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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Don Juan, ou le Festin de pierre

M >> Moliere [Jean Baptiste Poquelin] >> Don Juan, ou le Festin de pierre

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- La Violette -

Monsieur, voila votre marchand, monsieur Dimanche qui demande a vous
parler.

- Sganarelle -

Bon ! voila ce qu'il nous faut, qu'un compliment de creancier. De quoi
s'avise-t-il de nous venir demander de l'argent ; et que ne lui
disais-tu que monsieur n'y est pas ?

- La Violette -

Il y a trois quarts d'heure que je lui dis ; mais il ne veut pas le
croire, et s'est assis la-dedans pour attendre.

- Sganarelle -

Qu'il attende tant qu'il voudra.

- Don Juan -

Non, au contraire, faites-le entrer. C'est une fort mauvaise politique
que de se faire celer aux creanciers. Il est bon de les payer de
quelque chose ; et j'ai le secret de les renvoyer satisfaits, sans
leur donner un double.


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Scene III. - Don Juan, Monsieur Dimanche, Sganarelle, La Violette, Ragotin.


- Don Juan -

Ah ! monsieur Dimanche, approchez. Que je suis ravi de vous voir, et
que je veux de mal a mes gens de ne vous pas faire entrer d'abord !
J'avais donne ordre qu'on ne me fit parler a personne, mais cet ordre
n'est pas pour vous, et vous etes en droit de ne trouver jamais de
porte fermee chez moi.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, je vous suis fort oblige.

- Don Juan -

(parlant a la Violette et a Ragotin.)

Parbleu ! coquins, je vous apprendrai a laisser monsieur Dimanche
dans une antichambre, et je vous ferai connaitre les gens.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, cela n'est rien.

- Don Juan -

(a monsieur Dimanche.)

Comment ! vous dire que je n'y suis pas ! a monsieur Dimanche, au
meilleur de mes amis !

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, je suis votre serviteur. J'etais venu...

- Don Juan -

Allons vite, un siege pour monsieur Dimanche.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, je suis bien comme cela.

- Don Juan -

Point, point, je veux que vous soyez assis contre moi.

- Monsieur Dimanche -

Cela n'est point necessaire.

- Don Juan -

Otez ce pliant, et apportez un fauteuil.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, vous vous moquez, et...

- Don Juan -

Non, non, je sais ce que je vous dois ; et je ne veux point qu'on
mette de difference entre nous deux.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur...

- Don Juan -

Allons, asseyez-vous.

- Monsieur Dimanche -

Il n'est pas besoin, Monsieur, et je n'ai qu'un mot a vous
dire. J'etais...

- Don Juan -

Mettez-vous la, vous dis-je.

- Monsieur Dimanche -

Non, Monsieur, je suis bien, je viens pour...

- Don Juan -

Non, je ne vous ecoute point si vous n'etes assis.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, je fais ce que vous voulez. Je...

- Don Juan -

Parbleu, monsieur Dimanche, vous vous portez bien.

- Monsieur Dimanche -

Oui, Monsieur, pour vous rendre service. Je suis venu...

- Don Juan -

Vous avez un fonds de sante admirable, des levres fraiches, un teint
vermeil, et des yeux vifs.

- Monsieur Dimanche -

Je voudrais bien...

- Don Juan -

Comment se porte madame Dimanche, votre epouse ?

- Monsieur Dimanche -

Fort bien, Monsieur, Dieu merci.

- Don Juan -

C'est une brave femme.

- Monsieur Dimanche -

Elle est votre servante, Monsieur. Je venais...

- Don Juan -

Et votre petite fille Claudine, comment se porte-t-elle.

- Monsieur Dimanche -

Le mieux du monde.

- Don Juan -

La jolie petite fille que c'est ! je l'aime de tout mon coeur.

- Monsieur Dimanche -

C'est trop d'honneur que vous lui faites, Monsieur. Je vous...

- Don Juan -

Et le petit Colin, fait-il toujours bien du bruit avec son tambour ?

- Monsieur Dimanche -

Toujours de meme, Monsieur. Je...

- Don Juan -

Et votre petit chien Brusquet, gronde-t-il toujours aussi fort, et
mord-il toujours bien aux jambes les gens qui vont chez vous ?

