A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

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XXVIII

SUR UNE NOUVELLE LOI POUR PROTEGER LA REPRESENTATION NATIONALE

(24 mai 1793)


[Note: Vermorel qui donne, p. 51, 58, quelques fragments de ce
discours lui attribue la date du 23 mai 1793. La reedition du Moniteur
(p. 467) donne en effet cette date: vendredi, 23 mai. Mais c'est la
une erreur certaine, car ce vendredi etait le 24 mai. La manchette de
ce numero (n deg. 146) porte d'ailleurs: Dimanche 26 mai 1793.]

La chute de la Gironde etait proche. Sentant le terrain lui manquer
sous les pieds, elle fit proposer un decret dont l'article 1er etait
ainsi redige: "La Convention nationale met sous la sauvegarde speciale
des bons citoyens la fortune publique, la representation nationale et
la ville de Paris." (_Moniteur_, n deg. 145.) Ce decret emanait de la
Commission des Douze et avait ete soutenu par Vigee, Vergniaud et
Boyer-Fonfrede. Sans le combattre entierement, Danton s'opposa
cependant a son adoption immediate. Le decret fut adopte dans la meme
seance. C'etait un des supremes triomphes de la Gironde.

* * * * *

L'objet de cet article n'a rien de mauvais en soi. Sans doute la
representation nationale a besoin d'etre sous la sauvegarde de la
nation. Mais comment se fait-il que vous soyez assez domines par les
circonstances pour decreter aujourd'hui ce qui se trouve dans toutes
vos lois? Sans doute, l'aristocratie menace de renverser la liberte,
mais quand les perils sont communs a tous, il est indigne de nous de
faire des lois pour nous seuls, lorsque nous trouvons notre surete
dans celles qui protegent tous les citoyens. Je dis donc que decreter
ce qu'on vous propose, c'est decreter la peur.

---Eh bien! j'ai peur, moi!....

DANTON.--Je ne m'oppose pas a ce que l'on prenne des mesures pour
rassurer chaque individu qui craint pour sa surete; je ne m'oppose pas
a ce que vous donniez une garde de crainte au citoyen qui tremble ici.
Mais la Convention nationale peut-elle annoncer a la Republique
qu'elle se laisse dominer par la peur. Remarquez bien jusqu'a quel
point cette crainte est ridicule. Le comite vous annonce qu'il y a des
dispositions portant qu'on a voulu attenter a la representation
nationale. On sait bien qu'il existe a Paris une multitude
d'aristocrates, d'agents soudoyes par les puissances; mais les lois
ont pourvu a tout; on dit qu'elles ne s'executent pas; mais une preuve
qu'elles s'executent, c'est que la Convention nationale est intacte,
et que, si un de ses membres a peri, il etait du nombre de ceux qui ne
tremblent pas. Remarquez bien que l'esprit public des citoyens de
Paris qu'on a tant calomnies....

UN GRAND NOMBRE DE VOIX.--Cela est faux! la preuve en est dans le
projet qu'on Propose!

