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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

20000 Lieues sous les mers Part 1

J >> Jules Verne >> 20000 Lieues sous les mers Part 1

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Mais, au moment ou je m'y attendais le moins, je mis la main sur une
merveille, je devrais dire sur une difformite naturelle, tres rare a
rencontrer. Conseil venait de donner un coup de drague, et son appareil
remontait charge de diverses coquilles assez ordinaires, quand, tout
d'un coup, il me vit plonger rapidement le bras dans le filet, en
retirer un coquillage, et pousser un cri de conchyliologue,
c'est-a-dire le cri le plus percant que puisse produire un gosier
humain.

<< Eh ! qu'a donc monsieur ? demanda Conseil, tres surpris. Monsieur
a-t-il ete mordu ?

-- Non, mon garcon, et cependant, j'eusse volontiers paye d'un doigt ma
decouverte !

-- Quelle decouverte ?

-- Cette coquille, dis-je en montrant l'objet de mon triomphe.

-- Mais c'est tout simplement une olive porphyre, genre olive, ordre
des pectinibranches, classe des gasteropodes, embranchement des
mollusques...

-- Oui, Conseil, mais au lieu d'etre enroulee de droite a gauche, cette
olive tourne de gauche a droite !

-- Est-il possible ! s'ecria Conseil.

-- Oui, mon garcon, c'est une coquille senestre !

-- Une coquille senestre ! repetait Conseil, le coeur palpitant.

-- Regarde sa spire !

-- Ah ! monsieur peut m'en croire, dit Conseil en prenant la precieuse
coquille d'une main tremblante, mais je n'ai jamais eprouve une emotion
pareille ! >>

Et il y avait de quoi etre emu ! On sait, en effet, comme l'ont fait
observer les naturalistes, que la dextrosite est une loi de nature. Les
astres et leurs satellites, dans leur mouvement de translation et de
rotation, se meuvent de droite a gauche. L'homme se sert plus souvent
de sa main droite que de sa main gauche, et, consequemment, ses
instruments et ses appareils, escaliers, serrures, ressorts de montres,
etc., sont combines de maniere a etre employes de droite a gauche. Or,
la nature a generalement suivi cette loi pour l'enroulement de ses
coquilles. Elles sont toutes dextres, a de rares exceptions, et quand,
par hasard, leur spire est senestre, les amateurs les payent au poids
de l'or.

Conseil et moi, nous etions donc plonges dans la contemplation de notre
tresor, et je me promettais bien d'en enrichir le Museum, quand une
pierre, malencontreusement lancee par un indigene, vint briser le
precieux objet dans la main de Conseil.

Je poussai un cri de desespoir ! Conseil se jeta sur mon fusil, et visa
un sauvage qui balancait sa fronde a dix metres de lui. Je voulus
l'arreter, mais son coup partit et brisa le bracelet d'amulettes qui
pendait au bras de l'indigene.

<< Conseil, m'ecriai-je, Conseil !

-- Eh quoi ! Monsieur ne voit-il pas que ce cannibale a commence
l'attaque ?

-- Une coquille ne vaut pas la vie d'un homme ! lui dis-je.

-- Ah ! le gueux ! s'ecria Conseil, j'aurais mieux aime qu'il m'eut
casse l'epaule ! >>

Conseil etait sincere, mais je ne fus pas de son avis. Cependant, la
situation avait change depuis quelques instants, et nous ne nous en
etions pas apercus. Une vingtaine de pirogues entouraient alors le
Naulilus. Ces pirogues, creusees dans des troncs d'arbre, longues,
etroites, bien combinees pour la marche, s'equilibraient au moyen d'un
double balancier en bambous qui flottait a la surface de l'eau. Elles
etaient manoeuvrees par d'adroits pagayeurs a demi nus, et je ne les
vis pas s'avancer sans inquietude.

