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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

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* * * * *

Je m'oppose a l'espece de distinction, de privilege, qui semblerait
accorde au beau-pere de Desmoulins. Je veux que la Convention ne
s'occupe que d'affaires generales. Si l'on veut un rapport pour ce
citoyen, il en faut aussi pour tous les autres. Je m'eleve contre la
priorite de date qu'on cherche a lui donner a leur prejudice. Il
s'agit d'ailleurs de savoir si le Comite de surete generale n'est pas
tellement surcharge d'affaires qu'il trouve a peine le temps de
s'occuper de reclamations particulieres.

Une revolution ne peut se faire geometriquement. Les bons citoyens qui
souffrent pour la liberte doivent se consoler par ce grand et sublime
motif. Personne n'a plus que moi demande les comites revolutionnaires;
c'est sur ma proposition qu'ils ont ete etablis. Vous avez voulu creer
une espece de dictature patriotique des citoyens les plus devoues a la
liberte, sur ceux qui se sont rendus suspects. Ils ont ete eleves dans
un moment ou le federalisme predominait. Il a fallu, il faut encore
les maintenir dans toute leur force; mais prenons garde aux deux
ecueils contre lesquels nous pourrions nous briser. Si nous faisions
trop pour la justice, nous donnerions peut-etre dans le moderantisme,
et preterions des armes a nos ennemis. Il faut que la justice soit
rendue de maniere a ne point attenuer la severite de nos mesures.

Lorsqu'une revolution marche vers son terme quoiqu'elle ne soit pas
encore consolidee, lorsque la Republique obtient des triomphes, que
ses ennemis sont battus, il se trouve une foule de patriotes tardifs
et de fraiche date; il s'eleve des luttes de passions, des
preventions, des haines particulieres, et souvent les vrais, les
constants patriotes sont ecrases par ces nouveaux venus. Mais enfin,
la ou les resultats sont pour la liberte par des mesures generales,
gardons-nous de les accuser. Il vaudrait mieux outrer la liberte et la
Revolution, que de donner a nos ennemis la moindre esperance de
retroaction. N'est-elle pas bien puissante, cette nation? N'a-t-elle
pas le droit comme la force d'ajouter a ses mesures contre les
aristocrates, et de dissiper les erreurs elevees contre les ennemis de
la patrie? Au moment ou la Convention peut, sans inconvenient pour la
chose publique, faire justice a un citoyen, elle violerait ses droits,
si elle ne s'empressait de le faire.

La reclamation de mon collegue est juste en elle-meme, mais elle
ferait naitre un decret indigne de nous. Si nous devions accorder une
priorite, elle appartiendrait aux citoyens qui ne trouvent pas, dans
leur fortune et dans leurs connaissances avec des membres de la
Convention, des esperances et des ressources au milieu de leur
malheur; ce serait aux malheureux, aux necessiteux, qu'il faudrait
d'abord tendre les mains. Je demande que la Convention medite les
moyens de rendre justice a toutes les victimes des mesures et
arrestations arbitraires, sans nuire a l'action du gouvernement
revolutionnaire. Je me garderai bien d'en prescrire ici les moyens. Je
demande le renvoi de cette question a la meditation du Comite de
surete generale, qui se concertera avec le Comite de salut public;
qu'il soit fait un rapport a la Convention, et qu'il soit suivi d'une
discussion large et approfondie; car toutes les discussions de la
Convention ont eu pour resultat le triomphe de la liberte.

La Convention n'a eu de succes que parce qu'elle a ete peuple; elle
restera Peuple; elle cherchera et suivra sans cesse l'opinion qui doit
decreter toutes les lois que vous proclamez. En approfondissant ces
grandes questions, vous obtiendrez, je l'espere, des resultats qui
satisferont la justice et l'humanite.




