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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

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* * * * *

Present lors de l'appel nominal sur la troisieme question; "Quelle
peine Louis Capet, ci-devant roi des Francais, a-t-il encourue?", il
vota la mort, motivant en ces termes son opinion:

* * * * *

Je ne suis point de cette foule d'hommes d'Etat qui ignorent qu'on ne
compose point avec les tyrans, qui ignorent qu'on ne frappe les rois
qu'a la tete, qui ignorent qu'on ne doit rien attendre de ceux de
l'Europe que par la force de nos armes. Je vote pour la mort du tyran.

* * * * *

Son intervention dans la seance du 17 janvier fut marquee d'un
incident assez vif. Le president ayant annonce l'arrivee d'une lettre
des defenseurs de Louis XVI et d'une missive du ministre d'Espagne en
faveur du monarque, Garan-Coulon prit la parole et des le premier mot
fut interrompu par Danton. Louvet s'ecria, de sa place: "Tu n'es pas
encore roi, Danton!" A ce grief girondin habituel, les rumeurs
eclaterent, tandis que Louvet continuait: "Quel est donc ce privilege?
Je demande que le premier qui interrompra soit rappele a l'ordre." A
cette impertinence de l'auteur de Faublas, Danton riposta: "Je demande
que l'insolent qui dit que je ne suis pas roi encore soit rappele a
l'ordre du jour avec censure..." Et s'adressant a Garan-Coulon, il
ajouta: "Puisque Garan pretend avoir demande la parole avant moi, je
la lui cede." Garan ayant parle en faveur de l'audition des defenseurs
du Roi, Danton prit la parole pour appuyer cet avis, et s'elever en
termes vigoureux et eloquents contre la pretention du ministre
d'Espagne: Je consens a ce que les defenseurs de Louis soient entendus
apres que le decret aura ete prononce, persuade qu'ils n'ont rien de
nouveau a vous apprendre, et qu'ils ne vous apportent point de pieces
capables de faire changer votre determination. Quant a l'Espagne, je
l'avouerai, je suis etonne de l'audace d'une puissance qui ne craint
pas de pretendre a exercer son influence sur votre deliberation. Si
tout le monde etait de mon avis, on voterait a l'instant, pour cela
seul, la guerre a l'Espagne. Quoi! on ne reconnait pas notre
Republique et l'on veut lui dicter des lois? On ne la reconnait pas,
et l'on veut lui imposer des conditions, participer au jugement que
ses representants vont rendre? Cependant qu'on entende si on le veut
cet ambassadeur, mais que le president lui fasse une reponse digne du
peuple dont il sera l'organe et qu'il lui dise que les vainqueurs de
Jemmapes ne dementiront pas la gloire qu'ils ont acquise, et qu'ils
retrouveront, pour exterminer tous les rois de l'Europe conjures
contre nous, les forces qui deja les ont fait vaincre. Defiez-vous,
citoyens, des machinations qu'on ne va cesser d'employer pour vous
faire changer de determination; on ne negligera aucun moyen; tantot,
pour obtenir des delais, on pretextera un motif politique; tantot une
negociation importante ou a entreprendre ou prete a terminer. Rejetez,
rejetez, citoyens, toute proposition honteuse; point de transaction
avec la tyrannie; soyez dignes du peuple qui vous a donne sa confiance
et qui jugerait ses representants, si ses representants l'avaient
trahi.

Dans la nuit du 17 au 18 janvier, alors que Vergniaud avait deja
prononce l'arret condamnant par 366 voix Louis XVI a la peine de mort,
la Convention decida de deliberer sur la question: Y aura-t-il sursis,
oui ou non, a l'execution du decret gui condamne Louis Capet? L'appel
nominal commence, malgre la fatigue de l'Assemblee, a huit heures et
demie, se termina vers minuit. On sait que, par 380 voix contre 310,
ce sursis fut rejete. Tallien avait demande a la Convention de decider
sur-le-champ de la question du sursis. Danton etait intervenu aux
debats dans ces termes:

On vous a parle d'humanite, mais on en a reclame les droits d'une
maniere derisoire... Il ne faut pas decreter, en sommeillant, les plus
chers interets de la patrie. Je declare que ce ne sera ni par la
lassitude, ni par la terreur qu'on parviendra a entrainer la
Convention nationale a statuer, dans la precipitation d'une
deliberation irreflechie, sur une question a laquelle la vie d'un
homme et le salut public sont egalement attaches. Vous avez appris le
danger des deliberations soudaines; et certes, pour la question qui
nous occupe, vous avez besoin d'etre prepares par des meditations
profondement suivies. La question qui vous reste a resoudre est une
des plus importantes. Un de vos membres, Thomas Payne, a une opinion
importante a vous communiquer. Peut-etre ne sera-t-il pas sans
importance d'apprendre de lui ce qu'en Angleterre... (_Murmures.) Je
n'examine point comment on peut flatter le peuple, en adulant en lui
un sentiment qui n'est peut-etre que celui d'une curiosite atroce. Les
veritables amis du peuple sont a mes yeux ceux qui veulent prendre
toutes les mesures necessaires pour que le sang du peuple ne coule
pas, que la source de ses larmes soit tarie, que son opinion soit
ramenee aux veritables principes de la morale, de la justice et de la
raison. Je demande donc la question prealable sur la proposition de
Tallien; et que, si cette proposition etait mise aux voix, elle ne put
l'etre que par l'appel nominal.




X

POUR LEPELETIER ET CONTRE ROLAND

(21 janvier 1793)


Le dimanche 20 janvier, dans le sous-sol du restaurant Teisier, au
Palais-Royal, un ancien garde du corps nomme Deparis, tua d'un coup de
sabre Michel Lepeletier de Saint-Fargeau. Dans sa seance du 21, la
Convention decida d'accorder a ce dernier les honneurs du Pantheon,
tandis que, desireux de frapper les contre-revolutionnaires qu'ils
presumaient etre les instigateurs de l'assassinat, plusieurs deputes
demandaient des visites domiciliaires pareilles a celles-la memes que
Danton demanda le 28 aout 1892. S'associant a la premiere proposition,
Danton s'eleva contre la seconde. La Convention ordonna neanmoins la
mesure, qui fut executee dans la nuit qui suivit. On retrouvera dans
ce beau et rude discours du conventionnel un nouvel echo de la lutte
contre la Gironde. Elle allait bientot atteindre son paroxysme et
proscrire toute clemence. Mais une fois encore l'amour de la patrie
passa avant toute querelle politique, et jamais plus belle profession
de foi patriotique ne fut melee a plus d'abnegation.

* * * * *

Ce qui honore le plus les Francais, c'est que dans des moments de
vengeance le peuple ait surtout respecte ses representants. Que
deviendrions-nous, si, au milieu des doutes que l'on jette sur une
partie de cette assemblee, l'homme qui a peri victime des assassins
n'etait pas patriote! O Lepeletier, ta mort servira la Republique; je
l'envie, ta mort. Vous demandez pour lui les honneurs du Pantheon;
mais il a deja recueilli les palmes du martyre de la Liberte. Le moyen
d'honorer sa memoire, c'est de jurer que nous ne nous quitterons pas
sans avoir donne une Constitution a la Republique. Qu'il me sera doux
de vous prouver que je suis etranger a toutes les passions!

Je ne suis point l'accusateur de Petion; a mon sens il eut des torts.
Petion peut avoir ete faible; mais, je l'avoue avec douleur, bientot
la France ne saura plus sur qui reposer sa confiance. Quant aux
attentats dont nous avons tous gemi, l'on aurait du vous dire
clairement que nulle puissance n'aurait pu les arreter. Ils etaient la
suite de cette rage revolutionnaire qui animait tous les esprits. Les
hommes qui connaissent le mieux ces evenements terribles furent
convaincus que ces actes etaient la suite necessaire de la fureur d'un
peuple qui n'avait jamais obtenu justice. J'adjure tous ceux qui me
connaissent de dire si je suis un buveur de sang, si je n'ai pas
employe tous les moyens de conserver la paix dans le conseil executif.
Je prends a temoin Brissot lui-meme. N'ai-je pas montre une extreme
deference pour un vieillard dont le caractere est opiniatre, et qui
aurait du au contraire epuiser tous les moyens de douceur pour
retablir le calme? Roland, dont je n'accuse pas les intentions, repute
scelerats tous ceux qui ne partagent pas ses opinions. Je demande pour
le bien de la Republique qu'il ne soit plus ministre; je desire le
salut public, vous ne pouvez suspecter mes intentions. Roland, ayant
craint d'etre frappe d'un mandat dans des temps trop fameux, voit
partout des complots; il s'imagine que Paris veut s'attribuer une
espece d'autorite sur les autres communes. C'est la sa grande erreur.
Il a concouru a animer les departements contre Paris, qui est la ville
de tous. On a demande une force departementale pour environner la
Convention. Eh bien, cette garde n'aura pas plus tot sejourne dans
Paris, qu'elle y prendra l'esprit du peuple. En doutez-vous
maintenant? Je puis attester sans acrimonie que j'ai acquis la
conviction que Roland a fait circuler des ecrits qui disent que Paris
veut dominer la Republique.

