de
cette vie, ce qui en fait l'unite, je repondrai, avec ses propres
vers:

Qu'il fut toujours celui
Qui va droit au devoir des que l'honnete a lui,
Qui veut le bien, le vrai, le beau, le grand, le juste.

Messieurs, c'est par ce cote profondement humain de sa nature que
Victor Hugo a merite d'etre considere comme le citoyen de toutes les
nations.

C'est par la aussi qu'il s'est eleve a cette idee de Dieu qui emplit
tout son ouvrage. Il croyait a l'ame immortelle. Le genie a des
lumieres superieures. Peut-etre a-t-il connu la verite? Nous qui
demeurons, nous savons seulement qu'il avait conquis l'immortalite sur
la terre, et c'est pourquoi nous le conduisons aujourd'hui avec ce
cortege triomphal dans le temple que la Revolution francaise avait
consacre aux grands hommes.

N'etait-il pas juste et necessaire, en effet, qu'il fut rouvert par
lui? La posterite, ratifiant nos hommages, l'y honorera eternellement.

Non, en verite ses cendres ne sauraient redouter ces retours funestes
dont on les menace. Apres plus de cent ans, les noms de Voltaire et de
Rousseau excitent encore les haines et les coleres. Mais, depuis
bien des annees deja, Victor Hugo, revenu de l'exil, vivait devant
l'opinion dans une region sereine bien au-dessus de nos passions et
de nos disputes: le grand vieillard, sorti des "jours changeants",
representait au milieu de nous l'esprit de tolerance et de paix entre
les hommes, et le respect universel de ses contemporains lui donnait
l'avant-gout de la veneration dont sera entouree sa memoire.

C'est cette majeste sublime dans laquelle il a termine sa carriere qui
restera le trait dominant de cette belle vie. Toujours on rejouera
quelques-uns de ces drames, on relira ces poemes ou il a su mettre
"avec les conseils au temps present les esquisses reveuses de
l'avenir, le reflet, tantot eblouissant, tantot sinistre, des
evenements contemporains, le pantheon, les tombeaux, les ruines,
les souvenirs, la charite pour les pauvres, la tendresse pour les
miserables, les saisons, le soleil, les champs, la mer, les montagnes,
et les coups d'oeil furtifs dans le sanctuaire de l'ame ou l'on
apercoit sur un autel mysterieux, comme par la porte entr'ouverte
d'une chapelle, toutes ces belles urnes d'or: la foi, l'esperance, la
poesie, l'amour!"

Mais quelle que soit la gloire du poete, la posterite la connaitra
sous un plus haut aspect. Elle se rappellera surtout qu'il a dit:

Je suis ... celui qui hate l'heure
De ce grand lendemain, l'humanite meilleure.

Et s'il est vrai, comme il le croyait et comme nous devons le croire,
que ce monde mu par une force dont il n'a pas conscience, marche
invinciblement vers le progres, Victor Hugo ira en grandissant dans
la memoire des hommes, et, a mesure que son image reculera dans le
lointain des temps, il leur apparaitra de plus en plus comme le
precurseur du regne de la justice et de l'humanite.


DISCOURS DE M. EMILE AUGIER

AU NOM DE L'ACADEMIE FRANCAISE


Messieurs,

Le grand poete que la France vient de perdre voulait bien m'accorder
une place dans son amitie; c'est a quoi j'ai du l'honneur d'etre
choisi par l'Academie francaise pour apporter ici l'expression d'une
douleur partagee par l'Institut tout entier.

Mais qu'est-ce que notre deuil de famille devant le deuil national qui
fait cortege a notre illustre confrere?

Toute la France est la, cette France dont Victor Hugo restait apres
nos desastres le plus legitime orgueil et la plus fiere consolation,
car il l'a dit lui-meme:

Rien de ces noirs debris ne sort que toi, pensee.
Poesie immortelle, a tous les vents bercee.

Et la sienne est immortelle en effet!

Faut-il vous parler de l'eclat incomparable de son oeuvre? de cette
imagination merveilleuse, de cette magnificence de style, de cette
hauteur de pensee qui font de lui un maitre sans pareil? Ses droits a
l'admiration des siecles sont proclames plus eloquemment que je ne le
saurais faire par cette ceremonie sans precedent, par cette affluence
de populations accourues des quatre points cardinaux a ce pelerinage
du Genie.

Grand et salutaire spectacle, messieurs. Il est juste, il est beau
qu'une patrie rende en honneurs a ses fils ce qu'elle recoit d'eux en
illustration.

Au souverain poete, la France rend aujourd'hui les honneurs
souverains.

Elle dresse son catafalque sous cet Arc de Triomphe qu'il a chante
et sous lequel jusqu'ici elle n'avait encore fait passer qu'un
triomphateur, celui qu'elle a entre tous surnomme le Grand.

Elle n'est pas prodigue de ce beau surnom. Elle en fait presque
l'apanage exclusif des conquerants. Il n'y avait qu'un poete couronne
par elle de cette aureole: il y en aura deux desormais, et comme on
dit le Grand Corneille, on dira le Grand Hugo.

Il y a dans la plus haute renommee une partie caduque dont elle se
degage par la mort.

Il semble alors qu'elle s'elance avec l'ame du mourant, secouant ainsi
une sorte de depouille mortelle, pour planer radieuse au dessus de la
dispute humaine.

La renommee, ce jour-la s'appelle la Gloire, et la posterite commence.
Elle a commence pour Victor Hugo. Ce n'est pas a des funerailles que
nous assistons, c'est a un sacre. On est tente d'appliquer au poete
ces beaux vers qu'il adressait a son glorieux predecesseur sous
l'arche triomphale:

Maitre, en ce moment-la vous aurez pour royaume
Tous les fronts, tous les coeurs qui battront sous le ciel;
Les nations feront asseoir votre fantome
Au trone universel.

Les nuages auront passe dans votre gloire.
Rien ne troublera plus son rayonnement pur;
Elle se posera sur toute notre histoire
Comme un dome d'azur.


DISCOURS DE M. MICHELIN

PRESIDENT DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24
Copyright (c) 2007. topboookz.com. All rights reserved.