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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Les Cinq Cents Millions de la Begum

J >> Jules Verne >> Les Cinq Cents Millions de la Begum

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-- Je vais immediatement convoquer le Conseil >>, dit le docteur
Sarrasin.

Le docteur preceda ses hotes dans son cabinet de travail.

C'etait une piece simplement meublee, dont trois cotes etaient couverts
par des rayons charges de livres, tandis que le quatrieme presentait,
au-dessous de quelques tableaux et d'objets d'art, une rangee de
pavillons numerotes, pareils a des cornets acoustiques.

<< Grace au telephone, dit-il, nous pouvons tenir conseil a
France-Ville en restant chacun chez soi. >>

Le docteur toucha un timbre avertisseur, qui communiqua instantanement
son appel au logis de tous les membres du Conseil. En moins de trois
minutes, le mot << present ! >> apporte successivement par chaque fil
de communication, annonca que le Conseil etait en seance.

Le docteur se placa alors devant le pavillon de son appareil
expediteur, agita une sonnette et dit :

<< La seance est ouverte... La parole est a mon honorable ami le
colonel Hendon, pour faire au Conseil civique une communication de la
plus haute gravite. >>

Le colonel se placa a son tour devant le telephone, et, apres avoir lu
l'article du New York Herald, il demanda que les premieres mesures
fussent immediatement prises.

A peine avait-il conclu que le numero 6 lui posa une question :

<< Le colonel croyait-il la defense possible, au cas ou les moyens sur
lesquels il comptait pour empecher l'ennemi d'arriver n'y auraient pas
reussi ? >>

Le colonel Hendon repondit affirmativement. La question et la reponse
etaient parvenues instantanement a chaque membre invisible du Conseil
comme les explications qui les avaient precedees.

Le numero 7 demanda combien de temps, a son estime, les Francevillais
avaient pour se preparer.

<< Le colonel ne le savait pas, mais il fallait agir comme s'ils
devaient etre attaques avant quinze jours.

Le numero 2 : << Faut-il attendre l'attaque ou croyez-vous preferable
de la prevenir ?

-- Il faut tout faire pour la prevenir, repondit le colonel, et, si
nous sommes menaces d'un debarquement, faire sauter les navires de Herr
Schultze avec nos torpilles. >> Sur cette proposition, le docteur
Sarrasin offrit d'appeler en conseil les chimistes les plus distingues,
ainsi que les officiers d'artillerie les plus experimentes, et de leur
confier le soin d'examiner les projets que le colonel Hendon avait a
leur soumettre.

Question du numero 1 :

<< Quelle est la somme necessaire pour commencer immediatement les
travaux de defense ?

-- Il faudrait pouvoir disposer de quinze a vingt millions de dollars.
>>

Le numero 4 : << Je propose de convoquer immediatement l'assemblee
pleniere des citoyens. >>

Le president Sarrasin : << Je mets aux voix la proposition. >>

Deux coups de timbre, frappes dans chaque telephone, annoncerent
qu'elle etait adoptee a l'unanimite.

Il etait huit heures et demie. Le Conseil civique n'avait pas dure dix-
huit minutes et n'avait derange personne.

L'assemblee populaire fut convoquee par un moyen aussi simple et
presque aussi expeditif. A peine le docteur Sarrasin eut-il communique
le vote du Conseil a l'hotel de ville, toujours par l'intermediaire de
son telephone, qu'un carillon electrique se mit en mouvement au sommet
de chacune des colonnes placees dans les deux cent quatre-vingts
carrefours de la ville. Ces colonnes etaient surmontees de cadrans
lumineux dont les aiguilles, mues par l'electricite, s'etaient aussitot
arretees sur huit heures et demie, -- heure de la convocation.

Tous les habitants, avertis a la fois par cet appel bruyant qui se
prolongea pendant plus d'un quart d'heure, s'empresserent de sortir ou
de lever la tete vers le cadran le plus voisin, et, constatant qu'un
devoir national les appelait a la halle municipale, ils s'empresserent
de s'y rendre.

