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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Conversations d\'une petite fille avec sa poupee

M >> Mme de Renneville >> Conversations d\'une petite fille avec sa poupee

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Lucile avoit dispose de sa poupee, a la mort de sa mere; madame de
Vertingen l'avoit achetee pour Angelina, sa petite fille.

_Angelina, septieme maitresse de Zozo._

Des les premieres annees d'Angelina, on jugea qu'elle auroit beaucoup
d'esprit; sa maman en etoit enchantee, elle voulut l'elever elle-meme.

La tendresse excessive de madame de Vertingen nuisoit beaucoup a sa fille:
en allant au-devant de ses moindres desirs, en cedant aveuglement a toutes
ses volontes, elle la rendoit exigeante, capricieuse, colere, et lui
preparoit des peines pour l'avenir.

Un ami de M. de Vertingen essaya de donner quelques avis a cette mere trop
foible: "Madame, lui dit-il un jour, permettez-moi de vous parler avec
franchise; vous n'avez pas encore eleve d'enfant; je crains fort que vous
ne perdiez la votre, faute de connoitre la maniere de la gouverner: vous
devez l'elever pour les autres, et l'on seroit tente de croire que vous ne
l'elevez que pour vous-meme." Madame de Vertingen recut fort bien ce
reproche amical; elle promit d'en profiter, mais elle l'oublia bientot, et
continua a gater sa fille.

Angelina croissoit cependant a vue d'oeil: son teint etoit vermeil comme la
rose, l'esprit petilloit dans ses yeux, sa figure pleine de grace et
d'expression plaisoit a tout le monde, et son heureux caractere ne
demandoit qu'une main habile pour le plier a son avantage; mais madame de
Vertingen rioit de ses fautes, et lui cedoit en toute occasion. Quand un
domestique differoit a satisfaire ses caprices, il etoit gronde, et l'on
finissoit par le renvoyer.

Aussi Angelina faisoit mille sottises par jour: la moindre contrariete la
mettoit dans une colere affreuse; ses traits se decomposoient, et sa foible
mere, craignant pour ses jours, se hatoit de lui accorder tout ce qu'elle
vouloit. Sure ainsi de se faire obeir, Angelina se mutinoit pour rien, et
devenoit insupportable.

Cette petite fille si gatee montoit sur les fauteuils, se rouloit a terre,
alloit partout sans guide, gatoit les meubles, dechiroit ses vetemens,
brisoit tous ses joujoux, et jamais on ne la grondoit.

[Illustration: _Angelina._]

[Illustration: _Louisa._]

Un jour elle prit un couteau pour aller dans le jardin couper une branche
d'arbre, le pied lui glissa, et elle se blessa grievement a la cuisse. La
gouvernante que sa mere avoit mise aupres d'elle n'etoit point ecoutee;
lorsqu'elle lui faisoit des representations, l'enfant mutin repondoit: "Il
faut bien que je m'amuse; maman veut que je fasse de l'exercice."

Il arriva plusieurs aventures facheuses a l'indocile Angelina. Un jour elle
voulut attraper un petit poisson rouge; s'etant penchee sur le bord du
bassin, elle tomba dans l'eau. Le jardinier de la maison, qui heureusement
se trouvoit de ce cote, la retint par ses jupons, et lui sauva la vie, mais
elle fut serieusement malade.

Il falloit plus d'un exemple pour corriger un enfant qui n'agissoit qu'a sa
tete. Il prit fantaisie a Angelina de faire griller des escargots. Elle
prit furtivement un rechaud de braise, et l'ayant allume dans un coin, en
soufflant avec sa bouche un charbon tomba sur sa robe; en moins d'une
minute elle eut les jambes, les cuisses, les bras, et meme le visage,
entierement brules: elle fut plus d'un mois a guerir, et souffrit des
douleurs inexprimables; encore fut-elle tout a fait defiguree. Angelina
etoit deja grande qu'elle ne savoit encore rien: sa mere craignoit de la
fatiguer. Aussi quand elle voulut lui donner des maitres, la petite,
incapable d'application, s'ennuya a mourir; elle ne prit gout a rien; et au
bout de plusieurs annees, apres avoir fait depenser beaucoup d'argent a son
pere et a sa mere, Angelina n'eut qu'une legere teinture des arts qu'on
avoit cherche a lui faire apprendre.