XLVII

POUR LE PERE DUCHESNE ET RONSIN

(2 fevrier 1794)


Dans la nuit du 19 decembre 1793, Hebert et Ronsin avaient ete
arretes. Le Comite de surete generale proposa a la Convention, le 2
fevrier, de decreter leur mise en liberte. Lecointre, Philippeaux et
Bourdon (de l'Oise) s'opposerent a cette mesure que Danton reclama en
ce discours:

* * * * *

Ce devrait etre un principe incontestable parmi les patriotes que, par
provision, on ne traitat pas comme suspects des veterans
revolutionnaires qui, de l'aveu public, ont rendu des services
constants a la liberte. Je sais que le caractere violent et impetueux
de Vincent et de Ronsin a pu leur donner des torts particuliers
vis-a-vis de tel ou tel individu; mais, de meme que dans toutes les
grandes affaires, je conserverai l'inalterabilite de mon opinion, et
que j'accuserai mon meilleur ami si ma conscience me dit qu'il est
coupable, de meme je veux aujourd'hui defendre Ronsin et Vincent
contre des preventions que je pourrais reprocher a quelques-uns de mes
collegues, et contre des faits enonces posterieurement a l'arrestation
de deux detenus, ou bien anterieurement, mais alors peu soigneusement
conserves dans les circonstances dont on les a environnes. Car enfin,
sur ces derniers, vous venez d'entendre l'explication de Levasseur;
quant aux autres, quelles probabilites les accompagnent? combien de
signataires en attestent la verite? qui les garantit a celui qui a
signe la denonciation? Lui-meme est-il temoin et temoin oculaire? Si
aucun des signataires n'a ete le temoin de ce qu'il a avance, s'il n'a
que de simples soupcons, je repete qu'il est tres dangereux et tres
impolitique d'assigner comme suspect un homme qui a rendu de grands
services a la revolution.

Je suppose que Ronsin et Vincent, s'abandonnant aussi a des
preventions individuelles, voulussent voir dans les erreurs ou
Philippeaux a pu tomber, le plan forme d'une contre-revolution;
immuable, comme je le suis, je declare que je n'examinerais que les
faits, et que je laisserais de cote le caractere qu'on aurait voulu
leur donner.

Ainsi donc, quand je considere que rien, en effet, n'est parvenu au
Comite de surete generale contre Vincent et Ronsin, que, d'un autre
cote, je vois une denonciation signee d'un seul individu, qui
peut-etre ne declare qu'un oui-dire, je rentre alors dans mes
fonctions de legislateur; je me rappelle le principe que je posais
tout a l'heure, qui est qu'il faut etre bien sur des faits pour preter
des intentions contre-revolutionnaires a des amis ardents de la
liberte, ou pour donner a leurs erreurs un caractere de gravite qu'on
ne supporterait pas pour les siennes propres. Je dis alors qu'il faut
etre aussi prompt a demeler les intentions evidentes d'un aristocrate
qu'a rechercher le veritable delit d'un patriote; je dis ce que je
disais a Fabre lui-meme lorsqu'il arracha a la Convention le decret
d'arrestation contre Vincent et Ronsin: "vous pretendez que la
Convention a ete grande lorsqu'elle a rendu ce decret, et moi je
soutiens qu'elle a eu seulement une bonne intention et qu'il la
fallait bien eclairer".

Ainsi je defends Ronsin et Vincent contre des preventions, de meme que
je defendrai Fabre et mes autres collegues, tant qu'on n'aura pas
porte dans mon ame une conviction contraire a celle que j'en ai.
L'exuberance de chaleur qui nous a mis a la hauteur des circonstances,
et qui nous a donne la force de determiner les evenements et de les
faire tourner au profit de la liberte, ne doit pas devenir profitable
aux ennemis de la liberte! Mon plus cruel ennemi, s'il avait ete utile
a la Republique, trouverait en moi un defenseur ardent quand il serait
arrete, parce que je me defierais d'autant plus de mes preventions
qu'il aurait ete plus patriote.

