|
|
|
|
|
Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.
|
|
|
|
|
|
|
|
Les chansons de Bilitis
P >> Pierre Louys >> Les chansons de Bilitis
Ce matin, je ne mangerai pas, ni ce soir,
et sur mes levres je ne mettrai ni rouge ni
poudre, afin que son baiser demeure.
Je laisserai les volets clos et je n'ouvrirai
pas la porte, de peur que le souvenir reste
ne s'en aille avec le vent.
58 -- LA METAMORPHOSE
Je fus jadis amoureuse de la beaute des
jeunes hommes, et le souvenir de leurs
paroles, jadis, me tint eveillee.
Je me souviens d'avoir grave un nom dans
l'ecorce d'un platane. Je me souviens
d'avoir laisse un morceau de ma tunique dans
un chemin ou passait quelqu'un.
Je me souviens d'avoir aime... O Pannychis,
mon enfant, en quelles mains t'ai-je laissee?
comment, o malheureuse, t'ai-je abandonnee?
Aujourd'hui Mnasidika seule, et pour
toujours, me possede. Qu'elle recoive en
sacrifice le bonheur de ceux que j'ai quittes
pour elle.
59 -- LE TOMBEAU SANS NOM
Mnasidika m'ayant prise par la main me
mena hors des portes de la ville, jusqu'a un
petit champ inculte ou il y avait une stele de
marbre. Et elle me dit: < de ma mere.>>
Alors je sentis un grand frisson, et sans
cesser de lui tenir la main, je me penchai
sur son epaule, afin de lire les quatre vers
entre la coupe creuse et le serpent:
< les Nymphes des fontaines. Je repose ici
sous une terre legere avec la chevelure
coupee de Xantho. Qu'elle seule me pleure.
Je ne dis pas mon nom.>>
Longtemps nous sommes restees debout, et nous
n'avons pas verse la libation. Car comment
appeler une ame inconnue d'entre les foules
de l'Hades?
60 -- LES TROIS BEAUTES DE MNASIDIKA
Pour que Mnasidika soit protegee des dieux,
j'ai sacrifie a l'Aphrodita-qui-aime-les-sourires,
deux lievres males et deux colombes.
Et j'ai sacrifie a l'Ares deux coqs armes
pour la lutte et a la sinistre Hekata deux
chiens qui hurlaient sous le couteau.
Et ce n'est pas sans raison que j'ai implore
ces trois Immortels, car Mnasidika porte sur
son visage le reflet de leur triple divinite:
Ses levres sont rouges comme le cuivre, ses
cheveux bleuatres comme le fer, et ses yeux
noirs, comme l'argent.
61 -- L'ANTRE DES NYMPHES
Tes pieds sont plus delicats que ceux de
Thetis argentine. Entre tes bras croises tu
reunis tes seins, et tu les berces mollement
comme deux beaux corps de colombes.
Sous tes cheveux tu dissimules tes yeux
mouilles, ta bouche tremblante et les fleurs
rouges de tes oreilles; mais rien n'arretera
mon regard ni le souffle chaud du baiser.
Car, dans le secret de ton corps, c'est toi,
Mnasidika aimee, qui receles l'antre des
nymphes dont parle le vieil Homeros, le lieu
ou les naiades tissent des linges de pourpre,
Le lieu ou coulent, goutte a goutte, des
sources intarissables, et d'ou la porte du
Nord laisse descendre les hommes et ou` la
porte du Sud laisse entrer les Immortels.
62 -- LES SEINS DE MNASIDIKA
Avec soin, elle ouvrit d'une main sa tunique
et me tendit ses seins tiedes et doux, ainsi
qu'on offre a la deesse une paire de
tourterelles vivantes.
< tant! Ce sont des cheris, des petits
enfants. Je m'occupe d'eux quand je suis
seule. Je joue avec eux; je leur fais
plaisir.
< avec des fleurs. Mes cheveux fins qui les
essuient sont chers a leurs petits bouts. Je
les caresse en frissonnant. Je les couche
dans de la laine.
