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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.
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Les chansons de Bilitis
P >> Pierre Louys >> Les chansons de Bilitis
S'ils ont cueilli des fleurs, ils me les donnent
toutes; s'ils ont pris un scarabee ils le
mettent dans ma main; s'ils n'ont rien ils me
caressent et me font asseoir devant eux.
Alors ils m'embrassent sur la joue, ils
posent leurs tetes sur mes seins; ils me
supplient avec les yeux. Je sais bien ce que
cela veut dire.
Cela veut dire: < car nous sommes gentils, l'histoire du heros
Perseus ou la mort de la petite Helle.>>
19 -- L'AMIE MARIEE
Nos meres etaient grosses en meme temps et ce
soir elle s'est mariee, Melissa, ma plus
chere amie. Les roses sont encore sur la
route; les torches n'ont pas fini de bruler.
Et je reviens par le meme chemin, avec
maman, et je songe. Ainsi, ce qu'elle est
aujourd'hui, moi aussi j'aurais pu l'etre.
Suis-je deja si grande fille?
Le cortege, les flutes, le chant nuptial et
le char fleuri de l'epoux, toutes ces fetes,
un autre soir, se derouleront autour de moi,
parmi les branches d'olivier.
Comme a cette heure-meme Melissa, je me
devoilerai devant un homme, je connaitrai
l'amour dans la nuit, et plus tard des petits
enfants se nourriront a mes seins gonfles...
20 -- LES CONFIDENCES
Le lendemain, je suis allee chez elle, et
nous avons rougi des que nous nous sommes
vues. Elle m'a fait entrer dans sa chambre
pour que nous fussions toutes seules.
J'avais beaucoup de choses a lui dire; mais
en la voyant j'oubliai. Je n'osais pas meme
me jeter a son cou, je regardais sa ceinture
haute.
Je m'etonnais que rien n'eut change sur son
visage, qu'elle semblat encore mon amie et
que cependant, depuis la veille, elle eut
appris tant de choses qui m'effarouchaient.
Soudain je m'assis sur ses genoux, je la pris
dans mes bras, je lui parlai a l'oreille
vivement, anxieusement. Alors elle mit sa
contre la mienne, et me dit tout.
21 -- LA LUNE AUX YEUX BLEUS
La nuit, les chevelures des femmes et les
brandies des saules se confondent. Je
marchais au bord de l'eau. Tout a coup,
j'entendis chanter: alors seulement je
reconnus qu'il y avait la des jeunes filles.
Je leur dis: <> Elles
repondirent: <> L'une
attendait son pere et l'autre son frere; mais
celle qui attendait son fiance etait la plus
impatiente.
Elles avaient tresse pour eux des couronnes
et des guirlandes, coupe des palmes aux
palmiers et tire des lotus de l'eau. Elles
se tenaient par le cou et chantaient l'une
apres l'autre.
Je m'en allai le long du fleuve, tristement,
et toute seule, mais en regardant autour de
moi, je vis que derriere les grands arbres la
lune aux yeux bleus me reconduisait.
22 -- REFLEXIONS (non traduite)
23 -- CHANSON (Ombre du bois)
< ou est allee ma maitresse?--Elle est
descendue dans la plaine.--Plaine, ou est
allee ma maitresse?--Elle a suivi les bords
du fleuve.
--Beau fleuve qui la vue passer, dis-moi,
est-elle pres d'ici?--Elle m'a quitte pour le
chemin.--Chemin, la vois-tu encore?--
Elle m'a laisse pour la route.
--O route blanche, route de la ville, dis-moi,
ou l'as-tu conduite?--A la rue d'or
qui entre a Sardes.--O rue de lumiere,
touches-tu ses pieds nus?--Elle est entree
au palais du roi.