C'etait evident que ces Papouas avaient eu deja des relations avec les
Europeens, et qu'ils connaissaient leurs navires. Mais ce long cylindre
de fer allonge dans la baie, sans mats, sans cheminee, que devaient-ils
en penser ? Rien de bon, car ils s'en etaient d'abord tenus a distance
respectueuse. Cependant. Le voyant immobile, ils reprenaient peu a peu
confiance, et cherchaient a se familiariser avec lui. Or, c'etait
precisement cette familiarite qu'il fallait empecher. Nos armes,
auxquelles la detonation manquait, ne pouvaient produire qu'un effet
mediocre sur ces indigenes. qui n'ont de respect que pour les engins
bruyants. La foudre, sans les roulements du tonnerre, effraierait peu
les hommes, bien que le danger soit dans l'eclair, non dans le bruit.

En ce moment, les pirogues s'approcherent plus pres du _Nautilus_, et
une nuee de fleches s'abattit sur lui.

<< Diable ! il grele ! dit Conseil, et peut-etre une grele empoisonnee !

-- Il faut prevenir le capitaine Nemo >>, dis-je en rentrant par le
panneau.

Je descendis au salon. Je n'y trouvai personne. Je me hasardai a
frapper a la porte qui s'ouvrait sur la chambre du capitaine.

Un << entrez >> me repondit. J'entrai, et je trouvai le capitaine Nemo
plonge dans un calcul ou les x et autres signes algebriques ne
manquaient pas.

<< Je vous derange ? dis-je par politesse.

-- En effet, monsieur Aronnax, me repondit le capitaine, mais je pense
que vous avez eu des raisons serieuses de me voir ?

-- Tres serieuses. Les pirogues des naturels nous entourent, et, dans
quelques minutes, nous serons certainement assaillis par plusieurs
centaines de sauvages.

-- Ah ! fit tranquillement le capitaine Nemo, ils sont venus avec leurs
pirogues ?

-- Oui, monsieur.

-- Eh bien, monsieur, il suffit de fermer les panneaux.

-- Precisement, et je venais vous dire...

-- Rien n'est plus facile >>, dit le capitaine Nemo.

Et, pressant un bouton electrique, il transmit un ordre au poste de
l'equipage.

<< Voila qui est fait, monsieur, me dit-il, apres quelques instants. Le
canot est en place, et les panneaux sont fermes. Vous ne craignez pas,
j'imagine, que ces messieurs defoncent des murailles que les boulets de
votre fregate n'ont pu entamer ?

-- Non, capitaine, mais il existe encore un danger.

-- Lequel, monsieur ?

-- C'est que demain, a pareille heure, il faudra rouvrir les panneaux
pour renouveler l'air du _Nautilus_...

-- Sans contredit, monsieur, puisque notre batiment respire a la
maniere des cetaces.

-- Or, si a ce moment, les Papouas occupent la plate-forme, je ne vois
pas comment vous pourrez les empecher d'entrer.

-- Alors, monsieur, vous supposez qu'ils monteront a bord ?

-- J'en suis certain.

-- Eh bien, monsieur, qu'ils montent. Je ne vois aucune raison pour les
en empecher. Au fond, ce sont de pauvres diables, ces Papouas, et je ne
veux pas que ma visite a l'ile Gueboroar coute la vie a un seul de ces
malheureux ! >>

Cela dit, j'allais me retirer ; mais le capitaine Nemo me retint et
m'invita a m'asseoir pres de lui. Il me questionna avec interet sur nos
excursions a terre, sur nos chasses, et n'eut pas l'air de comprendre
ce besoin de viande qui passionnait le Canadien. Puis, la conversation
effleura divers sujets, et, sans etre plus communicatif, le capitaine
Nemo se montra plus aimable.

