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Editorial
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

20000 Lieues sous les mers Part 1

J >> Jules Verne >> 20000 Lieues sous les mers Part 1

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Ce fut pendant la nuit du 9 au 10 decembre, que le _Nautilus_ rencontra
cette armee de mollusques qui sont particulierement nocturnes. On
pouvait les compter par millions. Ils emigraient des zones temperees
vers les zones plus chaudes, en suivant l'itineraire des harengs et des
sardines. Nous les regardions a travers les epaisses vitres de cristal,
nageant a reculons avec une extreme rapidite, se mouvant au moyen de
leur tube locomoteur, poursuivant les poissons et les mollusques,
mangeant les petits, manges des gros, et agitant dans une confusion
indescriptible les dix pieds que la nature leur a implantes sur la
tete, comme une chevelure de serpents pneumatiques. Le Nautilus, malgre
sa vitesse, navigua pendant plusieurs heures au milieu de cette troupe
d'animaux. et ses filets en ramenerent une innombrable quantite, ou je
reconnus les neuf especes que d'Orbigny a classees pour l'ocean
Pacifique.

On le voit, pendant cette traversee, la mer prodiguait incessamment ses
plus merveilleux spectacles. Elle les variait a l'infini. Elle
changeait son decor et sa mise en scene pour le plaisir de nos yeux, et
nous etions appeles non seulement a contempler les oeuvres du Createur
au milieu de l'element liquide, mais encore a penetrer les plus
redoutables mysteres de l'Ocean.

Pendant la journee du 11 decembre, j'etais occupe a lire dans le grand
salon. Ned Land et Conseil observaient les eaux lumineuses par les
panneaux entr'ouverts. Le _Nautilus_ etait immobile. Ses reservoirs
remplis, il se tenait a une profondeur de mille metres, region peut
habitee des Oceans, dans laquelle les gros poissons faisaient seuls de
rares apparitions.

Je lisais en ce moment un livre charmant de Jean Mace, _les Serviteurs
de l'estomac_, et j'en savourais les lecons ingenieuses, lorsque
Conseil interrompit ma lecture.

<< Monsieur veut-il venir un instant ? me dit-il d'une voix singuliere.

-- Qu'y a-t-il donc, Conseil ?

-- Que monsieur regarde. >>

Je me levai, j'allai m'accouder devant la vitre, et je regardai.

En pleine lumiere electrique, une enorme masse noiratre, immobile, se
tenait suspendue au milieu des eaux. Je l'observai attentivement,
cherchant a reconnaitre la nature de ce gigantesque cetace. Mais une
pensee traversa subitement mon esprit.

<< Un navire ! m'ecriai-je.

-- Oui, repondit le Canadien, un batiment desempare qui a coule a pic !
>>

Ned Land ne se trompait pas. Nous etions en presence d'un navire, dont
les haubans coupes pendaient encore a leurs cadenes. Sa coque
paraissait etre en bon etat, et son naufrage datait au plus de quelques
heures. Trois troncons de mats, rases a deux pieds au-dessus du pont,
indiquaient que ce navire engage avait du sacrifier sa mature. Mais,
couche sur le flanc, il s'etait rempli, et il donnait encore la bande a
babord. Triste spectacle que celui de cette carcasse perdue sous les
flots, mais plus triste encore la vue de son pont ou quelques cadavres,
amarres par des cordes, gisaient encore ! J'en comptai quatre - quatre
hommes, dont l'un se tenait debout, au gouvernail - puis une femme, a
demi-sortie par la claire-voie de la dunette, et tenant un enfant dans
ses bras. Cette femme etait jeune. Je pus reconnaitre, vivement
eclaires par les feux du _Nautilus_, ses traits que l'eau n'avait pas
encore decomposes. Dans un supreme effort, elle avait eleve au-dessus
de sa tete son enfant, pauvre petit etre dont les bras enlacaient le
cou de sa mere ! L'attitude des quatre marins me parut effrayante,
tordus qu'ils etaient dans des mouvements convulsifs, et faisant un
dernier effort pour s'arracher des cordes qui les liaient au navire.
Seul, plus calme, la face nette et grave, ses cheveux grisonnants
colles a son front, la main crispee a la roue du gouvernail, le
timonier semblait encore conduire son trois-mats naufrage a travers les
profondeurs de l'Ocean !