Quant aux visites domiciliaires, je m'oppose a cette mesure dans son
plein, dans un moment ou la nation s'eleve avec force contre le bill
rendu contre les etrangers; mais il vous faut un comite de surete
generale qui jouisse de la plenitude de votre confiance; lorsque les
deux tiers des membres de ce conseil tiendront les fils d'un complot,
qu'ils puissent se faire ouvrir les maisons.

Maintenant que le tyran n'est plus, tournons toute notre energie,
toutes nos agitations vers la guerre. Faisons la guerre a l'Europe. Il
faut, pour epargner les sueurs et le sang de nos concitoyens,
developper la prodigalite nationale. Vos armees ont fait des prodiges
dans un moment deplorable, que ne feront-elles pas quand elles seront
bien secondees? Chacun de nos soldats croit qu'il vaut deux cents
esclaves. Si on leur disait d'aller a Vienne, ils iraient a Vienne ou
a la mort. Citoyens, prenez les reines d'une grande nation,
elevez-vous a sa hauteur, organisez le ministere, qu'il soit
immediatement nomme par le peuple.

Un autre ministere est entre les mains d'un bon citoyen, mais il passe
ses forces; je ne demande pas qu'on le ravisse a ses fonctions, mais
qu'elles soient partagees.

Quant a moi, je ne suis pas fait pour venger des passions
personnelles, je n'ai que celle de mourir pour mon pays; je voudrais,
an prix, de mon sang, rendre a la patrie le defenseur qu'elle a perdu.




XI

SUR LA REUNION DE LA BELGIOUE A LA FRANCE

(31 janvier 1793)


Les premiers succes de Dumouriez dans les Pays-Bas causerent un
enthousiasme indescriptible. La theorie girondine de la propagande
revolutionnaire armee recevait sa sanction. Danton monta a la tribune
dans la seance du 31 janvier, comprenant tout le parti que pouvait
tirer la jeune Republique de l'annexion de la Belgique au moment ou,
sur ce territoire, se livrait une guerre decisive. Le soir meme,
Danton partait pour les frontieres. On sait que c'est durant ce voyage
que mourut, le l0 fevrier 1793, sa premiere femme Antoinette-Gabrielle
Charpentier.

* * * * *

Ce n'est pas en mon nom seulement, c'est au nom des patriotes belges,
du peuple belge, que je viens demander aussi la reunion de la
Belgique. Je ne demande rien a votre enthousiasme, mais tout a votre
raison, mais tout aux interets de la Republique Francaise. N'avez-vous
pas prejuge cette reunion quand vous avez decrete une organisation
provisoire de la Belgique. Vous avez tout consomme par cela seul que
vous avez dit aux amis de la liberte: organisez-vous comme nous.
C'etait dire: nous accepterons votre reunion si vous la proposez. Eh
bien, ils la proposent aujourd'hui. Les limites de la France sont
marquees par la nature. Nous les atteindrons dans leurs quatre points:
a l'Ocean, au Rhin, aux Alpes, aux Pyrenees. On nous menace des rois!
Vous leur avez jete le gant, ce gant est la tete d'un roi, c'est le
signal de leur mort prochaine. On vous menace de l'Angleterre! Les
tyrans de l'Angleterre sont morts. Vous avez la plenitude de la
puissance nationale. Le jour ou la Convention nommera des commissaires
pour savoir ce qu'il y a dans chaque commune d'hommes et d'armes, elle
aura tous les Francais. Quant a la Belgique, l'homme du peuple, le
cultivateur veulent la reunion. Lorsque nous leur declarames qu'ils
avaient le pouvoir de voter, ils sentirent que l'exclusion ne portait
que sur les ennemis du peuple, et ils demanderent l'exclusion de votre
decret. Nous avons ete obliges de donner la protection de la force
armee au receveur des contributions auquel le peuple demandait la
restitution des anciens impots. Sont-ils murs, ces hommes-la? De cette
reunion depend le sort de la Republique dans la Belgique. Ce n'est que
parce que les patriotes pusillanimes doutent de cette reunion, que
votre decret du 15 a eprouve des oppositions. Mais prononcez-la et
alors vous ferez executer les lois francaises, et alors les
aristocrates, nobles et pretres, purgeront la terre de la liberte.
Cette purgation operee, nous aurons des hommes, des armes de plus. La
reunion decretee, vous trouverez dans les Belges des republicains
dignes de vous, qui feront mordre la poussiere aux despotes. Je
conclus donc a la reunion de la Belgique.