A l'heure dite, c'est-a-dire en moins de quarante-cinq minutes,
l'assemblee etait au complet. Le docteur Sarrasin se trouvait deja a la
place d'honneur, entoure de tout le Conseil. Le colonel Hendon
attendait, au pied de la tribune, que la parole lui fut donnee.

La plupart des citoyens savaient deja la nouvelle qui motivait le
meeting. En effet, la discussion du Conseil civique, automatiquement
stenographiee par le telephone de l'hotel de ville, avait ete
immediatement envoyee aux journaux, qui en avaient fait l'objet d'une
edition speciale, placardee sous forme d'affiches.

La halle municipale etait une immense nef a toit de verre, ou l'air
circulait librement, et dans laquelle la lumiere tombait a flots d'un
cordon de gaz qui dessinait les aretes de la voute.

La foule etait debout, calme, peu bruyante. Les visages etaient gais.
La plenitude de la sante, l'habitude d'une vie pleine et reguliere, la
conscience de sa propre force mettaient chacun au-dessus de toute
emotion desordonnee d'alarme ou de colere.

A peine le president eut-il touche la sonnette, a huit heures et demie
precises, qu'un silence profond s'etablit.

Le colonel monta a la tribune.

La, dans une langue sobre et forte, sans ornements inutiles et
pretentions oratoires -- la langue des gens qui, sachant ce qu'ils
disent, enoncent clairement les choses parce qu'ils les comprennent
bien --, le colonel Hendon raconta la haine inveteree de Herr Schultze
contre la France, contre Sarrasin et son oeuvre, les preparatifs
formidables qu'annoncait le New York Herald, destines a detruire
France-Ville et ses habitants.

<< C'etait a eux de choisir le parti qu'ils croyaient le meilleur a
prendre, poursuivit-il. Bien des gens sans courage et sans patriotisme
aimeraient peut-etre mieux ceder le terrain, et laisser les agresseurs
s'emparer de la patrie nouvelle. Mais le colonel etait sur d'avance que
des propositions si pusillanimes ne trouveraient pas d'echo parmi ses
concitoyens. Les hommes qui avaient su comprendre la grandeur du but
poursuivi par les fondateurs de la cite modele, les hommes qui avaient
su en accepter les lois, etaient necessairement des gens de coeur et
d'intelligence. Representants sinceres et militants du progres, ils
voudraient tout faire pour sauver cette ville incomparable, monument
glorieux eleve a l'art d'ameliorer le sort de l'homme ! Leur devoir
etait donc de donner leur vie pour la cause qu'ils representaient. >>

Une immense salve d'applaudissements accueillit cette peroraison.

Plusieurs orateurs vinrent appuyer la motion du colonel Hendon.

Le docteur Sarrasin, ayant fait valoir alors la necessite de constituer
sans delai un Conseil de defense, charge de prendre toutes les mesures
urgentes, en s'entourant du secret indispensable aux operations
militaires, la proposition fut adoptee.

Seance tenante, un membre du Conseil civique suggera la convenance de
voter un credit provisoire de cinq millions de dollars, destines aux
premiers travaux. Toutes les mains se leverent pour ratifier la mesure.

A dix heures vingt-cinq minutes, le meeting etait termine, et les
habitants de France-Ville, s'etant donne des chefs, allaient se
retirer, lorsqu'un incident inattendu se produisit.

La tribune, libre depuis un instant, venait d'etre occupee par un
inconnu de l'aspect le plus etrange.

Cet homme avait surgi la comme par magie. Sa figure energique portait
les marques d'une surexcitation effroyable, mais son attitude etait
calme et resolue. Ses vetements a demi colles a son corps et encore
souilles de vase, son front ensanglante, disaient qu'il venait de
passer par de terribles epreuves.

A sa vue, tous s'etaient arretes. D'un geste imperieux, l'inconnu avait
commande a tous l'immobilite et le silence.

Qui etait-il ? D'ou venait-il ? Personne, pas meme le docteur Sarrasin,
ne songea a le lui demander.

