A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Editorial
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Espace perdu, poesie

H >> Huguette Bertrand >> Espace perdu, poesieHuguette Bertrand




ESPACE PERDU

imageries




Editions Naaman

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La folie m'engendre
sous d'epaisses couvertures vertueuses
les breloques m'etouffent l'oeil
sclerose d'ame en devenir
petrie a meme les nuances

Corps d'avant
corps mutant
corpusculaire
ouir pour actionner le Verbe
perdre la clef des champs

Au grand Mat
attachez vos ceintures
on part en Vie
en chemise de nuit
par les meandres de l'irraisonnable
vers le mausolee du Mot Dit

___________________________

En vol plane
je me percois en delire
l'ordre me rejoint en degringolade
je succombe aux jugements incredules
affolee de discours frenetiques
j'accueille le silence
Majeste immobile
depouillee

___________________________

Les mots s'orgasmisent
se contractent a souffle perdu
on a dissous le corps
le Vrai rejaillit
en nuee d'images indelebiles
suant de strangulation
la phrase s'embryonne
sur les pages labourees
des lignes a la pelle ramassees
jetees en defecations
en bordure de falaises engouffrees

___________________________

J'habite les mots signifiants
d'une inconnue sagesse
circulant sur les ondes
eprise de vent libre

Recrudescence de tempetes abattues
sur la cime perdue
des regards avides
cherchent la pulpe des chemins sinueux

Grisee d'absolu
d'insanite
d'accords brises
du temps arrogant

___________________________

Je flotte en moi
a l'envers
a l'endroit
je pose sur mon autel
tous mes sacrileges de vie abandonnee
je file vers mon desert
accrochant ici
une pensee fetide
et la
une bouee pour mes futurs naufrages

Mon chemin habite d'images
sillonne une froide vallee
pays traque et sature de richesses interminables
qui n'en finissent plus d'appauvrir

Sur ma dune
je compte mes moments d'amour
enveloppee d'une cape tissee de rares visages
attrapes au hasard du temps

___________________________

Les images au rivage s'entrelacent
roucoulent d'aise
me provoquent

Je les bois
comme grace en coupe
a tire d'ame

___________________________

Je cherche des mots

abri de mes souffrances
abri de mes attentes
abri de mes lassitudes

Je cherche des corps

abri de chaleur
abri de tendresse
abri d'epanchements nouveaux

Je cherche l'univers

abri des nulles parts
abri des ailleurs
abri d'yeux perdus

Je cherche des images

abri des solitudes
abri des habitudes
abri des naufrages

___________________________

Etreins le bouquet de pensees eparses
tires-en le jus fabuleux des mots entendus
distille le secret du langage perdu
au fil des siecles vecus d'abus

Abuse l'ame
embaume de musique l'atmosphere en flammes
brisee de morts subites
je survis de graces en songes

Atterree de phrases communes
en echange de berceaux vides
sueurs crepusculaires au gout enfievre
jette le manteau deja trop use
par le fouet des vampires celestes

Reviens me chuchoter l'ether ou jadis je fus
trempee de lumiere
transparente de sagesse
fierte initiale

J'essuie les chemins ancestraux
je marche sur le feu des poetes maudits
brulee de frayeurs extatiques
le lointain flambeau clignote des mots enchevetres
qui m'enguirlandent d'extravagance

O grandiose tourmente
projette la paleur de l'innocence
au cerceau de vie restante
sur le mur de la ressemblance

___________________________

Musique des sons
rapatriee et caressee par l'oreille ecoutante
choix delure
plaisir savoureux
la matiere grise se complait
au glissement des mots choisis

Bruissement sur l'ame qui s'enivre et se perd
au fond du puits delabre de sa conscience
surhumaine

Passible de ravivance acharnee
jointe au corps universel
emballee

au son degage de pietre chair
ensorcelee d'infini et d'excroissance

___________________________

Je rage
j'eclate
et me fonds dans l'abime de ma foudre
j'enchaine mes desespoirs
a l'arbre mort de l'existence
j'eleve le pilier de mes attitudes
resistant ainsi au bourdonnement de la solitude

Je reconnais enfin la vie
espace aux dimensions inconnues
ravie de couleurs transparentes et nues
j'entrevois le feu d'un desir inassouvi
la ou une pale lueur attise cette soif
denaturee

