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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

G >> Georges Jacques Danton >> Discours civiques de Danton

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Nous allons etablir que ce qu'il possedait au moment de sa mort
n'etait que l'equivalent a peu pres de sa charge d'avocat aux
conseils. Nous n'avons jamais su s'il a ete fait des actes de partage
de son patrimoine et de celui de ses femmes, ni si, au moment de la
confiscation de ses biens, il en a ete dresse inventaire, mais nous
savons tres bien et tres exactement ce que nous avons recueilli de sa
succession, et nous allons le dire, sans rester dans le vague sur
aucun point, car c'est ici que, comme nous l'avons annonce, nos
arguments vont etre bases sur des actes authentiques.

Nous ferons observer que l'etat que nous allons donner comprend sans
distinction ce qui vient de notre pere et de notre mere.

Une loi de fevrier 1791 ordonna que le prix des charges et offices
supprimes serait rembourse par l'Etat aux titulaires. La charge que
Danton possedait etait de ce nombre. Nous n'avons jamais su, pas meme
approximativement, combien elle lui avait coute. Il en recut le
remboursement sans doute, car precisement vers cette epoque, il
commenca a acheter des immeubles dont voici le detail:

Le 24 mars 1791, il achete aux encheres, moyennant quarante-huit mille
deux cents livres, un bien national provenant du clerge, consistant en
une ferme appelee Nuisement, situee sur le finage de Chassericourt,
canton de Chavanges, arrondissement d'Arcis, departement de l'Aube, a
sept lieues d'Arcis. Le titre de propriete de cette ferme n'est plus
entre nos mains, en voici la raison: afin de payer le prix
d'acquisition d'une filature de coton, nous avons vendu cette ferme a
M. Nicolas Marchere-Lavigne, par acte passe par-devant maitre Jeannet,
notaire a Arcis, en date du vingt-trois juillet mil huit cent treize,
moyennant quarante-trois mille cinq cents francs, savoir trente mille
francs portes au contrat, et treize mille francs que nous avons recus
en billets. Nous avons remis le titre de propriete a l'acquereur.
Danton avait achete cette ferme la somme de quarante-huit mille deux
cents livres, ci...... 48.200 liv.

12 avril 91.--Il achete aux encheres du district d'Arcis, par
l'entremise de maitre Jacques Jeannet-Boursier, son mandataire et son
cousin, moyennant quinze cent soixante quinze livres, qu'il paye le
vingt du meme mois, un bien national provenant du clerge consistant en
une piece de pres contenant un arpent quatre denrees, situe sur le
finage du Chene, lieu dit Villieu, ci...... 1.575 liv.

12 avril 91.--Il achete encore aux encheres du district d'Arcis, par
l'entremise de maitre Jeannet-Boursier, moyennant six mille sept cent
vingt-cinq livres, qu'il paya le lendemain, un bien national provenant
du clerge, consistant en une piece de pre et saussaie contenant huit
arpents, situe sur le finage de Torcy-le-Petit, lieu dit Lingle,
ci...... 6.725 liv.

13 avril 91.--Mademoiselle Marie-Madeleine Piot de Courcelles,
demeurant a Courcelles, par acte passe ce jour-la par-devant maitre
Odin, notaire a Troyes, vend a Georges-Jacques Danton, administrateur
du departement de Paris, ce acceptant M. Jeannet-Boursier, moyennant
vingt-cinq mille trois cents livres qu'il paye comptant, un bien
patrimonial n'ayant absolument rien de seigneurial, malgre les
apparences qui pourraient resulter du nom de la venderesse, et
consistant en une maison, cour, jardin, canal, enclos et dependances,
situes a Arcis-sur-Aube, place du Grand-Pont, le tout contenant
environ neuf arpents, trois denrees, quatorze carreaux, ci...... 25.300
liv.