< leur nourrisson, mon amour; et, puisqu'ils
sont si loin de ma bouche, donne-leur des
baisers de ma part.>>
63 -- LA CONTEMPLATION (non traduite)
64 -- LA POUPEE
Je lui ai donne une poupee, une poupee de
cire aux joues roses. Ses bras sont attaches
par de petites chevilles, et ses jambes
elles-memes se plient.
Quand nous sommes ensemble elle la couche
entre nous et c'est notre enfant. Le soir
elle la berce et lui donne le sein avant de
l'endormir.
Elle lui a tisse trois petites tuniques, et
nous lui donnons des bijoux le jour des
Aphrodisies, des bijoux et des fleurs aussi.
Elle a soin de sa vertu et ne la laisse pas
sortir sans elle; pas au soleil, surtout, car
la petite poupee fondrait en gouttes de cire.
65 -- TENDRESSES
Ferme doucement tes bras, comme une ceinture,
sur moi. O touche, o touche ma peau ainsi!
Ni l'eau ni la brise de midi ne sont plus
douces que ta main.
Aujourd'hui cheris-moi, petite soeur, c'est
ton tour. Souviens-toi des tendresses que je
t'ai apprises la nuit derniere, et pres de moi
qui suis lasse agenouille-toi sans parler.
Tes levres descendent de mes levres. Tous
tes cheveux defaits les suivent, comme la
caresse suit le baiser. Ils glissent sur mon
sein gauche; ils me cachent tes yeux.
Donne-moi ta main. Qu'elle est chaude!
Serre la mienne, ne la quitte pas. Les mains
mieux que les bouches s'unissent, et leur
passion ne s'egale a` rien.
66 -- JEUX
Plus que ses balles ou sa poupee, je suis
pour elle un jouet. De toutes les parties de
mon corps elle s'amuse comme une enfant,
pendant de longues heures, sans parler.
Elle defait ma chevelure et la reforme selon
son caprice, tantot nouee sous le menton
comme une etoffe epaisse, ou tordue en
chignon ou tressee jusqu'au bout.
Elle regarde avec etonnement la couleur
de mes cils, le pli de mon coude. Parfois
elle me fait mettre a genoux et poser les
mains sur les draps;
Alors (et c'est un de ses jeux) elle glisse
sa petite tete par-dessous et imite le
chevreau tremblant qui s'allaite au ventre
de sa mere.
67 -- EPISODE (non traduite)
68 -- PENOMBRE
Sous le drap de laine transparent nous nous
sommes glissees, elle et moi. Meme nos tetes
etaient blotties, et la lampe eclairait
l'etoffe au-dessus de nous.
Ainsi je voyais son corps cheri dans une
mysterieuse lumiere. Nous etions plus pres
l'une de l'autre, plus libres, plus intimes, plus
nues. <> disait-elle.
Nous etions restees coiffees pour etre encore
plus decouvertes, et dans l'air etroit du
lit, deux odeurs de femmes montaient, des
deux cassolettes naturelles.
Rien au monde, pas meme la lampe, ne nous a
vues cette nuit-la. Laquelle de nous fut
aimee, elle seule et moi le pourrions dire.
Mais les hommes n'en sauront rien.
69 -- LA DORMEUSE
Elle dort dans ses cheveux defaits, les mains
melees derriere la nuque. Reve-t-elle? Sa
bouche est ouverte; elle respire doucement.
Avec un peu de cygne blanc, j'essuie, mais
sans l'eveiller, la sueur de ses bras, la
fievre de ses joues. Ses paupieres fermees
sont deux fleurs bleues.
Tout doucement je vais me lever; j'irai
puiser l'eau, traire la vache et demander du
feu aux voisins. Je veux etre frisee et
vetue quand elle ouvrira les yeux.
Sommeil, demeure encore longtemps entre ses
beaux cils recourbes et continue la nuit
heureuse par un songe de bon augure.
70 -- LE BAISER
Je baiserai d'un bout a l'autre les longues
ailes noires de ta nuque, o doux oiseau,
colombe prise dont le coeur bondit sous ma
main.