D'ailleurs, on fut bientot fixe sur sa personnalite.

<< Je viens de m'echapper de Stahlstadt, dit-il. Herr Schultze m'avait
condamne a mort. Dieu a permis que j'arrivasse jusqu'a vous assez a
temps pour tenter de vous sauver. Je ne suis pas un inconnu pour tout
le monde ici. Mon venere maitre, le docteur Sarrasin, pourra vous dire,
je l'espere qu'en depit de l'apparence qui me rend meconnaissable meme
pour lui, on peut avoir quelque confiance dans Marcel Bruckmann !

- Marcel ! >> s'etaient ecries a la fois le docteur et Octave.

Tous deux allaient se precipiter vers lui...

Un nouveau geste les arreta.

C'etait Marcel, en effet, miraculeusement sauve. Apres qu'il eut force
la grille du canal, au moment ou il tombait presque asphyxie, le
courant l'avait entraine comme un corps sans vie. Mais, par bonheur,
cette grille fermait l'enceinte meme de Stahlstadt, et, deux minutes
apres, Marcel etait jete au-dehors, sur la berge de la riviere, libre
enfin, s'il revenait a la vie !

Pendant de longues heures, le courageux jeune homme etait reste etendu
sans mouvement, au milieu de cette sombre nuit, dans cette campagne
deserte, loin de tout secours.

Lorsqu'il avait repris ses sens, il faisait jour. Il s'etait alors
souvenu !... Grace a Dieu, il etait donc enfin hors de la maudite
Stahlstadt ! Il n'etait plus prisonnier. Toute sa pensee se concentra
sur le docteur Sarrasin, ses amis, ses concitoyens !

<< Eux ! eux ! >> s'ecria-t-il alors.

Par un supreme effort, Marcel parvint a se remettre sur pied.

Dix lieues le separaient de France-Ville, dix lieues a faire, sans
railway, sans voiture, sans cheval, a travers cette campagne qui etait
comme abandonnee autour de la farouche Cite de l'Acier. Ces dix lieues,
il les franchit sans prendre un instant de repos, et, a dix heures et
quart, il arrivait aux premieres maisons de la cite du docteur Sarrasin.

Les affiches qui couvraient les murs lui apprirent tout. Il comprit que
les habitants etaient prevenus du danger qui les menacait ; mais il
comprit aussi qu'ils ne savaient ni combien ce danger etait immediat,
ni surtout de quelle etrange nature il pouvait etre.

La catastrophe premeditee par Herr Schultze devait se produire ce
soir-la, a onze heures quarante-cinq... Il etait dix heures un quart.

Un dernier effort restait a faire. Marcel traversa la ville tout d'un
elan, et, a dix heures vingt-cinq minutes, au moment ou l'assemblee
allait se retirer, il escaladait la tribune.

<< Ce n'est pas dans un mois, mes amis, s'ecria-t-il, ni meme dans huit
jours, que le premier danger peut vous atteindre ! Avant une heure, une
catastrophe sans precedent, une pluie de fer et de feu va tomber sur
votre ville. Un engin digne de l'enfer, et qui porte a dix lieues, est,
a l'heure ou je parle, braque contre elle. Je l'ai vu. Que les femmes
et les enfants cherchent donc un abri au fond des caves qui presentent
quelques garanties de solidite, ou qu'ils sortent de la ville a
l'instant pour chercher un refuge dans la montagne ! Que les hommes
valides se preparent pour combattre le feu par tous les moyens
possibles ! Le feu, voila pour le moment votre seul ennemi ! Ni armees
ni soldats ne marchent encore contre vous. L'adversaire qui vous menace
a dedaigne les moyens d'attaque ordinaires. Si les plans, si les
calculs d'un homme dont la puissance pour le mal vous est connue se
realisent, si Herr Schultze ne s'est pas pour la premiere fois trompe,
c'est sur cent points a la fois que l'incendie va se declarer
subitement dans France-Ville ! C'est sur cent points differents qu'il
s'agira de faire tout a l'heure face aux flammes ! Quoi qu'il en doive
advenir, c'est tout d'abord la population qu'il faut sauver, car enfin,
celles de vos maisons, ceux de vos monuments qu'on ne pourra preserver,
dut meme la ville entiere etre detruite, l'or et le temps pourront les
rebatir ! >>