Madame de Vertingen avoit commence d'abord par lui donner un maitre de
musique et un maitre de danse. Angelina, qui etoit vive et gaie, dansoit
avec plaisir; mais son maitre de musique etoit souvent renvoye, sous
pretexte d'un mal de tete, d'une colique, ou de quelqu'autre indisposition.
Si sa mere exigeoit qu'elle prit sa lecon, Angelina prenoit de l'humeur;
elle se mettoit au piano de mauvaise grace, bailloit, faisoit des fautes
sans nombre, et finissoit par lasser la patience du maitre le plus
complaisant.

Comme Angelina ne savoit point s'occuper, et qu'il faut passer le temps a
quelque chose, elle se levoit tard, changeoit dix fois de robe dans une
matinee, avoit cent caprices, mangeoit toutes sortes de friandises,
tourmentoit le chat, agacoit le chien, commandoit avec hauteur a sa femme
de chambre, et faisoit gronder les domestiques dont elle derangeoit le
service pour ses fantaisies.

Sa mere, moins fachee de la voir dure, capricieuse, ignorante, coquette et
impertinente, que de reconnoitre son peu de disposition pour les arts
d'agrement, lui faisoit quelquefois des reproches: "Que voulez vous
devenir, ma fille? lui disoit-elle. Vous ne saurez ni musique, ni danse, ni
dessin; vous passerez dans le monde pour une demoiselle sans education, et
personne ne vous regardera." Elle eut mieux fait de lui dire: Comment
ecrirez-vous une lettre ne sachant pas l'orthographe? Quelle sera votre
conversation avec les personnes instruites n'ayant aucune connoissance de
la geographie, de l'histoire, et des sciences en general? Qui voudra vous
servir, si vous etes exigeante et capricieuse? Qui voudra vivre avec vous,
si vous ne voulez point vous occuper des autres, et que vous rapportiez
tout a vous-meme? Mais madame de Vertingen n'avoit pas l'esprit assez
solide pour faire ces reflexions.

Les choses etoient en cet etat, lorsqu'un evenement malheureux forca le
pere et la mere d'Angelina a quitter la France. Ils abandonnerent leur bien
pour sauver leur vie. Ayant rassemble a la hate leur argent et leurs
bijoux, ils allerent en Allemagne attendre un temps plus heureux.

Quand on est hors de son pays, on depense beaucoup. Leurs fonds furent
bientot epuises; ils eprouverent les horreurs de l'indigence, d'autant plus
que ni la mere ni la fille ne pouvoient s'aider du travail de leurs mains.

M. de Vertingen etant mort, leur situation devint veritablement
deplorable.... C'est alors que la mere d'Angelina ouvrit les yeux pour voir
les torts qu'elle avoit a se reprocher sur l'education de sa fille!...
Cette jeune personne, extremement laide, depuis l'accident qui lui etoit
arrive par sa faute dans son enfance, ne savoit pas seulement enfiler une
aiguille!... Qu'alloit-elle devenir!... Ces tristes reflexions, jointes a
la misere, mirent en peu de temps cette mere infortunee au tombeau!...
Angelina, sans aucune ressource, fut obligee, pour ne pas mourir de faim,
de se mettre en service chez un vigneron du pays ou elle etoit.

Tu vois, ma bonne amie, dit en finissant madame Belmont a sa fille, combien
il est necessaire d'apprendre de bonne heure a lire, a ecrire, et a
travailler. La fortune peut se perdre, mais une bonne et sage education est
un tresor qui ne manque jamais. Tu n'aimes surement point Angelina; elle
n'est pas aimable non plus; mais ses fautes seront pour toi une lecon
utile; tu eviteras, je l'espere, de te conduire comme elle.--Je le crois
bien, dit Mimi; maman ne ressemble pas a madame de Vertingen. Madame
Belmont embrassa sa fille, et apres quelques autres reflexions, elle reprit
son recit.

Le sort de Zozo, continua cette dame, n'avoit pas ete trop heureux avec la
volontaire et capricieuse Angelina. Lorsque M. et madame de Vertingen
quitterent la France, la belle poupee etait dans un etat pitoyable! Elle
resta entre les mains de la gouvernante d'Angelina, qui, etant entree au
service d'une dame, lui en fit present.

Zozo fut encore une fois reparee; on l'habilla richement, et la dame qui en
etoit devenue proprietaire en fit cadeau a la fille d'une de ses amies.
C'est cette petite fille qui va faire le sujet de notre entretien.