Je prendrai ta bouche dans ma bouche
comme un enfant prend le sein de sa mere.
Frissonne!... car le baiser penetre
profondement et suffirait a l'amour.
Je promenerai mes levres comme du feu, sur
tes bras, autour de ton cou, et je ferai
tourner sur tes cotes chatouilleuses la
caresse etirante des ongles.
Ecoute bruire en ton oreille toute la rumeur
de la mer... Mnasidika! ton regard
m'importune. J'enfermerai dans mon baiser
tes paupieres freles et brulantes.
71 -- LES SOINS JALOUX,
Il ne faut pas que tu te coiffes, de peur que
le fer trop chaud ne brule ta nuque ou tes
cheveux. Tu les laisseras sur tes epaules et
repandus le long de tes bras.
Il ne faut pas que tu t'habilles, de peur
qu'une ceinture ne rougisse les plis effiles
de ta hanche. Tu resteras nue comme une
petite fille.
Meme il ne faut pas que tu te leves, de peur
que tes pieds fragiles ne s'endolorissent en
marchant. Tu reposeras au lit, o victime
d'Eros, et je panserai ta pauvre plaie.
Car je ne veux voir sur ton corps d'autres
marques, Mnasidika, que la tache d'un baiser
trop long, l'egratignure d'un ongle aigu,
ou la barre pourpree de mon etreinte.
72 -- L'ETREINTE EPERDUE
Aime-moi, non pas avec des sourires, des
flutes ou des fleurs tressees, mais avec ton
coeur et tes larmes, comme je t'aime avec ma
poitrine et avec mes gemissements.
Quand tes seins s'alternent a mes seins,
quand je sens ta vie contre ma vie, quand
tes genoux se dressent derriere moi, alors
ma bouche haletante ne sait meme plus
trouver la tienne.
Etreins-moi comme je t'etreins! Vois, la
lampe vient de mourir, nous roulons dans la
nuit; mais je presse ton corps brulant et
j'entends ta plainte perpetuelle...
Gemis! gemis! gemis! o femme! Eros
nous traine dans la douleur. Tu souffrirais
moins sur ce lit pour mettre un enfant au
monde que pour accoucher de ton amour.
73 -- REPRISE (non traduite)
74 -- LE COEUR
Haletante, je lui pris la main et je
l'appliquai fortement sous la peau moite de
mon sein gauche. Et je tournais la tete ici
et la et je remuais les levres sans parler.
Mon coeur affole, brusque et dur, battait
et battait ma poitrine, comme un satyre
emprisonne heurterait, ploye dans une outre.
Elle me dit: <>
< femmes n'est pas la. Celui-ci est un pauvre
oiseau, une colombe qui remue ses ailes
faibles. Le coeur des femmes est plus terrible.
< il brule dans la flamme rouge et sous une
ecume abondante. C'est la que je me sens
mordue par la vorace Aphrodite.>>
75 -- PAROLES DANS LA NUIT
Nous reposons, les yeux fermes; le silence
est grand autour de notre couche. Nuits
ineffables de l'ete! Mais elle, qui me croit
endormie, pose sa main chaude sur mon bras
Elle murmure: <> Le coeur
me bat, mais sans repondre, je respire
regulierement comme une femme couchee dans
les reves. Alors elle commence a parler:
< ah! que je t'aime!>> Et elle repete mon nom.
<> Et elle m'effleure du
bout de ses doigts tremblants:
< Y en a-t-il une plus belle au monde? Ah!
mon bonheur, mon bonheur! C'est a moi
ces bras nus, cette nuque et ces cheveux...>>
76 -- L'ABSENCE
Elle est sortie, elle est loin, mais je la
vois, car tout est plein d'elle dans cette
chambre, tout lui appartient, et moi comme
le reste.
Ce lit encore tiede ou je laisse errer ma
bouche, est foule a la mesure de son corps.
Dans ce coussin tendre a dormi sa petite tete
enveloppee de cheveux.
