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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Actes et Paroles, Vol. 4

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Il faut que le mont Saint-Michel reste une ile.

Il faut conserver a tout prix cette double oeuvre de la nature et de
l'art.

VICTOR HUGO.

14 janvier 1884.


NOTE XIII.

L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE AU BRESIL.

Dans un banquet preside par Victor Schoelcher, on fete l'abolition de
l'esclavage dans une province bresilienne, Victor Hugo ecrit:

Une province du Bresil vient de declarer l'esclavage aboli.

C'est la une grande nouvelle.

L'esclavage, c'est l'homme remplace dans l'homme par la bete; ce qui
peut rester d'intelligence humaine dans cette vie animale de l'homme
appartient au maitre, selon sa volonte et son caprice. De la des
circonstances horribles.

Le Bresil a porte a l'esclavage un coup decisif. Le Bresil a un
empereur; cet empereur est plus qu'un empereur, il est un homme. Nous
le felicitons et nous l'honorons. Avant la fin du siecle l'esclavage
aura disparu de la terre.

VICTOR HUGO.

25 mars 1884.


NOTE XIV.

ANNIVERSAIRE DE LA DELIVRANCE DE LA GRECE.

A l'occasion d'un banquet donne pour celebrer le soixante-troisieme
anniversaire de la delivrance de la Grece, Victor Hugo ecrit:

5 avril 1884.

Je serai par le coeur avec vous. Personne ne peut manquer a la
celebration de la delivrance des Grecs. Il y a des titres sacres.

J'ai autrefois, dans les jours de combat, fait ce vers dont le
souvenir me revient au jour de la victoire:

L'Italie est la mere et la Grece est l'aieule.

VICTOR HUGO.


NOTE XV.

INAUGURATION DE LA STATUE DE GEORGE SAND.

Le 10 aout 1884, la statue de George Sand est inauguree a La Chatre.

Paul Meurice lit, a la ceremonie de l'inauguration, cette lettre de
Victor Hugo:

Il y a quelque vingt-cinq ans, la grande et illustre femme que nous
celebrons aujourd'hui fut un moment l'objet des attaques les plus
vives et les plus immeritees. J'eus alors l'occasion d'ecrire a notre
ami commun Jules Hetzel une lettre, qu'il fit reproduire dans un
journal du temps, et ou je lui disais:

"Je vous applaudis de toutes mes forces et je vous remercie d'avoir
glorifie George Sand, cette belle renommee, cet eminent esprit, ce
noble et illustre ecrivain.

"George Sand est un coeur lumineux, une belle ame, un genereux
combattant du progres, une flamme dans notre temps. C'est un bien plus
vrai et bien plus puissant philosophe que certains bonshommes plus
ou moins fameux du quart d'heure que nous traversons. Et voila ce
penseur, ce poete, cette femme, en proie a je ne sais quelle aveugle
reaction. Quant a moi, je n'ai jamais plus senti le besoin d'honorer
George Sand qu'a cette heure ou on l'insulte."

J'ecrivais cela en 1859. Ce que je disais a l'heure ou on insultait
George Sand, il m'a semble que je n'avais qu'a le repeter a l'heure ou
on la glorifie.

VICTOR HUGO.


NOTE XVI.

FETE DU 27 FEVRIER 1881

LA MATINEE DU TROCADERO

Dans la grande journee du 27 fevrier 1881, a cote de la fete
populaire, la fete litteraire se poursuivait au Trocadero.

Des six heures du matin la place est envahie par une foule enorme
massee autour du bassin et devant la facade du palais. Toutes les
avenues voisines sont en fete. Maisons pavoisees et decorees de
drapeaux, de fleurs et d'emblemes. On achete de petites medailles
frappees a l'effigie du poete et chacun en orne sa boutonniere.

A une heure, les portes du palais sont ouvertes. On s'y precipite,
et le vaste edifice est bientot rempli. A deux heures, la salle est
comble. On n'eut pas trouve un coin inoccupe.