Par-dela le temps
par-dela l'espace
des chimeres se deversent en rosee bouillonnante
sur mes reves emmeles
mes nuits de blanc vetues
s'egorgent aux souvenirs des matins
d'une vie non vecue

___________________________

Je parle des roches qui pensent
Je parles des arbres qui pleurent
Je parle du sable qui rit
Je parle de la terre qui grogne

Je croque la barre du jour
Je croque mes peines d'amour
Je croque les fruits d'hiver
Je croque les ames d'hier

J'ecris les mots perdus
J'ecris les saisons nues
J'ecris sur l'ecorce du temps

d'intimes pensees qui jaillissent
de l'etang des murmures

___________________________

La nudite du temps s'enroule
autour des matins refleuris

Je baigne mon corps
dans la rosee limpide des herbes suspendues

Je goute la beaute
d'une fleur eveillee
au doux froissement
d'une aile brisee

___________________________

Ai decouvert l'entree du tunnel
qui me sillonne au plus loin du plus loin
comme au trefonds du volcan
la vie filtre le sens des choses
les purifie
les asperge d'un fluide nouveau
les emotions realisent de nouvelles ombres
comme des ombrelles
pour rafraichir les passions toutes neuves

Depart

Silence

La mort n'existe plus
on l'a enterree hier
derriere le paysage broque en loque
une nouvelle toile represente les armees de soleils
le chemin prend feu a leur passage
un sillage a suivre
embrasant l'ame en ebullition

___________________________

J'ai vu la gloire d'un matin a jamais disparu
j'ai vu une longue journee s'abattre sur le soir
un fracas de nuit a perte de sommeil

J'ai vu la marche de l'inconscience
couvrir le brasier d'indolente survivance
j'ai vu le plafond dissimule des etouffantes villes
j'ai vu le spectre
l'ai apprivoise comme hirondelles en cage bronzee

___________________________

Je me retire de ma peau
pour mieux voir les couleurs opaques
de l'oeil qui s'ennuie
vertige de l'arbre qui tombe sur l'os

Je chausse mes pas en marche avant
pour surprendre le temps qu'il fera
a l'appel du bras leve
je plie mon espace
a la recherche d'un lieu vide
exploration mutilee aux portes closes
l'elan s'abat en trombe
percussion qui retentit
sur le mur de l'infini
gestation de vie d'ailleurs

Ne jamais rencontrer l'ailleurs
objet du songe
signe de turbulence
retour

___________________________

Qui es-tu
Ou est-tu
Grand Invisible

Hier fut
demain sera
mais aujourd'hui n'est pas

Serais-tu a la mesure de mes aspirations
fixe au coin de l'oeil
en larme coincee

ma joue t'aspire
tu n'y es pas
reflet opaque qui me retransmet mon image

___________________________

Je me promene en tenue de mort
laissant mon vieux manteau rapiece
sur une chaise pliante d'usure

Je couche mon corps dans une nuee humide
terrassee d'ignorance figee
prete a l'emploi du temps

Je reve d'etrangetes sympathiques
osees et laconiques
pudeur indelebile

Je regorge de fantasmes impudiques
paroxysme de vertus oubliees
je bois ma liberte a plein verre

A ta sante ma vie

___________________________

O Terre
toi que j'ai choisie pour naitre
tu regorges d'exploits meurtriers
tes millenaires t'angoissent
on t'as extirpe ton harmonie
deregle ton train de vie
tu te suffis a toi-meme
impotente
nos pieds te sont lourds
agressee
tu t'eteins comme un ancien soleil
etouffee
tu retrecis a nos quatre milliards
de paires d'yeux

Fruit d'azur confit
notre desordre n'a nul refuge
qu'une etoile morte-nee

Adam nous a trompes
jardin delicieux abandonne
source d'avenir tarie
je me vomis
attendant d'etre cueillie
par quelques gueux affames
de l'au-dela

Et que le spectacle continue
malgre le rideau tombe

___________________________

Je me baigne dans la pourriture
de ma secheresse
m'abreuvant au fiel de la terre
j'enfonce mon corps en lambeaux
dans les sables verts d'un tombeau

Je meurs d'espoir d'en sortir
du jour ou j'emboiterai le pas
vers un nouveau trepas

Refaconnee par les tenebres
habituee d'espace reduit
je marcherai d'appuis nouveaux
sur les sentiers battus
refleuris par les tombeaux