DANTON.--Je ne dis pas que ce soit calomnier Paris que de proposer le
projet de decret qui vous est presente; mais on a calomnie Paris, en
demandant une force departementale; car, dans une ville comme Paris,
ou la population presente une masse si imposante, la force des bons
citoyens est assez grande pour terrasser les ennemis de la liberte. Je
dis que, si, dans la reunion dont on a parle, il s'est trouve des
hommes assez pervers pour proposer de porter atteinte a la
representation nationale, cette proposition a ete vivement repoussee,
et que si ces hommes sont saisis et peuvent etre livres a la justice,
ils ne trouveront point ici de defenseurs. On a cherche aussi a
inculper le maire de Paris, et a le rendre, pour ainsi dire, complice
de ces hommes vendus ou traitres; mais l'on n'a pas dit que, si le
maire de Paris n'etait pas venu vous instruire de ce qui s'etait
passe, c'est qu'il etait venu en rendre compte au Comite du Salut
public, qui devait vous en instruire. Ainsi donc, quand il est
demontre que les propositions qui ont ete faites ont ete rejetees avec
horreur; quand Paris est pret a s'armer contre tous les traitres qu'il
renferme pour proteger la Convention nationale, il est absurde de
creer une loi nouvelle; pour proteger la representation nationale, il
ne s'agit que de diriger l'action des lois existantes contre le vrai
coupable. Encore une fois, je ne combats pas le fond du projet, mais
je dis qu'il se trouve dans les lois preexistantes. Ne faisons donc
rien par peur; ne faisons rien pour nous-memes; ne nous attachons
qu'aux considerations nationales; ne nous laissons point diriger par
les passions. Prenez garde qu'apres avoir cree une commission pour
rechercher les complots qui se trament dans Paris, on ne vous demande
s'il ne conviendrait pas d'en creer aussi une pour rechercher les
crimes de ceux qui ont cherche a egarer l'esprit des departements. Je
ne demande qu'une chose, c'est que les membres qui proposent ce projet
se depouillent de toutes leurs haines. Il faut que les criminels
soient bien connus, et il est de votre sagesse d'attendre un rapport
preliminaire sur le tout.




XXIX

POUR LE PEUPLE DE PARIS

(26 mai 1793)


L'attitude du president Isnard donna lieu, dans la seance de la
Convention du 26 mai, a de violents incidents. Repondant a une
deputation de la Commune, il prononca les mots, devenus fameux depuis:
"Si, par ces insurrections toujours renaissantes, il arrivait qu'on
portat atteinte a la representation nationale, je vous le declare au
nom de la France entiere, Paris serait aneanti! Bientot on chercherait
sur les rives de la Seine si Paris a existe." Danton, se levant, cria:
"President, je demande la parole sur votre reponse!" Appuye par la
gauche, il allait la prendre quand Cambon monta a la tribune pour
donner lecture d'une lettre du general Lamorliere. A cette lecture
succeda une deputation de la section des Gardes-Francaises, venant
presenter son contingent. Cette fois la reponse du president fut
patriotique et moderee. Apres les honneurs de la seance, decernes a
des petitionnaires de la section de l'Unite, Danton monta a la tribune
pour protester du civisme du peuple de Paris et contre les parole
d'Isnard.

* * * * *

Si le president eut presente l'olivier de la paix a la Commune avec
autant d'art qu'il a presente le signal du combat aux guerriers qui
viennent de defiler ici, j'aurais applaudi a sa reponse; mais je dois
examiner quel peut etre l'effet politique de son discours. Assez et
trop longtemps on a calomnie Paris en masse. (_On applaudit dans la
partie gauche et dans les tribunes. Il s'eleve de violents murmures
dans la partie droite_.)

PLUSIEURS VOIX.--Non, ce n'est pas Paris qu'on accuse, mais les
scelerats qui s'y trouvent.

DANTON.--Voulez-vous constater que je me suis trompe?

ON GRAND NOMBRE DE VOIX.--Oui!

DANTON.--Ce n'est pas pour disculper Paris que je me suis presente a
cette tribune, il n'en a pas besoin. Mais c'est pour la Republique
entiere. Il importe de detruire aupres des departements les
impressions defavorables que pourrait faire la reponse du president.
Quelle est cette imprecation du president contre Paris? Il est assez
etrange qu'on vienne presenter la devastation que feraient de Paris
tous les departements, si cette ville se rendait coupable.... (Oui,
_s'ecrient un grand nombre de voix_, ils le feraient.--_On murmure
dans l'extreme gauche_.) Je me connais aussi, moi, en figures
oratoires. (_Murmures dans la partie droite_.) Il entre dans la
reponse du president un sentiment d'amertume. Pourquoi supposer qu'un
jour on cherchera vainement sur les rives de la Seine si Paris a
existe? Loin d'un president de pareils sentiments, il ne lui
appartient que de presenter des idees consolantes. Il est bon que la
Republique sache que Paris ne deviera jamais des principes; qu'apres
avoir detruit le trone d'un tyran couvert de crimes, il ne le relevera
pas pour y asseoir un nouveau despote. Que l'on sache aussi que les
representants du peuple marchent entre deux ecueils; ceux qui servent
un parti lui apportent leurs vices comme leurs vertus. Si dans le
parti qui sert le peuple il se trouve des coupables, le peuple saura
les punir; mais faites attention a cette grande verite, c'est que,
s'il fallait choisir entre deux exces, il vaudrait mieux se jeter du
cote de la liberte que rebrousser vers l'esclavage. En reprenant ce
qu'il y a de blamable, il n'y a plus partout que des republicains.