Ce bassin est celui ou elle s'est lavee; ce
peigne a penetre les noeuds de sa chevelure
emmelee. Ces pantoufles prirent ses pieds
nus. Ces poches de gaze continrent ses seins.
Mais ce que je n'ose toucher du doigt, c'est
ce miroir ou elle a vu ses meurtrissures
toutes chaudes, et ou subsiste peut-etre
encore le reflet de ses levres mouillees.
77 -- L'AMOUR
Helas, si je pense a elle, ma gorge se desseche,
ma tete retombe, mes seins durcissent et me
font mal, je frissonne et je pleure en marchant.
Si je la vois, mon coeur s'arrete, mes mains
tremblent, mes pieds se glacent, une rougeur
de feu monte a mes joues, mes tempes battent
douloureusement.
Si je la touche, je deviens folle, mes bras
se raidissent, mes genoux defaillent. Je tombe
devant elle, et je me couche comme une
femme qui va mourir.
De tout ce qu'elle me dit je me sens blessee.
Son amour est une torture et les passants
entendent mes plaintes... Helas! Comment
puis-je l'appeler Bien-Aimee?
78 -- LA PURIFICATION
Te voila! defais tes bandelettes, et tes
agrafes et ta tunique. Ote jusqu'a tes
sandales, jusqu'aux rubans de tes jambes,
jusqu'a la bande de ta poitrine.
Lave le noir de tes sourcils, et le rouge de
tes levres. Efface le blanc de tes epaules
et defrise tes cheveux dans l'eau.
Car je veux t'avoir toute pure, telle que tu
naquis sur le lit, aux pieds de ta mere feconde
et devant ton pere glorieux,
Si chaste que ma main dans ta main te fera
rougir jusqu'a la bouche, et qu'un mot de moi
sous ton oreille affolera tes yeux
tournoyants.
79 -- LA BERCEUSE DE MNASIDIKA
Ma petite enfant, si peu d'annees que j'aie
de plus que toi-meme, je t'aime, non pas
comme une amante, mais comme si tu etais
sortie de mes entrailles laborieuses.
Lorsque etendue sur mes genoux, tes deux
bras freles autour de moi, tu cherches mon
sein, la bouche tendue, et me tettes avec
lenteur entre tes levres palpitantes,
Alors je reve qu'autrefois, j'ai allaite
reellement cette bouche douillette, souple et
baignee, ce vase myrrhin couleur de pourpre
ou le bonheur de Bilitis est mysterieusement
enferme.
Dors. Je te bercerai d'une main sur mon
genou qui se leve et s'abaisse. Dors ainsi.
Je chanterai pour toi les petites chansons
lamentables qui endorment les nouveaux-nes...
80 -- PROMENADE AU BORD DE LA MER
Comme nous marchions sur la plage, sans
parler, et enveloppees jusqu'au menton
dans nos robes de laine sombre, des jeunes
filles joyeuses ont passe.
< le beau petit ecureuil que nous avons pris:
il est doux comme un oiseau et effare comme
un lapin.
< lui donnerons beaucoup de lait avec des
feuilles de salade. C'est une femelle, elle
vivra longtemps.>>
Et les folles sont parties en courant. Pour
nous, sans parler nous noius sommes assises,
moi sur une roche, elle sur le sable, et nous
avons regarde la mer.
81 -- L'OBJET
< Comment va ton mari?--Trop bien. Ne lui dites
pas que vous m'avez vue. Il me tuerait s'il me
savait ici.--Sois sans crainte.
--Et voila votre chambre? et voila votre
lit? Pardonne-moi. Je suis curieuse.--Tu
connais cependant le lit de Myrrhine.--Si
peu.--On la dit jolie.--Et lascive, o ma
chere! mais taisons-nous.
--Que voulais-tu de moi?--Que tu me
pretes...--Parle.--Je n'ose nommer
l'objet.--Nous n'en avons pas.--Vraiment?
--Mnasidika est vierge.--Alors, ou en
acheter?--Chez le cordonnier Drakhon.
--Dis aussi: qui te vend ton fil a broder?