Entre autres choses, nous en vinmes a parler de la situation du
_Nautilus_, precisement echoue dans ce detroit, ou Dumont d'Urville fut
sur le point de se perdre. Puis a ce propos :

<< Ce fut un de vos grands marins, me dit le capitaine, un de vos plus
intelligents navigateurs que ce d'Urville ! C'est votre capitaine Cook,
a vous autres, Francais. Infortune savant ! Avoir brave les banquises
du pole Sud, les coraux de l'Oceanie, les cannibales du Pacifique, pour
perir miserablement dans un train de chemin de fer ! Si cet homme
energique a pu reflechir pendant les dernieres secondes de son
existence, vous figurez-vous quelles ont du etre ses supremes pensees !
>>

En parlant ainsi, le capitaine Nemo semblait emu, et je porte cette
emotion a son actif.

Puis, la carte a la main, nous revimes les travaux du navigateur
francais, ses voyages de circumnavigation, sa double tentative au pole
Sud qui amena la decouverte des terres Adelie et Louis-Philippe, enfin
ses leves hydrographiques des principales iles de l'Oceanie.

<< Ce que votre d'Urville a fait a la surface des mers, me dit le
capitaine Nemo, je l'ai fait a l'interieur de l'Ocean, et plus
facilement, plus completement que lui. L'_Astrolabe_ et la _Zelee_,
incessamment ballottees par les ouragans, ne pouvaient valoir le
_Nautilus_, tranquille cabinet de travail, et veritablement sedentaire
au milieu des eaux !

-- Cependant, capitaine, dis-je, il y a un point de ressemblance entre
les corvettes de Dumont d'Urville et le _Nautilus_.

-- Lequel, monsieur ?

-- C'est que le _Nautilus_ s'est echoue comme elles !

-- Le _Nautilus_ ne s'est pas echoue, monsieur, me repondit froidement
le capitaine Nemo. Le Nautilus est fait pour reposer sur le lit des
mers, et les penibles travaux, les manoeuvres qu'imposa a d'Urville le
renflouage de ses corvettes, je ne les entreprendrai pas. L'_Astrolabe_
et la _Zelee_ ont failli perir, mais mon Nautilus ne court aucun
danger. Demain, au jour dit, a l'heure dite, la maree le soulevera
paisiblement, et il reprendra sa navigation a travers les mers.

-- Capitaine, dis-je, je ne doute pas....

-- Demain, ajouta le capitaine Nemo en se levant, demain, a deux heures
quarante minutes du soir, le _Nautilus_ flottera et quittera sans
avarie le detroit de Torres. >>

Ces paroles prononcees d'un ton tres bref, le capitaine Nemo s'inclina
legerement. C'etait me donner conge, et je rentrai dans ma chambre.

La, je trouvai Conseil, qui desirait connaitre le resultat de mon
entrevue avec le capitaine.

<< Mon garcon, repondis-je, lorsque j'ai eu l'air de croire que son
_Nautilus_ etait menace par les naturels de la Papouasie, le capitaine
m'a repondu tres ironiquement. Je n'ai donc qu'une chose a dire : Aie
confiance en lui, et va dormir en paix.

-- Monsieur n'a pas besoin de mes services ?

-- Non, mon ami. Que fait Ned Land ?

-- Que monsieur m'excuse, repondit Conseil, mais l'ami Ned confectionne
un pate de kangaroo qui sera une merveille ! >>

Je restai seul, je me couchai, mais je dormis assez mal. J'entendais le
bruit des sauvages qui pietinaient sur la plate-forme en poussant des
cris assourdissants. La nuit se passa ainsi, et sans que l'equipage
sortit de son inertie habituelle. Il ne s'inquietait pas plus de la
presence de ces cannibales que les soldats d'un fort blinde ne se
preoccupent des fourmis qui courent sur son blindage.

A six heures du matin, je me levai... Les panneaux n'avaient pas ete
ouverts. L'air ne fut donc pas renouvele a l'interieur, mais les
reservoirs, charges a toute occurrence, fonctionnerent a propos et
lancerent quelques metres cubes d'oxygene dans l'atmosphere appauvrie
du _Nautilus_.

Je travaillai dans ma chambre jusqu'a midi, sans avoir vu, meme un
instant, le capitaine Nemo. On ne paraissait faire a bord aucun
preparatif de depart.