Quelle scene ! Nous etions muets, le coeur palpitant, devant ce
naufrage pris sur le fait, et, pour ainsi dire, photographie a sa
derniere minute ! Et je voyais deja s'avancer, l'oeil en feu, d'enormes
squales, attires par cet appat de chair humaine !

Cependant le _Nautilus_, evoluant, tourna autour du navire submerge,
et, un instant, je pus lire sur son tableau d'arriere :

_Florida, Sunderland._

XIX

VANIKORO

Ce terrible spectacle inaugurait la serie des catastrophes maritimes,
que le _Nautilus_ devait renconter sur sa route. Depuis qu'il suivait
des mers plus frequentees, nous apercevions souvent des coques
naufragees qui achevaient de pourrir entre deux eaux, et, plus
profondement, des canons, des boulets, des ancres, des chaines, et
mille autres objets de fer, que la rouille devorait.

Cependant, toujours entraines par ce _Nautilus_, ou nous vivions comme
isoles, le 11 decembre, nous eumes connaissance de l'archipel des
Pomotou, ancien << groupe dangereux >> de Bougainville, qui s'etend sur
un espace de cinq cents lieues de l'est-sud-est a l'ouest-nord-ouest.
entre 13deg.30' et 23deg.50' de latitude sud, et 125deg.30' et 151deg.30' de
longitude ouest, depuis l'ile Ducie jusqu'a l'ile Lazareff. Cet
archipel couvre une superficie de trois cent soixante-dix lieues
carrees, et il est forme d'une soixantaine de groupes d'iles, parmi
lesquels on remarque le groupe Gambier, auquel la France a impose son
protectorat. Ces iles sont coralligenes. Un soulevement lent, mais
continu, provoque par le travail des polypes, les reliera un jour entre
elles. Puis, cette nouvelle ile se soudera plus tard aux archipels
voisins, et un cinquieme continent s'etendra depuis la Nouvelle-Zelande
et la Nouvelle-Caledonie jusqu'aux Marquises.

Le jour ou je developpai cette theorie devant le capitaine Nemo, il me
repondit froidement :

<< Ce ne sont pas de nouveaux continents qu'il faut a la terre, mais de
nouveaux hommes ! >>

Les hasards de sa navigation avaient precisement conduit le _Nautilus_
vers l'ile Clermont-Tonnerre, l'une des plus curieuses du groupe, qui
fut decouvert en 1822, par le capitaine Bell, de _la Minerve_. Je pus
alors etudier ce systeme madreporique auquel sont dues les iles de cet
Ocean.

Les madrepores, qu'il faut se garder de confondre avec les coraux, ont
un tissu revetu d'un encroutement calcaire, et les modifications de sa
structure ont amene M. Milne-Edwards, mon illustre maitre, a les
classer en cinq sections. Les petits animalcules qui secretent ce
polypier vivent par milliards au fond de leurs cellules. Ce sont leurs
depots calcaires qui deviennent rochers, recifs, ilots, iles. Ici, ils
forment un anneau circulaire, entourant un lagon ou un petit lac
interieur, que des breches mettent en communication avec la mer. La,
ils figurent des barrieres de recifs semblables a celles qui existent
sur les cotes de la Nouvelle-Caledonie et de diverses iles des Pomotou.
En d'autres endroits, comme a la Reunion et a Maurice, ils elevent des
recifs franges, hautes murailles droites, pres desquelles les
profondeurs de l'Ocean sont considerables.