XII

SUR LES SECOURS A ENVOYER A DUMOURIEZ

(8 mars 1793)


La trahison de Dumouriez fut precedee des revers qui amenerent par la
suite, au lendemain de sa convention avec Mack, l'evacuation de la
Belgique par les armees francaises. Danton, au cours de sa mission,
eut l'occasion de voir et de juger les deplorables resultats de la
campagne. Au moment ou il revenait a Paris, avec Lacroix,
l'avant-garde de l'armee abandonnait Liege a l'ennemi. La Convention
decreta les mesures proposees par Danton dans ce discours:

* * * * *

Nous avons plusieurs fois fait l'experience que tel est le caractere
francais, qu'il lui faut des dangers pour trouver toute sou energie.
Eh bien, ce moment est arrive. Oui, il faut dire a la France entiere:
"Si vous ne volez pas au secours de vos freres de la Belgique, si
Dumouriez est enveloppe en Hollande, si son armee etait obligee de
mettre bas les armes, qui peut calculer les malheurs incalculables
d'un pareil evenement? La fortune publique aneantie, la mort de
600.000 Francais pourraient en etre la suite!"

Citoyens, vous n'avez pas une minute a perdre; je ne vous propose pas
en ce moment des mesures generales pour les departements, votre comite
de defense vous fera demain son rapport. Mais nous ne devons pas
attendre notre salut uniquement de la loi sur le recrutement; son
execution sera necessairement lente, et des resultats tardifs ne sont
pas ceux qui conviennent a l'imminence du danger qui nous menace. Il
faut que Paris, cette cite celebre et tant calomniee, il faut que
cette cite qu'on aurait renversee pour servir nos ennemis qui
redoutent son brulant civisme contribue par son exemple a sauver la
patrie. Je dis que cette ville est encore appelee a donner a la France
l'impulsion qui, l'annee derniere, a enfante nos triomphes. Comment se
fait-il que vous n'ayez pas senti que, s'il est bon de faire les lois
avec maturite, on ne fait bien la guerre qu'avec enthousiasme? Toutes
les mesures dilatoires, tout moyen tardif de recruter detruit cet
enthousiasme, et reste souvent sans succes. Vous voyez deja quels en
sont les miserables effets.

Tous les Francais veulent etre libres. Ils se sont constitues en
gardes nationales. Aux termes de leur serments, ils doivent tous
marcher quand la patrie reclame leur secours.

Je demande, par forme de mesure provisoire, que la Convention nomme
des commissaires qui, ce soir, se rendront dans toutes les sections de
Paris, convoqueront les citoyens, leur feront prendre les armes, et
les engageront, au nom de la liberte et de leurs serments, a voter la
defense de la Belgique. La France entiere sentira le contre-coup de
cette impulsion salutaire. Nos armees recevront de prompts renforts;
et, il faut le dire ici, les generaux ne sont pas aussi reprehensibles
que quelques personnes ont paru le croire. Nous leur avions promis
qu'au 1er fevrier l'armee de la Belgique recevrait un renfort de
30.000 hommes. Rien ne leur est arrive. Il y a trois mois qu'a notre
premier voyage dans la Belgique ils nous dirent que leur position
militaire etait detestable, et que, sans un renfort considerable,
s'ils etaient attaques au printemps, ils seraient peut-etre forces
d'evacuer la Belgique entiere. Hatons-nous de reparer nos fautes. Que
ce premier avantage de nos ennemis soit, comme celui de l'annee
derniere, le signal du reveil de la nation. Qu'une armee, conservant
l'Escaut, donne la main a Dumouriez, et les ennemis seront disperses.
Si nous avons perdu Aix-la-Chapelle, nous trouverons en Hollande des
magasins immenses qui nous appartiennent.

Dumouriez reunit au genie du general l'art d'echauffer et d'encourager
le soldat. Nous avons entendu l'armee battue le demander a grands
cris. L'histoire jugera ses talents, ses passions et ses vices; mais
ce qui est certain, c'est qu'il est interesse a la splendeur de la
Republique. S'il est seconde, si une armee lui prete la main, il saura
faire repentir nos ennemis de leurs premiers succes.