_Louisa, huitieme maitresse de Zozo._

Madame de P... recut Zozo avec plaisir. Elle pria son amie de n'en point
parler a Louisa, sa fille, a qui la poupee etoit destinee. Je veux,
dit-elle, que ce beau present corrige ma fille d'un grand defaut, et lui
serve en meme temps de recompense.

Madame de P... ayant ainsi prevenu son amie, placa Zozo dans une grande
corbeille de jonc, couverte de taffetas couleur de rose, noue avec de la
faveur. Elle mit cette corbeille dans sa chambre a coucher, sur une
commode, et la ferma aux deux bouts, avec une bande de papier cachete.

Lorsque Louisa vit cette grande corbeille, elle fit mille questions, sur ce
qu'elle contenoit. Tous les domestiques, qui avoient le mot, s'accordoient
a lui repondre qu'ils n'en savoient rien. Louisa etoit fort embarrassee;
car elle n'osoit point faire de questions a sa mere, parce qu'elle lui
avoit dit plusieurs fois que rien n'etoit plus impoli.

La pauvre enfant etoit a la torture, d'autant plus que la curiosite etoit
son defaut dominant. Madame de P... lui dit un jour: Ecoute, Louisa, tu
ouvriras toi-meme la corbeille mysterieuse dans trois mois, si, d'ici a ce
temps, tu te corriges de ton excessive curiosite. Pendant trois mois, je
tiendrai une note exacte des fautes qu'elle te fera commettre; a cette
epoque je te montrerai mon livre, et tu seras jugee d'apres cette
lecture.--Trois mois, maman, c'est bien long!---Ma fille, il n'en faut pas
moins pour t'habituer a veiller sur toi-meme; d'ailleurs l'arret est
prononce: dans trois mois, a pareil jour, tu ouvriras la corbeille, ou bien
elle disparoitra pour toujours de devant tes yeux.--Sans que je sache ce
qui est dedans?--Sans que tu saches ce qui est dedans. Tu le sauras dans la
suite, mais ce sera pour te donner des regrets de ne pas avoir su vaincre
ton funeste penchant.

Trois mois d'epreuves etoient en effet bien longs pour une petite fille
aussi curieuse que Louisa, qui n'avoit jamais su se contraindre. Dans tous
les temps on l'avoit vue donner des preuves de la plus mauvaise education,
en cherchant a satisfaire sa curiosite. C'etoit un tiroir qu'elle ouvroit,
pour regarder ce qu'il y avoit dedans, meme chez les etrangers; un sac
qu'elle vidoit, un paquet qu'elle developpoit. Un panier couvert, quel
qu'il fut, lui donnoit le desir de savoir ce qu'il contenoit. Aucune boite,
aucun coffre n'echappoit a ses recherches. Jusqu'alors les representations,
les remontrances de madame P... n'avoient pu la corriger de ce defaut, qui
devenoit chaque jour plus choquant par les inconsequences qu'il lui faisoit
commettre. Quelquefois meme il avoit des suites facheuses; car Louisa ne
bornoit pas sa curiosite a voir, elle vouloit aussi entendre, et decouvroit
les secrets qu'on auroit voulu lui cacher. Elle ecoutoit aux portes pour
savoir les affaires des personnes avec qui elle vivoit; on s'en defioit
comme d'un voleur! Louisa se glissoit aussi partout pour satisfaire sa
passion favorite. Quand on la prenoit sur le fait, elle en etoit quitte
pour prier instamment qu'on ne le dit point a madame de P..., puis elle
recommencoit au meme instant.

Louisa etoit non-seulement curieuse, mais elle etoit bavarde. Cependant
madame de P..., qui haissoit la medisance, lui fermoit la bouche
lorsqu'elle vouloit lui conter ce qu'avoit fait un tel ou ce qu'une telle
avoit dit; mais la petite se dedommageoit de cette contrainte en causant
avec les domestiques, a qui elle repetoit, a sa maniere, tout ce qu'elle
avoit entendu: de la provenoient des haines, des querelles interminables;
la paix etoit bannie de cette maison. Quand on venoit aux eclaircissemens,
on citoit toujours Louisa comme le principal auteur de tout ce tapage.

Madame de P... avoit exige de ses gens qu'ils renvoyassent honteusement sa
fille, chaque fois qu'ils la trouveraient soit dans l'antichambre, soit
dans quelque autre piece de la maison ou elle ne devoit pas etre. De son
cote, madame de P... ne negligeoit rien pour lui faire sentir le ridicule
de sa conduite; elle lui defendoit expressement de causer avec les
domestiques, et la punissoit quand il etoit prouve que ses rapports avoient
fait de la peine a quelqu'un.