--O palais, splendeur de la torre,
rends-la-moi!--Regarde, elle a des colliers
sur les seins et des houppes dans les
cheveux, cent perles le long des jambes,
deux bras autour de la taille.>>
24 -- LYKAS
Venez, nous irons dans les champs, sous les
buissons de genevriers; nous mangerons du
miel dans les ruches, nous ferons des pieges
a sauterelles avec des tiges d'asphodele.
Venez; nous irons voir Lykas, qui garde
les troupeaux de son pere sur les pentes du
Tauros ombreux. Surement il nous donnera
du lait.
J'entends deja le son de sa flute. C'est un
joueur fort habile. Voici les chiens et les
agneaux, et lui-meme, debout contre un arbre.
N'est-il pas beau comme Adonis!
O Lykas, donne-nous du lait. Voici des
figues de nos figuiers. Nous allons rester
avec toi. Chevres barbues, ne sautez pas, de
peur d'exciter les boucs inquiets.
25 -- L'OFFRANDE A LA DEESSE
Ce n'est pas pour l'Artemis qu'on adore a
Perga, cette guirlande tressee par mes mains,
bien que l'Artemis soit une bonne deesse qui
me gardera des couches difficiles.
Ce n'est pas pour l'Athena qu'on adore a
Side, bien qu'elle soit d'ivoire et d'or et
qu'elle porte dans la main une pomme de
grenade qui tente les oiseaux.
Non, c'est pour l'Aphrodite que j'adore
dans ma poitrine, car elle seule me donnera
ce qui manque a mes levres, si je suspends
a l'arbre-sacre ma guirlande de tendres roses.
Mais je ne dirai pas tout haut ce que je la
supplie de m'accorder. Je me hausserai sur
la pointe des pieds et par la fente de
l'ecorce je lui confierai mon secret.
26 -- L'AMIE COMPLAISANTE
L'orage a dure toute la nuit. Selenis aux
beaux cheveux etait venue filer avec moi. Elle
est restee de peur de la boue. Nous avons
entendu les prieres et serrees l'une contre
l'autre nous avons empli mon petit lit.
Quand les filles couchent a deux, le sommeil
reste a la porte. < dis-moi, qui tu aimes.>> Elle faisait glisser
sa jambe sur la mienne pour me caresser
doucement.
Et elle a dit, devant ma bouche: < Bilitis, qui tu aimes. Ferme les yeux, je
suis Lykas.>> Je repondis en la touchant: < vois-je pas bien que tu es fille? Tu
plaisantes mal a propos.>>
Mais elle reprit: < si tu fermes les paupieres. Voila ses bras,
voila ses mains...>> Et tendrement, dans le
silence, elle enchanta ma reverie d'une
illusion singuliere.
27 -- PRIERE A PERSEPHONE
Purifiees par les ablutions rituelles, et
vetues de tuniques violettes, nous avons
baisse vers la terre nos mains chargees de
branches d'olivier.
< le nom que tu desires, si ce nom t'agree ,
ecoute-nous, o Chevelue-de-tenebres, Reine
sterile et sans sourire!
< et dangereusement. Ne la rappelle pas
encore. Tu sais qu'elle ne peut t'echapper:
un jour, plus tard, tu la prendras.
< invisible! Car elle pleure sa virginite,
elle te supplie par nos prieres, et nous
donnerons pour la sauver trois brebis noires
non tondues.>>
28 -- LA PARTIE D'OSSELETS
Comme nous l'aimions tous les deux, nous
l'avons joue aux osselets. Et ce fut une
partie celebre. Beaucoup de jeunes filles y
assistaient.
Elle amena d'abord le coup des Kyklopes, et
moi, le coup de Solon. Mais elle le
Kallibolos, et moi, me sentant perdue, je
priais la deesse!
Je jouai, j'eus l'Epiphenon, elle le terrible
coup de Khios, moi l'Antiteukhos , elle le
Trikhias, et moi le coup d'Aphrodite qui
gagna l'amant dispute.