___________________________

Le ruisseau me traverse
rafraichit mes passions
de tendres tempetes m'etranglent
aux passages cloisonnes
de frayeurs indignes
la fleche doree indique la proue du naufrage
a jamais recuperee

Brune brume
blanche frange
du temps effrite
a chercher le lointain
sublime desir
pensee qui sourit au vent nonchalant

Branle-bas ebruite de chaleur posthume
d'ogives a perdre la tete
renverse de poussiere insidieuse
enflamme de vampires attables
au festin de champignons brulants
assaisonne de chairs fumantes
douces aux palais languissants
des pantins sans fil
et filant sans reve

Obscurci de mauves images
l'Univers bouillonne
attendant le renouveau
des amours endurcies

___________________________

Assise au bord du temps
pieds flottant dans l'espace
je mesure l'immensite
pur coucher mon impatience

Une spirale s'installe sur un vague regard
elle s'etale et se contracte
aux battements de paupieres
une minuscule bille s'en detache d'instinct
et manipule son destin
suspendue a l'horizon
elle me fait reverence
et s'agite a mes sombres pensees
a tatons
elle roule sur mes genoux
se decouvre sans pudeur
laissant apercevoir ses cicatrices
en champ de bataille

Mes pensees fremissent a ce spectacle
je pleure pour eteindre ces haines
les murs honteux et sordides
fondent en tristesse
d'ou s'echappent
quelques rares ombres de vie

___________________________

Pas renchausses aux fenetres apercus
abime de lassitude
le pas de deux gesticule
en crescendo torture
se dedouble aux mesures
en saccades refoulees
corps demembre
articule d'un sourire
d'une faiblesse incontinente
cherche des yeux attendris
attendant ton bol de riz
bavure de guerre
crachat d'homme
indigne humanite
aux vertus sombrees dans l'oubli
jungle humaine
que le plus fort l'emporte
ehonte de tendresses ensommeillees
au profondeur des charniers
repoussante verite evitee
en homelies endimanchees
entachant la saintete des betes bien pensantes
orgueil des clochers qui s'agenouillent
en vapeurs cristallisees
voilee en myopie deambulante
les regrets developpes en chambre noire
apparaissent en negatif mythique

Le pas de deux s'eternise
de sale en sale
de mal en pieds
de pieds sans pied
de sang seche
au bord des routes oubliees

___________________________

Au menu du jour
la paix
au fond des deserts
au bord de la mer
la paix
dans les salons
sur les balcons
la paix
aux levres des canons
en tete des nations
la paix
Au fond des chaudrons
il brule un lampion
la paix

MAUDITE PAIX

Crache le feu
la tete sur la pierre
en avant la guerre
mange-la ta misere
devorons tous nos freres
en avant la guerre
passe en avant
moi je n'sais pas comment
en avant la guerre

Ronge de rouille
rouille de guerre

LA PAIX

___________________________

Masque craque de platre rance
respire aux fentes obstruees
de suffisance inculte
narcissique beaute
au fond des rivieres abruptes
reflet de croquants peches passionnes
aux idees molles et delavees

Soubresaut de brillance eteinte
bleute de marbre choisi
insipide et sature
regret du temps inodore
d'espace incolore
ratisse les gouttes de vie
qui s'effilochent a l'horizon mure et desespere

Le doigt s'imprime sur la barre du jour
symphonie oblique
chant de ble d'or terni
le vermeil emerveille le regard cicatrise
de pleurs chaleureux et menaces

___________________________

Sombre dent du temps
devorant les masses plissees
yeux ternis par des regards aveugles
rageuses dimensions illuminees de neant
engloutissant les regards affames

Gorgee de vie amere
cigue des morts-vivants
assoupis le corps
enivre d'ecoeurement
crache ta mort
aux oubliettes de temps

___________________________

O Betise
grande favorite humaine
asperge la musique doucereuse
des grandes frustrations
a l'auberge des passions gelatineuses
insatiable au coeur
des chauves enlacements epars
nourrie de miel suri
holocauste des gratte-ciel
emmures de douleur

Epines de pieds et humeur de tetes
fourree de dates millenaires
charge les trepas
de brillantes chaussees
amusee de folles arabesques
monture de chastes amazones nues et froides
embuees de chaudes aisselles musclees
de tendresse avertie