En prolongeant a quelques encablures seulement les accores de l'ile
Clermont-Tonnerre, j'admirai l'ouvrage gigantesque, accompli par ces
travailleurs microscopiques. Ces murailles etaient specialement
l'oeuvre des madreporaires designes par les noms de millepores, de
porites, d'astrees et de meandrines. Ces polypes se developpent
particulierement dans les couches agitees de la surface de la mer, et
par consequent, c'est par leur partie superieure qu'ils commencent ces
substructions, lesquelles s'enfoncent peu a peu avec les debris de
secretions qui les supportent. Telle est, du moins, la theorie de M.
Darwin, qui explique ainsi la formation des atolls - theorie
superieure, selon moi, a celle qui donne pour base aux travaux
madreporiques des sommets de montagnes ou de volcans, immerges a
quelques pieds au-dessous du niveau de la mer.

Je pus observer de tres pres ces curieuses murailles, car, a leur
aplomb, la sonde accusait plus de trois cents metres de profondeur, et
nos nappes electriques faisaient etinceler ce brillant calcaire.

Repondant a une question que me posa Conseil, sur la duree
d'accroissement de ces barrieres colossales, je l'etonnai beaucoup en
lui disant que les savants portaient cet accroissement a un huitieme de
pouce par siecle.

<< Donc, pour elever ces murailles, me dit-il, il a fallu ?...

-- Cent quatre-vingt-douze mille ans, mon brave Conseil, ce qui allonge
singulierement les jours bibliques. D'ailleurs, la formation de la
houille, c'est-a-dire la mineralisation des forets enlisees par les
deluges, a exige un temps beaucoup plus considerable. Mais j'ajouterai
que les jours de la Bible ne sont que des epoques et non l'intervalle
qui s'ecoule entre deux levers de soleil, car, d'apres la Bible
elle-meme. Le soleil ne date pas du premier jour de la creation. >>

Lorsque le _Nautilus_ revint a la surface de l'Ocean, je pus embrasser
dans tout son developpement cette ile de Clermont-Tonnerre, basse et
boisee. Ses roches madreporiques furent evidemment fertilisees par les
trombes et les tempetes. Un jour, quelque graine, enlevee par l'ouragan
aux terres voisines, tomba sur les couches calcaires, melees des
detritus decomposes de poissons et de plantes marines qui formerent
l'humus vegetal. Une noix de coco, poussee par les lames, arriva sur
cette cote nouvelle. Le germe prit racine. L'arbre, grandissant, arreta
la vapeur d'eau. Le ruisseau naquit. La vegetation gagna peu a peu.
Quelques animalcules, des vers, des insectes, aborderent sur des troncs
arraches aux iles du vent. Les tortues vinrent pondre leurs oeufs. Les
oiseaux nicherent dans les jeunes arbres. De cette facon, la vie
animale se developpa, et, attire par la verdure et la fertilite,
l'homme apparut. Ainsi se formerent ces iles, oeuvres immenses
d'animaux microscopiques.

Vers le soir, Clermont-Tonnerre se fondit dans l'eloignement, et la
route du _Nautilus_ se modifia d'une maniere sensible. Apres avoir
touche le tropique du Capricorne par le cent trente-cinquieme degre de
longitude, il se dirigea vers l'ouest-nord-ouest, remontant toute la
zone intertropicale. Quoique le soleil de l'ete fut prodigue de ses
rayons, nous ne souffrions aucunement de la chaleur, car a trente ou
quarante metres au-dessous de l'eau, la temperature ne s'elevait pas
au-dessus de dix a douze degres.

Le 15 decembre, nous laissions dans l'est le seduisant archipel de la
Societe. et la gracieuse Taiti, la reine du Pacifique. J'apercus le
matin, quelques milles sous le vent, les sommets eleves de cette ile.
Ses eaux fournirent aux tables du bord d'excellents poissons, des
maquereaux, des bonites, des albicores, et des varietes d'un serpent de
mer nomme munerophis.