Mais la voyant palir, je la pris par le cou
et je lui dis tout pres de l'oreille (pour
qu'elle seule m'entendit): < petite amie, nous le laisserons choisir entre
nous.>>
29 -- LA QUENOUILLE
Pour tout le jour ma mere m'a enfermee au
gynecee, avec mes soeurs que je n'aime pas et
qui parlent entre elles a voix basse. Moi,
dans un petit coin, je file ma quenouille.
Quenouille, puisque je suis seule avec toi,
c'est a toi que je vais parler. Avec la
perruque de laine blanche tu es comme une
vieille femme. Ecoute-moi.
Si je le pouvais, je ne serais pas ici,
assise dans l'ombre du mur et filant avec
ennui: je serais couchee dans les violettes
sur les pentes du Tauros.
Comme il est plus pauvre que moi, ma mere ne
veut pas qu'il m epouse. Et pourtant, je te
le dis: ou je ne verrai pas le jour des
noces, ou ce sera lui qui me fera passer le
seuil.
30 -- LA FLUTE DE PAN
Pour le jour des Hyacinthies, il m'a donne
une syrinx faite de roseaux bien tailles,
unis avec de la blanche cire qui est douce a
mes levres comme du miel.
Il m'apprend a jouer, assise sur ses genoux;
mais je suis un peu tremblante. Il en joue
apres moi, si doucement que je l'entends a
peine.
Nous n'avons rien a nous dire, tant nous
sommes pres l'un de l'autre; mais nos chansons
veulent se repondre, et tour a tour nos
bouches s'unissent sur la flute.
Il est tard, voici le chant des grenouilles
vertes qui commence avec la nuit. Ma mere ne
croira jamais que je suis restee si longtemps
a chercher ma ceinture perdue.
31 -- LA CHEVELURE
Il m'a dit: < ta chevelure autour de mon cou. J'avais tes
cheveux comme un collier noir autour de ma
nuque et sur ma poitrine.
< nous etions lies pour toujours ainsi, par la
meme chevelure la bouche sur la bouche, ainsi
que deux lauriers n'ont souvent qu'une
racine.
< membres etaient confondus, que je devenais
toi-meme ou que tu entrais en moi comme mon
songe.>>
Ouand il eut acheve, il mit doucement ses
mains sur mes epaules, et il me regarda d'un
regard si tendre, que je baissai les yeux
avec un frisson.
32 -- LA COUPE
Lykas m'a vue arriver, seulement vetue d'une
exomis succincte, car les journees sont
accablantes; il a voulu mouler mon sein qui
restait a decouvert.
Il a pris de l'argile fine, petrie dans l'eau
fraiche et legere. Quand il l'a serree sur
ma peau, j'ai pense defaillir tant cette
terre etait froide.
De mon sein moule, il a fait une coupe,
arrondie et ombiliquee. Il l'a mise secher
au au soleil et l'a peinte de pourpre et
d'ocre en pressant des fleurs tout autour.
Puis nous sommes alles jusqu'a la fontaine
qui est consacree aux nymphes, et nous
avons jete la coupe dans le courant, avec
des tiges de giroflees.
33 -- ROSES DANS LA NUIT
Des que la nuit monte au ciel, le monde
est a nous, et aux dieux. Nous allons des
champs a la source, des bois obscurs aux
clairieres, ou nous menent nos pieds nus.
Les petites etoiles brillent assez pour les
petites ombres que nous sommes. Quelquefois,
sous les branches basses, nous trouvons
des biches endormies.
Mais plus charmant la nuit que toute autre
chose, il est un lieu connu de nous seuls et
qui nous attire a travers la foret: un buisson
de roses mysterieuses.
Car rien n'est divin sur la terre a l'egal
du parfum des roses dans la nuit. Comment
se fait-il qu'au temps ou j'etais seule je
ne m'en sentais pas enivree?