___________________________

Clairvoyance nefaste
souci des mythes
aspergee de lait divin
labeur de seins rajeunis
aux levres gauches et gloutonnes
assombrie de desirs d'absolu
de lointains soubresauts

Humeur du temps en broussaille
jetee de lierres eperdues
ensommeillee sur fond d'azur
entachee de fuyants desirs

L'innommable plaisir
s'arrache les cervelles essoufflees
apaisant les arpeges lancinants
des complaintes tremblotantes

___________________________

Source d'epanchements insalubres
sotte vertu aux moeurs vetustes
accrochee au mur des memoires sauvages

Pillage des forces vives et machinales
detale les pentes glaciaires et dechainees
etouffe de mots vides et inverses

Crache les histoires confondues
de salive verdatre et silencieuse
coulant des crevasses multiples
ouvertes au profond silence de froide terre

___________________________

Qu'est que je legue a mes enfants
un depotoir
nos detritus
nos chagrins
nos abimes

Une lampe veille sur la commode
immuable
creative
elle reinvente mes reves
mon engouement de vie
elle rechauffe mon essence
embrase l'eclat des jours subtils
qui n'en finissent plus

Qu'est-ce que je legue a mes enfants
un espace d'univers
un soir de veille
ou tout s'eteint sur la vastitude
reste le temps des soupirs endormis
au large de l'immensite redevenue claire
a leurs toujours yeux d'enfants
ebahis d'amour
seul heritage

___________________________

Je suis d'eau
d'air
de feu
mes racines dessechees s'abreuvent
aux souvenirs des astres fideles
des que s'eteint le soleil
a mon giron je retourne
dessinant des reves occultes
aux parois de mes pensees
j'etreins mon energie
pour raviver mes esperances

Blottie au sein d'une eau nouvelle
je me raconte l'histoire perdue du temps
ce temps limpide
au chene rajeuni
pare de feuilles eternelles

___________________________

Je joue de l'emotion
comme un piano railleur
les notes de baladent
en cris
en pleurs

Symphonie delirante
jubilation
extase
accords tortures

___________________________

Peur de jour
peur de nuit
brulee d'amour latent
choix de plumes endurcies au chagrin

Bouche soyeuse
orifice attendri
aux couleurs sales et malveillantes
en dimensions incomprises
d'aspect lourd et aveuglant

Trame de vie suspecte
ocean de stupeur
glaise informe chaviree en poussiere de lune

Les deserts fourmillent de pluie dessechee
de freles senteurs rassurantes
ornes de sentiers eperdus
d'un bouquet de temps non eclos

___________________________

Brebis galeuse a l'ouest
tendre soupir a l'est
que peut-on te reprocher
d'etre au rendez-vous
toujours ponctuelle et joyeuse
tu nous emportes dans tes bras
quelques peu osseux
mais qu'importe
tu sais ou tu vas
tu embroches grands et petits
tu denoues les fils de vie
et secoues la poussiere couleur de terre
emportee par le vent lunaire ou solaire

Realite mysterieuse
tu essuies les mares de peines des regards
appauvris
les sombres taches palissent au fil des adieux

Les ombres retournent a leurs nombrils
et marchent a reculons
comme pour espacer le temps
retournant a leurs berceaux
pour eviter ton spectre affolant

Mais toi
tu es printemps
attendant le signal
du prochain rendez-vous

___________________________

La grisaille pleure
sur le triste regard
des ombres decharnees
sepulture de vie
aux reves desertiques
nonchalance du temps
suspendue a l'espace indecis

Ressuscitez bandes d'abrutis

Suspendez cette grisaille
au placard des arriere-cours
laissez consumer vos songes affolants
etreignez-les
a en sortir le nectar enivrant
soulez-vous en
pour rallumer vos orbites closes

Ainsi regeneres
vous ferez de plus beaux cadavres

___________________________

Semer des doutes en vos entrailles
vous agresser et vous troubler
planter en vos yeux
des regards de melancolie
contourner vos nuits seches
et vos jours arides

Torpeur

Moisir dans vos greniers sans age
gemir sous vos langues mortes
pour effacer vos mots creux
ramasser les miettes de vos deserts
en faire germer vos mornes amours