Depuis quelque temps les patriotes sont opprimes dans les sections. Je
connais l'insolence des ennemis du peuple; ils ne jouiront pas
longtemps de leur avantage; bientot les aristocrates, fideles aux
sentiments de fureur qui les animent, vexeraient tout ce qui a porte
le caractere de la liberte; mais le peuple detrompe les fera rentrer
dans le neant. Qu'avons-nous a faire, nous, legislateurs, qui sommes
au centre des evenements? Reprimons tous les audacieux; mais
tournons-nous d'abord vers l'aristocrate, car il ne changera pas.

Vous, hommes ardents, qui servez le peuple, qui etes attaches a sa
cause, ne vous effrayez pas de voir arriver une sorte de moderantisme
perfide; unissez la prudence a l'energie qui vous caracterise, tous
les ennemis du peuple seront ecrases.

Parmi les bons citoyens, il y en a de trop impetueux, mais pourquoi
leur faire un crime d'une energie qu'ils emploient a servir le peuple?
S'il n'y avait pas eu des hommes ardents, si le peuple lui-meme
n'avait pas ete violent, il n'y aurait pas eu de revolution.

Je reviens a mon premier objet: je ne veux exasperer personne parce
que j'ai le sentiment de ma force en defendant la raison. Sans faire
mon apologie, je defie de me prouver un crime. Je demande que l'on
renvoie devant le tribunal revolutionnaire ceux qui auront conspire
contre la Convention; et moi, je demande a y etre renvoye le premier,
si je suis trouve coupable. On a repete souvent que je n'avais pas
rendu mes comptes. J'ai eu 400.000 livres a ma disposition pour des
depenses secretes; j'ai rendu compte de l'emploi que j'en ai fait; que
ceux qui m'ont fait des reproches les parcourent avant de me
calomnier. Une somme de 100.000 livres avait ete remise entre mes
mains pour faire marcher la Revolution. Cette somme devait etre
employee d'apres l'avis du Conseil executif; il connait l'emploi que
j'en ai fait; il a, lui, rendu ses comptes.

PLUSIEURS VOIX.--Ce n'est pas la question!

DANTON.--Je reviens a ce que souhaite la Convention; il faut reunir
les Departements; il faut bien se garder de les aigrir contre Paris!
Quoi! cette cite immense, qui se renouvelle tous les jours, porterait
atteinte a la representation nationale! Paris, qui a brise le premier
le sceptre de fer, violerait l'Arche sainte qui lui est confiee! Non;
Paris aime la Revolution; Paris, par les sacrifices qu'il a faits a la
liberte, merite les embrassements de tous les Francais. Ces sentiments
sont les votres, eh bien! manifestez-les; faites imprimer la reponse
de votre president, en declarant que Paris n'a jamais cesse de bien
meriter de la Republique, puisque la municipalite.... (_Il s'eleve de
violents murmures dans une grande partie de la salle_). Puisque la
majorite de Paris a bien merite.... (_On applaudit dans toutes les
parties de la salle_), et cette majorite, c'est la presque totalite de
Paris. (_Memes applaudissements_). Par cette declaration, la nation
saura apprecier la proposition qui a ete faite de transporter le siege
de la Convention dans une autre ville. Tous les departements auront de
Paris l'opinion qu'ils doivent en avoir, et qu'ils en ont reellement.
Paris, je le repete, sera toujours digne d'etre le depositaire de la
representation generale. Mon esprit sent que, partout ou vous irez,
vous y trouverez des passions, parce que vous y porterez les votres.
Paris sera bien connu; le petit nombre de conspirateurs qu'il renferme
sera puni. Le peuple francais, quelles que soient vos opinions, se
sauvera lui-meme, s'il le faut, puisque tous les jours il remporte des
victoires sur les ennemis, malgre nos dissensions. Le masque arrache a
ceux qui jouent le patriotisme et qui servent de rempart aux
aristocrates, la France se levera et terrassera ses ennemis.