34 -- LES REMORDS
D'abord je n'ai pas repondu, et j'avais la
honte sur les joues, et les battements de
mon coeur faisaient mal a mes seins.
Puis j'ai resiste, j'ai dit: <> J'ai
tourne la tete en arriere et le baiser n'a pas
franchi mes levres, ni l'amour mes genoux
serres.
Alors il m'a demande pardon, il m'a embrasse
les cheveux, j'ai senti son haleine brulante,
et il est parti... Maintenant je suis seule.
Je regarde la place vide, le bois desert, la
terre foulee. Et je mords mes poings jusqu'au
sang et j'etouffe mes cris dans l'herbe
35 -- LE SOMMEIL INTERROMPU
Toute seule je m'etais endormie, comme
une perdrix dans la bruyere. Le vent leger,
le bruit des eaux, la douceur de le nuit
m'avaient retenue la.
Je me suis endormie, imprudente, et je me
suis reveillee en criant, et j'ai lutte, et
j'ai pleure; mais deja il etait trop tard.
Et que peuvent les bras d'une fille?
Il ne me quitta pas. Au contraire, plus
tendrement dans ses bras, il me serra contre
lui et je ne vis plus au monde ni la terre ni
les arbres mais seulement la lueur de ses
yeux...
A toi, Kypris victorieuse, je consacre ces
offrandes encore mouillees de rosee, vestiges
des douleurs de la vierge, temoins de mon
sommeil et de ma resistance.
36 -- AUX LAVEUSES
Laveuses, ne dites pas que vous m'avez vue!
Je me confie a vous; ne le repetez pas!
Entre ma tunique et mes seins je vous apporte
quelque chose.
Je suis comme une petite poule effrayee...
Je ne sais pas si j'oserai vous dire... Mon
coeur bat comme si je mourais... C'est un
voile que je vous apporte.
Un voile et les rubans de mes jambes. Vous
voyez: il y a du sang. Par l'Apollon c'est
malgre moi! Je me suis bien defendue; mais
l'homme qui aime est plus fort que nous.
Lavez-les bien; n'epargnez ni le sel ni la
craie. Je mettrai quatre oboles pour vous
aux pieds de l'Aphrodite; et meme une
drachme d'argent.
37 -- CHANSON
Quand il est revenu, je me suis cache la
figure avec les deux mains. Il m'a dit: < crains rien. Qui a vu notre baiser?--Qui
nous a vus? la nuit et la lune,
< s'est miree au lac et l'a dit a l'eau sous
les saules. L'eau du lac l'a dit a la rame.
< l'a dit au pecheur. Helas, helas! si c'etait
tout! Mais le pecheur l'a dit a` une femme.
< ma mere et mes soeurs, et toute la Hellas le
saura.>>
38 -- BILITIS
Une femme s'enveloppe de laine blanche. Une
autre se vet de soie et d'or. Une autre se
couvre de fleurs, de feuilles vertes et de
raisins.
Moi je ne saurais vivre que nue. Mon amant,
prends-moi comme je suis: sans robe ni bijoux
ni sandales voici Bilitis toute seule.
Mes cheveux sont noirs de leur noir et mes
levres rouges de leur rouge. Mes boucles
flottent autour de moi, libres et rondes
comme des plumes.
Prends moi telle que ma mere m'a faite dans
une nuit d'amour lointaine, et si je te plais
ainsi n'oublie pas de me le dire.
39 -- LA PETITE MAISON
La petite maison ou est son lit est la plus
belle de la terre. Elle est faite avec des
branches d'arbre, quatre murs de terre seche
et une chevelure de chaume.
Je l'aime, car nous y couchons depuis que les
nuits sont fraiches; et plus les nuits sont
fraiches, plus elles sont longues aussi. Au
jour levant je me sens enfin lassee.
Le matelas est sur le sol; deux couvertures
de laine noire enferment nos corps qui se
rechauffent. Sa poitrine refoule mes seins.
Mon coeur bat...