Je crois Philippeaux profondement convaincu de ce qu'il avance, sans
que pour cela je partage son opinion; mais, ne voyant pas de danger
pour la liberte dans l'elargissement de deux citoyens qui, comme lui
et comme nous, veulent la Republique, je suis convaincu qu'il ne s'y
opposera pas; qu'il se contentera d'epier leur conduite et de saisir
les occasions de prouver ce qu'il avance; a plus forte raison la
Convention, ne voyant pas de danger dans la mesure que lui propose le
Comite de surete generale, doit se hater de l'adopter.

Si, quand il fallait etre electrise autant qu'il etait possible pour
operer et maintenir la revolution; si, quand il a fallu surpasser en
chaleur et en energie tout ce que l'histoire rapporte de tous les
peuples de la terre; si, alors, j'avais vu un seul moment de douceur,
meme envers les patriotes, j'aurais dit: notre energie baisse, notre
chaleur diminue. Ici, je vois que la Convention a toujours ete ferme,
inexorable envers ceux qui ont ete opposes a l'etablissement de la
liberte; elle doit etre aujourd'hui bienveillante envers ceux qui
l'ont servie, et ne pas se departir de ce systeme qu'elle ne soit
convaincue qu'il blesse la justice. Je crois qu'il importe a tous que
l'avis du Comite soit adopte; preparez-vous a etre plus que jamais
impassibles envers vos vieux ennemis, difficiles a accuser vos anciens
amis. Voila, je declare, ma profession de foi, et j'invite mes
collegues a la faire dans leur coeur. Je jure de me depouiller
eternellement de toute passion, lorsque j'aurai a prononcer sur les
opinions, sur les ecrits, sur les actions de ceux qui ont servi la
cause du peuple et de la liberte. J'ajoute qu'il ne faut pas oublier
qu'un premier tort conduit toujours a un plus grand. Faisons d'avance
cesser ce genre de division que nos ennemis, sans doute, cherchent a
jeter au milieu de nous; que l'acte de justice que vous allez faire
soit un germe d'esperance jete dans le coeur des citoyens qui, comme
Vincent et Ronsin, ont souffert un instant pour la cause commune, et
nous verrons naitre pour la liberte des jours aussi brillants et aussi
purs que vous lui en avez deja donne de victorieux.




XLVIII

SUR L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

(6 fevrier 1794)


C'est en alliant l'humanite aux principes politiques que Danton
appuya, le 6 fevrier, l'abolition de l'esclavage.

Il voyait dans cette mesure genereuse, digne du nouveau regime, un des
moyens d'abattre l'Angleterre ennemie. "C'est aujourd'hui que
l'Anglais est mort", dit-il, persuade que la liberte etait le meilleur
adversaire a opposer a la tyrannie.

* * * * *

Representants du peuple francais, jusqu'ici nous n'avions decrete la
liberte qu'en egoistes et pour nous seuls. Mais aujourd'hui nous
proclamons a la face de l'univers, et les generations futures
trouveront leur gloire dans ce decret, nous proclamons la liberte
universelle. Hier, lorsque le president donna le baiser fraternel aux
deputes de couleur, je vis le moment ou la Convention devait decreter
la liberte de nos freres. La seance etait trop nombreuse. La
Convention vient de faire son devoir. Mais apres avoir accorde le
bienfait de la liberte, il faut que nous en soyons pour ainsi dire les
moderateurs. Renvoyons au Comite de salut public et des colonies, pour
combiner les moyens de rendre ce decret utile a l'humanite, sans aucun
danger pour elle.

Nous avions deshonore noire gloire en tronquant nos travaux. Les
grands principes developpes par le vertueux Las Cases avaient ete
meconnus. Nous travaillons pour les generations futures, lancons la
liberte dans les colonies: c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort.
En jetant la liberte dans le Nouveau Monde, elle y portera des fruits
abondants, elle y poussera des racines profondes. En vain Pitt et ses
complices voudront par des considerations politiques ecarter la
jouissance de ce bienfait, ils vont etre entraines dans le neant, la
France va reprendre le rang et l'influence que lui assurent son
energie, son sol et sa population. Nous jouirons nous-memes de notre
generosite, mais nous ne l'entendrons point au dela des bornes de la
sagesse. Nous abattrons les tyrans comme nous avons ecrase les hommes
perfides qui voulaient faire retrograder la revolution. Ne perdons
point notre energie, lancons nos fregates, soyons surs des
benedictions de l'univers et de la posterite, et decretons le renvoi
des mesures a l'examen du Comite.