Nota.--Voila la modeste propriete que les ennemis de Danton decoraient
du nom pompeux de sa terre d'Arcis, par derision peut-etre, mais
plutot pour le depopulariser et jeter sur lui de l'odieux en faisant
croire que, devenu tout a coup assez riche pour acheter et pour payer
la terre d'Arcis, Danton, le republicain, n'avait pas mieux demande
que de se substituer a son seigneur. La verite est que la terre
d'Arcis (et il n'y en a qu'une, consistant en un chateau avec
dependances considerables) n'a pas cesse un instant depuis plus d'un
siecle d'appartenir a la famille de la Briffe, qui en possede
plusieurs. Depuis l'an 1840 seulement, cette famille a vendu les
dependances et n'a garde que le chateau avec son parc.

28 octobre 91.--Il achete, non par un mandataire, mais par lui-meme,
de M. Beon-Jeannet, par acte passe par-devant maitre Finot, notaire a
Arcis, moyennant deux mille deux cent cinquante livres qu'il paye
comptant, un bien patrimonial consistant en cinq petites pieces de
bois, situees sur le finage d'Arcis et sur celui du Chene, et
contenant ensemble deux arpents, deux denrees, ci...... 2.250 liv.

7 novembre 91.--Il achete de M. Gilbert-Lasnier, par acte passe
par-devant maitre Finot, notaire a Arcis, moyennant deux cent quarante
livres qu'il paye comptant, une denree, vingt-cinq carreaux de jardin,
pour agrandir la propriete qu'il a acquise de mademoiselle Piot,
ci...... 240 liv.

Par le meme acte il achete aussi, moyennant quatre cent soixante
livres qu'il paye aussi comptant, deux denrees de bois que plus tard
(le 3 avril 93), il donne en echange d'une denree, soixante-quatre
carreaux de bois, qu'il reunit a la propriete de mademoiselle Piot,
ci...... 460 liv.

8 novembre 91.--Il achete de M. Bouquet-Beon, par acte passe
par-devant maitre Finot, notaire a Arcis, moyennant deux cent dix
livres qu'il ne paye que le 10 juin 1793, un jardin dont la contenance
n'est pas indiquee et qu'il reunit a la propriete de mademoiselle
Piot, ci...... 210 liv.

Total du prix de toutes les acquisitions d'immeubles faites par Danton
en mil sept cent quatre-vingt onze: quatre-vingt-quatre mille neuf
cent soixante livres, ci...... 84.960 liv.

On doit remarquer qu'il est presumable que la plus grande partie de
ces acquisitions a du etre payee en assignats, qui, a cette epoque,
perdaient deja de leur valeur et dont, par consequent, la valeur
nominale etait superieure a leur valeur reelle en argent, d'ou il
resulterait que le prix reel en argent des immeubles ci-dessus
indiques aurait ete inferieur a 84.960 livres.

Depuis cette derniere acquisition du 8 novembre 1791 jusqu'a sa mort,
Danton ne fit plus aucune acquisition importante. Il acheta
successivement en 1792 et 1793 un nombre assez considerable de
parcelles tres peu etendues et dont nous croyons inutile de donner ici
le detail qui, par sa longueur et par le peu d'importance de chaque
article, deviendrait fastidieux (nous pourrions le fournir s'il en
etait besoin). Il fit aussi des echanges. Nous pensons qu'il suffit de
dire que, en ajoutant ces parcelles a ce que Danton avait achete en
1791, on trouve que les immeubles qui, au moment de sa mort,
dependaient tant de sa succession que de celle de notre mere, et qui
nous sont parvenus, se composaient de ce qui suit, savoir:

1 deg. De la ferme de Nuisement (vendue par nous le 23 juillet 1813);

2 deg. De sa modeste et vieille maison d'Arcis, avec sa dependance, le
tout contenant non plus 9 arpents, 3 denrees, 14 carreaux (ou bien 4
hectares, 23 ares, 24 centiares) seulement, comme au 13 avril 1791,
epoque ou il en fit l'acquisition de mademoiselle Piot, mais par suite
des additions qu'il y avait faites, 17 arpents, 3 denrees, 52 carreaux
(ou bien 786 ares, 23);

3 deg. De 19 arpents, 7 denrees, 41 carreaux (808 ares, 06) de pre et
saussaie;

4 deg. De 8 arpents, 1 denree, 57 carreaux (369 ares, 96) de bois;

5 deg. De 2 denrees, 40 carreaux (14 ares, 07) de terre situee dans
l'enceinte d'Arcis.