Le coup d'oeil offert par la salle est splendide. Sur l'estrade,
decoree de trophees aux armes de la Republique, autour du buste
couronne de Victor Hugo, ont pris place les membres d'honneur du
comite, les representants de la presse, les delegues de la province et
de l'etranger.

Louis Blanc preside. A cote de lui, M. Salmon, ancien president de la
Republique espagnole.

Louis Blanc se leve, salue par de tres vifs applaudissements, et
prononce l'allocution suivante:

"Il a ete donne a peu de grands hommes d'entrer vivants dans leur
immortalite. Voltaire a eu ce bonheur dans le dix-huitieme siecle,
Victor Hugo dans le dix neuvieme, et tous les deux l'ont bien merite;
l'un pour avoir deshonore a jamais l'intolerance religieuse; l'autre
pour avoir, avec un eclat incomparable, servi l'humanite.

"Les membres du comite d'organisation ont compris ce que doit etre
le caractere de cette fete, lorsqu'ils ont appele a y concourir des
hommes appartenant a des opinions diverses. Que la pratique de la vie
publique donne naissance a des divisions profondes, il ne faut ni s'en
etonner ni s'en plaindre; la justice et la verite ont plus a y gagner
qu'a y perdre. Mais c'est la puissance du genie employe au bien, de
reunir dans un meme sentiment d'admiration reconnaissante les hommes
qui, sous d'autres rapports, auraient le plus de peine a s'accorder,
et rien n'est plus propre a mettre en relief cette puissance que des
solennites semblables a celle d'aujourd'hui.

"L'idee d'union est, en effet, inseparable de toute grande fete.

"C'est cette idee qu'exprimaient dans la Grece antique les fetes de
Minerve, de Ceres, de Bacchus, et ces jeux celebres dont les Grecs
firent le signal de la _treve olympique_, et qui etaient consideres
comme un lien presque aussi fort que la race et le langage.

"C'est cette idee d'union qui rendit si touchante la plus memorable
des fetes de la Revolution francaise: la Federation. Assez de jours
dans l'annee sont donnes a ce qui separe les hommes; il est bon qu'on
donne quelques heures a ce qui les rapproche. Et quelle plus belle
occasion pour cela que la fete de celui qui est, en meme temps qu'un
poete sans egal, le plus eloquent apotre de la fraternite humaine!
Car, si grand que soit le genie de Victor Hugo, il y a quelque chose
de plus grand encore que son genie, c'est l'emploi qu'il en a fait, et
l'unite de sa vie est dans l'ascension continuelle de son esprit vers
la lumiere."

M. Coquelin dit alors, ces belles strophes de Theodore de Banville:

Pere! doux au malheur, au deuil, a la souffrance!
A l'ombre du laurier dans la lutte conquis,
Viens sentir sur tes mains le baiser de la France,
Heureuse de feter le jour ou tu naquis!

Victor Hugo! la voix de la Lyre etouffee
Se reveilla par toi, plaignant les maux soufferts,
Et tu connus, ainsi que ton aieul Orphee,
L'apre exil, et ton chant ravit les noirs enfers.

Mais tu vis a present dans la sereine gloire,
Calme, heureux, contemple par le ciel souriant,
Ainsi qu'Homere assis sur son trone d'ivoire,
Rayonnant et les yeux tournes vers l'orient.

Et tu vois a tes pieds la fille de Pindare,
L'Ode qui vole et plane au fond des firmaments,
L'Epopee et l'eclair de son glaive barbare,
Et la Satire, aux yeux pleins de fiers chatiments;

Et le Drame, charmeur de la foule pensive,
Qui, du peuple agitant et contenant les flots,
Sur tous les parias repand, comme une eau vive,
Sa plainte gemissante et ses amers sanglots.

Mais, o consolateur de tous les miserables!
Tu detournes les yeux du crime chatie,
Pour ne plus voir que l'Ange aux larmes adorables
Qu'au ciel et sur la terre on nomme: la Pitie!