En Europe, on eut pris Marcel pour un fou. Mais ce n'est pas en
Amerique qu'on s'aviserait de nier les miracles de la science, meme les
plus inattendus. On ecouta le jeune ingenieur, et, sur l'avis du
docteur Sarrasin, on le crut.

La foule, subjuguee plus encore par l'accent de l'orateur que par ses
paroles, lui obeit sans meme songer a les discuter. Le docteur
repondait de Marcel Bruckmann. Cela suffisait.

Des ordres furent immediatement donnes, et des messagers partirent dans
toutes les directions pour les repandre.

Quant aux habitants de la ville, les uns, rentrant dans leur demeure,
descendirent dans les caves, resignes a subir les horreurs d'un
bombardement ; les autres, a pied, a cheval, en voiture, gagnerent la
campagne et tournerent les premieres rampes des Cascade-Mounts. Pendant
ce temps et en toute hate, les hommes valides reunissaient sur la
grande place et sur quelques points indiques par le docteur tout ce qui
pouvait servir a combattre le feu, c'est-a-dire de l'eau, de la terre,
du sable.

Cependant, a la salle des seances, la deliberation continuait a l'etat
de dialogue.

Mais il semblait alors que Marcel fut obsede par une idee qui ne
laissait place a aucune autre dans son cerveau. Il ne parlait plus, et
ses levres murmuraient ces seuls mots :

<< A onze heures quarante-cinq ! Est-ce bien possible que ce Schultze
maudit ait raison de nous par son execrable invention ?... >>

Tout a coup, Marcel tira un carnet de sa poche. Il fit le geste d'un
homme qui demande le silence, et, le crayon a la main, il traca d'une
main febrile quelques chiffres sur une des pages de son carnet. Et
alors, on vit peu a peu son front s'eclairer, sa figure devenir
rayonnante :

<< Ah ! mes amis ! s'ecria-t-il, mes amis ! Ou les chiffres que voici
sont menteurs, ou tout ce que nous redoutons va s'evanouir comme un
cauchemar devant l'evidence d'un probleme de balistique dont je
cherchais en vain la solution ! Herr Schultze s'est trompe ! Le danger
dont il nous menace n'est qu'un reve ! Pour une fois, sa science est en
defaut ! Rien de ce qu'il a annonce n'arrivera, ne peut arriver ! Son
formidable obus passera au-dessus de France-Ville sans y toucher, et,
s'il reste a craindre quelque chose, ce n'est que pour l'avenir ! >>

Que voulait dire Marcel ? On ne pouvait le comprendre !

Mais alors, le jeune Alsacien exposa le resultat du calcul qu'il venait
enfin de resoudre. Sa voix nette et vibrante deduisit sa demonstration
de facon a la rendre lumineuse pour les ignorants eux-memes. C'etait la
clarte succedant aux tenebres, le calme a l'angoisse. Non seulement le
projectile ne toucherait pas a la cite du docteur, mais il ne
toucherait a << rien du tout >>. Il etait destine a se perdre dans
l'espace !

Le docteur Sarrasin approuvait du geste l'expose des calculs de Marcel,
lorsque, tout d'un coup, dirigeant son doigt vers le cadran lumineux de
la salle :

<< Dans trois minutes, dit-il, nous saurons qui de Schultze ou de
Marcel Bruckmann a raison ! Quoi qu'il en soit, mes amis, ne regrettons
aucune des precautions prises et ne negligeons rien de ce qui peut
dejouer les inventions de notre ennemi. Son coup, s'il doit manquer,
comme Marcel vient de nous en donner l'espoir, ne sera pas le dernier !
La haine de Schultze ne saurait se tenir pour battue et s'arreter
devant un echec !