XXX

CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(27 mai 1793)


L'arrestation d'Hebert, ordonnee par la Commission des Douze, crea une
vive effervescence a la Commune. Dans la seance du lundi 27 mai, une
deputation de la section de la cite vint demander la traduction des
Douze devant le Tribunal Revolutionnaire. Isnard, qui presidait,
repondit: "Citoyens, la Convention nationale pardonne a l'egarement de
votre jeunesse...." Un indescriptible tumulte s'ensuivit.
Robespierre, Bourdon (de l'Oise), Henri Lariviere, tenterent en vain
d'obtenir la parole. Le president s'etant couvert au milieu du
tumulte, Danton s'ecria sur une observation de Delacroix
(d'Eure-et-Loir): "Je vous le declare, tant d'impudence commence a
nous perdre; nous vous resisterons! "Et toute l'extreme gauche cria
avec lui: "Nous vous resisterons!" La droite demanda l'insertion de la
phrase de Danton au proces-verbal. "Oui, dit Danton, je la demande
moi-meme." Et il monta a la tribune:

* * * * *

Je declare a la Convention et a tout le peuple francais que si l'on
persiste a retenir dans les fers des citoyens qui ne sont que presumes
coupables, dont tout le crime est un exces de patriotisme; si l'on
refuse constamment la parole a ceux qui veulent les defendre; je
declare, dis-je, que, s'il y a ici cent bons citoyens, nous
resisterons.

Je declare en mon propre nom, et je signerai cette declaration, que le
refus de la parole a Robespierre est une lache tyrannie. Je declare a
la France entiere que vous avez mis souvent en liberte des gens plus
que suspects sur de simples reclamations, et que vous retenez dans les
fers des citoyens d'un civisme reconnu, qu'on les tient en charte
privee, sans vouloir faire aucun rapport....

PLUSIEURS MEMBRES A DROITE.--C'est faux, le rapporteur de la
Commission des Douze a demande la parole.

DANTON.--Tout membre de l'Assemblee a le droit de parler sur et contre
la Commission des Douze. C'est un prealable d'autant plus necessaire,
que cette Commission des Douze tourne les armes qu'on a mises dans ses
mains contre les meilleurs citoyens; cette commission est d'autant
plus funeste qu'elle arrache a leurs fonctions des magistrats du
peuple.

PLUSIEURS VOIX.--Et les commissaires envoyes dans les departements!

DANTON.--Vos commissaires, vous les entendrez.... Si vous vous
obstinez a refuser la parole a un representant du peuple qui veut
parler en faveur d'un patriote jete dans les fers, je declare que je
proteste contre votre tyrannie, contre votre despotisme. Le peuple
francais jugera.

* * * * *

Dans cette meme seance Danton reprit la parole apres la declaration du
ministre de l'Interieur, protestant une fois encore de sa soif de
paix, de son desir de concorde.

* * * * *

Je demande que le ministre me reponde; je me flatte que de cette
grande lutte sortira la verite, comme des eclats de la foudre sort la
serenite de l'air; il faut que la nation sache quels sont ceux qui
veulent la tranquillite. Je ne connaissais pas le ministre de
l'Interieur; je n'avais jamais eu de relation avec lui. Je le somme de
declarer, et cette declaration m'importe dans les circonstances ou
nous nous trouvons, dans un moment ou un depute (c'est Brissot) a fait
contre moi une sanglante diatribe; dans le moment ou le produit d'une
charge que j'avais est travestie en une fortune immense.... (_Il
s'eleve de violents murmures dans la partie droite_.) Il est bon que
l'on sache quelle est ma vie.