J'attendis quelque temps encore, puis, je me rendis au grand salon. La
pendule marquait deux heures et demie. Dans dix minutes, le flot devait
avoir atteint son maximum de hauteur, et, si le capitaine Nemo n'avait
point fait une promesse temeraire, le _Nautilus_ serait immediatement
degage. Sinon, bien des mois se passeraient avant qu'il put quitter son
lit de corail.

Cependant, quelques tressaillements avant-coureurs se firent bientot
sentir dans la coque du bateau. J'entendis grincer sur son bordage les
asperites calcaires du fond corallien.

A deux heures trente-cinq minutes, le capitaine Nemo parut dans le
salon.

<< Nous allons partir, dit-il.

-- Ah ! fis-je.

-- J'ai donne l'ordre d'ouvrir les panneaux.

-- Et les Papouas ?

-- Les Papouas ? repondit le capitaine Nemo, haussant legerement les
epaules.

-- Ne vont-ils pas penetrer a l'interieur du _Nautilus_ ?

-- Et comment ?

-- En franchissant les panneaux que vous aurez fait ouvrir.

-- Monsieur Aronnax, repondit tranquillement le capitaine Nemo, on
n'entre pas ainsi par les panneaux du _Nautilus_, meme quand ils sont
ouverts. >>

Je regardai le capitaine.

<< Vous ne comprenez pas ? me dit-il.

-- Aucunement.

-- Eh bien ! venez et vous verrez. >>

Je me dirigeai vers l'escalier central. La, Ned Land et Conseil, tres
intrigues, regardaient quelques hommes de l'equipage qui ouvraient les
panneaux, tandis que des cris de rage et d'epouvantables vociferations
resonnaient au-dehors.

Les mantelets furent rabattus exterieurement. Vingt figures horribles
apparurent. Mais le premier de ces indigenes qui mit la main sur la
rampe de l'escalier, rejete en arriere par je ne sais quelle force
invisible, s'enfuit, poussant des cris affreux et faisant des gambades
exorbitantes.

Dix de ses compagnons lui succederent. Dix eurent le meme sort.

Conseil etait dans l'extase. Ned Land, emporte par ses instincts
violents, s'elanca sur l'escalier. Mais, des qu'il eut saisi la rampe a
deux mains, il fut renverse a son tour.

<< Mille diables ! s'ecria-t-il. Je suis foudroye ! >>

Ce mot m'expliqua tout. Ce n'etait plus une rampe, mais un cable de
metal, tout charge de l'electricite du bord, qui aboutissait a la
plate-forme. Quiconque la touchait ressentait une formidable secousse ,
et cette secousse eut ete mortelle, si le capitaine Nemo eut lance dans
ce conducteur tout le courant de ses appareils ! On peut reellement
dire, qu'entre ses assaillants et lui, il avait tendu un reseau
electrique que nul ne pouvait impunement franchir.

Cependant, les Papouas epouvantes avaient battu en retraite, affoles de
terreur. Nous, moitie riants, nous consolions et frictionnions le
malheureux Ned Land qui jurait comme un possede.

Mais, en ce moment, le _Nautilus_, souleve par les dernieres
ondulations du flot, quitta son lit de corail a cette quarantieme
minute exactement fixee par le capitaine. Son helice battit les eaux
avec une majestueuse lenteur. Sa vitesse s'accrut peu a peu, et,
naviguant a la surface de l'Ocean, il abandonna sain et sauf les
dangereuses passes du detroit de Torres.

XXIII

_AEGRI SOMNIA_

Le jour suivant, 10 janvier, le _Nautilus_ reprit sa marche entre deux
eaux, mais avec une vitesse remarquable que je ne puis estimer a moins
de trente-cinq milles a l'heure. La rapidite de son helice etait telle
que je ne pouvais ni suivre ses tours ni les compter.