Le mien se casse des qu'on le regarde.--
Je le fais moi-meme, mais Nais en vend
d'excellent.--A quel prix?--Trois oboles.
--C'est cher. Et l'objet?--Deux drachmes
--Adieu.>>
82 -- SOIR PRES DU FEU
L'hiver est dur, Mnasidika. Tout est froid,
hors notre lit. Leve-toi, cependant, viens
avec moi, car j'ai allume un grand feu avec
des souches mortes et du bois fendu.
Nous nous chaufferons accroupies, toutes
nues, nos cheveux sur le dos, et nous boirons
du lait dans la meme coupe et nous mangerons
des gateaux au miel.
Comme la flamme est sonore et gaie! N'es-tu
pas trop pres? Ta peau devient rouge.
Laisse-moi la baiser partout ou le feu l'a
faite brulante.
Au milieu des tisons ardents je vais chauffer
le fer et te coiffer ici. Avec les charbons
eteints j'ecrirai ton nom sur le mur.
83 -- PRIERES
Que veux-tu? dis-le. S'il le faut, je
vendrai mes derniers bijoux pour qu'une
esclave attentive guette le desir de tes
yeux, la soif quelconque de tes levres,
Si le lait de nos chevres te semble fade, je
louerai pour toi, comme pour un enfant, une
nourrice aux mamelles gonflees qui chaque
matin t'allaitera.
Si notre lit te semble rude, j'acheterai tous
les coussins mous, toutes les couvertures de
soie, tous les draps fourres de plumes des
marchandes amathusiennies.
Tout. Mais il faut que je te suffise, et si
nous dormions sur la terre, il faut que la
terre te soit plus douce que le lit chaud
d'une etrangere.
84 -- LES YEUX
Larges yeux de Mnasidika, combien vous
me rendez heureuse quand l'amour noircit
vos paupieres et vous anime et vous noie
sous les larmes;
Mais combien folle, quand vous vous
detournez ailleurs, distraits par une femme
qui passe ou par un souvenir qui n'est pas
le mien.
Alors mes joues se creusent, mes mains
tremblent et je souffre... Il me semble que
de toutes parts, et devant vous ma vie s'en va.
Larges yeux de Mnasidika, ne cessez pas de me
regarder! ou je vous trouerai avec mon
aiguille et vous ne verrez plus que la nuit
terrible.
85 -- LES FARDS
Tout, et ma vie, et le monde, et les hommes,
tout ce qui n'est pas elle n'est rien.
Tout ce qui n'est pas elle, je te le donne,
passant.
Sait-elle que de travaux j'accomplis pour
etre belle a ses yeux, par ma coiffure et par
mes fards, par mes robes et mes parfums?
Aussi longtemps je tournerais la meule, je
ferais plonger la rame ou je becherais la
terre, s'il fallait a ce prix la retenir ici.
Mais faites qu'elle ne l'apprenne jamais,
Deesses qui veillez sur nous! Le jour ou
elle saura que je l'aime elle cherchera une
autre femme.
86 -- LE SILENCE DE MNASIDIKA
Elle avait ri toute la journee, et meme elle
s'etait un peu moquee de moi. Elle avait
refuse de m'obeir, devant plusieurs femmes
etrangeres.
Quand nous sommes rentrees, j'ai affecte
de ne pas lui parler, et comme elle se jetait
a mon cou, en disant: <> je
lui ai dit:
< plus comme le premier jour. Je ne te
reconnais plus, Mnasidika.>> Elle ne m'a rien
repondu;
Mais elle a mis tous ses bijoux qu'elle ne
portait plus depuis longtemps, et la meme
robe jaune brodee de bleu que le jour de
notre rencontre.
87 -- SCENE
< J'ai achete des iris tres beaux. Les voici,
je te les apporte.--Pendant si longtemps tu
as achete quatre fleurs?--La marchande m'a
retenue.
--Tu as les joues pales et les yeux
brillants.--C'est la fatigue de la
route.--Tes cheveux sont mouilles et
meles.--C'est la chaleur et c'est le vent
qui m'ont toute decoiffee.