- Venez ! >> s'ecria Marcel.

Et tous le suivirent sur la grande place.

Les trois minutes s'ecoulerent. Onze heures quarante-cinq sonnerent a
l'horloge !...

Quatre secondes apres, une masse sombre passait dans les hauteurs du
ciel, et, rapide comme la pensee, se perdait bien au-dela de la ville
avec un sifflement sinistre.

<< Bon voyage ! s'ecria Marcel, en eclatant de rire. Avec cette vitesse
initiale, l'obus de Herr Schultze qui a depasse, maintenant, les
limites de l'atmosphere, ne peut plus retomber sur le sol terrestre ! >>

Deux minutes plus tard, une detonation se faisait entendre, comme un
bruit sourd, qu'on eut cru sorti des entrailles de la terre !

C'etait le bruit du canon de la Tour du Taureau, et ce bruit arrivait
en retard de cent treize secondes sur le projectile qui se deplacait
avec une vitesse de cent cinquante lieues a la minute.

XIII MARCEL BRUCKMANN AU PROFESSEUR SCHULTZE, STAHLSTADT

<< France-Ville, 14 septembre.

<< Il me parait convenable d'informer le Roi de l'Acier que j'ai passe
fort heureusement, avant-hier soir, la frontiere de ses possessions,
preferant mon salut a celui du modele du canon Schultze.

<< En vous presentant mes adieux, je manquerais a tous mes devoirs, si
je ne vous faisais pas connaitre, a mon tour, mes secrets ; mais, soyez
tranquille, vous n'en paierez pas la connaissance de votre vie.

<< Je ne m'appelle pas Schwartz, et je ne suis pas suisse. Je suis
alsacien. Mon nom est Marcel Bruckmann. Je suis un ingenieur passable,
s'il faut vous en croire, mais, avant tout, je suis francais. Vous vous
etes fait l'ennemi implacable de mon pays, de mes amis, de ma famille.
Vous nourrissiez d'odieux projets contre tout ce que j'aime. J'ai tout
ose, j'ai tout fait pour les connaitre ! Je ferai tout pour les dejouer.

<< Je m'empresse de vous faire savoir que votre premier coup n'a pas
porte, que votre but, grace a Dieu, n'a pas ete atteint, et qu'il ne
pouvait pas l'etre ! Votre canon n'en est pas moins un canon archi-
merveilleux, mais les projectiles qu'il lance sous une telle charge de
poudre, et ceux qu'il pourrait lancer, ne feront de mal a personne !
Ils ne tomberont jamais nulle part. Je l'avais pressenti, et c'est
aujourd'hui, a votre plus grande gloire, un fait acquis, que Herr
Schultze a invente un canon terrible... entierement inoffensif.

<< C'est donc avec plaisir que vous apprendrez que nous avons vu votre
obus trop perfectionne passer hier soir, a onze heures quarante-cinq
minutes et quatre secondes, au-dessus de notre ville. Il se dirigeait
vers l'ouest, circulant dans le vide, et il continuera a graviter ainsi
jusqu'a la fin des siecles. Un projectile, anime d'une vitesse initiale
vingt fois superieure a la vitesse actuelle, soit dix mille metres a la
seconde, ne peut plus "tomber" ! Son mouvement de translation, combine
avec l'attraction terrestre, en fait un mobile destine a toujours
circuler autour de notre globe.

<< Vous auriez du ne pas l'ignorer.

<< J'espere, en outre, que le canon de la Tour du Taureau est
absolument deteriore par ce premier essai ; mais ce n'est pas payer
trop cher, deux cent mille dollars, l'agrement d'avoir dote le monde
planetaire d'un nouvel astre, et la Terre d'un second satellite.

<< Marcel BRUCKMANN. >>

Un expres partit immediatement de France-Ville pour Stahlstadt. On
pardonnera a Marcel de n'avoir pu se refuser la satisfaction
gouailleuse de faire parvenir sans delai cette lettre a Herr Schultze.