___________________________

Chercher le dur
trouver le mou
enfilade trepassee
ne revenir qu'au decan

Toujours
partout
le bruit metallise se meurt aux oreilles
entonnoir d'ivresse haletante
jeux de particules
matrice decomposee

Tromper l'oubli
se moquer du noir tombe
essuyer la trace de gauches pas
sur la ligne du temps decadent

Retenir le mot d'Amour
marteler le temps brise
ecorchure vive

Baume

___________________________

Accablante reprise de melodies perdues
charmes renouveles de danses limpides
enjambees celestes
cycles obscurs a jamais rajeunis
temps enfles de cruels desirs
objet cataclysmique
d'aureoles etouffantes et chancelantes
melancolie spectaculaire

___________________________

Nue devant l'orage
je saisis sa foudre
pour ceindre mes reins brises
enfievree
je bois a meme les nuages
pour etancher la brulure qui perdure
au coeur brut
je sens poindre en moi
un gout de nature suffocante
rebelle au bois abandonne
menu temps accompli en douceur primaire
ajustee en sursaut
cercle organique

___________________________

L'accueil de la nature se fait pressant
envoutee de maladresse
la solitude risque un pas chancelant
vers une cathedrale verdoyante
arrimee aux racines d'arbres
elle s'incline devant beaute et rutilance
risquer d'aventure un songe
parait malvenu en si bel enchantement
nul besoin est de grossiere mode

En choeur delure
les tetes de violon sonorisent l'air du temps
les chants sombrent au coeur
en remous depouilles
le silence s'effrite
a l'approche des grands arbres
leur ecorce s'enduit de seve
laissant poindre l'aurore tant attendu
enracines l'un a l'autre
leurs feuilles rougissent de contentement

___________________________

Sautille la pluie
sur tendres feuilles jaunies
par le temps epars
rose matin assombri
au reveil des humains
humecte la droiture du temps revenu
soubresaut bouleverse
a souillure approprie
aux dechets terreux
saute a rebrousse-poil
en longs cheveux embroussailles
vers les espaces refleuris
aux matins gris

Assoupi de vertes langues assassines
d'immondices endiablees
luttant tete froide aux clochers ramures
stature titanesque
aux rameaux tentaculaires
pernicieux

Beaute rattachee au cri voyant
ebranlee de torpeur odieuse
effilee de melancolie sableuse

___________________________

Le temps s'endort
sur branche fragile
transporte de reves rajeunis
il enjambe ses horizons fletris
et sursaute aux gemissements
des peines englouties

* * * *

Les folles voiles s'emportent
aux legeres brises de brume parfumee
les decombres des flots
engloutissent leur candeur
enchevetrees
elles s'affolent
crissant
se rabattant sur l'horizon muet

___________________________

Accoudes aux quais
les chalands explorent les eaux noires
d'une terre demente
en brise etreinte
loin derriere l'ecume

Mer ereintee de souffle perdu
entre deux eaux de faune germee
salvatrice d'indigenes
elle attend l'hommage sacrificiel

Qui viendra s'ebattre au rivage
larmes a l'oeil ouvert
glissant sur plumages
au gre de mouettes en cage
prisonnieres du ciel en rage

Erreur saisonniere
le phare se cherche un ecueil
ou briser ses feux complices

___________________________

Les amants s'allument
s'eteignent
comme chant d'elles
en dentelle

Les escarmouches de nuit
vident les tendresses
happent les soupirs

___________________________

Lorsque ton prolongement
ebranle la cloison du delire
la flamme jaillit de la source
ravit les pensees obscures
effacant la detresse qui s'ennuie

Le feu pleure sur ses cendres grises
englouties dans l'abime
ou les vagues ecourtees
se fracassent sur l'infini

___________________________

O jouissance trop breve
de corps emmeles
tu fais frissonner l'ombre brulante
des desirs consommes

Que d'amours ont jailli
de freles chevauchees inertes
etalant sur l'infini
les bruits desseches des soupirs

L'ombre glaciaire sombrera
vers les entrailles des passions brisees
d'ou jailliront les sueurs
d'une trop legere brise

___________________________

Coeur imbibe de lointains regrets
seche a l'aube
des desirs a venir

O gerbe cueillie du temps refleuri
goute le parfum
d'une beaute eclatee

___________________________

Semblable au sel de la mer
semblable au feu de la terre
tu ronges et fais trembler
les epaves de la chair
tu dechires le cosmos
et delivres l'eros
des abimes de l'ignorance

