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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

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Il faut bien le dire: pour faire tomber Danton, il ne fallut que
Danton lui-meme, et, si cette mort fut le crime de Maximilien, elle
fut aussi son devoir.

La Gironde abattue, Danton se trouva en presence de deux partis reunis
cependant par les memes interets: les Hebertistes a la Commune, les
Montagnards a la Convention. Entre eux point de place pour les
moderes, ce modere fut-il Danton. Il revenait, lui, de sa ferme
d'Arcis-sur-Aube, de cette maison paysanne dont le calme et le repos
demeuraient son seul regret dans la terrible lutte. Il estimait avoir
fait son devoir jusqu'au bout, il estimait peut-etre aussi que la
Revolution etait au terme de son evolution, qu'elle etait desormais
etablie sur des bases indestructibles. On sait quelles illusions
c'etaient la en 1794. Pourtant Danton y crut, il y crut pour l'amour
du repos, par lassitude.

Il s'arreta alors qu'il eut fallu continuer la rude marche, il
s'arreta alors que la Patrie demandait un dernier effort. Son
influence etait puissante encore; vers cette grande tete ravagee et
illuminee se tournaient un grand nombre de regards sur les bancs de la
Montagne. De cette bouche eloquente, pleine d'eclats eteints, de
foudres muettes, pouvait venir le mot d'ordre fatal. La lassitude de
Danton pouvait etre prise par les Dantonistes comme une reprobation;
un mot de fatigue pouvait etre interprete comme un ordre de recul.
Reculer, c'etait condamner la Terreur, la paralyser au moment de son
dernier effort. Et c'est ici que le devoir de Maximilien s'imposa: il
lui fallut choisir de la Revolution ou de Danton. Il choisit. C'est ce
devoir qu'on lui impute comme un crime.

Et pourtant! pourtant, oui, c'etait un crime, cet austere, atroce et
formidable Devoir! L'homme qu'il fallait frapper au nom du progres
revolutionnaire parce qu'il devenait un danger, cet homme avait
reveille l'energie guerriere de la France, cet homme avait, pour
appeler a la defense du sol, trouve des mots qui avaient emporte et
dechire le coeur du peuple, il avait ete son incarnation, son echo, sa
bouche d'airain. Cet homme avait propose tout ce qui avait sauve la
Patrie et c'etait au nom de ces memes mesures qu'il importait de le
frapper. Et il fut frappe.

Robespierre ne se resigna point a l'atroce tache avec la joie sauvage,
la cruaute froide et la facilite dont on charge sa memoire. Un de ceux
qui se deciderent a abattre Danton sans discuter, Vadier, ce meme
Vadier qui disait: "Nous allons vider ce Turbot farci!", Vadier
reconnut plus tard qu'il lui avait, au contraire, fallu vaincre
l'opposition de Robespierre, le retard que l'Incorruptible apportait a
se decider pour l'arrestation de son ancien ami. Non point qu'il n'en
avait pas compris la necessite, nous venons de montrer que pour
l'inflexibilite de Robespierre la chose etait un devoir, mais parce
qu'il lui repugnait d'arracher de son coeur le souvenir de l'amour que
Danton avait porte a la patrie. Cet aveu de Vadier fut consigne par
Taschereau-Fargues, dans une brochure devenue rare, ou, rapportant les
details de l'arrestation, il ajoute: "Pourquoi ne dirai-je point que
cela fut un assassinat medite, prepare de longue main, lorsque deux
jours apres cette seance ou presidait le crime, le representant
Vadier, me racontant toutes les circonstances de cet evenement, finit
par me dire: que Saint-Just, par son entetement, avait failli
occasionner la chute des membres des deux comites, car il voulait,
ajouta-t-il, que les accuses fussent presents lorsqu'il aurait lu le
rapport a la Convention nationale; et telle etait son opiniatrete que,
voyant notre opposition formelle, il jeta de rage son chapeau dans le
feu, et nous planta la. Robespierre etait aussi de son avis; il
craignait qu'en faisant arreter prealablement ces deputes, celle
demarche ne fut tot ou tard reprehensible; mais, comme la peur etait
un argument irresistible aupres de lui, je me servis de cette arme
pour le combattre: Tu peux courir la chance d'etre guillotine, si tel
est ton plaisir; pour moi, je veux eviter ce danger, en les faisant
arreter sur-le-champ, car il ne faut point se faire illusion sur le
parti que nous devons prendre; tout se reduit a ces mots: Si nous ne
les faisons point guillotiner, nous le serons nous-memes." [Note:
P.-A. Taschereau.--Fargues a Maximilien Robespierre aux Enfers; Paris,
an III, p. 16.--Cite dans les Annales revolutionnaires, n deg. 1,
janvier-mars 1908, p. 101.]