Je demande que des commissaires soient nommes a l'instant.




XIII

SUR LA LIBERATION DES PRISONNIERS POUR DETTES

(9 mars 1793)


Ce fut une des mesures les plus humaines que celle reclamee par Danton
dans ce discours. Avocat, il comprenait tout l'odieux du systeme;
patriote, il en sentait tout l'absurde au moment ou la defense de la
Republique exigeait toutes les energies, toutes les forces vives de la
nation. La Convention s'associa a l'unanimite a la genereuse
proposition de l'ancien ministre.

* * * * *

Non sans doute, citoyens, l'espoir de vos commissaires ne sera pas
decu. Oui, vos ennemis, les ennemis de la liberte seront extermines,
parce que vos efforts ne vont point se ralentir. Vous serez dignes
d'etre les regulateurs de l'energie nationale. Vos commissaires, en se
disseminant sur toutes les parties de la Republique, vont repeter aux
Francais que la grande querelle qui s'est elevee entre le despotisme
et la liberte va etre enfin terminee. Le peuple francais sera venge:
c'est a nous qu'il appartient de mettre le monde politique en
harmonie, de creer des lois concordantes avec cette harmonie. Mais
avant de vous entretenir de ces grands objets, je viens vous demander
la declaration d'un principe trop longtemps meconnu, l'abolition d'une
erreur funeste, la destruction de la tyrannie de la richesse sur la
misere. Si la mesure que je propose est adoptee, bientot ce Pitt, le
Breteuil de la diplomatie anglaise, et ce Burke, l'abbe Maury du
Parlement britannique, qui donnent aujourd'hui au peuple anglais une
impulsion si contraire a la liberte, seront aneantis.

Que demandez-vous? Vous voulez que tous les Francais s'arment pour la
defense commune. Eh bien, il est une classe d'hommes qu'aucun crime
n'a souilles, qui a des bras, mais qui n'a pas de liberte, c'est celle
des malheureux detenus pour dettes; c'est une honte pour l'humanite,
pour la philosophie, qu'un homme, en recevant de l'argent, puisse
hypothequer et sa personne et sa surete.

Je pourrais demontrer que la declaration du principe que je proclame
est favorable a la cupidite meme, car l'experience prouve que celui
qui pretait ne prenait aucune garantie pecuniaire, parce qu'il pouvait
disposer de la personne de son debiteur; mais qu'importent ces
considerations mercantiles? Elles ne doivent pas influer sur une
grande nation. Les principes sont eternels, et tout Francais ne peut
etre prive de sa liberte que pour avoir forfait a la societe.

Que les proprietaires ne s'alarment pas. Sans doute quelques individus
se sont portes a des exces; mais la nation, toujours juste, respectera
les proprietes. Respectez la misere, et la misere respectera
l'opulence. Ne soyons jamais coupables envers les malheureux, et le
malheureux, qui a plus d'ame que le riche, ne sera jamais coupable.

Je demande que la Convention nationale declare que tout citoyen
francais, emprisonne pour dettes, sera mis en liberte, parce qu'un tel
emprisonnement est contraire a la saine morale, aux droits de l'homme,
aux vrais principes de la liberte.




XIV

SUR LES DEVOIRS DE CHACUN ENVERS LA PATRIE EN DANGER

(10 mars 1793)


L'emotion des terribles nouvelles pesait sur la Convention dans la
seance du 10 mars. L'ennemi occupait Liege et forcait a la levee du
siege de Maestricht. Le decouragement avait succedee l'enthousiasme
des premiers jours. Nous tenons le discours que Danton prononca a
cette occasion pour le plus admirable morceau d'eloquence civique.
Jamais appel plus vibrant, plus electrique ne fut lance a la nation
par l'homme qui s'effacait devant le danger de la patrie. Le dedain
qu'il eut toujours pour sa defense personnelle se manifeste une fois
encore ici: "Que m'importe d'etre appele buveur de sang!....
Conquerons la liberte!" Vingt jours plus tard, la trahison de
Dumouriez etait chose faite.