O Pere! s'envolant sur le divin Pegase
A travers l'infini sublime et radieux,
Ce genie effrayant, ta Pensee en extase,
A tout vu, le passe, les mysteres, les Dieux;

Elle a vu le charnier funebre de l'Histoire,
Les sages poursuivant le but essentiel,
Et les demons forgeant dans leur caverne noire,
Les brasiers de l'aurore et les saphirs du ciel;

Elle a vu les combats, les horreurs, les desastres,
Les exiles pleurant les paradis perdus,
Et les fouets acharnes sur le troupeau des astres;
Et, lorsqu'elle revient des gouffres eperdus,

Lorsque nous lui disons: "Parle. Que faut-il faire?
Enseigne-nous le vrai chemin. D'ou vient le jour?
Pour nous sauver, faut-il qu'on lutte ou qu'on differe?"
Elle repond: "Le mot du probleme est Amour!

"Aimez-vous!" Ces deux mots qui changerent le monde
Et vainquirent le Mal et ses rebellions,
Comme autrefois, redits avec ta voix profonde,
Emeuvent les rochers et domptent les lions.

Oh! parle! que ton chant merveilleux retentisse!
Dis-nous en tes recits, pleins de charmants effrois,
Comment quelque Roland arme pour la justice
Pour sauver un enfant egorge un tas de rois!

O maitre bien-aime, qui sans cesse t'eleves,
La France acclame en toi le plus grand de ses fils!
Elle benit ton front plein d'espoir et de reves!
Et tes cheveux pareils a la neige des lys!

Ton oeuvre, dont le Temps a souleve les voiles,
S'est deroulee ainsi que de riches colliers,
Comme, apres des milliers et des milliers d'etoiles,
Des etoiles au ciel s'allument par milliers.

Oh! parle! ravis-nous, poete! chante encore,
Effacant nos malheurs, nos deuils, l'antique affront;
Et donne-nous l'immense orgueil de voir eclore
Les chefs-d'oeuvre futurs qui germent sous ton front!

Mmes Croizette, Bartet, Barretta, Dudlay, MM. Mounet-Sully,
Lafontaine, Worms, Maubant, Porel, Albert Lambert, lisent des vers
de Victor Hugo. M. Faure chante le _Crucifix_. Et ce sont des
acclamations et des rappels sans fin.

Dans la soiree, la louange du poete a retenti sur toutes les grandes
scenes de Paris: poesie d'Ernest d'Hervilly a l'Odeon, d'Emile Blemont
a la Gaite, de Gustave Rivet au Chatelet, de Bertrand Millanvoye au
theatre des Nations.

A la maison de Victor Hugo, ce sont des vers d'Armand Silvestre et
d'Henri de Bornier qui arrivent, avec les adresses de toutes les
villes de la France, de l'Europe et du Nouveau-Monde.


NOTE XVII.

PROCES-VERBAUX DES SEANCES

DU SENAT, DE LA CHAMBRE ET DD CONSEIL MUNICIPAL.


SENAT

_Seance du_ 22 _mai_ 1883.

PRESIDENCE DE M. LE ROYER


La nouvelle de la mort de Victor Hugo etait connue au Luxembourg un
peu avant l'ouverture de la seance.

M. le president se leve et dit:

Messieurs les senateurs, Victor Hugo n'est plus! (_Mouvement
prolonge_.)

Celui qui, depuis soixante annees, provoquait l'admiration du monde et
le legitime orgueil de la France, est entre dans l'immortalite. (_Tres
bien! tres bien_!)

Je ne vous retracerai pas sa vie; chacun de vous la connait; sa
gloire, elle n'appartient a aucun parti, a aucune opinion (_Vive
approbation sur tous les bancs_); elle est l'apanage et l'heritage de
tous. (_Nouvelle approbation_.)