L'hesitation de Robespierre vaincue, Danton etait perdu.

L'accusation contre Danton completa le crime. C'etait le completer,
l'aggraver, en effet, que d'elever contre lui le reproche de la
venalite. De source girondine, le grief fut repris par les
Montagnards; et il a fallu attendre pres d'un siecle pour en laver la
memoire outragee et blasphemee de Danton. Mais le premier pas fait,
les autres ne couterent guere et on sait jusqu'ou Saint-Just alla. Ici
point d'excuse. Cette haute et pure figure se voile tout a coup,
s'efface et il ne demeure qu'un faussaire odieux, celui qui donnera,
dans le dos de Danton, le coup de couteau dont il ne se relevera pas.
Fouquier-Tinville, dans son dernier memoire justificatif, a eclaire
les dessous de cette terrible machination, il a dit d'ou etait venu le
coup, on a reconnu la main... Helas! la main qui, a Strasbourg et sur
le Rhin, signa les plus brillantes et les plus enflammees des
proclamations jacobines!

Au 9 thermidor, quand, immobile, muet, dechu, Saint-Just se tient
debout devant la tribune ou Robespierre lance son dernier appel a la
raison francaise, dans le tumulte hurlant de la Convention dechainee,
peut-etre, devinant l'expiation, Saint-Just se rememora-t-il les
supremes paroles de Danton au Tribunal revolutionnaire: "Et toi,
Saint-Just, tu repondras a la posterite de la diffamation lancee
contre le meilleur ami du peuple, contre son plus ardent defenseur!"
[Note: Bulletin du Tribunal revolutionnaire, 4e partie, n deg. 21.]

Et c'est ce qui fait cette jeune et noble gloire un peu moins grande
et un peu moins pure.




IV


L'improvisation, si elle nuisit a la purete litteraire des discours de
Danton, eut encore d'autres desavantages pour lui. Elle nous les
laissa incomplets, souvent denatures et alteres. Rares sont ceux-la
qui nous sont parvenus dans leur ensemble. Alors que des orateurs
comme Vergniaud et Robespierre prenaient soin d'ecrire leurs discours
et d'en corriger les epreuves au Moniteur, Danton dedaignait de s'en
preoccuper. Il ne demandait point pour ses paroles la consecration de
l'avenir, et il avait a leur egard la maniere de mepris et de dedain
dont il usait envers ses accusateurs. C'est pourquoi beaucoup de ces
discours sont a jamais perdus. Ceux qui demeurent nous sont arrives
par les versions du Moniteur et du Lorgotachygraphe. Elles offrent
entre elles des variantes que M. Aulard avait deja signalees. Entre
les deux nous avions a choisir. C'est a celle du Moniteur que nous
nous sommes arrete. Outre son caractere officiel,--denature, nous le
savons bien, mais officiel quand meme,--elle offre au lecteur,
desireux de restituer le discours donne a son ensemble, la facilite de
se retrouver plus aisement.

Tel discours publie ici, nous ne le dissimulons pas, prend un
caractere singulierement plus significatif lu dans le compte rendu
d'une seance. Mais cette qualite devenait un defaut pour quelques
autres qu'elle privait de leur cohesion, de l'enchainement logique des
periodes. C'est pourquoi nous nous sommes decide a supprimer, a moins
d'une necessite imperieuse, tout ce qui pouvait en contrarier la
lecture, telles les interruptions sans importance, tels les
applaudissements, ce qui, enfin, n'avait en aucune maniere modifie la
suite du discours.

Nous avons, au contraire, scrupuleusement respecte tout ce qui avait
decide l'orateur a repondre sur-le-champ aux observations presentees.
C'est le cas ou nous nous sommes trouve pour la seance ou Danton
s'expliqua sur ses relations avec Dumouriez, et quelques autres
encore. Un choix, d'autre part, s'imposait parmi tous les discours du
conventionnel. Ce n'est pas a l'ensemble de son oeuvre oratoire que
nous avons pretendu ici, et d'ailleurs, il serait a coup sur
impossible de le reconstituer rigoureusement.