Nous declarons a qui voudra l'entendre et au besoin nous declarons
_sous la foi du serment_, que nous n'avons recueilli de la succession
de Georges-Jacques Danton, notre pere, et d'Antoinette-Gabrielle
Charpentier, notre mere, rien, absolument rien autre chose que les
immeubles dont nous venons de donner l'etat, que quelques portraits de
famille et le buste en platre de notre mere, lesquels, longtemps apres
la mort de notre second tuteur, nous furent remis par son epouse, et
que quelques effets mobiliers qui ne meritent pas qu'on en fasse
l'enumeration ni la description; mais que nous n'en avons recueilli
aucune somme d'argent, aucune creance, en un mot rien de ce qu'on
appelle valeurs mobilieres, a l'exception pourtant d'une rente de 100
francs 5 p. 100 dont MM. Defrance et Detape, receveurs de rentes a
Paris, rue Chabannais, n deg. 6, ont opere la vente pour nous le 18 juin
1825, rente qui avait ete achetee pour nous par l'un de nos tuteurs.

Nous n'avons recueilli que cela de la succession de notre pere et de
notre mere; il est donc evident qu'ils ne possedaient rien autre
chose, ni dans le departement de l'Aube, ni ailleurs.

Si nous possedons aujourd'hui quelques immeubles qui ne fassent pas
partie de l'etat qui precede, c'est que nous les avons achetes ou bien
que nous les avons eus en partage de la succession de Jeanne-Madeleine
Camut, notre grand'mere, decedee a Arcis au mois d'octobre 1813, veuve
en premieres noces de Jacques Danton, notre grand-pere, et, en
secondes noces de Jean Recordain, qu'elle avait epouse en 1770. Les
livres de l'enregistrement et les matrices cadastrales peuvent fournir
la preuve de ce que nous venons d'avancer.

On pourra nous faire une objection qui merite une reponse; on pourra
nous dire: "Vous n'avez recueilli de la succession de votre pere et de
votre mere que les immeubles et les meubles dont vous venez de faire
la declaration, mais cela ne prouve pas que la fortune de votre pere,
au moment de sa mort, ne se composat que de ces seuls objets; car sa
condamnation ayant entraine la confiscation de tous ses biens sans
exception, la Republique a pu en vendre et en a peut-etre vendu pour
des sommes considerables. Vous n'avez peut-etre recueilli que ce
qu'elle n'a pas vendu."

Voici notre reponse:

Les meubles et les immeubles confisques a la mort de notre pere dans
le departement de l'Aube et non vendus, furent remis en notre
possession par un arrete de l'administration de ce departement, en
date du 24 germinal an IV (13 avril 1796), arrete dont nous avons une
copie sous les yeux, arrete pris en consequence d'une petition
presentee par notre tuteur, arrete base sur la loi du 14 floreal an
III (3 mai 1795), qui consacre le principe de la restitution des biens
des condamnes par les tribunaux et les commissions revolutionnaires,
base sur la loi du 21 prairial an III (9 juin 1796), qui leve le
sequestre sur ces biens et en regle le mode de restitution; enfin,
arrete base sur la loi du 13 thermidor an III (31 juillet 1795), dont
il ne rappelle pas les dispositions.