- Monsieur Dimanche -

Plus que jamais, Monsieur ; et nous ne saurions en chevir (12).

- Don Juan -

Ne vous etonnez pas si je m'informe des nouvelles de toute la famille ;
car j'y prends beaucoup d'interet.

- Monsieur Dimanche -

Nous vous sommes, Monsieur, infiniment obliges. Je...

- Don Juan -

(lui tendant la main.)

Touchez donc la, monsieur Dimanche. Etes-vous bien de mes amis ?

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, je suis votre serviteur.

- Don Juan -

Parbleu ! je suis a vous de tout mon coeur.

- Monsieur Dimanche -

Vous m'honorez trop. Je...

- Don Juan -

Il n'y a rien que je ne fisse pour vous.

- Monsieur Dimanche -

Monsieur, vous avez trop de bonte pour moi.

- Don Juan -

Et cela sans interet, je vous prie de le croire.

- Monsieur Dimanche -

Je n'ai point merite cette grace assurement. Mais, Monsieur...

- Don Juan -

Oh ca, monsieur Dimanche, sans facon, voulez-vous souper avec moi ?

- Monsieur Dimanche -

Non, Monsieur, il faut que je m'en retourne tout a l'heure. Je...

- Don Juan -

(se levant.)

Allons, vite un flambeau pour conduire monsieur Dimanche, et que
quatre ou cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l'escorter.

- Mr Dimanche -

(se levant aussi.)

Monsieur, il n'est pas necessaire, et je m'en irai bien tout
seul. Mais...

(Sganarelle ote les sieges promptement.)

- Don Juan -

Comment ? je veux qu'on vous escorte, et je m'interesse trop a votre
personne. Je suis votre serviteur, et de plus votre debiteur.

- Monsieur Dimanche -

Ah ! Monsieur...

- Don Juan -

C'est une chose que je ne cache pas, et je le dis a tout le monde.

- Monsieur Dimanche -

Si...

- Don Juan -

Voulez-vous que je vous reconduise ?

- Monsieur Dimanche -

Ah, Monsieur, vous vous moquez ! Monsieur...

- Don Juan -

Embrassez-moi donc, s'il vous plait, je vous prie encore
une fois d'etre persuade que je suis tout a vous, et qu'il
n'y a rien au monde que je ne fisse pour votre service.

(Il sort.)


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Scene IV. - Monsieur Dimanche, Sganarelle.


- Sganarelle -

Il faut avouer que vous avez en monsieur un homme qui vous aime bien.

- Monsieur Dimanche -

Il est vrai ; il me fait tant de civilites et tant de compliments,
que je ne saurais jamais lui demander de l'argent.

- Sganarelle -

Je vous assure que toute sa maison perirait pour vous ; et je voudrais
qu'il vous arrivat quelque chose, que quelqu'un s'avisat de vous
donner des coups de baton, vous verriez de quelle maniere...

- Monsieur Dimanche -

Je le crois ; mais, Sganarelle, je vous prie de lui dire un petit mot
de mon argent.

- Sganarelle -

Oh ! ne vous mettez pas en peine. il vous payera le mieux du monde.

- Monsieur Dimanche -

Mais vous, Sganarelle, vous me devez quelque chose en votre
particulier.

- Sganarelle -

Fi ! ne parlez pas de cela...

- Monsieur Dimanche -

Comment ? Je...

- Sganarelle -

Ne sais-je pas bien que je vous dois ?

- Monsieur Dimanche -

Oui, Mais...

- Sganarelle -

Allons, monsieur Dimanche, je vais vous eclairer.

- Monsieur Dimanche -

Mais mon argent...

- Sganarelle -

(prenant Monsieur Dimanche par le bras.)

Vous moquez-vous ?

- Monsieur Dimanche -

Je veux...

- Sganarelle -

(le tirant.)

He !

- Monsieur Dimanche -

J'entends...

- Sganarelle -

(le poussant vers la porte.)

Bagatelles.

- Monsieur Dimanche -

Mais...

- Sganarelle -

(le poussant encore.)

Fi !

- Monsieur Dimanche -

Je...

- Sganarelle -

(Sganarelle le poussant tout a fait hors du theatre.)

Fi ! vous dis-je.