Le _Nautilus_ avait franchi huit mille cent milles. Neuf mille sept
cent vingt milles etaient releves au loch, lorsqu'il passa entre
l'archipel de Tonga-Tabou, ou perirent les equipages de l'_Argo_, du
_Port-au-Prince_ et du _Duke-of-Portland_, et l'archipel des
Navigateurs, ou fut tue le capitaine de Langle, l'ami de La Perouse.
Puis, il eut connaissance de l'archipel Viti, ou les sauvages
massacrerent les matelots de l'_Union_ et le capitaine Bureau, de
Nantes, commandant l'_Aimable-Josephine_.

Cet archipel qui se prolonge sur une etendue de cent lieues du nord au
sud, et sur quatre-vingt-dix lieues de l'est a l'ouest, est compris
entre 60 et 20 de latitude sud, et 174deg. et 179deg. de longitude ouest. Il
se compose d'un certain nombre d'iles, d'ilots et d'ecueils, parmi
lesquels on remarque les iles de Viti-Levou, de Vanoua-Levou et de
Kandubon.

Ce fut Tasman qui decouvrit ce groupe en 1643, l'annee meme ou
Toricelli inventait le barometre, et ou Louis XIV montait sur le trone.
Je laisse a penser lequel de ces faits fut le plus utile a l'humanite.
Vinrent ensuite Cook en 1714, d'Entrecasteaux en 1793, et enfin
Dumont-d'Urville, en 1827, debrouilla tout le chaos geographique de cet
archipel. Le _Nautilus_ s'approcha de la baie de Wailea, theatre des
terribles aventures de ce capitaine Dillon, qui, le premier, eclaira le
mystere du naufrage de La Perouse.

Cette baie, draguee a plusieurs reprises, fournit abondamment des
huitres excellentes. Nous en mangeames immoderement, apres les avoir
ouvertes sur notre table meme, suivant le precepte de Seneque. Ces
mollusques appartenaient a l'espece connue sous le nom d'_ostrea
lamellosa_, qui est tres commune en Corse. Ce banc de Wailea devait
etre considerable, et certainement, sans des causes multiples de
destruction, ces agglomerations finiraient par combler les baies,
puisque l'on compte jusqu'a deux millions d'oeufs dans un seul individu.

Et si maitre Ned Land n'eut pas a se repentir de sa gloutonnerie en
cette circonstance, c'est que l'huitre est le seul mets qui ne provoque
jamais d'indigestion. En effet, il ne faut pas moins de seize douzaines
de ces mollusques acephales pour fournir les trois cent quinze grammes
de substance azotee, necessaires a la nourriture quotidienne d'un seul
homme.

Le 25 decembre, le _Nautilus_ naviguait au milieu de l'archipel des
Nouvelles-Hebrides, que Quiros decouvrit en 1606, que Bougainville
explora en 1768, et auquel Cook donna son nom actuel en 1773. Ce groupe
se compose principalement de neuf grandes iles, et forme une bande de
cent vingt lieues du nord-nord-ouest au sud-sud-est, comprise entre 15deg.
et 2deg. de latitude sud, et entre 164deg. et 168deg. de longitude. Nous
passames assez pres de l'ile d'Aurou, qui, au moment des observations
de midi, m'apparut comme une masse de bois verts, dominee par un pic
d'une grande hauteur.

Ce jour-la, c'etait Noel, et Ned Land me sembla regretter vivement la
celebration du << Christmas >>, la veritable fete de la famille, dont les
protestants sont fanatiques.

Je n'avais pas apercu le capitaine Nemo depuis une huitaine de jours,
quand le 27, au matin, il entra dans le grand salon, ayant toujours
l'air d'un homme qui vous a quitte depuis cinq minutes. J'etais occupe
a reconnaitre sur le planisphere la route du _Nautilus_. Le capitaine
s'approcha, posa un doigt sur un point de la carte, et prononca ce seul
mot :

<< Vanikoro. >>

Ce nom fut magique. C'etait le nom des ilots sur lesquels vinrent se
perdre les vaisseaux de La Perouse. Je me relevai subitement.

<< Le _Nautilus_ nous porte a Vanikoro ? demandai-je.

-- Oui, monsieur le professeur, repondit le capitaine.

