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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Discours civiques de Danton

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Quant a la question qui nous occupe, je crois qu'il faut prendre des
mesures generales pour tous les departements; il faut qu'il soit
accorde vingt-quatre heures aux administrateurs qui auraient pu etre
egares, sans cependant donner une amnistie aux agitateurs. Il faut
que, dans les departements ou les Communes patriotes luttent contre
des administrateurs aristocrates, ces administrateurs soient destitues
et remplaces par de vrais republicains. Je demande enfin que la
Convention declare que, sans l'insurrection du 31 mai, il n'y aurait
plus de liberte.

Citoyens, pas de faiblesse; faites cette declaration solennelle au
peuple Francais; dites-lui qu'on veut encore le retour des nobles;
dites-lui que la horde scelerate vient de prouver qu'elle ne voulait
pas de constitution; dites-lui de prononcer entre la Montagne et cette
faction; dites aux citoyens francais: "Rentrez dans vos droits
imprescriptibles; serrez-vous autour de la Convention; preparez-vous a
accepter la constitution qu'elle va vous presenter; cette
constitution qui, comme je l'ai deja dit, est une batterie qui fait un
feu a mitraille contre les ennemis de la liberte, et qui les ecrasera
tous; preparez une force armee, mais que ce soit contre les ennemis de
la Vendee. Etouffez la rebellion de cette partie de la France et vous
aurez la paix."

Le peuple, instruit sur cette derniere epoque de la Revolution, ne se
laissera plus surprendre. On n'entendra plus de calomnies contre une
ville qui a cree la liberte, qui ne perira pas avec elle, mais qui
triomphera avec la liberte, et passera avec elle a l'immortalite.




XXXIII

CONTRE LES ASSIGNATS ROYAUX

(31 juillet 1793)


Cambon, dans cette seance du 31 juillet, proposa a la Convention de
demonetiser les assignats royaux d'une valeur au-dessus de cent
livres, tout en gardant la valeur de ceux de cinquante livres. Sur
cette proposition, Bazire demanda la question prealable. Danton se
rangea a l'avis de Cambon, dont la Convention en cette meme seance
adopta le decret.

* * * * *

Je demande a parler contre l'ajournement.... Je combats la question
prealable demandee par Bazire. Il y a plus de six mois que j'ai dit
ici qu'il y a trop de signes representatifs en circulation; il faut
que ceux qui possedent immensement payent la dette nationale. Quels
sont ceux qui supportent la misere publique, qui versent leur sang
pour la liberte, qui combattent l'aristocratie financiere et
bourgeoise? ce sont ceux qui n'ont pas en leur pouvoir un assignat
royal de cent livres. Frappez, que vous importent les clameurs des
aristocrates; lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous
prenez, vous obtenez la benediction nationale. On a dit que cette loi
aurait un effet retroactif, c'est ici une loi politique, et toutes les
lois politiques qui ont rase le despotisme n'ont-elles pas en un effet
retroactif? Qui de vous peut les blamer?

On a dit que celui qui n'a qu'un assignat de cent livres sera greve,
parce qu'il sera oblige de vendre son assignat. Je reponds qu'il y
gagnera, car les denrees baisseront; d'ailleurs, ce ne sont pas les
hommes de la Revolution qui ont ces assignats. Soyez comme la nature,
elle voit la conservation de l'espece; ne regardez pas les individus.
Si le despotisme triomphait, il ferait disparaitre tous les signes de
la liberte. Eh bien, ne souillez pas les yeux des amis de la liberte
de l'image du tyran dont la tete est tombee sous le glaive de la loi.
Les despotes de l'Europe diront: "Quelle est cette nation puissante
qui par un seul decret ameliore la fortune publique, soulage le
peuple, fait revivre le credit national, et prepare de nouveaux moyens
de combattre les ennemis?" Cette mesure n'est pas nouvelle, Cambon l'a
longtemps meditee; il est de votre devoir de l'adopter; si vous ne
l'adoptez pas, la discussion qui vient d'avoir lieu produira des
inconvenients qui peuvent etre attaches a la loi, et n'en presentera
aucun avantage. Je ne me connais pas grandement en finances, mais je
suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches fremissent de ce
decret; mais je sais que ce qui est funeste a ces gens est avantageux
pour le peuple. Le rencherissement des denrees vient de la trop grande
masse d'assignats en circulation; que l'eponge nationale epuise cette
grande masse, l'equilibre se retablira. Je demande que la proposition
de Cambon soit adoptee.




XXXIV

DISCOURS POUR QUE LE COMITE DE SALUT PUBLIC SOIT ERIGE EN GOUVERNEMENT
PROVISOIRE

(1er aout 1793)


Ce discours est un des plus importants de la carriere politique de
Danton. C'est de lui que sortit la dictature jacobine et terroriste
qui souleva la France et lui assura la victoire. Danton, president
depuis le 25 juillet, descendit du fauteuil a la tribune pour le
prononcer apres une motion violente de Couthon. Ce dernier, apres
avoir declare: "Le gouvernement anglais nous fait une guerre
d'assassins", demanda a la Convention d'infliger aux Francais placant
des fonds a Londres une amende egale a celle de l'argent depose, et
d'obliger les deposants, sous peine de la meme amende, a declarer
leurs depots dans le mois suivant la publication du decret propose. Le
discours de Danton suivit aussitot cette motion.