PLUSIEURS VOIX DANS LA PARTIE DROITE.--Ne nous parlez pas de vous, de
votre guerre avec Brissot.

DANTON.--C'est par ce que le Comite de Salut public a ete accuse de
favoriser les mouvements de Paris qu'il faut que je m'explique....

PLUSIEURS MEMBRES.--On ne dit pas cela.

DANTON.--Voila ces amis de l'ordre qui ne veulent pas entendre la
verite, que l'on juge par la quels sont ceux qui veulent l'anarchie.
J'interpelle le ministre de l'Interieur de dire si je n'ai pas ete
plusieurs fois chez lui pour l'engager a calmer les troubles, a unir
les departements, a faire cesser les preventions qu'on leur avait
inspirees contre Paris; j'interpelle le ministre de dire, si depuis la
revolution, je ne l'ai pas invite a apaiser toutes les haines, si je
ne lui ai pas dit: "je ne veux pas que vous flattiez tel parti plutot
que tel autre; mais que vous prechiez l'union." Il est des hommes qui
ne peuvent pas se depouiller d'un ressentiment. Pour moi, la nature
m'a fait impetueux, mais exempt de haine. Je l'interpelle de dire s'il
n'a pas reconnu que les pretendus amis de l'ordre etaient la cause de
toutes les divisions, s'il n'a pas reconnu que les citoyens les plus
exageres sont les plus amis de l'ordre et de la paix. Que le ministre
reponde.




XXXI

AUTRE DISCOURS CONTRE LA COMMISSION DES DOUZE

(31 mai 1793)


Tandis que grondait le canon de l'insurrection de la journee fatale
pour la Gironde, Danton, intervenant dans la discussion sur l'emeute
denoncee par Vergniaud, reprit son requisitoire contre la Commission
des Douze et demanda sa suppression. Il interrompit le president
Mallarme, lui disant: "Faites donc justice, avant tout, de la
Commission!" Apres un court debat sur la question de priorite, il
monta a la tribune.

* * * * *

J'ai demande la parole pour motiver la priorite en faveur de la motion
de Thuriot. [Note: "C'est l'aneantissement de la Commission que je
sollicite," avait dit Thuriot (_Moniteur_, p. 152).] Il ne sera pas
difficile de faire voir que cette motion est d'un ordre superieur a
celle meme demander le commandant a la barre. Il faut que Paris ait
justice de la Commission; elle n'existe pas comme la Convention. Vous
avez cree une Commission impolitique....

PLUSIEURS VOIX.--Nous ne savons pas cela....

DANTON.--Vous ne le savez pas? il faut donc vous le rappeler.

Oui, votre Commission a merite l'indignation populaire. Rappelez-vous
mon discours a ce sujet, ce discours trop modere. Elle a jete dans les
fers des magistrats du peuple, par cela seul qu'ils avaient combattu,
dans des feuilles, cet esprit de moderantisme que la France veut tuer
pour sauver la Republique. Je ne pretends pas inculper ni disculper la
Commission, il faudra la juger sur un rapport et sur leur defense.

Pourquoi avez-vous ordonne l'elargissement de ces fonctionnaires
publics? Vous y avez ete engages sur le rapport d'un homme que vous ne
respectez pas, d'un homme que la nature a cree doux, sans passions, le
ministre de l'Interieur. Il s'est explique clairement, textuellement,
avec developpement, sur le compte d'un des magistrats du peuple. En
ordonnant de le relacher, vous avez ete convaincus que la Commission
avait mal agi sous le rapport politique. C'est sous ce rapport que
j'en demande, non pas la cassation, car il faut un rapport, mais la
suppression.