-- Et je pourrai visiter ces iles celebres ou se briserent la
_Boussole_ et l'_Astrolabe_ ?

-- Si cela vous plait, monsieur le professeur.

-- Quand serons-nous a Vanikoro ?

-- Nous y sommes, monsieur le professeur. >>

Suivi du capitaine Nemo, je montait sur la plate-forme, et de la, mes
regards parcoururent avidement l'horizon.

Dans le nord-est emergeaient deux iles volcaniques d'inegale grandeur,
entourees d'un recif de coraux qui mesurait quarante milles de circuit.
Nous etions en presence de l'ile de Vanikoro proprement dite, a
laquelle Dumont d'Urville imposa le nom d'ile de la _Recherche_, et
precisement devant le petit havre de Vanou, situe par 16deg.4' de latitude
sud, et 164deg.32' de longitude est. Les terres semblaient recouvertes de
verdure depuis la plage jusqu'aux sommets de l'interieur, que dominait
le mont Kapogo, haut de quatre cent soixante-seize toises.

Le _Nautilus_, apres avoir franchi la ceinture exterieure de roches par
une etroite passe, se trouva en dedans des brisants, ou la mer avait
une profondeur de trente a quarante brasses. Sous le verdoyant ombrage
des paletuviers, j'apercus quelques sauvages qui montrerent une extreme
surprise a notre approche. Dans ce long corps noiratre, s'avancant a
fleur d'eau, ne voyaient-ils pas quelque cetace formidable dont ils
devaient se defier ?

En ce moment, le capitaine Nemo me demanda ce que je savais du naufrage
de La Perouse.

<< Ce que tout le monde en sait, capitaine, lui repondis-je.

-- Et pourriez-vous m'apprendre ce que tout le monde en sait ? me
demanda-t-il d'un ton un peu ironique.

-- Tres facilement. >>

Je lui racontai ce que les derniers travaux de Dumont d'Urville avaient
fait connaitre, travaux dont voici le resume tres succinct.

La Perouse et son second, le capitaine de Langle, furent envoyes par
Louis XVI, en 1785, pour accomplir un voyage de circumnavigation. Ils
montaient les corvettes la _Boussole_ et l'_Astrolabe_, qui ne
reparurent plus.

En 1791, le gouvernement francais, justement inquiet du sort des deux
corvettes. arma deux grandes flutes, la _Recherche_ et l'_Esperance_,
qui quitterent Brest, le 28 septembre, sous les ordres de Bruni
d'Entrecasteaux. Deux mois apres, on apprenait par la deposition d'un
certain Bowen, commandant l'_Albermale_, que des debris de navires
naufrages avaient ete vus sur les cotes de la Nouvelle-Georgie. Mais
d'Entrecasteaux, ignorant cette communication, - assez incertaine,
d'ailleurs - se dirigea vers les iles de l'Amiraute, designees dans un
rapport du capitaine Hunter comme etant le lieu du naufrage de La
Perouse.

Ses recherches furent vaines. L'_Esperance_ et la _Recherche_ passerent
meme devant Vanikoro sans s'y arreter, et, en somme, ce voyage fut tres
malheureux, car il couta la vie a d'Entrecasteaux, a deux de ses
seconds et a plusieurs marins de son equipage.

Ce fut un vieux routier du Pacifique, le capitaine Dillon, qui, le
premier, retrouva des traces indiscutables des naufrages. Le 15 mai
1824, son navire, le _Saint-Patrick_, passa pres de l'ile de Tikopia,
l'une des Nouvelles-Hebrides. La, un lascar, l'ayant accoste dans une
pirogue, lui vendit une poignee d'epee en argent qui portait
l'empreinte de caracteres graves au burin. Ce lascar pretendait, en
outre, que, six ans auparavant, pendant un sejour a Vanikoro, il avait
vu deux Europeens qui appartenaient a des navires echoues depuis de
longues annees sur les recifs de l'ile.