Ce choix, la matiere meme des discours nous le facilita
singulierement. Tous les sujets de quelque importance furent discutes
et traites par Danton avec assez d'abondance. L'obligation de
reproduire les discours ou il exposa ses vues politiques, le plus
completement et le plus longuement, s'imposait donc. Ce fut d'ailleurs
la methode dont se servit, en 1886, A. Vermorel, pour reunir quelques
discours du conventionnel sous le titre: Oeuvres de Danton, comme il
avait recueilli celles de Saint-Just, de Robespierre, de Mirabeau et
de Desmoulins. Ce fut la seule tentative faite pour reunir les
discours du ministre du 10 aout; mais, outre les erreurs de dates
assez serieuses, Vermorel n'avait pris aucun soin de resumer ou de
donner la breve physionomie des seances ou les discours publies furent
prononces. Nous avons essaye de combler cette lacune, d'eclairer ainsi
certains passages qui pouvaient sembler obscurs. Enfin, nous avons cru
utile de joindre a ce volume le memoire justificatif redige par les
fils Danton contre les accusations de venalite portees contre leur
pere. Cette piece curieuse publiee par le Dr. Robinet dans son memoire
sur la vie privee du conventionnel meritait d'etre reproduite, tant a
cause de la haute memoire qu'elle defend, qu'a cause de la
personnalite de ses signataires. C'est une reponse precise, moderee et
de noble ton, qui a le merite de prouver, par des pieces ecrites, et
authentiques, la probite de celui qui mourut, suivant le mot de M.
Aulard, pur de sang, pur d'argent.

Restitues ainsi dans leur ensemble, ces discours de Danton
apparaitront comme de belles lecons de civisme et de pur patriotisme.
Jamais amour pour la terre natale ne brula d'un feu plus egal, plus
haut; jamais patriotisme ne s'affirma avec plus de perseverance et
plus de foi en le pays; jamais homme ne legua a l'histoire une plus
vaste esperance dans les glorieuses destinees de la Revolution.





ANNEE 1792




I

SUR LES DEVOIRS DE L'HOMME PUBLIC

(Novembre 1791)


Nomme administrateur du departement de Paris le 31 janvier 1791,
Danton occupa cette fonction pendant presque toute cette annee. Il ne
s'en demit qu'a la fin de novembre pour prendre le poste de substitut
du procureur de la Commune, auquel le Dix Aout devait l'arracher pour
le faire ministre. La vigueur deployee par lui dans ce poste prepara
les voies de la grande journee fatale a la Monarchie, et le discours
qu'il prononca, lors de son installation, le fit aisement prevoir.
C'est le programme des devoirs de l'homme public qu'il y expose dans
cette harangue murement reflechie et qui, si elle n'a pas toute la
flamme de ses eclatantes improvisations de 93, se fait cependant
remarquer par une audace de pensee assez rare, au debut du grand
conflit national, dans les rangs des magistrats du peuple. Vermorel,
qui la publia d'apres le texte donne par Freron dans "L'Orateur du
Peuple", lui donne la date de novembre 1792 (p. 109). C'est en
novembre 1791 qu'il convient de la retablir.

* * * * *

Monsieur le Maire et Messieurs,

Dans une circonstance qui ne fut pas un des moments de sa gloire, un
homme dont le nom doit etre a jamais celebre dans l'histoire de la
Revolution disait: qu'il savait bien qu'il n'y avait pas loin du
Capitole a la roche Tarpeienne; et moi, vers la meme epoque a peu
pres, lorsqu'une sorte de plebiscite m'ecarta de l'enceinte de cette
assemblee ou m'appelait une section de la capitale, je repondais a
ceux qui attribuaient a l'affaiblissement de l'energie des citoyens ce
qui n'etait que l'effet d'une erreur ephemere, qu'il n'y avait pas
loin, pour un homme pur, de l'ostracisme suggere aux premieres
fonctions de la chose publique. L'evenement justifie aujourd'hui ma
pensee; l'opinion, non ce vain bruit qu'une faction de quelques mois
ne fait regner qu'autant qu'elle-meme, l'opinion indestructible, celle
qui se fonde sur des faits qu'on ne peut longtemps obscurcir, cette
opinion qui n'accorde point d'amnistie aux traitres, et dont le
tribunal supreme, casse les jugements des sots et les decrets des
juges vendus a la tyrannie, cette opinion me rappelle du fond de ma
retraite, ou j'allais cultiver cette metairie qui, quoique obscure et
acquise avec le remboursement notoire d'une charge qui n'existe plus,
n'en a pas moins ete erigee par mes detracteurs en domaines immenses,
payes par je ne sais quels agents de l'Angleterre et de la Prusse.