Enveloppe de tendresse
le souffle des paresses
ravive le temps
d'une fable d'amants

___________________________

Coeur seche derriere les volets entrouverts
refus de tendresse mendiee aux portes closes
les rires saccades cachent la pendaison
des oiseaux morts
tu restes couchee sur ta dependance
tu abimes la couleur de tes pensees
en t'abritant sous l'ombre de ton ennui
ta solitude s'entache de notes vides
tu t'extasies devant tes murs gris peints en rose
morose
tes amours glissent au plancher froid et dur
giseante
tu fais l'amour en peau de vache
entortillee autour de ton illusion

___________________________

Vie demesuree
vie en repli
vie encerclee
vie enchainee
vie a l'enchere
vie retrecie
vie encadree
vie castree

L'esclave s'amenuise
a n'en devenir qu'une idee libre

Liberte maceree
liberte inextinguible
liberte d'assaut de mots inaudibles
liberte clignotante aux coins des rues
liberte qui aiguise la lame au coeur transperce
liberte qui brise le neant
liberte
liberte

___________________________

En toile suspendue
en jet d'humeur nocturne
la forme s'informe de traits adroits
en lignes detachees
brisee d'espace inegaux
de masses indecises
elle projette un oeil oblique
comme pour attendrir
esseulee
elle se superpose d'aise
disparait en elle-meme
reapparue en sons differents
son chant attise
retire ce qu'il a donne
en mouvement inchange
elle se percoit
intouchable
vit par couleurs
nous danse dans l'oeil
irresistible

___________________________

Ta main encerclant le cou
repliee sur l'epaule
en serre d'aigle affranchi
regard de pauvre
croisant ta desillusion
ton maigre corps teigneux
vogue sur le neant
habite de volcans eteints
ne demandant qu'a eclore en luminosite

Tu ramasses ta tristesse dessechee
au pied de l'escalier en lambeau
transformee en flambeau
tu chauffes comme un volcan reanime
tu surchauffes
tu sursautes a ton verbe ignore
suite de vies fragmentees

___________________________

Metalarmant
chairs clinquantes
roseargent
en pot froid
bois brillant
toit hurlant ENTER

Ra Soleil
rameau seche
martele ENTER

Effets speciaux
masses trouees
eclaboussees
fosses asceptiques ENTER

Echo cuivre
son brut
verbe in vitro ENTER

Blindage chromatique
au fil tenu
pucelage
envoles mes bits
bibites encephaliques ENTER

Chaos pack
Blind colors RUN

Bit... Bit... envoles en phrases a dentelle
Bit... Bit... en chemise detach....Bit...Bit...
couleurs a jam... Bit... Bit... touj... Bzzzzz

___________________________

Star familiale
berceau intime
apaisement de faim
de cris
de maux ecoutes
chaussee d'aurore
tu pleures d'inliberte
tu habiles les habitudes d'essoufflement
tu chantes l'ennui a bout de voix
en secret
tu mijotes dans tes chaudrons
tu es sale a force de laver les autres
tu boudes les amours a force d'aimer
ta tendresse s'echappe comme une fuite de gaz
tu essuies les paroles aux murs incrustees

Ferme la porte
ouvre la fenetre
ta tete aeree n'oxygene personne
le branle-bas s'installe bras ballants
les contraires s'attirent
mais les satyres ne se contrarient plus
tu laves tes chagrins aux cuves qui coulent
et se meurent
en avanit les machines
jubilez

Moi
je reve ma realite
en realisant mes reves
mon fil de vie ne tient qu'au plomb grave
de mots rendus
de mots rechappes
de mots vivants
images et sons enfin libres


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(C) Editions Naaman et Huguette Bertrand
Sherbrooke (Quebec) Canada
coll. AMORCES, no 44
Depot legal / Deuxieme trimestre 1985
BNQ et BNC - ISBN 2-89040-343-2
Tous droits reserves - All rights reserved

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Ce recueil de poesie est aussi edite sur le site web de la
Bibliotheque nationale du Canada dans sa collection electronique
a l'adresse suivante :
http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/espace/espperdu.htm

This poetry book is also edited on the National Library of Canada's website
in it's electronic collection at the following URL :
http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/espace/espperdu.htm

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