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Editorial
This article explores Rohinton Mistry's novel A Fine Balance (1996), alongside his short story "Lend Me Your Light" (1987), focussing on the tensions between the politically-distanced cosmopolitan migrant and the socially-committed local activist. My readings draw on Radhakrishnan's notion of diasporic "double duty" — of accountability to, rather than irresponsible detachment from, the homeland. Mistry's representations of migrants, I contend, are centrally concerned not only with the necessity, but also the difficulty, of performing such "double duty" through a sustained engagement with India's history and politics. In this light, I argue that Mistry offers representations of migrants whose attempts to distance themselves from local and national politics are revealed as impossible and irresponsible. Moreover, I suggest that Mistry's representations reveal an anxiety over his position as a migrant writer, and his work seems to mobilize writing as a means of avoiding a problematically apolitical detachment from India. Thus, Mistry establishes a tension between his representation of the migrant within his fiction and his negotiation of his own migrant position through his fiction.

Anatomie du Mouvement, poesie

H >> Huguette Bertrand >> Anatomie du Mouvement, poesieHuguette Bertrand




ANATOMIE DU MOUVEMENT

poesie





Editions En Marge

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tous ceux que l'on arrache au doute,
je les salue, bouches a nouveau ouvertes,
qui savaient deja ce que signifie le silence

Rainer-Maria Rilke


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ESQUISSE

C'est bien avec le poing qu'on recite le jour
quand les desirs sont a plaindre
En montant le volume du corps
les prix grimpent
et la folie est a son plus bas
Des formes terroristes devancent la memoire
Est-ce bien utile d'inventer de nouveaux visages
alors que les fenetres ne sont plus etanches
Au verso de la brutalite
il n'y a que de la poussiere
et de l'intimite
inventee pour l'anatomie branlante
C'est defonce et plein d'impasses
et ca chemine vers l'obsession la nuit

Les muscles se profilent au tangage des mots
que la main refuse
Ces moments de flottement entre les paumes
soulevent des enjeux
que les levres ne savent pas dissimuler
La journee en toute maladresse brule
d'une stimulation affectueuse de l'oeil
dessine des zones de haute precision
Alerte
l'heure sonne la strategie
quand toutes les paniques ont ete regroupees
La ferveur est inevitable
La langue et ses malefices organisent
des aller-retour d'exil
et meme des rapprochements a ciel ouvert

La violence se fait discrete
douce comme un bruissement d'horloge
et la reponse est la
rouge
le soleil se leve encore
l'oeil cousu a la memoire
du voyageur
qui apprend a mourir
en cours de route
digne de la peur
avant le lait
apres les sueurs
et sa descente au fond des sens
comme une digestion
lorsque la bouche a plein regime s'ecrie
Attendez-moi

ce grand stress fut oublie
sur la batture
quand un bateau lent passa
aux pieds des enfants
trop grands
trop chers
leurs samedis trop frequentes
en attendant le dimanche
dans la ville
avec ses secrets qui penchent
tantot a droite
tantot a gauche
et le temps qui occupe le temps
quand on n'y est pas

a grands coups de flots
la seve des marees
embrassa le silence
de ces hommes impunis
et leurs femmes ont crache leurs visages
dans les sables que devorent
les vaisseaux endormis

elles ouvrent au large
leurs hanches
ou le coulis fecond
engrosse leurs reves
infiniment
dans le goudron

devant ce miroir gris
c'etait ecrit
que l'oeil magique
fixe sur le ventre de l'idolatre
labourerait ses nuits
sans memoire

le jour venu
il n'y aurait plus que des noeuds
sur les murs
et une parade de sentiments
d'origine inconnue
sur l'indifference du tapis

c'etait ecrit aussi
que la Marie vengeur
du haut de son reve
briguerait le suffrage theatral
et qu'elle contesterait les bonheurs
qui font mal

mais ne reveillez plus la femme
qui n'a pas tort
de se lever en retard
surtout quand elle a passe minuit
sans broncher
devant une fenetre historique
alors que le monde
sous de lourdes paupieres
defilait sans payer
devant un vieux fusil

a l'heure dite
on eteignit les lumieres
de la rue
jonchee de foules
sous le manteau d'un ange gris
radoteux

pendant ce temps
la superfemelle
qui avalait goulument son dejeuner
s'etouffa

et vous etes parti
sans un mot dans les poches
un vieux bout de papier
dans vos souliers
en cas d'urgence

apres avoir gruge les villes
a petits pas fauves
vous etes rentre
par la porte arriere
l'ame chiffonnee

mais le temps n'y etait plus
seul un grincement de coeur
enfouissait ses vides
dans les noirs secrets
d'un refrigerateur

voir ce spasme enorme
au bar des megots
et les couples a talons hauts
une grosse biere passionnee
dans la foulee de l'oeil
bue comme un role sur mesure

un spot majuscule et rose
sillonne la salle
en quete du lieu precis
ou se deroulera l'eclat des sens