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Scene V. - Don Juan, Sganarelle, La Violette.


- La Violette -

(a Don Juan.)

Monsieur, voila monsieur votre pere.

- Don Juan -

Ah ! me voici bien ! il me fallait cette visite pour me faire enrager.


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Scene VI. - Don Louis, Don Juan, Sganarelle.


- Don Louis -

Je vois bien que je vous embarasse, et que vous vous passeriez fort
aisement de ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons etrangement
l'un et l'autre, et si vous etes las de me voir, je suis bien las
aussi de vos deportements. Helas ! que nous savons peu ce que nous
faisons, quand nous ne laissons pas au ciel le soin des choses qu'il
nous faut, quand nous voulons etre plus avises que lui, et que nous
venons a l'importuner par nos souhaits aveugles et nos demandes
inconsiderees. J'ai souhaite un fils avec des ardeurs non pareilles ;
je l'ai demande sans relache avec des transports incroyables ; et ce
fils, que j'obtiens en fatiguant le ciel de voeux, est le chagrin et
le supplice de cette vie meme dont je croyais qu'il devait etre la
joie et la consolation. De quel oeil, a votre avis, pensez-vous que je
puisse voir cet amas d'actions indignes, dont on a peine, aux yeux du
monde, d'adoucir le mauvais visage ; cette suite continuelle de
mechantes affaires, qui nous reduisent a toutes heures a lasser les
bontes du souverain, et qui ont epuise aupres de lui le merite de mes
services et le credit de mes amis ? Ah ! quelle bassesse est la votre !
Ne rougissez-vous point de meriter si peu votre naissance ?
Etes-vous en droit, dites-moi, d'en tirer quelque vanite ? et
qu'avez-vous fait dans le monde pour etre gentilhomme ? Croyez-vous
qu'il suffise d'en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une
gloire d'etre sortis d'un sang noble, lorsque nous vivons en infames ?
Non, non, la naissance n'est rien ou la vertu n'est pas. Aussi,
nous n'avons part a la gloire de nos ancetres qu'autant que nous
nous efforcons de leur ressembler ; et cet eclat de leurs actions
qu'ils repandent sur nous nous impose un engagement de leur faire le
meme honneur, de suivre les pas qu'ils nous tracent, et de ne point
degenerer de leur vertu, si nous voulons etre estimes leurs
veritables descendants. Ainsi, vous descendez en vain des aieux dont
vous etes ne ; ils vous desavouent pour leur sang, et tout ce qu'ils
ont fait d'illustre ne vous donne aucun avantage ; au contraire,
l'eclat n'en rejaillit sur vous qu'a votre deshonneur, et leur gloire
est un flambeau qui eclaire aux yeux d'un chacun la honte de vos
actions. Apprenez enfin qu'un gentilhomme qui vit mal est un monstre
dans la nature ; que la vertu est le premier titre de noblesse ; que je
regarde bien moins au nom qu'on signe qu'aux actions qu'on fait, et
que je ferais plus d'etat du fils d'un crocheteur qui serait
honnete homme, que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous.

- Don Juan -

Monsieur, si vous etiez assis, vous en seriez mieux pour parler.

- Don Louis -

Non, insolent, je ne veux point m'asseoir, ni parler davantage, et je
vois bien que toutes mes paroles ne font rien sur ton ame ; mais
sache, fils indigne, que la tendresse paternelle est poussee a bout
par tes actions ; que je saurai, plus tot que tu ne penses, mettre une
borne a tes dereglements, prevenir sur toi le courroux du ciel, et
laver, par ta punition, la honte de t'avoir fait naitre.


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Scene VII. - Don Juan, Sganarelle.


- Don Juan -

(adressant encore la parole a son pere, quoiqu'il soit sorti.)

He !, mourez le plus tot que vous pourrez, c'est le mieux que vous
puissiez faire. Il faut que chacun ait son tour, et j'enrage de voir
des peres qui vivent autant que leurs fils.

(Il se met dans son fauteuil.)

- Sganarelle -

Ah ! Monsieur, vous avez tort.

- Don Juan -

(se levant.)

J'ai tort !

- Sganarelle -

(tremblant.)

Monsieur...

- Don Juan -

J'ai tort !