L'administration du departement de l'Aube, dans la meme deliberation,
arrete que le produit des meubles et des immeubles qui ont ete vendus
et des interets qui ont ete percus depuis le 14 floreal an III (3 mai
1795), montant a la somme de douze mille quatre cent cinq livres
quatre sous quatre deniers, sera restitue a notre tuteur, en bons au
porteur admissibles en payement de domaines nationaux provenant
d'emigres seulement. Nous ne savons pas si notre tuteur recut ces bons
au porteur; s'il les recut, quel usage il en fit; nous savons
seulement qu'il n'acheta pas de biens d'emigres. Il resulte evidemment
de cet arrete de l'administration du departement de l'Aube, que dans
ce departement le produit des meubles et immeubles provenant de Danton
et vendus au profit de la Republique, ne s'est pas eleve au-dessus de
12,405 livres 4 sous 4 deniers. C'etait le total de l'etat de
reclamation presente par notre tuteur dans sa petition, et tout le
monde pensera, comme nous, qu'il n'aura pas manque de faire valoir
tous nos droits. On peut remarquer que dans cet arrete il est dit que
ces 12.405 livres sont le montant du produit des meubles et des
immeubles vendus, et des interets qui ont ete percus depuis le 14
floreal an III (3 mai 1795); ces 12.405 livres ne se composaient donc
pas en entier du prix des meubles et des immeubles vendus; les
_interets_ percus y entraient donc pour quelque chose, sans que
nous sachions pour quelle somme. Nous avons entre les mains les
expeditions de vingt proces-verbaux qui constatent que le 11 messidor
an II (29 juin 1794) il a ete vendu, moyennant cinq mille sept cent
vingt-cinq livres, vingt pieces de terre labourable contenant ensemble
environ onze arpents, deux denrees (ou bien 506 ares, 70), situees sur
les finages d'Arcis, de la Villette, de Saint-Etienne et de Torcy. En
a-t-il ete vendu un plus grand nombre? Nous l'ignorons. Mais cela ne
fait que 5.725 livres, sur les 12.405 dont la restitution a notre
profit a ete ordonnee. De quoi se composaient les 6.680 restants?
Etait-ce du prix de meubles et d'immeubles vendus, ou d'interets
percus? Nous n'en savons rien, mais peu importe. Les 12.405 livres, si
on le veut, provenaient en entier du prix d'immeubles vendus;
admettons-le. Dans ce cas, pour avoir le total de ce que notre pere
possedait au moment de sa mort, il faudrait ajouter 12.405 livres a ce
que nous avons recueilli de sa succession. Mais, si d'un cote on doit
ajouter 12.405 livres, d'un autre cote on doit retrancher 16.065
livres qui restaient dues aux personnes qui ont vendu a notre pere les
immeubles dont nous avons herite. Nous pourrions, s'il etait
necessaire, fournir le detail de ces 16.065 livres avec pieces a
l'appui. Elles ont ete payees plus tard par notre tuteur, et, pour les
payer, il n'aura pas manque sans doute de faire emploi, autant qu'il
aura pu, des 12.405 livres de bons an porteur dont la restitution
avait ete ordonnee a notre profit, par l'arrete de l'administration du
departement de l'Aube, en date du 24 germinal an IV.

Il est donc etabli d'abord que, dans le departement de l'Aube, le prix
des meubles et des immeubles qui ont ete vendus n'a pas pu s'elever
au-dessus de 12.405 livres; ensuite que notre pere, au moment de sa
mort, devait encore 16.065 livres sur le prix d'acquisition des
immeubles qu'il y possedait.