Quand je songeais que ce merveilleux agent electrique, apres avoir
donne le mouvement, la chaleur, la lumiere au _Nautilus_, le protegeait
encore contre les attaques exterieures, et le transformait en une arche
sainte a laquelle nul profanateur ne touchait sans etre foudroye, mon
admiration n'avait plus de bornes, et de l'appareil, elle remontait
aussitot a l'ingenieur qui l'avait cree.

Nous marchions directement vers l'ouest, et, le 11 janvier, nous
doublames ce cap Wessel, situe par 135deg. de longitude et l0deg. de latitude
nord, qui forme la pointe est du golfe de Carpentarie. Les recifs
etaient encore nombreux, mais plus clairsemes, et releves sur la carte
avec une extreme precision. Le _Nautilus_ evita facilement les brisants
de Money a babord, et les recifs Victoria a tribord, places par 1300 de
longitude, et sur ce dixieme parallele que nous suivions rigoureusement.

Le 13 janvier, le capitaine Nemo. arrive dans la mer de Timor, avait
connaissance de l'ile de ce nom par 1220 de longitude. Cette ile dont
la superficie est de seize cent vingt-cinq lieues carrees est gouvernee
par des radjahs. Ces princes se disent fils de crocodiles, c'est-a-dire
issus de la plus haute origine a laquelle un etre humain puisse
pretendre. Aussi, ces ancetres ecailleux foisonnent dans les rivieres
de l'ile, et sont l'objet d'une veneration particuliere. On les
protege, on les gate, on les adule, on les nourrit, on leur offre des
jeunes filles en pature, et malheur a l'etranger qui porte la main sur
ces lezards sacres.

Mais le _Nautilus_ n'eut rien a demeler avec ces vilains animaux. Timor
ne fut visible qu'un instant, a midi, pendant que le second relevait sa
position. Egalement, je ne fis qu'entrevoir cette petite ile Rotti, qui
fait partie du groupe, et dont les femmes ont une reputation de beaute
tres etablie sur les marches malais.

A partir de ce point, la direction du _Nautilus_, en latitude,
s'inflechit vers le sud-ouest. Le cap fut mis sur l'ocean Indien. Ou la
fantaisie du capitaine Nemo allait-elle nous entrainer ? Remontrait-il
vers les cotes de l'Asie ? Se rapprocherait-il des rivages de l'Europe
? Resolutions peu probables de la part d'un homme qui fuyait les
continents habites ? Descendrait-il donc vers le sud ? Irait-il doubler
le cap de Bonne-Esperance, puis le cap Horn, et pousser au pole
antarctique ? Reviendrait-il enfin vers ses mers du Pacifique, ou son
Nautilus trouvait une navigation facile et independante ? L'avenir
devait nous l'apprendre.

Apres avoir prolonge les ecueils de Cartier, d'Hibernia, de
Seringapatam, de Scott, derniers efforts de l'element solide contre
l'element liquide, le 14 janvier, nous etions au-dela de toutes terres.
La vitesse du _Nautilus_ fut singulierement ralentie, et, tres
capricieux dans ses allures, tantot il nageait au milieu des eaux, et
tantot il flottait a leur surface.

Pendant cette periode du voyage, le capitaine Nemo fit d'interessantes
experiences sur les diverses temperatures de la mer a des couches
differentes. Dans les conditions ordinaires, ces releves s'obtiennent
au moyen d'instruments assez compliques. dont les rapports sont au
moins douteux, que ce soient des sondes thermometriques, dont les
verres se brisent souvent sous la pression des eaux, ou des appareils
bases sur la variation de resistance de metaux aux courants
electriques. Ces resultats ainsi obtenus ne peuvent etre suffisamment
controles. Au contraire, le capitaine Nemo allait lui-meme chercher
cette temperature dans les profondeurs de la mer, et son thermometre,
mis en communication avec les diverses nappes liquides, lui donnait
immediatement et surement le degre recherche.

C'est ainsi que, soit en surchargeant ses reservoirs, soit en
descendant obliquement au moyen de ses plans inclines, le _Nautilus_
atteignit successivement des profondeurs de trois, quatre, cinq, sept,
neuf et dix mille metres, et le resultat definitif de ces experiences
fut que la mer presentait une temperature permanente de quatre degres
et demi, a une profondeur de mille metres, sous toutes les latitudes.