- Sganarelle -

Oui, Monsieur, vous avez tort d'avoir souffert ce qu'il vous a dit, et
vous le deviez mettre dehors par les epaules. A-t-on jamais rien vu de
plus impertinent ? un pere venir faire des remontrances a son fils, et
lui dire de corriger ses actions, de se ressouvenir de sa naissance,
de mener une vie d'honnete homme, et cent autres sottises de pareille
nature ! cela se peut-il souffrir a un homme comme vous, qui savez
comme il faut vivre ? J'admire votre patience ; et si j'avais ete en
votre place, je l'aurais envoye promener.

(bas, a part.)

O complaisance maudite, a quoi me reduis-tu !

- Don Juan -

Me fera-t-on souper bientot ?


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Scene VIII. - Don Juan, Sganarelle, Ragotin.


- Ragotin -

Monsieur, voici une dame voilee qui vient vous parler.

- Don Juan -

Que pourrait-ce etre ?

- Sganarelle -

Il faut voir.


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Scene IX. - Done Elvire, voilee ; Don Juan, Sganarelle.


- Done Elvire -

Ne soyez point surpris, don Juan, de me voir a cette heure et dans cet
equipage. C'est un motif pressant qui m'oblige a cette visite, et ce
que j'ai a vous dire ne veut point du tout de retardement. Je ne viens
point ici pleine de ce courroux que j'ai tantot fait eclater, et vous
me voyez bien changee de ce que j'etais ce matin. Ce n'est point cette
done Elvire qui faisait des voeux contre vous, et dont l'ame irritee ne
jetait que menaces et ne respirait que vengeance. Le ciel a banni de
mon ame toutes ces indignes ardeurs que je sentais pour vous, tous ces
transports tumultueux d'un attachement criminel, tous ces honteux
emportements d'un amour terrestre et grossier ; et il n'a laisse dans
mon coeur pour vous qu'une flamme epuree de tout le commerce des sens,
une tendresse toute sainte, un amour detache de tout, qui n'agit point
pour soi, et ne se met en peine que de votre interet.

- Don Juan -

(bas, a Sganarelle.)

Tu pleures, je pense ?

- Sganarelle -

Pardonnez-moi.

- Done Elvire -

C'est ce parfait et pur amour qui me conduit ici pour votre bien, pour
vous faire part d'un avis du ciel, et tacher de vous retirer du
precipice ou vous courez. Oui, don Juan, je sais tous les dereglements
de votre vie ; et ce meme ciel, qui m'a touche le coeur et fait jeter
les yeux sur les egarements de ma conduite, m'a inspire de vous venir
trouver, et de vous dire de sa part que vos offenses ont epuise sa
misericorde, que sa colere redoutable est pres de tomber sur vous,
qu'il est en vous de l'eviter par un prompt repentir, et que peut-etre
vous n'avez pas encore un jour a vous pouvoir soustraire au plus grand
de tous les malheurs. Pour moi, je ne tiens plus a vous par aucun
attachement du monde. Je suis revenue, graces au ciel, de toutes mes
folles pensees ; ma retraite est resolue, et je ne demande qu'assez de
vie pour pouvoir expier la faute que j'ai faite, et meriter, par une
austere penitence, le pardon de l'aveuglement ou m'ont plongee les
transports d'une passion condamnable. Mais, dans cette retraite,
j'aurais une douleur extreme qu'une personne que j'ai cherie
tendrement devint un exemple funeste de la justice du ciel ; et ce me
sera une joye incroyable, si je puis vous porter a detourner de dessus
votre tete l'epouvantable coup qui vous menace. De grace, don Juan,
accordez-moi pour derniere faveur cette douce consolation ; ne me
refusez point votre salut, que je vous demande avec larmes ; et si
vous n'etes point touche de votre interet, soyez-le au moins de mes
prieres, et m'epargnez le cruel deplaisir de vous voir condamner a des
supplices eternels.

- Sganarelle -

(a part.)

Pauvre femme !

- Done Elvire -

Je vous ai aime avec une tendresse extreme, rien au monde ne m'a ete
si cher que vous ; j'ai oublie mon devoir pour vous, j'ai fait toutes
choses pour vous ; et toute la recompense que je vous en demande,
c'est de corriger votre vie et de prevenir votre perte. Sauvez-vous,
je vous prie, ou pour l'amour de vous, ou pour l'amour de moi. Encore
une fois, don Juan, je vous le demande avec larmes ; et si ce n'est
assez des larmes d'une personne que vous avez aimee, je vous en
conjure par tout ce qui est le plus capable de vous toucher.