Voila pour ce qui concerne le departement de l'Aube. Notre tuteur
a-t-il eu a faire, pour notre compte, des reclamations dans quelques
autres departements? C'est possible, il est meme presumable qu'il en a
eu a faire relativement a des objets mobiliers; il etait trop soigneux
de nos interets pour que nous puissions croire qu'il ait neglige
quelque chose de ce qui s'y rattachait. Mais les sommes dont il a du
obtenir la restitution ont ete sans doute peu considerables, car il
n'en est rien parvenu jusqu'a nous dans la succession de notre pere.
D'un autre cote, s'il eut possede des immeubles dans les departements
autres que celui de l'Aube, il fut arrive de deux choses l'une: 1 deg. ou
bien ces immeubles n'eussent pas ete vendus; alors nous les
possederions encore aujourd'hui, puisque, a l'exception de la ferme de
Nuisement, dont nous avons parle, nous n'avons jamais vendu
d'immeubles; eh bien, nous n'en possedons aucun hors du departement de
l'Aube; 2 deg. ou bien ils eussent ete vendus par la Republique a son
profit; dans ce cas, la Republique nous en eut plus tard restitue le
prix, comme elle l'a fait pour ceux qui ont ete vendus dans le
departement de l'Aube, et nous eussions retrouve ce prix dans la
succession de notre pere, soit en valeurs immobilieres achetees par
nos tuteurs, pour emploi, soit en valeurs mobilieres. Eh bien, nous
l'avons declare precedemment, nous n'avons presque rien recueilli en
valeurs mobilieres; et, en immeubles, nous n'en avons recueilli aucun
qui n'ait ete achete du vivant de notre pere, et qui ne fasse partie
de l'etat que nous avons fourni.

Nous croyons avoir repondu completement et victorieusement a
l'objection precedemment faite.

Notre raisonnement etait donc logique quand nous disions: nous n'avons
recueilli que cela de la succession de notre pere et de notre mere, il
est donc evident qu'ils ne possedaient rien autre chose, ni dans le
departement de l'Aube, ni ailleurs. Toutefois, nous ferons remarquer
que, en raisonnant ainsi, nous avons fait abstraction et des 12.405
livres qu'il eut fallu ajouter a leur avoir, et des 16.065 livres
qu'il eut fallu retrancher pour etablir un compte rigoureusement
exact.

Nous avons prouve d'abord que, si Danton n'etait pas riche an
commencement de la Revolution, il possedait au moins sa charge
d'avocat aux conseils du Roi; ensuite, par l'etat que nous avons
etabli de sa fortune au moment de sa mort, nous avons prouve qu'on
peut regarder ce qu'il possedait a ce moment comme etant a peu pres
l'equivalent de sa charge, dont il avait recu le remboursement. Si
nous avons prouve tout cela (comme nous n'en doutons pas); nous avons
prouve aussi que c'est a tres grand tort qu'on lui a reproche d'avoir
exploite la Revolution pour amasser une fortune enorme et scandaleuse.
Certes, on en conviendra, il a bien pu parvenir au degre d'_opulence_
qu'il avait atteint sans se rendre coupable des actes infames, des
monstrueux et innombrables forfaits que les atroces calomnies de nos
ennemis et l'odieux et inique rapport de Saint-Just lui ont si
perfidement et si faussement imputes.

Maintenant nous allons citer quelques faits authentiques qui pourront
faire apprecier la bonte de son coeur. Nous avons vu precedemment que
ce fut en mars et en avril 1791 qu'il acheta la majeure partie, on
pourrait meme dire la presque totalite des immeubles qu'il possedait
quand il mourut.

Voici un des sentiments qui agitaient son coeur en mars et en avril
1791. Il desirait augmenter la modeste aisance de sa mere, de sa bonne
mere qu'il adorait. Veut-on savoir ce qu'il s'empressa de faire a son
entree en jouissance de ces immeubles qu'il venait d'acheter? Jetons
un regard sur l'acte que nous tenons dans les mains. Il a ete passe le
15 avril 1791 (deux jours apres la vente faite a Danton par Mlle Piot)
par-devant Me Odin qui en a garde la minute, et Me Etienne son
collegue, notaires a Troyes. Danton y fait donation entre vifs, pure,
simple et irrevocable, a sa mere, de six cents livres de rentes
annuelles et viageres, payables de six mois en six mois, dont les
premiers six mois payables au 15 octobre 1791. Sur cette rente de 600
livres, Danton veut qu'en cas de deces de sa mere, 400 livres soient
reversibles sur M. Jean Recordain, son mari (M. Recordain etait un
homme fort aise lorsqu'il epousa la mere de Danton; il etait
extremement bon; sa bonte allait meme jusqu'a la faiblesse, puisque,
par sa complaisance pour de pretendus amis dont il avait endosse des
billets, il perdit une grande partie de ce qu'il avait apporte en
mariage; neanmoins, c'etait un si excellent homme, il avait toujours
ete si bon pour les enfants de Jacques Danton, qu'ils le regardaient
tous comme leur veritable pere; aussi Danton, son beau-fils, avait-il
pour lui beaucoup d'affection). Le vif desir que ressent Danton de
donner aux donataires des marques certaines de son amitie pour eux,
est la seule cause de cette donation. Cette rente viagere est a
prendre sur la maison et sur ses dependances, situees a Arcis, que
Danton vient d'acquerir le 13 avril 1791. Tel fut son premier acte de
prise de possession.