Je suivais ces experiences avec le plus vif interet. Le capitaine Nemo
y apportait une veritable passion. Souvent, je me demandai dans quel
but il faisait ces observations. Etait-ce au profit de ces semblables ?
Ce n'etait pas probable, car, un jour ou l'autre, ses travaux devaient
perir avec lui dans quelque mer ignoree ! A moins qu'il ne me destinat
le resultat de ses experiences. Mais c'etait admettre que mon etrange
voyage aurait un terme, et ce terme, je ne l'apercevais pas encore.

Quoi qu'il en soit, le capitaine Nemo me fit egalement connaitre divers
chiffres obtenus par lui et qui etablissaient le rapport des densites
de l'eau dans les principales mers du globe. De cette communication, je
tirai un enseignement personnel qui n'avait rien de scientifique.

C'etait pendant la matinee du 15 janvier. Le capitaine, avec lequel je
me promenais sur la plate-forme, me demanda si je connaissais les
differentes densites que presentent les eaux de la mer. Je lui repondis
negativement, et j'ajoutai que la science manquait d'observations
rigoureuses a ce sujet.

<< Je les ai faites, ces observations, me dit-il, et je puis en affirmer
la certitude.

-- Bien, repondis-je, mais le _Nautilus_ est un monde a part, et les
secrets de ses savants n'arrivent pas jusqu'a la terre.

-- Vous avez raison, monsieur le professeur, me dit-il, apres quelques
instants de silence. C'est un monde a part. Il est aussi etranger a la
terre que les planetes qui accompagnent ce globe autour du soleil, et
l'on ne connaitra jamais les travaux des savants de Saturne ou de
Jupiter. Cependant, puisque le hasard a lie nos deux existences, je
puis vous communiquer le resultat de mes observations.

-- Je vous ecoute, capitaine.

-- Vous savez, monsieur le professeur, que l'eau de mer est plus dense
que l'eau douce, mais cette densite n'est pas uniforme. En effet, si je
represente par un la densite de l'eau douce, je trouve un vingt-huit
millieme pour les eaux de l'Atlantique, un vingt-six millieme pour les
eaux du Pacifique, un trente-millieme pour les eaux de la
Mediterranee...

-- Ah ! pensai-je, il s'aventure dans la Mediterranee ?

-- Un dix-huit millieme pour les eaux de la mer Ionienne, et un
vingt-neuf millieme pour les eaux de l'Adriatique. >>

Decidement, le _Nautilus_ ne fuyait pas les mers frequentees de
l'Europe, et j'en conclus qu'il nous ramenerait - peut-etre avant peu
vers des continents plus civilises. Je pensai que Ned Land apprendrait
cette particularite avec une satisfaction tres naturelle.

Pendant plusieurs jours, nos journees se passerent en experiences de
toutes sortes, qui porterent sur les degres de salure des eaux a
differentes profondeurs, sur leur electrisation, sur leur coloration,
sur leur transparence, et dans toutes ces circonstances, le capitaine
Nemo deploya une ingeniosite qui ne fut egalee que par sa bonne grace
envers moi. Puis, pendant quelques jours, je ne le revis plus, et
demeurai de nouveau comme isole a son bord.

Le 16 janvier, le _Nautilus_ parut s'endormir a quelques metres
seulement au-dessous de la surface des flots. Ses appareils electriques
ne fonctionnaient pas, et son helice immobile le laissait errer au gre
des courants. Je supposai que l'equipage s'occupait de reparations
interieures, necessitees par la violence des mouvements mecaniques de
la machine.

Mes compagnons et moi, nous fumes alors temoins d'un curieux spectacle.
Les panneaux du salon etaient ouverts, et comme le fanal du _Nautilus_
n'etait pas en activite, une vague obscurite regnait au milieu des eaux.