Je dois prendre place au milieu de vous, messieurs, puisque tel est le
voeu des amis de la liberte et de la constitution; je le
dois--d'autant plus que ce n'est pas dans le moment ou la patrie est
menacee de toutes parts qu'il est permis de refuser un poste qui peut
avoir ses dangers comme celui d'une sentinelle avancee. Je serais
entre silencieusement ici dans la carriere qui m'est ouverte, apres
avoir dedaigne pendant tout le cours de la Revolution de repousser
aucune des calomnies sans nombre dont j'ai ete assiege, je ne me
permettrais pas de parler un seul instant de moi, j'attendrais ma
juste reputation de mes actions et du temps, si les fonctions
deleguees auxquelles je vais me livrer ne changeaient pas entierement
ma position. Comme individu, je meprise les traits qu'on me lance, ils
ne me paraissent qu'un vain sifflement; devenu homme du peuple, je
dois, sinon repondre a tout, parce qu'il est des choses dont il serait
absurde de s'occuper, mais au moins lutter corps a corps avec
quiconque semblera m'attaquer avec une sorte de bonne foi. Paris,
ainsi que la France entiere, se compose de trois classes; l'une
ennemie de toute liberte, de toute egalite, de toute constitution, et
digne de tous les maux dont elle a accable, dont elle voudrait encore
accabler la nation; celle-la je ne veux point lui parler, je ne veux
que la combattre a outrance jusqu'a la mort; la seconde est l'elite
des amis ardents, des cooperateurs, des plus fermes soutiens de notre
Revolution, c'est elle qui a constamment voulu que je sois ici; je ne
dois non plus rien dire, elle m'a juge, je ne la tromperai jamais dans
son attente: la troisieme, aussi nombreuse que bien intentionnee, veut
egalement la liberte, mais elle en craint les orages; elle ne hait pas
ses defenseurs qu'elle secondera toujours dans les moments de perils,
mais elle condamne souvent leur energie, qu'elle croit habituellement
ou deplacee ou dangereuse; c'est a cette classe de citoyens que je
respecte, lors meme qu'elle prete une oreille trop facile aux
insinuations perfides de ceux qui cachent sous le masque de la
moderation l'atrocite de leurs desseins; c'est, dis-je, a ces citoyens
que je dois, comme magistrat du peuple, me faire bien connaitre par
une profession de foi solennelle de mes principes politiques.

La nature m'a donne en partage les formes athletiques et la
physionomie apre de la liberte. Exempt du malheur d'etre ne d'une de
ces races privilegiees suivant nos vieilles institutions, et par cela
meme presque toujours abatardies, j'ai conserve, en creant seul mon
existence civile, toute ma vigueur native, sans cependant cesser un
seul instant, soit dans ma vie privee, soit dans la profession que
j'avais embrassee, de prouver que je savais allier le sang-froid de la
raison a la chaleur de l'ame et a la fermete du caractere. Si, des les
premiers jours de notre regeneration, j'ai eprouve tous les
bouillonnements du patriotisme, si j'ai consenti a paraitre exagere
pour n'etre jamais faible, si je me suis attire une premiere
proscription pour avoir dit hautement ce qu'etaient ces hommes qui
voulaient faire le proces a la Revolution, pour avoir defendu ceux
qu'on appelait les energumenes de la liberte, c'est que je vis ce
qu'on devait attendre des traitres qui protegeaient ouvertement les
serpents de l'aristocratie.

Si j'ai ete toujours irrevocablement attache a la cause du peuple, si
je n'ai pas partage l'opinion d'une foule de citoyens, bien
intentionnes sans doute, sur des hommes dent la vie politique me
semblait d'une versatilite bien dangereuse, si j'ai interpelle face a
face, et aussi publiquement que loyalement, quelques-uns de ces hommes
qui se croyaient les pivots de notre Revolution; si j'ai voulu qu'ils
s'expliquassent sur ce que mes relations avec eux m'avait fait
decouvrir de fallacieux dans leurs projets, c'est que j'ai toujours
ete convaincu qu'il importait au peuple de lui faire connaitre ce
qu'il devait craindre de personnages assez habiles pour se tenir
perpetuellement en situation de passer, suivant le cours des
evenements, dans le parti qui offrirait a leur ambition les plus
hautes destinees; c'est que j'ai cru encore qu'il etait digne de moi
de m'expliquer en presence de ces memes hommes, de leur dire ma pensee
tout entiere, lors meme que je prevoyais bien qu'ils se
dedommageraient de leur silence en me faisant peindre par leurs
creatures avec les plus noires couleurs, et en me preparant de
nouvelles persecutions.