On remarquera que cette propriete, au moment ou mademoiselle Piot la
vendit, etait louee par elle a plusieurs locataires qui lui payaient
ensemble la somme de 600 livres annuellement. Si Danton eut ete riche
et surtout aussi riche que ses ennemis ont voulu le faire croire, son
grand coeur ne se fut pas contente de faire a sa mere une pension si
modique. Pour faire cette donation, Danton aurait pu attendre qu'il
vint a Arcis, mais il etait si presse d'obeir au sentiment d'amour
filial qu'il eprouvait que, des le 17 mars 1791, il avait donne a cet
effet une procuration speciale a M. Jeannet-Bourcier, qui executa son
mandat deux jours apres avoir achete pour Danton la propriete de
mademoiselle Piot. Aussitot que la maison etait devenue vacante et
disponible, Danton, qui aimait tant a etre entoure de sa famille,
avait voulu que sa mere et son beau-pere vinssent l'habiter, ainsi que
M. Menuel, sa femme et leurs enfants. (M. Menuel avait epouse la soeur
ainee de Danton.)

Au 6 aout 1792, Danton etait a Arcis; on etait a la veille d'un grand
evenement qu'il prevoyait sans doute. Au Milieu des mille pensees qui
doivent alors l'agiter, au milieu de l'inquietude que doivent lui
causer les perils auxquels il va s'exposer, quelle idee predomine,
quelle crainte vient l'atteindre? Il pense a sa mere, il craint de
n'avoir pas suffisamment assure son sort et sa tranquillite; en voici
la preuve dans cet acte passe le 4 aout 1792 par-devant Me Pinot,
notaire a Arcis. Q'y lit-on? "Danton voulant donner a sa mere des
preuves des sentiments de respect et de tendresse qu'il a toujours eus
pour elle, il lui assure, sa vie durant, une habitation convenable et
commode, lui fait donation entre-vifs, pure, simple et irrevocable, de
l'usufruit de telles parts et portions qu'elle voudra choisir dans la
maison et dependances situees a Arcis, rue des Ponts, qu'il a acquise
de mademoiselle Piot de Courcelles, et dans laquelle maison, sa mere
fait alors sa demeure, et de l'usufruit de trois denrees de terrain a
prendre dans tel endroit du terrain qu'elle voudra choisir, pour jouir
desdits objets a compter du jour de la donation." Si M. Jean Recordain
survit a sa femme, donation lui est faite par le meme acte de
l'usufruit de la moitie des objets qu'aura choisis et dont aura joui
sa femme.

Nous n'avons pas connaissance que Danton ait jamais fait d'autres
dispositions en faveur de sa mere ni de son beau-pere. Nous le
repetons, si Danton eut ete riche, et surtout s'il eut ete aussi riche
que ses ennemis ont voulu le faire croire, son grand coeur ne se fut
pas contente de faire a sa mere et a son beau-pere des dons si
modiques; nous sommes intimement persuades que sa generosite envers
eux eut ete en proportion de sa fortune.