il pleut a verse sur l'ecriture
effacant les sexes joyeux
ces jeux de theatre
et le retour

mais ce n'est l'affaire de personne
si la terre vieillit
d'un reve a la fois
avec son passe anterieur
evache sur l'horizon
devant les hommes et les femmes
des morts a plaindre
d'avoir vecu
en l'espace d'une poussiere
sans rincer l'histoire
a l'eau de Javel
pluvieuse comme un souvenir
d'ecriture

quand ce blues est incertain
j'implore les vierges de la modernite
les icones de la rue
les fonctionnaires et les fous
et je consacre mes jours
a dormir dans la poubelle du coeur
a l'envers

parfois dans la chair
il y a des coups de semonce
du nucleaire qui pouffe de rire
et cette bagatelle qu'on appelle
tendresse
extra-legere "king size".

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CYCLES AMOUREUX

Sous les crocs du soir
les ventres amoureux
profanent
le corps depece du silence
ils palpent l'attente
jusqu'aux heures affolantes
du respir

derriere le tableau
les battements de la forme
taire l'inconnu
cet echappe de la main

ca meurt toujours
a l'oppose d'un echo
quand le coeur s'enfonce dans l'absence
sous les orages de silences
et le tue-mouches

le temps se rupture
et le corps vole en eclats
sa respiration sous les arbres
comme un objet sans repos
devenu vegetal

assises sur le monde
les amours lentes
greffees a nos tempes
s'eloignent comme des vierges ensemencees
vers le chaud melange du ciel
entre l'extase
et son reflet

condamnees
elles s'offrent jusqu'aux larmes
des cinemas

puis vint le delire
puis la mort
restituee
une derniere fois dans l'haleine
comme un tout rassemble

promise au desert
la vie genitale
commande des toasts
et du cafe
se noie dans toutes les directions
en laissant tomber ses fruits

mais au pied du lit
il y a des novembres
abandonnes a la pluie
l'alchimie d'une chanson
bleu-or
et la porte de la memoire
toujours fermee
quand c'est necessaire

cet effeuillage discret de l'automne
s'achevera
des que la paume
aura tue le frisson
sur la peau ornementale des filles
qui grignotent la passion
dans l'instantane des amants
souls
leurs hanches
gravees dans le calcaire
aux mille glissements de coeur
eclates dans l'oeuf

le corps baise
en saumure poetique
se fane vite et ras
dans le remous des defroques
et du lancer leger

sans sourciller
le midi mange-tout annonce des mots
des nymphes
et des moustiques
pour les cas d'apres-midi
comme si les oreillers etaient en manque
sur les draps propres
des amours empesees

enroulee dans le miel triste
et la plume d'oie
la peau chic
hume les bieres d'especes
en poursuivant les fossoyeurs
jusqu'au dix-huitieme trou

ce dernier cratere amoureux
de la chair embrasse
a coups d'epee dans la poussiere
le cri neuf
definitif

malgre ce discours
cet espace blanc
et tout ce remplissage du silence
qu'on verse sur le pere
la mere les enfants
il y a memere dans la dramaturgie
ordonnee
multipliee par l'espace-temps

on la retrouve en double
en triple
en quadrimoteur
sur les ailes du langage
elle flotte
sur la masse totale du poeme
etriquee

devant cette affiche en folie
il a failli faire noir
mais de parole en parole
on s'est trompe de rue
puis on a marche sur des trous
mous
en faisant claquer nos doigts
dans l'oreille des sourds

le bec en cul d'poule
on retourne au salon
l'instant d'une revolte
conservee dans la bienseance

a tele-Douceur
passe-moi le beurre
du bonheur des morts apaises
et le popcorn

viens
on va faire la moue ensemble
dans un coin d'ombre
et puis on se promenera
dans la moiteur des yeux
sans personne pour nous moucher

on investira le pont d'argile
et on tassera nos vieilles peurs
dans le courant de l'annee
sans interrompre
les pigeons dans les beaux draps
de soie
pour le plaisir des mains
et le desir encore

il n'y a rien d'inquietant
quand la chambre est assoupie
et que ses effluves aspergent
les corps endormis

le chatoiement de la brise sur la peau
grise les spasmes
et la dentelle des rideaux

comme un vieux fantome rabougri
le songe
songe
il rafle le sommeil
et tout recommence

de memoire distraite
on redessine le corps
qu'on range dans l'armoire
sous une pile de secrets
rapieces
que le temps renifle
en l'absence du poids des lettres
et des mots caches

il ne reste plus qu'a disparaitre
dans les noirceurs
et les idees
puis a eteindre ce poeme
dans le cendrier