XLIX

SUR LES FONCTIONNAIRES PUBLICS SOUMIS A L'EXAMEN DU COMITE DE SALUT
PUBLIC

(9 mars 1794)


Bouchotte etait accuse devant la Convention. Danton, intervenant aux
debats, reclama l'examen de la conduite de tous les fonctionnaires
publics. L'homme qui seize jours plus tard devait mourir jetait un
supreme appel a la confiance en le Comite:

* * * * *

La representation nationale, appuyee de la force du peuple, dejouera
tous les complots. Celui qui devait, ces jours derniers, perdre la
liberte est deja presque en totalite aneanti. Le peuple et la
Convention veulent que tous les coupables soient punis de mort. Mais
la Convention doit prendre une marche digne d'elle. Prenez garde qu'en
marchant par saccade, on ne confonde le vrai patriote avec ceux qui
s'etaient couverts du masque du patriotisme pour assassiner le peuple.
Le decret dont on vient de lire la redaction n'est rien; il s'agit de
dire au Comite de salut public: examinez le complot dans toutes ses
ramifications; scrutez la conduite de tous les fonctionnaires publics;
voyez si leur mollesse ou leur negligence a concouru, meme malgre eux,
a favoriser les conspirateurs. Un homme qui affectait l'empire de la
guerre se trouve au nombre des coupables. Eh bien, le ministre est, a
mon opinion, dans le cas d'etre accuse de s'etre au moins laisse
paralyser. Le Comite de salut public veille jour et nuit; que les
membres de la Convention s'unissent tous; que les revolutionnaires qui
ont les premiers parle de Republique, face a face, avec Lafayette,
apportent ici leur tete et leurs bras pour servir la patrie. Nous
sommes tous responsables au peuple de sa liberte. Francais, ne vous
effrayez pas, la liberte doit bouillonner jusqu'a ce que l'ecume soit
sortie.

Nos comites sont l'avant-garde politique; les armees doivent vaincre
quand l'avant-garde est en surveillance. Jamais la Republique ne fut,
a mon sens, plus grande. Voici le nouveau temps marque pour cette
sublime revolution. Il fallait vaincre ceux qui singeaient le
patriotisme pour tuer la liberte; nous les avons vaincus.

Je demande que le Comite de salut public se concerte avec celui de
surete generale pour examiner la conduite de tous les fonctionnaires.
Il faut que chacun de nous se prononce. J'ai demande le premier le
gouvernement revolutionnaire. On rejeta d'abord mon idee, on l'a
adoptee ensuite; ce gouvernement revolutionnaire a sauve la
Republique; ce gouvernement, c'est vous.

Union, vigilance, meditation, parmi les membres de la Convention.




L

SUR LA DIGNITE DE LA CONVENTION

(19 mars 1794)


Dans cette meme seance de la Convention, Pache vint, avec le conseil
general, protester de son devouement au gouvernement. Ruhl, qui
presidait, lui reprocha de venir "un peu tard faire cette
protestation". L'inscription de cette reponse au proces-verbal ayant
ete demandee par quelques membres, Danton protesta au nom de la
dignite de la Convention nationale. Ce fut son dernier discours.

* * * * *

Je demande la parole sur cette proposition. La representation
nationale doit toujours avoir une marche digne d'elle. Elle ne doit
pas avilir un corps entier, et frapper d'une prevention collective une
administration collective, parce que quelques individus de ce corps
peuvent etre coupables. Si nous ne reglons pas nos mouvements, nous
pouvons confondre des patriotes energiques avec des scelerats qui
n'avaient que le masque de patriotisme. Je suis convaincu que la
grande majorite du conseil general de la Commune de Paris est digne de
toute la confiance du peuple et de ses representants; qu'elle est
composee d'excellents patriotes, d'ardents revolutionnaires.