--On a denoue ta ceinture. J'avais fait le
noeud moi-meme, plus lache que celui-ci.--
Si lache qu'elle s'est defaite; un esclave qui
passait me l'a renouee.
--Il y a une trace a ta robe.--C'est l'eau
des fleurs qui est tombee.--Mnasidika, ma
petite ame, tes iris sont les plus beaux qu'il
y ait dans tout Mytilene--Je le sais bien,
je le sais bien.>>
88 -- ATTENTE
Le soleil a passe toute la nuit chez les
morts depuis que je l'attends, assise sur mon
lit, lasse d'avoir veille. La meche de la lampe
epuisee a brule jusqu'a la fin.
Elle ne reviendra plus: voici la derniere
etoile. Je sais bien qu'elle ne viendra plus.
Je sais meme le nom que je hais. Et cependant
j'attends encore.
Qu'elle vienne maintenant! oui, qu'elle
vienne, la chevelure defaite et sans roses,
la robe souillee, tachee, froissee, la langue
seche et les paupieres noires!
Des qu'elle ouvrira la porte, je lui dirai...
mais la voici... C'est sa robe que je touche,
ses mains, ses cheveux, sa peau. Je l'embrasse
d'une bouche eperdue, et je pleure.
89 -- LA SOLITUDE
Pour qui maintenant farderais-je mes levres?
Pour qui polirais-je mes ongles? Pour qui
paifumerais-je mes cheveux?
Pour qui mes seins poudres de rouge, s'ils ne
doivent plus la tenter? Pour qui mes bras
laves de lait s'ils ne doivent plus jamais
l'etreindre?
Comment pourrais-je dormir? Comment
pourrais-je me coucher? Ce soir ma main,
dans tout mon lit, n'a pas trouve sa main
chaude.
Je n'ose plus rentrer chez moi, dans la
chambre affreusement vide. Je n'ose plus
rouvrir la porte. Je n'ose meme plus rouvrir
les yeux.
90 -- LETTRE
Cela est impossible, impossible. Je t'en
supplie a genoux, avec larmes, toutes les
larmes que j'ai pleurees sur cette horrible
lettre, ne m'abandonne pas ainsi.
Songes-tu combien c'est affreux de te reperdre
a jamais pour la seconde fois, apres avoir
eu l'immense joie d'esperer te reconquerir.
Ah! mes amours! ne sentez-vous donc
pas a quel point je vous aime!
Ecoute-moi. Consens a me revoir encore
une fois. Veux-tu etre demain, au soleil
couchant, devant ta porte? Demain, ou le jour
suivant. Je viendrai te prendre. Ne me refuse
pas cela.
La derniere fois peut-etre, soit, mais encore
cette fois, encore cette fois! Je te le
demande, je te le crie, et songe que de ta
reponse depend le reste de ma vie.
91 -- LA TENTATIVE
Tu etais jalouse de nous, Gyrinno, fille
trop ardente. Que de bouquets as-tu fait
suspendre au marteau de notre porte! Tu
nous attendais au passage et tu nous suivais
dans la rue.
Maintenant tu es selon tes voeux, etendue
a la place aimee, et la tete sur ce coussin
ou flotte une autre odeur de femme. Tu es
plus grande qu'elle n'etait. Ton corps
different m'etonne.
Regarde, je t'ai enfin cede. Oui, c'est
moi. Tu peux jouer avec mes seins, caresser
ma hanche, ouvrir mes genoux. Mon corps
tout entier s'est livre a tes levres
infatigables,--helas!
Ah! Gyrinno! avec l'amour mes larmes aussi
debordent! Essuie-les avec tes cheveux, ne
les baise pas, ma cherie; et enlace moi de
plus pres encore pour maitriser mes
tremblements.
92 -- L'EFFORT
Encore! assez de soupirs et de bras etires!
Recommence! Penses-tu donc que l'amour
soit un delassement? Gyrinno, c'est
une tache, et de toutes la plus rude.
Reveille-toi! Il ne faut pas que tu dormes!