Je n'ai qu'a constater la profonde et douloureuse emotion de tous et,
en meme temps, l'unanimite de nos regrets.

En signe de deuil, j'ai l'honneur de proposer au Senat de lever la
seance. (_Approbation unanime_.)

M. BRISSON, president du conseil, garde des sceaux, ministre de la
justice.--Je demande la parole.

M. LE PRESIDENT.--La parole est a M. le president du conseil.

M. LE PRESIDENT DU CONSEIL.--Messieurs, le gouvernement s'associe aux
nobles paroles qui viennent d'etre prononcees par M. le president du
Senat.

Comme il l'a dit, c'est la France entiere qui est en deuil. Demain, le
gouvernement aura l'honneur de presenter aux chambres un projet de
loi pour que des funerailles nationales soient faites a Victor Hugo.
(_Tres bien! tres bien_!)

La seance est immediatement levee.

_Seance du 23 mai_.

M. HENRI BRISSON, president du conseil:

Messieurs, Victor Hugo n'est plus. Il etait entre vivant dans
l'immortalite. La mort elle-meme, qui grandit souvent les hommes, ne
pouvait plus rien pour sa gloire.

Son genie domine notre siecle. La France, par lui, rayonnait sur le
monde. Les lettres ne sont pas seules en deuil, mais aussi la patrie
et l'humanite, quiconque lit et pense dans l'univers entier.

Pour nous, Francais, depuis soixante-cinq ans, sa voix se mele a notre
vie morale interieure et a notre existence nationale, a ce qu'elle eut
de plus doux ou de plus brillant, de plus poignant et de plus haut, a
l'histoire intime et a l'histoire publique de cette longue serie
de generations qu'il a charmees, consolees, embrasees de pitie
ou d'indignation, eclairees et echauffees de sa flamme.
(_Applaudissements_.) Quelle ame en notre temps, ne lui a ete
redevable et des plus nobles jouissances de l'art et des plus fortes
emotions?

Notre democratie le pleure: il a chante toutes ses grandeurs, il
s'est attendri sur toutes ses miseres. Les petits et les humbles
cherissaient et veneraient son nom; ils savaient que ce grand homme
les portait dans son coeur. (_Nouveaux applaudissements_.) C'est tout
un peuple qui conduira ses funerailles. (_Applaudissements_.)

Le gouvernement de la Republique a l'honneur de vous presenter le
projet de loi suivant:

PROJET DE LOI

Le president de la Republique francaise,

Decrete:

Le projet de loi dont la teneur suit sera presente a la chambre des
deputes par le president du conseil, ministre de la justice, et par
les ministres de l'interieur et des finances, qui sont charges d'en
exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.

Art. premier.--Des funerailles nationales seront faites a Victor Hugo.

Art. 2.--Un credit de vingt mille francs est ouvert a cet effet au
budget du ministere de l'interieur sur l'exercice 1885.

Fait a Paris, le 23 mai 1885.

_Le president de la Republique_,
Signe: JULES GREVY.

Par le president de la Republique:
_Le president du conseil, ministre de la justice_,
Signe: HENRI BRISSON.

_Le ministre de l'interieur_,
Signe: ALLAIN-TARGE.

_Le ministre des finances_,
Signe: SADI CARNOT.

Le president du conseil demande l'urgence et la discussion immediate.

La commission des finances se reunit immediatement.

Quelques instants apres, elle revient, et M. Dauphin fait en son nom
le rapport suivant:

Messieurs, le genie qui fut et qui restera la grande gloire du
dix-neuvieme siecle vient, suivant la belle expression de M. le
president du conseil, d'entrer dans l'immortalite.

Le gouvernement vous propose de decider que des funerailles nationales
seront faites a Victor Hugo aux frais l'Etat.

Ce n'est qu'un faible temoignage du double sentiment de douleur et de
fierte qui anime le pays.

Mais la France, plus puissante que ses representants, rend a cette
heure, par un deuil public, un solennel hommage au poete inimitable,
au profond penseur, au grand patriote qu'elle a perdu. (_Vive
approbation_.)