Dillon devina qu'il s'agissait des navires de La Perouse, dont la
disparition avait emu le monde entier. Il voulut gagner Vanikoro, ou,
suivant le lascar, se trouvaient de nombreux debris du naufrage ; mais
les vents et les courants l'en empecherent.

Dillon revint a Calcutta. La, il sut interesser a sa decouverte la
Societe Asiatique et la Compagnie des Indes. Un navire, auquel on donna
le nom de la _Recherche_, fut mis a sa disposition, et il partit, le 23
janvier 1827, accompagne d'un agent francais.

La _Recherche_, apres avoir relache sur plusieurs points du Pacifique,
mouilla devant Vanikoro, le 7 juillet 1827, dans ce meme havre de
Vanou, ou le _Nautilus_ flottait en ce moment.

La, il recueillit de nombreux restes du naufrage, des ustensiles de
fer, des ancres, des estropes de poulies, des pierriers, un boulet de
dix-huit, des debris d'instruments d'astronomie, un morceau de
couronnement, et une cloche en bronze portant cette inscription : <<
_Bazin m'a fait_ >>, marque de la fonderie de l'Arsenal de Brest vers
1785. Le doute n'etait donc plus possible.

Dillon, completant ses renseignements, resta sur le lieu du sinistre
jusqu'au mois d'octobre. Puis, il quitta Vanikoro, se dirigea vers la
Nouvelle-Zelande, mouilla a Calcutta, le 7 avril 1828, et revint en
France, ou il fut tres sympathiquement accueilli par Charles X.

Mais, a ce moment, Dumont d'Urville, sans avoir eu connaissance des
travaux de Dillon, etait deja parti pour chercher ailleurs le theatre
du naufrage. Et, en effet, on avait appris par les rapports d'un
baleinier que des medailles et une croix de Saint-Louis se trouvaient
entre les mains des sauvages de la Louisiade et de la
Nouvelle-Caledonie.

Dumont d'Urville, commandant l'_Astrolabe_, avait donc pris la mer, et,
deux mois apres que Dillon venait de quitter Vanikoro, il mouillait
devant Hobart-Town. La, il avait connaissance des resultats obtenus par
Dillon, et, de plus, il apprenait qu'un certain James Hobbs, second de
l'_Union_, de Calcutta, ayant pris terre sur une ile situee par 8deg.18'
de latitude sud et 156deg.30' de longitude est, avait remarque des barres
de fer et des etoffes rouges dont se servaient les naturels de ces
parages.

Dumont d'Urville, assez perplexe, et ne sachant s'il devait ajouter foi
a ces recits rapportes par des journaux peu dignes de confiance, se
decida cependant a se lancer sur les traces de Dillon.

Le 10 fevrier 1828, I '_Astrolabe_ se presenta devant Tikopia, prit
pour guide et interprete un deserteur fixe sur cette ile, fit route
vers Vanikoro, en eut connaissance le 12 fevrier, prolongea ses recifs
jusqu'au 14, et, le 20 seulement, mouilla au-dedans de la barriere,
dans le havre de Vanou.

Le 23, plusieurs des officiers firent le tour de l'ile, et rapporterent
quelques debris peu importants. Les naturels, adoptant un systeme de
denegations et de faux-fuyants, refusaient de les mener sur le lieu du
sinistre. Cette conduite, tres louche, laissa croire qu'ils avaient
maltraite les naufrages, et, en effet, ils semblaient craindre que
Dumont d'Urville ne fut venu venger La Perouse et ses infortunes
compagnons.

Cependant, le 26, decides par des presents, et comprenant qu'ils
n'avaient a craindre aucune represaille, ils conduisirent le second, M.
Jacquinot, sur le theatre du naufrage.

La, par trois ou quatre brasses d'eau, entre les recifs Pacou et Vanou,
gisaient des ancres, des canons, des saumons de fer et de plomb,
empates dans les concretions calcaires. La chaloupe et la baleiniere de
l'_Astrolabe_ furent dirigees vers cet endroit, et, non sans de longues
fatigues, leurs equipages parvinrent a retirer une ancre pesant
dix-huit cents livres, un canon de huit en fonte, un saumon de plomb et
deux pierriers de cuivre.