Marcel avait en effet raison lorsqu'il disait que le fameux obus, anime
de cette vitesse et circulant au-dela de la couche atmospherique, ne
tomberait plus sur la surface de la terre, -- raison aussi quant il
esperait que, sous cette enorme charge de pyroxyle, le canon de la Tour
du Taureau devait etre hors d'usage.

Ce fut une rude deconvenue pour Herr Schultze, un echec terrible a son
indomptable amour-propre, que la reception de cette lettre. En la
lisant, il devint livide, et, apres l'avoir lue, sa tete tomba sur sa
poitrine comme s'il avait recu un coup de massue. Il ne sortit de cet
etat de prostration qu'au bout d'un quart d'heure, mais par quelle
colere !

Arminius et Sigimer seuls auraient pu dire ce qu'en furent les eclats !

Cependant, Herr Schultze n'etait pas homme a s'avouer vaincu. C'est une
lutte sans merci qui allait s'engager entre lui et Marcel. Ne lui
restait-il pas ses obus charges d'acide carbonique liquide, que des
canons moins puissants, mais plus pratiques, pourraient lancer a courte
distance ?

Apaise par un effort soudain, le Roi de l'Acier etait rentre dans son
cabinet et avait repris son travail.

Il etait clair que France-Ville, plus menacee que jamais, ne devait
rien negliger pour se mettre en etat de defense.

XIV BRANLE-BAS DE COMBAT

Si le danger n'etait plus imminent, il etait toujours grave. Marcel fit
connaitre au docteur Sarrasin et a ses amis tout ce qu'il savait des
preparatifs de Herr Schultze et de ses engins de destruction. Des le
lendemain, le Conseil de defense, auquel il prit part, s'occupa de
discuter un plan de resistance et d'en preparer l'execution.

En tout ceci, Marcel fut bien seconde par Octave, qu'il trouva
moralement change et bien a son avantage.

Quelles furent les resolutions prises ? Personne n'en sut le detail.
Les principes generaux furent seuls systematiquement communiques a la
presse et repandus dans le public. Il n'etait pas malaise d'y
reconnaitre la main pratique de Marcel.

<< Dans toute defense, se disait-on par la ville, la grande affaire est
de bien connaitre les forces de l'ennemi et d'adapter le systeme de
resistance a ces forces memes. Sans doute, les canons de Herr Schultze
sont formidables. Mieux vaut pourtant avoir en face de soi ces canons,
dont on sait le nombre, le calibre, la portee et les effets, que
d'avoir a lutter contre des engins mal connus. >>

Le tout etait d'empecher l'investissement de la ville, soit par terre,
soit par mer.

C'est cette question qu'etudiait avec activite le Conseil de defense,
et, le jour ou une affiche annonca que le probleme etait resolu,
personne n'en douta. Les citoyens accoururent se proposer en masse pour
executer les travaux necessaires. Aucun emploi n'etait dedaigne, qui
devait contribuer a l'oeuvre de defense. Des hommes de tout age, de
toute position, se faisaient simples ouvriers en cette circonstance. Le
travail etait conduit rapidement et gaiement. Des approvisionnements de
vivres suffisants pour deux ans furent emmagasines dans la ville. La
houille et le fer arriverent aussi en quantites considerables : le fer,
matiere premiere de l'armement ; la houille, reservoir de chaleur et de
mouvement, indispensables a la lutte.

Mais, en meme temps que la houille et le fer, s'entassaient sur les
places, des piles gigantesques de sacs de farine et de quartiers de
viande fumee, des meules de fromages, des montagnes de conserves
alimentaires et de legumes desseches s'amoncelaient dans les halles
transformees en magasins. Des troupeaux nombreux etaient parques dans
les jardins qui faisaient de France-Ville une vaste pelouse.

Enfin, lorsque parut le decret de mobilisation de tous les hommes en
etat de porter les armes, l'enthousiasme qui l'accueillit temoigna une
fois de plus des excellentes dispositions de ces soldats citoyens.
Equipes simplement de vareuses de laine, pantalons de toile et demi-
bottes, coiffes d'un bon chapeau de cuir bouilli, armes de fusils
Werder, ils manoeuvraient dans les avenues.