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EFFLEUREMENT

Affolement a la rencontre de la main
memoire a cinq doigts sur la bougeotte du monde
cette vagabonde empoigne la chair des images
effleure la voix
de l'autre

elle ecrit entre les gestes
jusqu'a la racine des pierres
pour l'intense de nos sangs froids
durs

inclinee devant ce mystere
la main caresse ouvertement la vie
d'un elan vertigineux
transporte le sol

au fond
elle a froid
et ses bidules ne laissent aucune trace
jusqu'au moment
ou une petite chose tranquille
revint de vacances
avec le ciel dans sa valise
et des gants pour ramasser
les sortileges
repandus dans les nervures de l'automne
juste avant l'hiver

au theatre de l'espece
l'obstinee explore les desirs
jusqu'au ras des brulures

ces espaces nus
abandonnes a l'ecriture
recomposent la prehistoire
a la recherche du mouvement
cette force chaude
d'un sourire inacheve

pendant ce temps
baiser a blanc au bord du lit
au bord de la route
au bord du bord
tandis qu'un vieux monde ergote
a l'angle Gorki et Lafontaine
le blues loin des oreilles indiscretes

emmitoufle dans les mythes artificiels
l'oeil gitan
a travers les barbeles
veille
au milieu

reprenons a partir de la blessure
qu'un matin embue invite
entre deux draps ivres
le corps en friche
embaume de soleil
de chocolat fondant
accompagne de frites-sauce-fromage
octroyees par le ministere
de la tourmente federative

forcement
les roses ont le mal du tendre
quand le bonbon ne fond pas

mais tout ceci n'est qu'un oeil
dans l'oeil de l'autre
quand parler de l'amour
et d'une tete croche
c'est comme froler un voyage
lorsque la bouche largue ses amarres
sur une vieille peau

en regard de nos mains recueillies
tous les yeux
ont suivi
la silhouette du silence
vers des ombres a rayures d'enfants sales
pilles par les jeux des absents
images brulees
devenues pays
et vastes saisons

cette vision engendre un printemps feroce
dans le ventre des coutumes
ses formes bohemiennes
promises a la torture
a travers les lieux tiedes
de la chair

il se peut qu'une voix
a tete chercheuse prononce
une tonne de briques
sur les braguettes magiques
qui en ont assez de languir
au pied de l'escalier

tout ca se ramasse a la cuillere
au cours d'un brunch menstruel
arome de noix
de camomille et de the glace
bouillie avortee dans des assiettes
plaquees or
flanquees de fourchettes en plastique

oedeme aux yeux
qu'allons-nous faire dans ces salles d'eau
sinon excrementer des figures de style
et "sniffer" des bulles
comme des eponges naissantes

ce bluff quotidien s'assoupit
dans le journal intime du matin
et les nouvelles croupissent
sous le choc des odeurs evenementielles

alors
sonne l'heure de la debacle

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INCIDENCES

Couchee dans le duvet de l'automne
je crie en silence
sous la pluie verte et sourde
mon corps detrempe ramollit
et que viennent les mouches
braconner sur les restes
de ma folie

entourez-moi de vos bruits d'ailes
enterrez-moi comme un hasard
jusqu'a la prochaine repousse

dans ce "nowhere" solitaire
des seances imaginaires
sous les caresses geniales
declenchent
l'ondulation sauvage
electrique

pour l'amour de l'amour
cette vague s'abandonne
aux gemissements des sources
mystere de la pluie
et des vents millenaires

enchaine
au chant use
des cris males
le temps s'agenouille
crible de souvenirs
qu'un printemps febrile
etale
sur les draps livres au desir

saisir l'idole au bout de l'onde
en faire jaillir l'ecume
de mes promenades solitaires
suppliant la rigidite des rocs
jusqu'au calme definitif

je ne crois pas a la fin du monde
mais je suis polie
quand vient le temps de crever l'absence
dans la rondeur du paysage

sur le coeur sangle de metal
et de cuir
mes mains excessives peignent
des memoires
pour l'emouvance
fabriquee vraie
tout pres du loin
territoires exageres
lorsque la silhouette se penche
doucement
sur l'infime

en apparat de mots-vampires
les dieux ecoeures fanatisent l'ardente
epuisee
sur les dalles fleuries
feux et vertiges aux fibres

le corps errant
dans les secrets de l'autre nuit
je m'abime sous-cutanee
sous la pulsion d'ancetres
symboliques

une a l'infini
dans le clapotis des lumieres
la couleur de l'hiver
expire
esquisse transparente
et blessure d'or

programmes au cul du jour
les doigts immobiles
essouffles


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(C) Editions En Marge et Huguette Bertrand
St-Jerome (Quebec) Canada
Depot legal / premier trimestre 1991
Bibliotheque nationale du Quebec
Bibliotheque nationale du Canada
ISBN 2-9802204-O-X
Tous droits reserves - All rights reserved

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Ce recueil de poesie est aussi edite sur le site web de la
Bibliotheque nationale du Canada dans sa collection electronique
a l'adresse suivante :
http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/anatomie/anatomie.htm

This poetry book is also edited on the National Library of Canada's website
in it's electronic collection at the following URL :
http://collection.nlc-bnc.ca/100/200/300/huguette_bertrand/anatomie/anatomie.htm

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