Si, fort de ma cause, qui etait celle de la nation, j'ai prefere les
dangers d'une seconde proscription judiciaire, fondee non pas meme sur
ma participation chimerique a une petition trop tragiquement celebre,
mais sur je ne sais quel conte miserable de pistolets emportes en ma
presence, de la chambre d'un militaire, dans une journee a jamais
memorable, c'est que j'agis constamment d'apres les lois eternelles de
la justice, c'est que je suis incapable de conserver des relations qui
deviennent impures, et d'associer mon nom a ceux qui ne craignent pas
d'apostasier la religion du peuple qu'ils avaient d'abord defendu.

Voila quelle fut ma vie.

Voici, messieurs, ce qu'elle sera desormais.

J'ai ete nomme pour concourir au maintien de la Constitution, pour
faire executer les lois jurees par la nation; eh bien, je tiendrai mes
serments, je remplirai mes devoirs, je maintiendrai de tout mon
pouvoir la Constitution, rien que la Constitution, puisque ce sera
defendre tout a la fois l'egalite, la liberte et le peuple. Celui qui
m'a precede dans les fonctions que je vais remplir a dit qu'en
l'appelant au ministere le roi donnait une nouvelle preuve de son
attachement a la Constitution; le peuple, en me choisissant, veut
aussi fortement, au moins, la Constitution; il a donc bien seconde les
intentions du roi? Puissions-nous avoir dit, mon predecesseur et moi,
deux eternelles verites! Les archives du monde attestent que jamais
peuple lie a ses propres lois, a une royaute constitutionnelle, n'a
rompu le premier ses serments; les nations ne changent ou ne modifient
jamais leurs gouvernements que quand l'exces de l'oppression les y
contraint; la royaute constitutionnelle peut durer plus de siecles en
France que n'en a dure la royaute despotique.

Ce ne sont pas les philosophes, eux qui ne font que des systemes, qui
ebranlent les empires; les vils flatteurs des rois, ceux qui
tyrannisent en leurs noms le peuple, et qui l'affament, travaillent
plus surement a faire desirer un autre gouvernement que tous les
philanthropes qui publient leurs idees sur la liberte absolue. La
nation francaise est devenue plus fiere sans cesser d'etre plus
genereuse. Apres avoir brise ses fers, elle a conserve la royaute sans
la craindre, et l'a epuree sans la hair. Que la royaute respecte un
peuple dans lequel de longues oppressions n'ont point detruit le
penchant a etre confiant, et souvent trop confiant; qu'elle livre
elle-meme a la vengeance des lois tous les conspirateurs sans
exception et tous ces valets de conspiration qui se font donner par
les rois des acomptes sur des contre-revolutions chimeriques,
auxquelles ils veulent ensuite recruter, si je puis parler ainsi, des
partisans a credit. Que la royaute se montre sincerement enfin l'amie
de la liberte, _sa souveraine_, alors elle s'assurera une duree
pareille a celle de la nation elle-meme, alors on verra que les
citoyens qui ne sont accuses d'etre au _dela de la Constitution_ que
par ceux memes qui sont evidemment en deca, que ces citoyens, quelle
que soit leur theorie arbitraire sur la liberte, ne cherchent point a
rompre le pacte social; qu'ils ne veulent pas, pour un mieux ideal,
renverser un ordre de choses fonde sur l'egalite, la justice et la
liberte. Oui, messieurs, je dois le repeter, quelles qu'aient ete mes
opinions individuelles lors de la revision de la Constitution, _sur
les choses et sur les hommes_, maintenant qu'elle est juree,
j'appellerai a grands cris la mort sur le premier qui leverait un bras
sacrilege pour l'attaquer, fut-ce mon frere, mon ami, fut-ce mon
propre fils; tels sont mes sentiments.

La volonte generale du peuple francais, manifestee aussi
solennellement que son adhesion a la Constitution, sera toujours ma
loi supreme. J'ai consacre ma vie tout entiere a ce peuple qu'on
n'attaquera plus, qu'on ne trahira plus impunement, et qui purgera
bientot la terre de tous les tyrans, s'ils ne renoncent pas a la ligue
qu'ils ont formee contre lui. Je perirai, s'il le faut, pour defendre
sa cause; lui seul aura mes derniers voeux, lui seul les merite; ses
lumieres et son courage l'ont tire de l'abjection du neant; ses
lumieres et son courage le rendront eternel.