Des essaims de coolies remuaient la terre, creusaient des fosses,
elevaient des retranchements et des redoutes sur tous les points
favorables. La fonte des pieces d'artillerie avait commence et fut
poussee avec activite. Une circonstance tres favorable a ces travaux
etait qu'on put utiliser le grand nombre de fourneaux fumivores que
possedait la ville et qu'il fut aise de transformer en fours de fonte.

Au milieu de ce mouvement incessant, Marcel se montrait infatigable. Il
etait partout, et partout a la hauteur de sa tache. Qu'une difficulte
theorique ou pratique se presentat, il savait immediatement la
resoudre. Au besoin, il retroussait ses manches et montrait un procede
expeditif, un tour de main rapide. Aussi son autorite etait-elle
acceptee sans murmure et ses ordres toujours ponctuellement executes.

Aupres de lui, Octave faisait de son mieux. Si, tout d'abord, il
s'etait promis de bien garnir son uniforme de galons d'or, il y
renonca, comprenant qu'il ne devait rien etre, pour commencer, qu'un
simple soldat.

Aussi prit-il rang dans le bataillon qu'on lui assigna et sut-il s'y
conduire en soldat modele. A ceux qui firent d'abord mine de le
plaindre :

<< A chacun selon ses merites, repondit-il. Je n'aurais peut-etre pas
su commander !... C'est le moins que j'apprenne a obeir ! >>

Une nouvelle -- fausse il est vrai -- vint tout a coup imprimer aux
travaux de defense une impulsion plus vive encore. Herr Schultze,
disait-on, cherchait a negocier avec des compagnies maritimes pour le
transport de ses canons. A partir de ce moment, les << canards >> se
succederent tous les jours. C'etait tantot la flotte schultzienne qui
avait mis le cap sur France-Ville, tantot le chemin de fer de
Sacramento qui avait ete coupe par des << uhlans >>, tombes du ciel
apparemment.

Mais ces rumeurs, aussitot contredites, etaient inventees a plaisir par
des chroniqueurs aux abois dans le but d'entretenir la curiosite de
leurs lecteurs. La verite, c'est que Stahlstadt ne donnait pas signe de
vie.

Ce silence absolu, tout en laissant a Marcel le temps de completer ses
travaux de defense, n'etait pas sans l'inquieter quelque peu dans ses
rares instants de loisir.

<< Est-ce que ce brigand aurait change ses batteries et me preparerait
quelque nouveau tour de sa facon ? >> se demandait-il parfois.

Mais le plan, soit d'arreter les navires ennemis, soit d'empecher
l'investissement, promettait de repondre a tout, et Marcel, en ses
moments d'inquietude, redoublait encore d'activite.

Son unique plaisir et son unique repos, apres une laborieuse journee,
etait l'heure rapide qu'il passait tous les soirs dans le salon de Mme
Sarrasin.

Le docteur avait exige, des les premiers jours, qu'il vint
habituellement diner chez lui, sauf dans le cas ou il en serait empeche
par un autre engagement ; mais, par un phenomene singulier, le cas d'un
engagement assez seduisant pour que Marcel renoncat a ce privilege ne
s'etait pas encore presente. L'eternelle partie d'echecs du docteur
avec le colonel Hendon n'offrait cependant pas un interet assez
palpitant pour expliquer cette assiduite. Force est donc de penser
qu'un autre charme agissait sur Marcel, et peut-etre pourra-t- on en
soupconner la nature, quoique, assurement, il ne la soupconnat pas
encore lui-meme, en observant l'interet que semblaient avoir pour lui
ses causeries du soir avec Mme Sarrasin et Mlle Jeanne, lorsqu'ils
etaient tous trois assis pres de la grande table sur laquelle les deux
vaillantes femmes preparaient ce qui pouvait etre necessaire au service
futur des ambulances.

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