- Sganarelle -

(a part, regardant Don Juan.)

Coeur de tigre !

- Done Elvire -

Je m'en vais apres ce discours ; et voila tout ce que j'avais a vous
dire.

- Don Juan -

Madame, il est tard, demeurez ici. On vous y logera le mieux qu'on
pourra.

- Done Elvire -

Non, don Juan, ne me retenez pas davantage.

- Don Juan -

Madame, vous me ferez plaisir de demeurer, je vous assure.

- Done Elvire -

Non, vous dis-je ; ne perdons point de temps en discours superflus.
Laissez-moi viste aller, ne faites aucune instance pour me conduire,
et songez seulement a profiter de mon avis.


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Scene X. - Don Juan, Sganarelle.


- Don Juan -

Sais-tu bien que j'ai encore senti quelque peu d'emotion pour elle,
que j'ai trouve de l'agrement dans cette nouveaute bizarre, et que son
habit neglige, son air languissant et ses larmes ont reveille en moi
quelques petits restes d'un feu eteint ?

- Sganarelle -

C'est a dire que ses paroles n'ont fait aucun effet sur vous.

- Don Juan -

Vite a souper.

- Sganarelle -

Fort bien.


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Scene XI. - Don Juan, Sganarelle, La Violette, Ragotin.


- Don Juan -

(se mettant a table.)

Sganarelle, il faut songer a s'amender pourtant.

- Sganarelle -

Oui-da.

- Don Juan -

Oui, ma foi, il faut s'amender. Encore vingt ou trente ans de cette
vie-ci, et puis nous songerons a nous.

- Sganarelle -

Ah !

- Don Juan -

Qu'en dis-tu ?

- Sganarelle -

Rien, voila le souper.

(Il prend un morceau d'un des plats qu'on apporte,
et le met dans sa bouche.)

- Don Juan -

Il me semble que tu as la joue enflee : qu'est-ce que c'est ? Parle
donc. Qu'as-tu la ?

- Sganarelle -

Rien.

- Don Juan -

Montre un peu. Parbleu ! c'est une fluxion qui lui est tombee sur la
joue. Vite une lancette pour percer cela ! Le pauvre garcon n'en peut
plus, et cet abces le pourrait etouffer. Attends, voyez comme il
etait mur ! Ah ! coquin que vous etes !

- Sganarelle -

Ma foi, Monsieur, je voulais voir si votre cuisinier n'avait point mis
trop de sel ni trop de poivre.

- Don Juan -

Allons, mets-toi la, et mange. J'ai affaire de toi quand j'aurai
soupe. Tu as faim a ce que je vois.

- Sganarelle -

(se mettant a table.)

Je le crois bien, Monsieur, je n'ai point mange depuis ce
matin. Tatez de cela, voila qui est le meilleur du monde.

(A Ragotin, qui, a mesure que Sganarelle met quelque chose
sur son assiette, la lui ote des que Sganarelle tourne la
tete.)

Mon assiette, mon assiette ! Tout doux, s'il vous plait. Vertubleu !
petit compere, que vous etes habile a donner des assiettes nettes ! Et
vous, petit la Violette, que vous savez presenter a boire a propos !

(Pendant que la Violette donne a boire a Sganarelle,
Ragotin ote encore son assiette.)

- Don Juan -

Qui peut fraper de cette sorte ?

- Sganarelle -

Qui diable nous vient troubler dans notre repas ?

- Don Juan -

Je veux souper en repos, au moins ; et qu'on ne laisse entrer personne.

- Sganarelle -

Laissez-moi faire, je m'y en vais moi-meme.

- Don Juan -

(voyant venir Sganarelle effraye.)

Qu'est-ce donc ? qu'y a-t-il ?

- Sganarelle -

(baissant la tete comme a la statue.)

Le... qui est la.

- Don Juan -

Allons voir, et montrons que rien ne me saurait ebranler.

- Sganarelle -

Ah, pauvre Sganarelle, ou te cacheras-tu ?