J'aime a saisir cette occasion pour lui faire individuellement hommage
de mon estime. Le conseil general est venu declarer qu'il fait cause
commune avec vous. Le president de la Convention a senti vivement sa
dignite; la reponse qu'il a faite est, par le sens qu'elle renferme et
par l'intention dans laquelle elle est redigee, digne de la majeste du
peuple que nous representons. L'accent patriarcal et le ton solennel
dont il l'a prononcee, donnaient a ces paroles un caractere plus
auguste encore. Cependant ne devons-nous pas craindre, dans ce moment,
que les malveillants n'abusent des expressions de Ruhl, dont
l'intention ne nous est point suspecte, et qui ne veut surement pas
que des citoyens qui viennent se mettre dans les rangs, sous les
drapeaux du peuple et de la liberte, remportent de notre sein la
moindre amertume? Au nom de la patrie, ne laissons pas aucune prise a
la dissension. Si jamais, quand nous serons vainqueurs, et deja la
victoire nous est assuree, si jamais des passions particulieres
pouvaient prevaloir sur l'amour de la patrie, si elles tentaient de
creuser un nouvel abime pour la liberte, je voudrais m'y precipiter
tout le premier. Mais loin de nous tout ressentiment....

Le temps est venu ou l'on ne jugera plus que les actions. Les masques
tombent, les masques ne seduiront plus. On ne confondra plus ceux qui
veulent egorger les patriotes avec les veritables magistrats du
peuple, qui sont peuple eux-memes. N'y eut-il parmi tous les
magistrats qu'un seul homme qui eut fait son devoir, il faudrait tout
souffrir plutot que de lui faire boire le calice d'amertume; mais ici
on ne doute pas du patriotisme de la plus grande majorite de la
Commune. Le president lui a fait une reponse ou regne une severe
justice; mais elle peut etre mal interpretee. Epargnons a la Commune
la douleur de croire qu'elle a ete censuree avec aigreur.

LE PRESIDENT.--Je vais repondre a la tribune; viens, mon cher
collegue, occupe toi-meme le fauteuil.

DANTON.--President, ne demande pas que je monte au fauteuil, tu
l'occupes dignement. Ma pensee est pure; si mes expressions l'ont mal
rendue, pardonne-moi une inconsequence involontaire; je te
pardonnerais moi-meme une pareille erreur. Vois en moi un frere qui a
exprime librement son opinion.

_Ruhl descend de la tribune et se jette dans les bras de Danton. Cette
scene excite le plus vif enthousiasme dans l'Assemblee_.





MEMOIRE

ECRIT EN MIL HUIT CENT QUARANTE-SIX PAR LES DEUX FILS DE DANTON, LE
CONVENTIONNEL, POUR DETRUIRE LES ACCUSATIONS DE VENALITE CONTRE LEUR
PERE




MEMOIRE DES FILS DE DANTON


Rien au monde ne nous est plus cher que la memoire de notre pere. Elle
a ete, elle est encore tous les jours calomniee, outragee d'une
maniere affreuse; aussi notre desir le plus ardent a-t-il toujours ete
de voir l'histoire lui rendre justice.