Voici encore une piece, peu importante en elle-meme a la verite, mais
qui honore Danton et qui prouve sa bonte; c'est une petition en date
du 30 thermidor an II (17 aout 1794), adressee aux citoyens
administrateurs du departement de Paris, par Marguerite Hariot (veuve
de Jacques Geoffroy, charpentier a Arcis), qui expose que, par acte
passe devant Me Finot, notaire a Arcis, le 11 decembre 1791, Danton,
dont elle etait la nourrice, lui avait assure et constitue une rente
viagere de cent livres dont elle devait commencer a jouir a partir du
jour du deces de Danton, ajoutant que, de son vivant, il ne bornerait
pas sa generosite a cette somme. Elle demande, en consequence, que les
administrateurs du departement de Paris ordonnent que cette rente
viagere lui soit payee a compter du jour du deces et que le principal
en soit preleve sur ses biens confisques au profit de la Republique.
Nous ne savons pas ce qui fut ordonne. Cette brave femme que notre
pere ne manquait jamais d'embrasser avec effusion et a plusieurs
reprises chaque fois qu'il venait a Arcis, ne lui survecut que pendant
peu d'annees.

La recherche que nous avons faite dans les papiers qui nous sont
restes de la succession de notre grand'mere Recordain, papiers dont
nous ne pouvons pas avoir la totalite, ne nous a fourni que ces trois
pieces _authentiques_ qui temoignent en faveur de la bonte de Danton
dans sa vie privee. Quant aux traditions orales que nous avons pu
recueillir, elle sont en petit nombre et trop peu caracteristiques
pour etre rapportees. Nous dirons seulement que Danton aimait beaucoup
la vie champetre et les plaisirs qu'elle peut procurer. Il ne venait a
Arcis que pour y jouir, au milieu de sa famille et de ses amis, du
repos, du calme et des amusements de la campagne. Il disait dans son
langage sans recherche, a madame Recordain, en l'embrassant: "Ma bonne
mere, quand aurai-je le bonheur de venir demeurer aupres de vous pour
ne plus vous quitter, et n'ayant plus a penser qu'a planter mes
choux?"

Nous ne savons pas s'il avait des ennemis ici, nous ne lui en avons
jamais connu aucun. On nous a tres souvent parle de lui avec eloge;
mais nous n'avons jamais entendu prononcer un mot qui lui fut
injurieux, ni meme defavorable, pas meme quand nous etions au college;
la pourtant les enfants, incapables de juger la portee de ce qu'ils
disent, n'hesitent pas, dans une querelle occasionnee par le motif le
plus frivole, a s'adresser les reproches les plus durs et les plus
outrageants. Nos condisciples n'avaient donc jamais entendu attaquer
la memoire de notre pere. Il n'avait donc pas d'ennemis dans son pays.

Nous croyons ne pas devoir omettre une anecdote qui se rapporte a sa
vie politique. Nous la tenons d'un de nos amis qui l'a souvent entendu
raconter par son pere, M. Doulet, homme tres recommandable et tres
digne de foi, qui, sous l'Empire, fut longtemps maire de la ville
d'Arcis. Danton etait a Arcis dans le mois de novembre 1793. Un jour,
tandis qu'il se promenait dans son jardin avec M. Doulet, arrive vers
eux une troisieme personne marchant a grands pas, tenant un papier a
la main (c'etait un journal) et qui, aussitot qu'elle fut a portee de
se faire entendre, s'ecrie: Bonne nouvelle! bonne nouvelle! et elle
s'approche.--Quelle nouvelle? dit Danton.--Tiens, lis! les Girondins
sont condamnes et executes, repond la personne qui venait
d'arriver.--Et tu appelles cela une bonne nouvelle, malheureux?
s'ecrie Danton a son tour, Danton, dont les yeux s'emplissent aussitot
de larmes. La mort des Girondins une bonne nouvelle? Miserable!--Sans
doute, repond son interlocuteur, n'etait-ce pas des factieux?--Des
factieux, dit Danton. Est-ce que nous ne sommes pas des factieux? Nous
meritons tous la mort autant que les Girondins; nous subirons tous,
les uns apres les autres, le meme sort qu'eux. Ce fut ainsi que
Danton, le Montagnard, accueillit la personne qui vint annoncer la
mort des Girondins, auxquels tant d'autres, en sa place, n'eussent pas
manque de garder rancune.

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