* * * * *

Les considerations generales qui vous ont ete presentees sont vraies;
mais il s'agit moins en ce moment d'examiner les causes des evenements
desastreux qui peuvent nous frapper, que d'y appliquer promptement le
remede. Quand l'edifice est en feu, je ne m'attache pas aux fripons
qui enlevent les meubles, j'eteins l'incendie. Je dis que vous devez
etre convaincus plus que jamais, par la lecture des depeches de
Dumouriez, que vous n'avez pas un instant a perdre pour sauver la
Republique.

Dumouriez avait concu un plan qui honore son genie. Je dois lui rendre
meme une justice bien plus eclatante que celle que je lui rendis
dernierement. Il y a trois mois qu'il a annonce au pouvoir executif, a
votre comite de defense generale, que, si nous n'avions pas assez
d'audace pour envahir la Hollande au milieu de l'hiver, pour declarer
sur-le-champ la guerre a l'Angleterre, qui nous la faisait depuis
longtemps, nous doublerons les difficultes de la campagne, en laissant
aux forces ennemies le temps de se deployer. Puisque l'on a meconnu ce
trait de genie, il faut reparer nos fautes.

Dumouriez ne s'est pas decourage; il est au milieu de la Hollande, il
y trouvera des munitions; pour renverser tous nos ennemis, il ne lui
faut que des Francais, et la France est remplie de citoyens.
Voulons-nous etre libres? Si nous ne le voulons plus, perissons, car
nous l'avions jure. Si nous le voulons, marchons tous pour defendre
notre independance. Nos ennemis font leurs derniers efforts.

Pitt sent bien qu'ayant tout a perdre, il n'a rien a epargner. Prenons
la Hollande, et Carthagene est detruite, et l'Angleterre ne peut plus
vivre que pour la liberte.... Que la Hollande soit conquise a la
liberte, et l'aristocratie commerciale elle-meme, qui domine en ce
moment le peuple anglais, s'elevera contre le gouvernement qui l'aura
entrainee dans cette guerre du despotisme contre un peuple libre. Elle
renversera ce ministere stupide qui a cru que les talents de l'ancien
regime pouvaient etouffer le genie de la liberte qui plane sur la
France. Ce ministere renverse par l'interet du commerce, le parti de
la liberte se montrera, car il n'est pas mort; et si vous saisissez
vos devoirs, si vos commissaires partent a l'instant, si vous donnez
la main a l'etranger qui soupire apres la destruction de toute espece
de tyrannie, la France est sauvee et le monde est libre.

Faites donc partir vos commissaires: soutenez-les par votre energie;
qu'ils partent ce soir, cette nuit meme; qu'ils disent a la classe
opulente: il faut que l'aristocratie de l'Europe, succombant sous nos
efforts, paye notre dette, ou que vous la payiez; le peuple n'a que du
sang; il le prodigue. Allons, miserables, prodiguez vos richesses.
Voyez, citoyens, les belles destinees qui vous attendent. Quoi! vous
avez une nation entiere pour levier, la raison pour point d'appui, et
vous n'avez pas encore bouleverse le monde. Il faut pour cela du
caractere, et la verite est qu'on en a manque. Je mets de cote toutes
les passions, elles me sont toutes parfaitement etrangeres, excepte
celle du bien public. Dans des circonstances plus difficiles, quand
l'ennemi etait aux portes de Paris, j'ai dit a ceux qui gouvernaient
alors: Vos discussions sont miserables, je ne connais que l'ennemi.

Vous qui me fatiguez de vos contestations particulieres, au lieu de
vous occuper du salut de la Republique, je vous repudie tous comme
traitres a la patrie. Je vous mets tous sur la meme ligne. Je leur
disais: Eh que m'importe ma reputation! que la France soit libre et
que mon nom soit fletri! Que m'importe d'etre appele buveur de sang!
Eh bien, buvons le sang des ennemis de l'humanite, s'il le faut;
combattons, conquerons la liberte.

On parait craindre que le depart des commissaires affaiblisse l'un ou
l'autre parti de la Convention. Vaines terreurs! Portez votre energie
partout. Le plus beau ministere est d'annoncer au peuple que la dette
terrible qui pese sur lui sera dessechee aux depens de ses ennemis, ou
que le riche la paiera avant peu. La situation nationale est cruelle;
le signe representatif n'est plus en equilibre dans la circulation; la
journee de l'ouvrier est au-dessous du necessaire; il faut un grand
moyen correctif. Conquerons la Hollande; ranimons en Angleterre le
parti republicain; faisons marcher la France, et nous irons glorieux a
la posterite. Remplissez ces grandes destinees; point de debats; point
de querelles, et la patrie est sauvee.

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