Cette surveillance genoit extremement Louisa, et lui evitoit bien des
sottises; mais elle ne changeoit point son caractere, parce que cette
petite ne faisoit aucun effort pour se corriger.

Madame de P... en fit la reflexion. C'est ce qui la porta a profiter de
l'occasion qui se presentoit, pour essayer de detruire le vilain defaut de
sa fille; et certes elle ne pouvoit s'y prendre trop tot: ce penchant des
ames vulgaires a cause plus de maux qu'on ne pense!...

Les trois mois d'epreuves commencerent donc. Louisa se promit bien de ne
commettre aucune faute qui l'empechat de voir ce qu'il y avoit dans la
corbeille. Malgre le desir qu'avoit cette enfant de ne rien faire qui la
privat de la satisfaction qu'elle attendoit, elle s'oublioit cependant
quelquefois; mais sa gouvernante qui l'aimoit, l'avertissoit toujours au
moment meme, en lui rappelant _la corbeille_. Si, par exemple, Louisa
touchoit a quelque chose qui ne lui appartenoit pas, et cherchoit a voir
dans un ridicule, ou ailleurs, ce qu'il y avoit, sa gouvernante lui disoit:
Mademoiselle, souvenez-vous de la corbeille! Et Louisa retiroit sa main
aussi vite que si elle se fut brulee; de maniere que cette petite dut a sa
bonne gouvernante de n'avoir pas succombe vingt fois a la tentation; car
l'habitude est une seconde nature.

Pendant deux mois, Louisa se comporta si bien, que madame de P... n'ecrivit
rien qui meritat une censure severe. Enchantee d'avoir reussi dans son
projet, et s'apercevant par cet essai que sa fille n'etoit pas
incorrigible, cette dame se proposa de la recompenser de ses efforts, en
abregeant le temps de son epreuve; car c'etoit une veritable penitence pour
une enfant de ce caractere.

Prenant donc Louisa par la main, sa mere la mena dans sa chambre: Voila
deux mois de passes, ma fille, lui dit cette dame, depuis que cette
corbeille que tu vois est ici. Tu as tenu nos conventions autant que ton
age pouvoit te le permettre; cela me fait esperer que, par la suite, tu
eviteras les fautes ou tu es tombee jusqu'ici. Je consens donc a abreger en
ta faveur le temps que j'avois fixe; tu peux ouvrir la corbeille, mais a
une condition, c'est que, si tu es encore curieuse, rapporteuse et
medisante, comme auparavant, je reprendrai ce qui est dedans, pour le
donner a une autre petite fille plus sage que toi.

Louisa promit a sa maman tout ce qu'elle voulut; elle sauta a son col, et
la remercia mille fois de son extreme bonte. Elle courut a la corbeille,
dont elle fit bientot voler les cachets; mais que devint-elle a la vue de
la belle poupee!... elle recula de surprise!... elle ne se possedoit pas de
joie!...--Ah, maman! qu'elle est belle! s'ecria-t-elle dans son
ravissement; comme elle est bien mise! et puis, grande! mais, c'est que
nous sommes de la meme taille!... Louisa etoit la plus heureuse personne du
monde!--Tu vois, ma bonne amie, lui dit sa maman, que tu es recompensee de
tes efforts au dela de tes esperances: travaille toujours a te
perfectionner, et je te promets des surprises plus flatteuses encore: une
mere est si heureuse quand sa fille se porte au bien!

Louisa devint extremement raisonnable; elle donna toutes sortes de
satisfaction a sa maman. Le temps etant venu de lui donner des maitres,
cette jeune personne renonca d'elle-meme a sa poupee pour s'appliquer
davantage. Madame de P... que je voyois alors me donna Zozo pour toi, ma
fille; mais tu etois si petite, que tu ne pouvois jouer encore avec des
poupees. Je la serrai donc jusqu'a ce que tu eusses assez de raison pour
t'en amuser sans la gater.

Tu sais a present, ma chere amie, l'histoire de Zozo. Quelque jour on
joindra la tienne a celle des jeunes demoiselles a qui ta poupee a
appartenu; vois dans quelle classe tu desires etre rangee; si c'est parmi
ses bonnes ou ses mauvaises maitresses! Ta conduite a venir en decidera:
elle fera aussi le bonheur ou le malheur de ta mere.


FIN.






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