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Scene XII. - Don Juan, La Statue du Commandeur, Sganarelle,
La Violette, Ragotin.


- Don Juan -

(a ses gens.)

Une chaise et un couvert. Vite donc.

(Don Juan et la statue se mettent a table.)
(A Sganarelle.)

Allons, mets-toi a table.

- Sganarelle -

Monsieur, je n'ai plus de faim.

- Don Juan -

Mets-toi la, te dis-je. A boire. A la sante du commandeur !
je te la porte, Sganarelle. Qu'on lui donne du vin.

- Sganarelle -

Monsieur, je n'ai pas soif.

- Don Juan -

Bois, et chante ta chanson, pour regaler le commandeur.

- Sganarelle -

Je suis enrhume, Monsieur.

- Don Juan -

Il n'importe, Allons.

(a ses gens.)

Vous autres, venez, accompagnez sa voix.

- La Statue -

Don Juan, c'est assez, je vous invite a venir demain souper avec moi.
En aurez-vous le courage ?

- Don Juan -

Oui, j'irai, accompagne du seul Sganarelle.

- Sganarelle -

Je vous rends grace, il est demain jeune pour moi.

- Don Juan -

(a Sganarelle.)

Prends ce flambeau.

- La Statue -

On n'a pas besoin de lumiere quand on est conduit par le ciel.



ACTE CINQUIEME.
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Le theatre represente une campagne.


Scene premiere. - Don Louis, Don Juan, Sganarelle.


- Don Louis -

Quoi ! mon fils, serait-il possible que la bonte du ciel eut exauce
mes voeux ? Ce que vous me dites est-il bien vrai ? ne m'abusez-vous
point d'un faux espoir, et puis-je prendre quelque assurance sur la
nouveaute surprenante d'une telle conversion ?

- Don Juan -

Oui, vous me voyez revenu de toutes mes erreurs ; je ne suis plus le
meme d'hier au soir, et le ciel tout d'un coup, a fait en moi un
changement qui va surprendre tout le monde. Il a touche mon ame et
dessille mes yeux ; et je regarde avec horreur le long aveuglement ou
j'ai ete, et les desordres criminels de la vie que j'ai menee. J'en
repasse dans mon esprit toutes les abominations, et m'etonne comme le
ciel les a pu souffrir si longtemps, et n'a pas vingt fois sur ma tete
laisse tomber les coups de sa justice redoutable. Je vois les graces
que sa bonte m'a faites en ne me punissant point de mes crimes, et je
pretends en profiter comme je dois, faire eclater aux yeux du monde un
soudain changement de vie, reparer par la le scandale de mes actions
passees, et m'efforcer d'en obtenir du ciel une pleine remission.
C'est a quoi je vais travailler ; et je vous prie, Monsieur, de
vouloir bien contribuer a ce dessein, et de m'aider vous meme a faire
choix d'une personne qui me serve de guide, et sous la conduite de qui
je puisse marcher surement dans le chemin ou je m'en vais entrer.

- Don Louis -

Ah ! mon fils, que la tendresse d'un pere est aisement rappelee, et
que les offenses d'un fils s'evanouissent vite au moindre mot de
repentir ! Je ne me souviens plus deja de tous les deplaisirs que vous
m'avez donnes, et tout est efface par les paroles que vous venez de me
faire entendre. Je ne me sens pas, je l'avoue ; je jette des larmes
de joie ; tous mes voeux sont satisfaits, et je n'ai plus rien
desormais a demander au ciel. Embrassez-moi, mon fils, et persistez,
je vous conjure, dans cette louable pensee. Pour moi, j'en vais, tout
de ce pas, porter l'heureuse nouvelle a votre mere, partager avec elle
les doux transports du ravissement ou je suis, et rendre graces au
ciel des saintes resolutions qu'il a daigne vous inspirer.


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Scene II. - Don Juan, Sganarelle.


- Sganarelle -

Ah ! Monsieur, que j'ai de joie de vous voir converti !
il y a longtemps que j'attendais cela ; et voila, graces au
ciel, tous mes souhaits accomplis.

- Don Juan -

La peste le benet !

- Sganarelle -

Comment, le benet ?