Dumont d'Urville, interrogeant les naturels, apprit aussi que La
Perouse, apres avoir perdu ses deux navires sur les recifs de l'ile,
avait construit un batiment plus petit, pour aller se perdre une
seconde fois... Ou ? On ne savait.

Le commandant de l'_Astrolabe_ fit alors elever, sous une touffe de
mangliers, un cenotaphe a la memoire du celebre navigateur et de ses
compagnons. Ce fut une simple pyramide quadrangulaire, assise sur une
base de coraux, et dans laquelle n'entra aucune ferrure qui put tenter
la cupidite des naturels.

Puis, Dumont d'Urville voulut partir ; mais ses equipages etaient mines
par les fievres de ces cotes malsaines, et, tres malade lui-meme, il ne
put appareiller que le 17 mars.

Cependant, le gouvernement francais, craignant que Dumont d'Urville ne
fut pas au courant des travaux de Dillon, avait envoye a Vanikoro la
corvette la _Bayonnaise_, commandee par Legoarant de Tromelin, qui
etait en station sur la cote ouest de l'Amerique. La _Bayonnaise_
mouilla devant Vanikoro, quelques mois apres le depart de
l'_Astrolabe_, ne trouva aucun document nouveau, mais constata que les
sauvages avaient respecte le mausolee de La Perouse.

Telle est la substance du recit que je fis au capitaine Nemo.

<< Ainsi, me dit-il, on ne sait encore ou est alle perir ce troisieme
navire construit par les naufrages sur l'ile de Vanikoro ?

-- On ne sait. >>

Le capitaine Nemo ne repondit rien, et me fit signe de le suivre au
grand salon. Le _Nautilus_ s'enfonca de quelques metres au-dessous des
flots, et les panneaux s'ouvrirent.

Je me precipitai vers la vitre, et sous les empatements de coraux,
revetus de fongies, de syphonules, d'alcyons, de cariophyllees, a
travers des myriades de poissons charmants, des girelles, des
glyphisidons, des pompherides, des diacopes, des holocentres, je
reconnus certains debris que les dragues n'avaient pu arracher, des
etriers de fer, des ancres, des canons, des boulets, une garniture de
cabestan, une etrave, tous objets provenant des navires naufrages et
maintenant tapisses de fleurs vivantes.

Et pendant que je regardais ces epaves desolees, le capitaine Nemo me
dit d'une voix grave :

<< Le commandant La Perouse partit le 7 decembre 1785 avec ses navires
la _Boussole_ et l'_Astrolabe_. Il mouilla d'abord a Botany-Bay, visita
l'archipel des Amis, la Nouvelle-Caledonie, se dirigea vers Santa-Cruz
et relacha a Namouka, l'une des iles du groupe Hapai. Puis, ses navires
arriverent sur les recifs inconnus de Vanikoro. La _Boussole_, qui
marchait en avant, s'engagea sur la cote meridionale. L'_Astrolabe_
vint a son secours et s'echoua de meme. Le premier navire se detruisit
presque immediatement. Le second, engrave sous le vent, resista
quelques jours. Les naturels firent assez bon accueil aux naufrages.
Ceux-ci s'installerent dans l'ile, et construisirent un batiment plus
petit avec les debris des deux grands. Quelques matelots resterent
volontairement a Vanikoro.

Les autres, affaiblis, malades, partirent avec La Perouse. Ils se
dirigerent vers les iles Salomon, et ils perirent, corps et biens, sur
la cote occidentale de l'ile principale du groupe, entre les caps
Deception et Satisfaction !

-- Et comment le savez-vous ? m'ecriai-je.

-- Voici ce que j'ai trouve sur le lieu meme de ce dernier naufrage ! >>

Le capitaine Nemo me montra une boite de ferblanc, estampillee aux
armes de France, et toute corrodee par les eaux salines. Il l'ouvrit,
et je vis une liasse de papiers jaunis, mais encore lisibles.

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