Georges-Jacques Danton, notre pere, se maria deux fois. Il epousa
d'abord, en juin 1787, Antoinette-Gabrielle Charpentier, qui mourut le
10 fevrier 1793. Dans le cours de la meme annee 1793, nous ne
pourrions pas indiquer l'epoque precise, il epousa en secondes noces
Mlle Sophie Gely, qui vivait encore il y a deux ans (nous ne savons
pas si elle est morte depuis). Notre pere, en mourant, ne laissa que
deux fils issus de son premier mariage. Nous sommes nes, l'un le 18
juin 1790, et l'autre le 17 fevrier 1792. Notre pere mourut le 5 avril
1794; nous n'avons donc pas pu avoir le bonheur de recevoir ses
enseignements, ses confidences, d'etre inities a ses pensees, a ses
projets. Au moment de sa mort, tout chez lui a ete saisi, confisque,
et plus tard aucun de ses papiers, a l'exception de ses titres de
propriete, ne nous a ete rendu. Nous avons ete eleves par M.
Francois-Jerome Charpentier, notre grand-pere maternel et notre
tuteur. Il ne parlait jamais sans attendrissement de Danton, son
gendre. M. Charpentier, qui habitait Paris, y mourut en 1804, a une
epoque ou, sans doute, il nous trouvait encore trop jeunes pour que
nous puissions bien apprecier ce qu'il aurait pu nous raconter de la
vie politique de notre pere, car il s'abstint de nous en parler. Du
reste, il avait environ quatre-vingts ans quand il mourut, et, dans
ses dernieres annees, son esprit paraissait beaucoup plus occupe de
son avenir dans un autre monde que de ce qui s'etait passe dans
celui-ci. Apres la mort de notre grand-pere Charpentier, M. Victor
Charpentier, son fils, fut nomme notre tuteur. Il mourut en 1810.
Quoiqu'il habitat Paris, nous revinmes en 1805 a Arcis, pour ne plus
le quitter. La fin de notre enfance et le commencement de notre
jeunesse s'y ecoulerent aupres de la mere de notre pere. Elle etait
affaiblie par l'age, les infirmites et les chagrins. C'etait toujours
les yeux remplis de larmes qu'elle nous entretenait de son fils, des
innombrables temoignages d'affection qu'il lui avait donnes, des
tendres caresses dont il l'accablait. Elle fit de frequents voyages a
Paris; il aimait tant a la voir a ses cotes! Il avait en elle une
confiance entiere; elle en etait digne, et, s'il eut eu des secrets,
elle les eut connus, et nous les eussions connus par elle. Tres
souvent, elle nous parlait de la Revolution; mais, en embrasser tout
l'ensemble d'un seul coup d'oeil, en apprecier les causes, en suivre
la marche, en juger les hommes et les evenements, en distinguer tous
les partis, deviner leur but, demeler les fils qui les faisaient agir,
tout cela n'etait pas chose facile, on en conviendra: aussi, quoique
la mere de Danton eut beaucoup d'intelligence et d'esprit, on ne sera
pas surpris que, d'apres ses recits, nous n'ayons jamais connu la
Revolution que d'une maniere extremement confuse.

Jusqu'ici nous n'avons parle que des choses qui se rapportent a nous;
cela, de notre part, peut paraitre ridicule, mais cesse veritablement
de l'etre quand on considere qu'il nous a fallu entrer dans ces
explications pour faire comprendre comment il se fait que nous,
enfants de Danton, nous ne puissions pas donner le moindre
eclaircissement sur aucun des grands evenements dans lesquels il a
figure. Sa mere, d'accord avec tous ceux qui nous ont si souvent parle
de lui pour l'avoir connu, et que notre position sociale ne fera,
certes, pas suspecter de flatterie, sa mere nous l'a toujours depeint
comme le plus honnete homme que l'on puisse rencontrer, comme l'homme
le plus aimant, le plus franc, le plus loyal, le plus desinteresse, le
plus genereux, le plus devoue a ses parents, a ses amis, a son pays
natal et a sa patrie. Quoi d'etonnant, nous dira-t-on? Dans la bouche
d'une mere, que prouve un pareil eloge? Rien, sinon qu'elle adorait
son fils. On ajoutera: Est-ce que, pour juger un homme, la posterite
devra s'en rapporter aux declarations de la mere et des fils de cet
homme? Non, sans doute, elle ne le devra pas, nous en convenons. Mais
aussi, pour juger ce meme homme, devra-t-elle s'en rapporter aux
declarations de ses ennemis? Elle ne le devra pas davantage. Et
pourtant, que ferait-elle, si, pour juger Danton, elle ne consultait
que les Memoires de ceux qu'il a toujours combattus?