Il m'etreint si fort qu'il me brisera, pauvre
petite fille que je suis; mais des qu'il est
en moi je ne sais plus rien du monde, et on
me couperait les quatre membres sans me
reveiller de ma joie.
40 -- LA JOIE (non traduite)
41 -- LA LETTRE PERDUE
Helas sur moi! j'ai perdu sa lettre. Je
l'avais mise entre ma peau et mon strophion,
sous la chaleur de mon sein. J'ai couru,
elle sera tombee.
Je vais retourner sur mes pas: si quelqu'un
la trouvait, on le dirait a ma mere et je
serais fouettee devant mes soeurs moqueuses.
Si c'est un homme qui l'a trouvee il me la
rendra; ou meme, s'il veut me parler en
secret je sais le moyen de la lui ravir.
Si c'est une femme qui l'a lue, o Dzeus
Gardien, protege-moi! car elle le dira a
tout le monde, ou elle me prendra mon amant.
42 -- CHANSON
< mes yeux.--Tu ne verras pas le chemin. Tu te
perdras dans la foret.
--Le bruit des chutes d'eau remplit mes
oreilles.--Tu n'entendrais pas la voix de
ton amant meme s'il etait a vingt pas.
--L'odeur des fleurs est si forte que je
defaille et vais tomber.--Tu ne le sentirais
pas s'il croisait ton passage.
--Ah! il est bien loin d'ici, de l'autre
cote de la montagne, mais je le vois et je
l'entends et je le sens comme s'il me touchait.>>
43 -- LE SERMENT
< jusqu'aux sommets couverts de neiges;
lorsqu'on semera l'orge et le ble dans
les sillons mouvants de la mer;
< nenufars des rochers, lorsque le soleil
deviendra noir, lorsque la lune tombera sur
l'herbe.
< une autre femme, et je t'oublierai, Bilitis,
ame de ma vie, coeur de mon coeur.>>
Il me l'a dit, il me l'a dit! Que m'importe
le reste du monde! Ou es-tu, bonheur insense
qui te compares a mon bonheur!
44 -- LA NUIT
C'est moi maintenant qui le recherche.
Chaque nuit, tres doucement, je quitte la
maison, et je vais par une longue route,
jusqu'a sa prairie, le regarder dormir.
Quelquefois je reste longtemps sans parler,
heureuse de le voir seulement, et j'approche
mes levres des siennes, pour ne baiser que
son haleine.
Puis tout a coup je m'etends sur lui. Il se
reveille dans mes bras, et il ne peut plus se
relever car je lutte! Il renonce, et rit, et
m'etreint. Ainsi nous jouons dans la nuit
... Premiere aube, o clarte mechante, toi
deja! En quel antre toujours nocturne, sur
quelle prairie souterraine pourrons-nous si
longtemps aimer, que nous perdions ton
souvenir...
45 -- BERCEUSE
Dors: j'ai demande a Sardes tes jouets, et
tes vetements a Babylone. Dors, tu es fille
de Bilitis et d'un roi du soleil levant.
Les bois, ce sont les palais qu'on batit pour
toi seule et que je t'ai donnes. Les troncs
des pins, ce sont les colonnes; les hautes
branches, ce sont les voutes.
Dors. Pour qu'il ne t'eveille pas, je vendrais
le soleil a la mer. Le vent des ailes de
la colombe est moins leger que ton haleine.
Fille de moi, chair de ma chair, tu diras
quand tu ouvriras les yeux, si tu veux la
plaine ou la ville, ou la montagne ou la
lune, ou le cortege blanc des dieux.
46 -- LE TOMBEAU DES NAIADES
Le long du bois couvert de givre, je
marchais; mes cheveux devant ma bouche se
fleurissaient de petits glacons, et mes
sandales etaient lourdes de neige fangeuse
et tassee.