Le ciel orageux et couvert d'epais nuages ne donnait aux premieres
couches de l'Ocean qu'une insuffisante clarte.

J'observais l'etat de la mer dans ces conditions, et les plus gros
poissons ne m'apparaissaient plus que comme des ombres a peine
figurees, quand le _Nautilus_ se trouva subitement transporte en pleine
lumiere. Je crus d'abord que le fanal avait ete rallume, et qu'il
projetait son eclat electrique dans la masse liquide. Je me trompais,
et apres une rapide observation, je reconnus mon erreur.

Le _Nautilus_ flottait au milieu d'une couche phosphorescente, qui dans
cette obscurite devenait eblouissante. Elle etait produite par des
myriades d'animalcules lumineux, dont l'etincellement s'accroissait en
glissant sur la coque metallique de l'appareil. Je surprenais alors des
eclairs au milieu de ces nappes lumineuses, comme eussent ete des
coulees de plomb fondu dans une fournaise ardente, ou des masses
metalliques portees au rouge blanc ; de telle sorte que par opposition,
certaines portions lumineuses faisaient ombre dans ce milieu igne, dont
toute ombre semblait devoir etre bannie. Non ! ce n'etait plus
l'irradiation calme de notre eclairage habituel ! Il y avait la une
vigueur et un mouvement insolites ! Cette lumiere, on la sentait
vivante !

En effet, c'etait une agglomeration infinie d'infusoires pelagiens, de
noctiluques miliaires, veritables globules de gelee diaphane, pourvus
d'un tentacule filiforme, et dont on a compte jusqu'a vingt-cinq mille
dans trente centimetres cubes d'eau. Et leur lumiere etait encore
doublee par ces lueurs particulieres aux meduses, aux asteries, aux
aurelies, aux pholadesdattes, et autres zoophytes phosphorescents,
impregnes du graissin des matieres organiques decomposees par la mer,
et peut-etre du mucus secrete par les poissons.

Pendant plusieurs heures, le _Nautilus_ flotta dans ces ondes
brillantes, et notre admiration s'accrut a voir les gros animaux marins
s'y jouer comme des salamandres. Je vis la, au milieu de ce feu qui ne
brule pas, des marsouins elegants et rapides, infatigables clowns des
mers, et des istiophores longs de trois metres, intelligents
precurseurs des ouragans, dont le formidable glaive heurtait parfois la
vitre du salon. Puis apparurent des poissons plus petits, des balistes
varies, des scomberoides-sauteurs, des nasons-loups, et cent autres qui
zebraient dans leur course la lumineuse atmosphere.

Ce fut un enchantement que cet eblouissant spectacle ! Peut-etre
quelque condition atmospherique augmentait-elle l'intensite de ce
phenomene ? Peut-etre quelque orage se dechainait-il a la surface des
flots ? Mais, a cette profondeur de quelques metres, le _Nautilus_ ne
ressentait pas sa fureur, et il se balancait paisiblement au milieu des
eaux tranquilles.

Ainsi nous marchions, incessamment charmes par quelque merveille
nouvelle. Conseil observait et classait ses zoophytes, ses articules,
ses mollusques, ses poissons. Les journees s'ecoulaient rapidement, et
je ne les comptais plus. Ned, suivant son habitude, cherchait a varier
l'ordinaire du bord. Veritables colimacons, nous etions faits a notre
coquille, et j'affirme qu'il est facile de devenir un parfait colimacon.

Donc, cette existence nous paraissait facile, naturelle, et nous
n'imaginions plus qu'il existat une vie differente a la surface du
globe terrestre, quand un evenement vint nous rappeler a l'etrangete de
notre situation.

Le 18 janvier, le _Nautilus_ se trouvait par 105deg. de longitude et 15deg.
de latitude meridionale. Le temps etait menacant, la mer dure et
houleuse. Le vent soufflait de l'est en grande brise. Le barometre, qui
baissait depuis quelques jours, annoncait une prochaine lutte des
elements.

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