Votre commission des finances vous propose a l'unanimite de voter
le projet de loi dont lecture a ete donnee par M. le president du
conseil.

Le projet est vote par 219 voix sur 220 votants.

M. DE FREYCINET, ministre des affaires etrangeres:

Je crois devoir donner lecture au Senat d'un telegramme que j'ai recu
hier de notre ambassadeur a Rome a l'occasion de notre deuil national.

"Rome, 22 mai 1885.

"La mort de Victor Hugo a donne lieu, a la Chambre des deputes
d'Italie, a une imposante manifestation.

"M. Crispi, apres avoir fait l'eloge du grand poete que la France a
perdu, a dit que la mort de Victor Hugo etait un deuil pour toutes
les nations civilisees. (_Applaudissements_.) Il a demande que M. le
president de la Chambre voulut bien associer la nation italienne au
deuil de la France.

"M. Biancheri, president de la Chambre, a dit que le genie de Victor
Hugo n'illustre pas seulement la France, mais honore aussi l'humanite,
et que la douleur de la France est commune a toutes les nations. Il a
ajoute que ce ne serait pas le dernier titre de gloire de Victor Hugo
d'avoir ete toujours le defenseur de la liberte et de l'independance
des peuples, et que l'Italie n'oubliera pas que, dans ses jours de
malheur, elle eut toujours en Victor Hugo un ami bienveillant et un
ardent defenseur de la saintete de ses droits." (_Applaudissements_.)

Je crois etre l'interprete du Senat et du Parlement tout entier, en
declarant que la France est profondement sensible a ces temoignages
de sympathie de l'Italie et qu'elle l'en remercie solennellement.
(_Acclamations prolongees_.)


CHAMBRE DES DEPUTES

_Seance du 23 mai_.

A l'ouverture de la seance, M. Charles Floquet, president de la
Chambre, se leve et dit:

Mes chers collegues, le monde vient de perdre un grand homme; la
France pleure un de ses meilleurs citoyens, un fils qui a enrichi
l'antique tresor de notre gloire nationale. (_Tres bien! tres bien_!)
Le dix-neuvieme siecle n'entendra plus la voix de son contemporain,
de celui qui a ete l'echo sonore de ses joies et de ses douleurs, le
temoin passionne de ses grandeurs et de ses desastres.

Le poete, celui qu'on appelait l'enfant sublime, avait charme jusqu'au
ravissement la jeunesse brillante de ce siecle. Aux heures sombres,
le penseur avait soutenu les consciences, releve les courages.
(_Applaudissements_.) Et, dans les dernieres annees, le vieillard
auguste nous etait revenu, apportant au milieu de nos malheurs et de
nos luttes l'esprit de concorde et la tolerance de celui qui peut tout
comprendre et tout concilier, ayant tout souffert pour la Republique.
(_Vifs applaudissements_.)

Nous nous etions habitues a le croire immortel dans sa laborieuse et
indomptable vieillesse; desormais il vivra dans l'eternelle admiration
de la posterite, dans le cercle lumineux des esprits souverains qui
imposent leur nom a leur age. (_Applaudissements_.)

Victor Hugo n'a pas seulement cisele et fait resplendir notre langue
comme une merveille de l'art; il l'a forgee comme une arme de combat,
comme un outil de propagande. (_Nouveaux et vifs applaudissements_.)

Cette arme, il l'a vaillamment tournee, pendant plus de soixante
annees, contre toutes les tyrannies de la force. (_Applaudissements_.)
Pendant plus de soixante annees, la propagande de ce heros de
l'humanite a ete en faveur des faibles, des humbles, des desherites,
pour la defense du pauvre, de la femme, de l'enfant, pour le respect
inviolable de la vie, pour la misericorde envers ceux qui s'egarent
et qu'il appelait a la lumiere et au devoir. (_Applaudissements
repetes_.)