Justifier la vie politique de notre pere, defendre sa memoire, c'est
pour nous un devoir sacre. Pourquoi ne l'avons-nous pas rempli? C'est
parce que nous n'avons eu en notre possession aucun document,
absolument aucun, et que nous ne pourrions mettre en avant que des
allegations sans preuves ecrites; mais nous allons refuter une
accusation excessivement grave qui se rattache a sa vie privee. Nous
croyons qu'il nous sera facile de le faire victorieusement, car nos
principaux arguments auront pour base des actes authentiques.

Voici cette accusation. On a reproche a Danton d'avoir exploite la
Revolution pour amasser scandaleusement une fortune enorme. Nous
allons prouver d'une maniere incontestable, que c'est a tres grand
tort qu'on lui a adresse ce reproche. Pour atteindre ce but, nous
allons comparer l'etat de sa fortune au commencement de la Revolution
avec l'etat de sa fortune au moment de sa mort.

Au moment ou la Revolution eclata, notre pere etait avocat aux
conseils du roi. C'est un fait dont il n'est pas necessaire de fournir
la preuve: ses ennemis eux-memes ne le contestent pas. Nous ne pouvons
pas etablir d'une maniere precise et certaine ce qu'il possedait a
cette epoque. Cependant nous disons que, s'il ne possedait rien autre
chose (ce qui n'est pas prouve), _il possedait au moins sa charge_, et
voici sur ce point notre raisonnement:

1 deg. Quelques notes qui sont en notre possession nous prouvent que
Jacques Danton, notre grand-pere, decede a Arcis, le 24 fevrier 1762,
laissa des immeubles sur le finage de Plancy et sur celui d'Arcis; il
est donc presumable que notre pere, ne le 26 octobre 1759, et par
consequent reste mineur en tres bas age, a du posseder un patrimoine
quelconque, si modique qu'on veuille le supposer.

2 deg. Si, avant la Revolution, on pouvait etre recu avocat quand on avait
vingt et un ans accomplis (ce que nous ignorons), notre pere aura pu
etre avocat vers 1780; en admettant qu'il fallut avoir vingt-cinq ans,
il aura pu etre avocat vers la fin de 1784. Il devint ensuite avocat
aux conseils du roi en 1787; il etait donc possible que, avant 1789,
il eut deja fait quelques benefices, tant comme avocat au Parlement,
que comme avocat aux conseils, et que, sur ces benefices, il eut fait
quelques economies.

3 deg. Il y a lieu de penser qu'en epousant notre mere, il recut une dot
quelconque. Eh bien, nous avons toujours cru qu'il paya sa charge aux
conseils du roi, tant avec cette dot qu'avec le peu d'economies qu'il
pouvait avoir faites sur ce qu'il avait pu gagner d'abord comme avocat
au Parlement, ensuite comme avocat aux conseils, et qu'avec le peu de
patrimoine qu'il devait posseder. Vous faites une supposition, nous
dira-t-on? C'est vrai, c'est une supposition, puisque nous n'apportons
pas les preuves de ce que nous venons d'avancer; mais si ses ennemis
ne veulent pas admettre avec nous que notre supposition soit une
realite, il faudra que, de leur cote, ils supposent que notre pere
n'avait pas le moindre patrimoine, qu'il n'avait fait aucun benefice,
tant en qualite d'avocat au Parlement qu'en qualite d'avocat aux
conseils; que, s'il avait fait des benefices il n'avait pas fait
d'economies; enfin qu'ils supposent que sa femme en l'epousant ne lui
a pas apporte de dot. A moins qu'ils ne prouvent tout cela, ils feront
aussi une supposition. Or, nous le demandons a toutes les personnes
qui sont de bonne foi et sans prevention, notre supposition est-elle
plus vraisemblable que celle des ennemis de notre pere? Oui, sans
doute. Nous l'admettons donc comme un fait prouve, et nous disons:
Danton n'etait pas riche au commencement de la Revolution, mais, s'il
ne possedait rien autre chose (ce qui n'est pas prouve), il possedait
au moins sa charge d'avocat aux conseils du roi. Maintenant Danton
est-il riche au moment de sa mort? c'est ce que nous allons examiner.

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