Il me dit: < trace du satyre. Ses petits pas fourchus
alternent comme des trous dans un manteau
blanc.>> Il me dit: <
< trente ans il n'a pas fait un hiver aussi
terrible. La trace que tu vois est celle
d'un bouc. Mais restons ici, ou est leur
tombeau.>>
Et avec le fer de sa houe il cassa la glace
de la source ou jadis riaient les naiades.
Il prenait de grands morceaux froids, et, les
soulevant vers le ciel pale, il regardait au
travers.
II
ELEGIES A MYTYLENE
SAPPHO
47 -- AU VAISSEAU
Beau navire qui m'as menee ici, le long des
cotes de l'Ionie, je t'abandonne aux flots
brillants, et d'un pied leger je saute sur la
greve.
Tu vas retourner au pays ou la vierge est
l'amie des nymphes. N'oublie pas de remercier
les conseilleres invisibles, et porte-leur
en offrande ce rameau cueilli par mes mains.
Tu fus pin, et sur les montagnes, le vaste
Notos enflamme agitait tes branches epineuses,
tes ecureuils et tes oiseaux.
Que le Boreus maintenant te guide, et te
pousse mollement vers le port, nef noire
escortee des dauphins au gre de la mer
bienveillante.
48 -- PSAPPHA
Je me frotte les yeux... Il fait deja jour,
je crois. Ah! qui est aupres de moi?... une
femme?... Par la Paphia, j'avais oublie...
O Charites! que je suis honteuse.
Dans quel pays suis-je venue, et quelle est
cette ile-ci ou l'on entend ainsi l'amour?
Si je n'etais pas ainsi lassee, je croirais a
quelque reve... Est-il possible que ce soit
la Psappha!
Elle dort... Elle est certainement belle,
bien que ses cheveux soient coupes comme ceux
d'un athlete. Mais cet etrange visage, cette
poitrine virile et ces hanches etroites...
Je veux m'en aller avant qu'elle ne s'eveille.
Helas! je suis du cote du mur. Il me faudra
l'enjamber. J'ai peur de froler sa hanche et
qu'elle ne me reprenne au passage.
49 -- LA DANSE DE GLOTTIS ET DE KYSE
Deux petites filles m'ont emmenee chez elles,
et des que la porte fut fermee, elles
allumerent au feu la meche de la lampe et
voulurent danser pour moi.
Leurs joues n'etaient pas fardees, aussi
brunes que leurs petits ventres. Elles se
tiraient par les bras et parlaient en meme
temps, dans une agonie de gaiete.
Assises sur leur matelas que portaient deux
treteaux eleves, Glottis chantait a voix
aigue et frappait en mesure ses petites mains
sonores.
Kyse dansait par saccades, puis s'arretait,
essoufflee par le rire, et, prenant sa soeur
par les seins, la mordait a l'epaule et la
renversait, comme une chevre qui veut jouer.
50 -- LES CONSEILS
Alors Syllikhmas est entree, et nous voyant
si familieres, elle s'est assise sur le banc.
Elle a pris Glottis sur son genou, Kyse sur
l'autre et elle a dit:
<> Mais je restais loin.
Elle reprit: < Approche-toi: ces enfants t'aiment. Elles
t'apprendront ce que tu ignores: le miel des
caresses de la femme.
< connais, sans doute. Hais-le. Il a la
poitrine plate, la peau rude, les cheveux
ras, les bras velus. Mais les femmes sont
toutes belles.
< nous, Bilitis, reste. Et si tu as une ame
ardente, tu verras ta beaute comme dans un
miroir sur le corps de tes amoureuses.>>
51 -- L'INCERTITUDE
De Glottis ou de Kyse je ne sais qui
j'epouserai. Comme elles ne se ressemblent
pas, l'une ne me consolerait pas de l'autre
et j'ai peur de mal choisir.
Chacune d'elles a l'une de mes mains,
l'une de mes mamelles aussi. Mais a qui
donnerai-je ma bouche? a qui donnerai-je
mon coeur et tout ce qu'on ne peut partager?