C'est pourquoi le nom de Victor Hugo doit etre proclame, non seulement
dans l'enceinte des academies ou s'inscrit la renommee des artistes,
des poetes, des philosophes, mais dans toutes les assemblees ou
s'elabore la loi moderne, a laquelle l'illustre elu de Paris voulait
donner pour regles superieures les inspirations de son genie
prodigieux fait de toute puissance et de toute bonte. (_Double salve
d'applaudissements.--Acclamations prolongees_.)

Je vais donner la parole au gouvernement qui l'a demandee et, apres
que la Chambre aura statue sur les resolutions qui lui seront
proposees, je pense que je repondrai au voeu de toute la Chambre
en lui demandant de lever la seance en signe de deuil national.
(_Applaudissements_.)

Le president du conseil presente, dans les memes termes qu'au Senat,
la proposition de funerailles nationales.

Elle est votee par 415 voix contre 3.

M. Anatole de La Forge depose alors la proposition qui suit:

"Le Pantheon est rendu a sa destination premiere et legale.

"Le corps de Victor Hugo sera transporte au Pantheon."

Il demande l'urgence, qui est votee.

La discussion est remise a mardi.


CONSEIL MUNICIPAL DU PARIS

_Seance du 22 mai_.


La nouvelle de la mort de Victor Hugo est apportee au milieu de la
seance.

M. LE PRESIDENT.--Messieurs, j'apprends comme vous tous, le deuil que
frappe la patrie.

Victor Hugo est mort! Je vous propose de lever la seance.
(_Assentiment unanime_.)

M. PICHON.--Messieurs, je n'ajoute qu'un mot aux paroles que vous
venez d'entendre.

Je demande que le conseil municipal decide qu'il se rendra en corps,
et immediatement, a la demeure de Victor Hugo, pour exprimer a la
famille du plus grand de tous les poetes les sentiments de sympathie
et de condoleance profonde des representants de la ville de Paris.
(_Tres bien! tres bien_!)

La proposition de M. Pichon est adoptee.

M. DESCHAMPS.--J'ai l'honneur, au nom de plusieurs de mes amis et au
mien de deposer la proposition suivante:

"Le conseil,

"Emet le voeu:

"Que le Pantheon soit rendu a sa destination primitive et que le corps
de Victor Hugo y soit inhume. (_Assentiment sur un grand nombre de
bancs_.)

"Signe: Deschamps, Cattiaux, Boue, Rousselle, Chassaing, Guichard,
Muzet, Voisin, Mesureur, Jacques, Maillard, Mayer, Cernesson,
Simoneau, Dujarrier, Braleret, Songeon, Delhomme, Hubbard, Navarre,
Marsoulan, Millerand, Dreyfus, Cure, Chantemps, Darlot, Monteil,
Strauss, Pichon."

Je demande l'urgence.

L'urgence, mise aux voix, est adoptee.

La proposition de M. Deschamps est adoptee.

M. MONTEIL.--J'ai l'honneur de deposer la proposition suivante, pour
laquelle je demande l'urgence:

"Le conseil delibere:

"Article premier.--Le nom de Victor Hugo sera donne a la place d'Eylau
jusqu'a l'Arc de Triomphe.

"Art. 2.--Les plaques seront posees immediatement. (_Approbation_.)

"Signe: Monteil Deschamps, G. Hubbard, Strauss, Michelin."

L'urgence, mise aux voix, est adoptee.

La proposition de M. Monteil est adoptee.

M. SONGEON.--Messieurs, vous venez d'arreter que vous vous rendriez
immediatement en corps aupres de la famille du grand citoyen qui vient
de disparaitre. Je vous propose de decider que tous, egalement en
corps, vous assisterez aux obseques.

Cette proposition est adoptee.

La seance est levee et le conseil municipal se rend en corps a la
maison mortuaire.


NOTE XVIII.

LES DECRETS SUR LE PATHEON.