- Don Juan -

Quoi ! tu prends pour de bon argent ce que je viens de dire, et tu
crois que ma bouche etait d'accord avec mon coeur ?

- Sganarelle -

Quoi ! ce n'est pas... Vous ne... Votre...

(a part.)

Oh ! quel homme ! quel homme ! quel homme !

- Don Juan -

Non, non, je ne suis point change, et mes sentiments sont toujours les
memes.

- Sganarelle -

Vous ne vous rendez pas a la surprenante merveille de cette statue
mouvante et parlante ?

- Don Juan -

Il y a bien quelque chose la dedans que je ne comprends pas, mais quoi
que ce puisse etre, cela n'est pas capable, ni de convaincre mon
esprit, ni d'ebranler mon ame ; et si j'ai dit que je voulais corriger
ma conduite, et me jeter dans un train de vie exemplaire, c'est un
dessein que j'ai forme par pure politique, un stratageme utile, une
grimace necessaire ou je veux me contraindre, pour menager un pere
dont j'ai besoin, et me mettre a couvert, du cote des hommes, de cent
facheuses aventures qui pourraient m'arriver. Je veux bien,
Sganarelle, t'en faire confidence, et je suis bien aise d'avoir un
temoin du fond de mon ame, et des veritables motifs qui m'obligent a
faire les choses.

- Sganarelle -

Quoi ! vous ne croyez rien du tout, et vous voulez cependant vous
eriger en homme de bien ?

- Don Juan -

Et pourquoi non ? il y en a tant d'autres comme moi qui se melent de
ce metier, et qui se servent du meme masque pour abuser le monde.

- Sganarelle -

(a part.)

Ah ! quel homme ! quel homme !

- Don Juan -

Il n'y a plus de honte maintenant a cela : l'hypocrisie est un vice a
la mode, et tous les vices a la mode passent pour vertus. Le
personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages
qu'on puisse jouer. Aujourd'hui, la profession d'hypocrite a de
merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toujours
respectee ; et quoiqu'on la decouvre, on n'ose rien dire contre
elle. Tous les autres vices des hommes sont exposes a la censure, et
chacun a la liberte de les attaquer hautement ; mais l'hypocrisie est
un vice privilegie qui, de sa main, ferme la bouche a tout le monde,
et jouit en repos d'une impunite souveraine. On lie, a force de
grimaces, une societe etroite avec tous les gens du parti. Qui en
choque un, se les attire tous sur les bras ; et ceux que l'on sait
meme agir de bonne foi la-dessus, et que chacun connait pour etre
veritablement touches, ceux-la, dis-je, sont toujours les dupes des
autres ; ils donnent bonnement dans le panneau des grimaciers, et
appuient aveuglement les singes de leurs actions. Combien crois-tu que
j'en connaisse qui, par ce stratageme, ont rhabille adroitement les
desordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de
la religion, et sous cet habit respecte, ont la permission d'etre les
plus mechants hommes du monde ? On a beau savoir leurs intrigues, et
les connaitre pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela
d'etre en credit parmi les gens ; et quelque baissement de tete, un
soupir mortifie et deux roulements d'yeux rajustent dans le monde tout
ce qu'ils peuvent faire. C'est sous cet abri favorable que je veux me
sauver, et mettre en surete mes affaires. Je ne quitterai point mes
douces habitudes ; mais j'aurai soin de me cacher, et me divertirai a
petit bruit. Que si je viens a etre decouvert, je verrai, sans me
remuer, prendre mes interets a toute la cabale, et je serai defendu
par elle envers et contre tous. Enfin, c'est la le vrai moyen de faire
impunement tout ce que je voudrai. Je m'erigerai en censeur des
actions d'autrui, jugerai mal de tout le monde, et n'aurai bonne
opinion que de moi. Des qu'une fois on m'aura choque tant soit peu, je
ne pardonnerai jamais, et garderai tout doucement une haine
irreconciliable. Je serai le vengeur des interets du ciel ; et, sous
ce pretexte commode, je pousserai mes ennemis, je les accuserai
d'impiete, et saurai dechainer contre eux des zeles indiscrets, qui,
sans connaissance de cause, crieront en public contre eux, qui les
accableront d'injures, et les damneront hautement, de leur autorite
privee. C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes, et
qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siecle.

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