Que m'importent tes paupieres bleues et
la barre de douleur qui brule tes jambes
maigres. Astarte bouillonne dans mes reins.
Nous nous sommes couchees avant le crepuscule.
Voici deja la mauvaise aurore; mais je ne
suis pas lasse pour si peu. Je ne dormirai
pas avant le second soir.
Je ne dormirai pas: il ne faut pas que tu
dormes. Oh! comme la saveur du matin est
amere! Gyrinno, appprecie-la. Les baisers
sont plus difficiles, mais plus etranges, et
plus lents.
93 -- MYRRHINE (non traduite)
94 -- A GYRINNO
Ne crois pas que je t'aie aimee. Je t'ai
mangee comme une figue mure, je t'ai bue
comme une eau ardente, je t'ai portee autour
de moi comme une ceinture de peau.
Je me suis amusee de ton corps, parce que
tu as les cheveux courts, les seins en pointe
sur ton corps maigre, et les mamelons noirs
comme deux petites dattes.
Comme il faut de l'eau et des fruits, une
femme aussi est necessaire, mais deja je ne
sais plus ton nom, toi qui as passe dans mes
bras comme l'ombre d'une autre adoree.
Entre ta chair et la mienne, un reve brulant
m'a possedee. Je te serrais sur moi comme
sur une blessure et je criais: Mnasidika!
Mnasidika! Mnasidika!
95 -- LE DERNIER ESSAI
< peine perdue.--On m'a dit que depuis ta
rupture, tu allais d'amour en amour sans
trouver l'oubli ni la paix. Je viens te
proposer quelqu'un.
--Parle.--C'est une jeune esclave nee a
Sardes. Elle n'a pas sa pareille au monde,
car elle est a la fois homme et femme, bien
que sa poitrine et ses longs cheveux et sa
voix claire fassent illusion.
--Son age?--Seize ans.--Sa taille?--Grande.
Elle n'a connu personne ici, hors Psappha
qui en est eperdument amoureuse et a voulu
me l'acheter vingt mines. Si tu la loues,
elle est a toi.--Et qu'en ferai-je?
Voici vingt-deux nuits que j'essaye en vain
d'echapper au souvenir... Soit, je prendrai
celle-ci encore, mais previens la pauvre
petite, pour qu'elle ne s'effraye point si je
sanglote dans ses bras.>>
96 -- LE SOUVENIR DECHIRANT
Je me souviens... (a quelle heure du jour ne
l'ai-je pas devant mes yeux?) je me souviens
de la facon dont Elle soulevait ses cheveux
avec ses faibles doigts si pales.
Je me souviens d'une nuit qu'elle passa,
la joue sur mon sein, si doucement, que le
bonheur me tint eveillee, et le lendemain elle
avait au visage la marque de la papille ronde.
Je la vois tenant sa tasse de lait et me
regardant de cote, avec un sourire. Je la
vois, poudree et coiffee, ouvrant ses grands
yeux devant son miroir, et retouchant du
doigt le rouge de ses levres.
Et surtout, si mon desespoir est une perpetuelle
torture, c'est que je sais, instant par
instant, comment elle defaille dans les bras
de l'autre, et ce qu'elle lui demande et ce
qu'elle lui donne.
97 -- A LA POUPEE DE CIRE
Poupee de cire, jouet cheri qu'elle appelait
son enfant, elle t'a laissee toi aussi et elle
t'oublie comme moi, qui fus avec elle ton
pere ou ta mere, je ne sais.
La pression de ses levres avaient deteint
tes petites joues; et a ta main gauche voici
ce doigt casse qui la fit tant pleurer. Cette
petite cyclas que tu portes, c'est elle qui te
l'a brodee.
A l'entendre, tu savais deja lire. Pourtant
tu n'etais pas sevree, et le soir, penchee sur
toi, elle ouvrait sa tunique et te donnait le
sein, <>, disait-elle.
Poupee, si je voulais la revoir, je te donnerais
a l'Aphrodite, comme le plus cher de mes cadeaux.
Mais je veux penser qu'elle est tout a fait morte.
|
|
|
|
|
|