Le _Journal officiel_ du 28 mai 1885 publie le rapport suivant adresse
au president de la Republique par les ministres de l'interieur, de
l'instruction publique et des finances:

Monsieur le president,

Le Pantheon, commence sous le regne de Louis XV et termine seulement
sous la Restauration, a subi, meme avant son achevement definitif, des
affectations diverses.

Par le decret-loi des 4-10 avril 1791, l'Assemblee nationale decida
que "le nouvel edifice serait destine a recevoir les cendres des
grands hommes a dater de l'epoque de la liberte francaise"; elle
decerna immediatement cet honneur a Mirabeau.

En 1806, le decret du 20 fevrier decida que l'eglise Sainte-Genevieve
serait affectee au culte et confia au chapitre de Notre-Dame, augmente
a cet effet de six chapelains, le soin de desservir cette eglise.
Il en remit la garde a un archipretre choisi par les chanoines.
Il ordonnait la celebration de services solennels a certains
anniversaires, notamment a la date de la bataille d'Austerlitz.
Toutefois, ce decret, qui ne devait entrer en vigueur qu'apres
l'achevement complet de la construction, ne fut pas execute.

L'ordonnance du 12 decembre 1821 rendit l'eglise au culte public et la
mit a la disposition de l'archeveque de Paris pour etre provisoirement
desservie par des pretres que ce prelat etait charge de designer. La
meme ordonnance portait qu'il serait ulterieurement statue sur le
service regulier et perpetuel qui devrait etre fait dans ladite eglise
et sur la nature de ce service. Cependant aucune decision n'intervint
a cet egard, et l'eglise ne fut erigee ni en cure ni en succursale de
la cure voisine. Elle n'avait donc encore recu aucun titre legal lors
de la revolution de 1830.

L'ordonnance du 26 aout 1830 statua en ces termes:

"Louis-Philippe,

"Vu la loi des 4-10 avril 1791;

"Vu le decret du 20 fevrier 1806 et l'ordonnance du 12 decembre 1821;

"Notre conseil entendu,

"Considerant qu'il est de la justice nationale et de l'honneur de la
France que les grands hommes qui ont bien merite de la patrie, en
contribuant a sa gloire, recoivent apres leur mort un temoignage
eclatant de l'estime et de la reconnaissance publiques;

"Considerant que, pour atteindre ce but, les lois qui avaient affecte
le Pantheon a une semblable destination doivent etre remises en
vigueur,

"Decrete:

"Article premier.--Le Pantheon sera rendu a sa destination
primitive et legale; l'inscription: _Aux grands hommes, la Patrie
reconnaissante_, sera retablie sur le fronton. Les restes des grands
hommes qui ont bien merite de la patrie y seront deposes.

"Art. 2.--Il sera pris des mesures pour determiner a quelles
conditions et dans quelles formes ce temoignage de la reconnaissance
nationale sera decerne au nom de la patrie.

"Une commission sera immediatement chargee de preparer un projet de
loi a cet effet.

"Art. 3.--Le decret du 20 fevrier 1806 et l'ordonnance du 12 decembre
1821 sont rapportes."

Ainsi, l'ordonnance qui precede faisait du Pantheon un lieu de
sepulture non confessionnel, comme l'avait voulu l'Assemblee
nationale. L'edifice etait laicise.

Au lendemain du coup d'Etat, le decret du 6 decembre 1851 vint encore
une fois rendre au culte l'ancienne eglise.

Ce decret porte:

"L'ancienne eglise de Sainte-Genevieve est rendue au culte,
conformement a l'intention de son fondateur, sous l'invocation de
sainte Genevieve, patronne de Paris.

"Il sera pris ulterieurement des mesures pour regler l'exercice
permanent du culte catholique dans cette eglise."

Un decret du 22 mars 1852 remit en vigueur les dispositions de
celui de 1806 et reconstitua la communaute des chapelains de
Sainte-Genevieve recrutee au concours avec traitement alloue par
l'Etat.

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