Vous l'avez creee, non pour elle, mais pour vous. Si elle est
coupable, vous en ferez un exemple terrible qui effrayera tous ceux
qui ne respectent pas le peuple, meme dans son exageration
revolutionnaire. Le canon a tonne, mais Paris n'a voulu donner qu'un
grand signal pour vous apporter ses representations; si Paris, par une
convention trop solennelle, trop retentissante, n'a voulu qu'avertir
tous les citoyens de vous demander une justice eclatante, Paris a
encore bien merite de la patrie. Je dis donc que, si vous etes
legislateurs politiques, loin de blamer cette explosion, vous la
tournerez au profit de la chose publique, d'abord en reformant vos
erreurs, en cassant votre Commission. Ce n'est qu'a ceux qui ont recu
quelques talents politiques que je m'adresse, et non a ces hommes
stupides qui ne savent faire parler que leurs passions. Je leur dis:
"Considerez la grandeur de votre but, c'est de sauver le peuple de ses
ennemis, des aristocrates, de le sauver de sa propre colere." Sous le
rapport politique, la Commission a ete assez depourvue de sens pour
prendre de nouveaux arretes et de les notifier au maire de Paris, qui
a en la prudence de repondre qu'il consulterait la Convention. Je
demande la suppression de la Commission, et le jugement de la conduite
particuliere de ses membres. Vous les croyez irreprochables; moi je
crois qu'ils ont servi leurs ressentiments. Il faut que ce chaos
s'eclaircisse; mais il faut donner justice au peuple.

QUELQUES VOIX.--Quel peuple?

DANTON.--Quel peuple, dites-vous? ce peuple est immense, ce peuple est
la sentinelle avancee de la Republique. Tous les departements haissent
fortement la tyrannie. Tous les departements execrent ce lache
moderantisme qui ramene la tyrannie. Tous les departements en un jour
de gloire pour Paris avoueront ce grand mouvement qui exterminera tous
les ennemis de la liberte. Tous les departements applaudiront a votre
sagesse, quand vous aurez fait disparaitre une Commission impolitique.
Je serai le premier a rendre une justice eclatante a ces hommes
courageux qui ont fait retentir les airs.... (_Les tribunes
applaudissent_.)

Je vous engage, vous, representants du peuple, a vous montrer
impassibles; faites tourner au profit de la patrie cette energie que
de mauvais citoyens seuls pourraient presenter comme funeste. Et si
quelques hommes, vraiment dangereux, n'importe a quel parti ils
appartiennent, voulaient prolonger un mouvement devenu inutile, quand
vous aurez fait justice, Paris lui-meme les fera rentrer dans le
neant; je demande froidement la suppression pure et simple de la
Commission sous le rapport politique seul, sans rien prejuger, ni
pour, ni contre; ensuite vous entendrez le commandant general, vous
prendrez connaissance de ce qui est relatif a ce grand mouvement, et
vous finirez par vous conduire en hommes qui ne s'effraient pas des
dangers.

PALLES.--Nous savons bien que ce n'est qu'un simulacre, les citoyens
courent sans savoir pourquoi.

DANTON.--Vous sentez que, s'il est vrai que ce ne soit qu'un
simulacre, quand il s'agit de la liberte de quelques magistrats, le
peuple fera pour sa liberte une insurrection entiere. Je demande que,
pour mettre fin a tant de debats facheux, que, pour marcher a la
Constitution qui doit comprimer toutes les passions, vous mettiez aux
voix par l'appel nominal la revocation de la Commission.




XXXII

SUR LA CHUTE DES GIRONDINS

(13 juin 1793_) [Note: Une autre erreur de Vermorel, p. 203, donne a
ce discours la date du 14 juin. Le n deg. 167 du _Moniteur_, qui le
rapporte, specifie qu'il fut prononce dans la seance du jeudi 13 juin,
dans la discussion sur les arretes des administrations de l'Eure et du
Calvados.]


Danton n'intervint dans la discussion des troubles du Calvados, a la
Convention, que pour rallier ses collegues au parti national. Apres
avoir fait l'apologie de l'insurrection du 31 mai, il leur demanda de
s'expliquer "loyalement" a cet egard et de songer aux dangers de la
patrie.