II

SUR LES MESURES REVOLUTIONNAIRES

(28 aout 1792)


Dans la seance du 28 aout de la Legislative, Danton, ministre de la
Justice, monta a la tribune pour exposer les mesures revolutionnaires
qu'il semblait important de prendre. Merlin (de Thionville) convertit
la proposition en motion que la Legislative vota et qui, le lendemain,
fut mise a execution. Les barrieres furent fermees a 2 heures, et les
visites domiciliaires durerent jusqu'a l'aube.

* * * * *

Le pouvoir executif provisoire m'a charge d'entretenir l'Assemblee
nationale des mesures qu'il a prises pour le salut de l'Empire. Je
motiverai ces mesures en ministre du peuple, en ministre
revolutionnaire. L'ennemi menace le royaume, mais l'ennemi n'a pris
que Longwy. Si les commissaires de l'Assemblee n'avaient pas contrarie
par erreur les operations du pouvoir executif, deja l'armee remise a
Kellermann se serait concertee avec celle de Dumouriez. Vous voyez que
nos dangers sont exageres.

Il faut que l'armee se montre digne de la nation. C'est par une
convulsion que nous avons renverse le despotisme; c'est par une grande
convulsion nationale que nous ferons retrograder les despotes.
Jusqu'ici nous n'avons fait que la guerre simulee de Lafayette, il
faut faire une guerre plus terrible. Il est temps de dire an peuple
qu'il doit se precipiter en masse sur les ennemis.

Telle est notre situation que tout ce qui peut materiellement servir a
notre salut doit y concourir. Le pouvoir executif va nommer des
commissaires pour aller exercer dans les departements l'influence de
l'opinion. Il a pense que vous deviez en nommer aussi pour les
accompagner, afin que la reunion des representants des deux pouvoirs
produise un effet plus salutaire et plus prompt.

Nous vous proposons de declarer que chaque municipalite sera autorisee
a prendre l'elite des hommes bien equipes qu'elle possede. On a
jusqu'a ce moment ferme les portes de la capitale et on a eu raison;
il etait important de se saisir des traitres; mais, y en eut-il 30.000
a arreter, il faut qu'ils soient arretes demain, et que demain Paris
communique avec la France entiere. Nous demandons que vous nous
autorisiez a faire faire des visites domiciliaires.

Il doit y avoir dans Paris 80.000 fusils en etat. Eh bien! il faut que
ceux qui sont armes volent aux frontieres. Comment les peuples qui ont
conquis la liberte l'ont-ils conservee? Ils ont vole a l'ennemi, ils
ne l'ont point attendu. Que dirait la France, si Paris dans la stupeur
attendait l'arrivee des ennemis? Le peuple francais a voulu etre
libre; il le sera. Bientot des forces nombreuses seront rendues ici.
On mettra a la disposition des municipalites tout ce qui sera
necessaire, en prenant l'engagement d'indemniser les possesseurs. Tout
appartient a la patrie, quand la patrie est en danger.




III

SUR LA PATRIE EN DANGER

(2 septembre 1792)


Le matin du 2 septembre on apprit a Paris, apres les premiers succes
de Brunswick et la capitulation de Longwy, l'investissement de Verdun.
Une emotion et une fureur extraordinaires s'emparerent de la capitale,
et tandis que Danton tonnait a la tribune, le peuple se vengeait, sur
les suspects des prisons, des malheurs de la patrie. "Il me semble,
ecrit avec raison M. Aulard, que cette vehemente harangue peut etre
consideree comme un des efforts les plus remarquables de Danton pour
empecher les massacres".[Note: F.-A. AULARD. _Etudes et Lecons sur la
Revolution francaise_, t. II, p. 54; Paris, Felix Alcan, 1898.] Elles
ne les empecha point, mais assura, du moins, la gloire a son auteur.

* * * * *

Il est satisfaisant, pour les ministres du peuple libre, d'avoir a lui
annoncer que la patrie va etre sauvee. Tout s'emeut, tout s'ebranle,
tout brule de combattre.

Vous savez que Verdun n'est point encore au pouvoir de nos ennemis.
Vous savez que la garnison a promis d'immoler le premier qui
proposerait de se rendre.

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