Nous ne pouvons rester ainsi toutes les
trois dans la meme maison. On en parle
dans Mytilene. Hier, devant le temple d'Ares,
une femme ne m'a pas dit: <>
C'est Glottis que je prefere; mais je ne
puis repudier Kyse. Que deviendrait-elle
toute seule? Les laisserai-je ensemble comme
elles etaient et prendrai-je une autre amie?
52 -- LA RENCONTRE
Je l'ai trouvee comme un tresor, dans un
champ, sous un buisson de myrte, enveloppee
de la gorge aux pieds dans un peplos jaune
brode de bleu.
< ville la plus proche est a quarante stades
d'ici. Je vis seule avec ma mere qui est
veuve et toujours triste. Si tu veux, je te
suivrai.
< l'autre cote de l'ile et je vivrai chez toi
jusqu'a ce que tu me renvoies. Ta main est
tendre, tes yeux sont bleus.
< la petite Aphrodite qui est pendue a mon
collier. Nous la mettrons pres de la tienne,
et nous leur donnerons des roses en
recompense de chaque nuit.>>
53 -- LA PETITE APHRODITE DE TERRE CUITE
La petite Aphrodite gardienne qui protege
Mnasidika fut modelee a Camiros par un potier
fort habile. Elle est grande comme le pouce,
et de terre fine et jaune.
Ses cheveux retombent et s'arrondissent sur
ses epaules etroites. Ses yeux sont
longuement fendus et sa bouche est toute
petite. Car elle est la Tres-Belle.
De la main droite, elle designe sa divinite,
qui est criblee de petits trous sur le
bas-ventre et le long des aines. Car elle
est la Tres-Amoureuse.
Du bras gauche elle soutient ses mamelles
pesantes et rondes. Entre ses hanches
elargies se gonfle un ventre feconde. Car
elle est la Mere-de-toutes-choses.
54 -- LE DESIR
Elle entra, et passionnement, les yeux
fermes a demi, elle unit ses levres aux
miennes et nos langues se connurent...
Jamais il n'y eut dans ma vie un baiser
comme celui-la.
Elle etait debout contre moi, toute en
amour et consentante. Un de mes genoux,
peu a peu, montait entre ses cuisses chaudes
qui cedaient comme pour un amant.
Ma main rampante sur sa tunique cherchait a
deviner le corps derobe, qui tour a tour
onduleux se pliait, ou cambre se raidissait
avec des fremissements de la peau.
De ses yeux en delire elle designait le lit;
mais nous n'avions pas le droit d'aimer avant
la ceremonie des noces, et nous nous separames
brusquement.
55 -- LES NOCES
Le matin, on fit le repas de noces, dans la
maison d'Acalanthis qu'elle avait adoptee
pour mere. Mnasidika portait le voile blanc
et moi la tunique virile.
Et ensuite, au milieu de vingt femmes, elle a
mis ses robes de fete. On l'a parfumee de
bakkaris, on l'a poudree de poudre d'or, on
lui a ote ses bijoux.
Dans sa chambre pleine de feuillages, elle
m'a attendue comme un epoux. Et je l'ai
emmenee sur un char entre moi et la
nymphagogue, et les passants nous
acclamaient.
On a chante le chant nuptial; les flutes
ont chante aussi. J'ai emporte Mnasidika
sous les epaules et sous les genoux, et nous
avons passe le seuil couvert de roses.
56 -- LE LIT (non traduite)
57 -- LE PASSE QUI SURVIT
Je laisserai le lit comme elle l'a laisse,
defait et rompu, les draps meles, afin que
la forme de son corps reste empreinte a cote
du mien.
Jusqu'a demain je n'irai pas au bain, je ne
porterai pas de vetements et je ne peignerai
pas mes cheveux, de peur d'effacer les
caresses.
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