* * * * *

Nous touchons au moment de fonder veritablement la liberte francaise,
en donnant a la France une Constitution republicaine. C'est au moment
d'une grande production que les corps politiques comme les corps
physiques paraissent toujours menaces d'une destruction prochaine.
Nous sommes entoures d'orages, la foudre gronde. Eh bien, c'est du
milieu de ses eclats que sortira l'ouvrage qui immortalisera la nation
francaise. Rappelez-vous, citoyens, ce qui s'est passe du temps de la
conspiration de Lafayette. Nous semblions etre dans la position dans
laquelle nous nous trouvons aujourd'hui. Rappelez-vous ce qu'etait
alors Paris; les patriotes etaient opprimes, proscrits partout; nous
etions menaces des plus grands malheurs. C'est aujourd'hui la meme
position; il semble qu'il n'y ait de perils que pour ceux qui ont cree
la liberte. Lafayette et sa faction furent bientot demasques:
aujourd'hui les nouveaux ennemis du peuple se sont trahis eux-memes,
ils ont fui, ils ont change de nom, de qualite, ils ont pris de faux
passeports. Ce Brissot, ce coryphee de la secte impie qui va etre
etouffee, cet homme qui vantait son courage et son indigence en
m'accusant d'etre couvert d'or, n'est plus qu'un miserable qui ne peut
echapper au glaive des lois, et dont le peuple a deja fait justice en
l'arretant comme un conspirateur. On dit que l'insurrection de Paris
cause des mouvements dans les departements; je le declare a la face de
l'univers, ces evenements feront la gloire de cette superbe cite; je
le proclame a la face de la France, sans les canons du 31 mai, sans
l'insurrection, les conspirateurs triomphaient, ils nous donnaient la
loi. Que le crime de cette insurrection retombe sur nous; je l'ai
appelee, moi, cette insurrection, lorsque j'ai dit que, s'il y avait
dans la Convention cent hommes qui me ressemblassent, nous
resisterions a l'oppression, nous fonderions la liberte sur des bases
inebranlables.

Rappelez-vous qu'on a dit que l'agitation qui regne dans les
departements ne s'etait manifestee que depuis les evenements qui se
sont passes ici. Eh bien, il y a des pieces qui constatent qu'avant le
31 mai les departements avaient envoye une circulaire pour faire une
federation et se coaliser.

Que nous reste-t-il a faire? A nous identifier avec le peuple de
Paris, avec tous les bons citoyens, a faire le recit de tout ce qui
s'est passe. On sait que moi, plus que tout autre, j'ai ete menace des
baionnettes, qu'on les a appuyees sur ma poitrine; on sait que nous
avons couvert de nos corps ceux qui se croyaient en danger. Non, les
habitants de Paris n'en voulaient pas a la liberte d'aucun
representant du peuple; ils ont pris l'attitude qui leur convenait;
ils se sont mis en insurrection. Que les adresses envoyees des
departements pour calomnier Paris ne vous epouvantent pas; elles sont
l'ouvrage de quelques intrigants et non celui des citoyens des
departements: rappelez-vous qu'il en est venu de semblables contre
Paris en faveur du tyran. Paris est le centre ou tout vient aboutir;
Paris sera le foyer qui recevra tous les rayons du patriotisme
francais, et en brulera tous les ennemis. Je demande que vous vous
expliquiez loyalement sur l'insurrection qui a eu de si heureux
resultats. Le peuple voit que ces hommes qu'on avait accuses de
vouloir se gorger du sang du peuple ont plus fait depuis huit jours
pour le bonheur du peuple que la Convention, tourmentee par des
intrigants, n'en avait pu faire depuis son existence. Voila le
resultat qu'il faut presenter au peuple des departements: il est bon,
il applaudira a vos sages mesures. Les hommes criminels qui ont fui
ont repandu des terreurs partout sur leur passage; ils ont tout
exagere, tout amplifie; mais le peuple detrompe reagira plus
fortement, et se vengera sur ceux qui l'ont trompe.

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