* * * * *

J'appuie d'autant plus ces propositions que le moment est arrive
d'etre politique. Sans doute un peuple republicain ne fait pas la
guerre a ses ennemis par la corruption, l'assassinat et le poison.
Mais le vaisseau de la raison doit avoir son gouvernail, c'est la
saine politique. Nous n'aurons de succes que lorsque la Convention, se
rappelant que l'etablissement du Comite de Salut public est une des
conquetes de la liberte, donnera a cette institution l'energie et le
developpement dont elle peut etre susceptible. Il a, en effet, rendu
assez de services pour qu'elle perfectionne ce genre de gouvernement.
N'en doutez pas, ce Cobourg qui s'avance sur votre territoire rend le
plus grand service a la Republique. Les memes circonstances que
l'annee derniere se reproduisent aujourd'hui; les memes dangers nous
menacent.... Mais le peuple n'est point use, puisqu'il a accepte la
Constitution; j'en jure par l'enthousiasme sublime qu'elle vient de
produire. Il a, par cette acceptation, contracte l'engagement de se
deborder tout entier contre les ennemis. Eh bien, soyons terribles,
faisons la guerre en lions. Pourquoi n'etablissons-nous pas un
gouvernement provisoire qui seconde, par de puissantes mesures,
l'energie nationale? Je le declare, je n'entrerai dans aucun comite
responsable. Je conserverai ma pensee tout entiere, et la faculte de
stimuler sans cesse ceux qui gouvernent, mais je vous donne un
conseil, j'espere que vous en profiterez. Il nous faut les memes
moyens qu'emploie Pitt, a l'exception de ceux du crime. Si vous
eussiez, il y a deux mois, eclaire les departements sur la situation
de Paris; si vous eussiez repandu partout le tableau fidele de votre
conduite; si le ministre de l'Interieur se fut montre grand et ferme,
et qu'il eut fait pour la Revolution ce que Roland a fait contre elle,
le federalisme et l'intrigue n'auraient pas excite de mouvements dans
les departements. Mais rien ne se fait. Le gouvernement ne dispose
d'aucun moyen politique.

Il faut donc, en attendant que la Constitution soit en activite et
pour qu'elle puisse l'etre, que votre Comite de Salut public soit
erige en gouvernement provisoire; que les ministres ne soient que les
premiers agents de ce Comite de gouvernement.

Je sais qu'on objectera que les membres de la Convention ne doivent
pas etre responsables. J'ai deja dit que vous etes responsables de la
liberte, et que si vous la sauvez, et alors seulement, vous obtiendrez
les benedictions du peuple. Il doit etre mis a la disposition de ce
Comite de gouvernement les fonds necessaires pour les depenses
politiques auxquelles nous obligent les perfidies de nos ennemis. La
raison peut etre servie a moindres frais que la perfidie; ce Comite
pourra enfin mettre a execution des mesures provisoires fortes, avant
leur publicite.

N'arrachons point en ce moment aux travaux de la campagne les bras
necessaires a la recolte. Prenons une premiere mesure, c'est de faire
un inventaire rigoureux de tous les grains. Pitt n'a pas seulement
joue sur nos finances; il a accapare, il a exporte nos denrees. Il
faudrait avant tout assurer tous les Francais que, si le ciel et la
terre nous ont si bien servis, nous n'aurons plus a craindre la
disette factice dans une annee d'abondance. Il faudra, apres la
recolte, que chaque commune fournisse un contingent d'hommes qui
s'enroleront d'autant plus volontiers que le terme de la campagne
approche. Chez un peuple qui veut etre libre, il faut que la nation
entiere marche quand sa liberte est menacee. L'ennemi n'a encore vu
que l'avant-garde nationale. Qu'il sente enfin le poids des efforts
reunis de cette superbe nation. Nous donnons au monde un exemple
qu'aucun peuple n'a donne encore. La nation francaise aura voulu
individuellement, et par ecrit, le gouvernement qu'elle a adopte; et
perisse un peuple qui ne saurait pas defendre un gouvernement aussi
solennellement jure!

Remarquez que dans la Vendee on fait la guerre avec plus d'energie que
nous. On fait marcher de force les indifferents. Nous qui stipulons
pour les generations futures; nous que l'univers contemple; nous qui,
meme en perissant tous, laisserions des noms illustres, comment se
fait-il que nous envisageons dans une froide inaction les dangers qui
nous menacent? Comment n'avons-nous pas deja entraine sur les
frontieres une masse immense de citoyens? Deja dans plusieurs
departements le peuple s'est indigne de cette mollesse, et a demande
que le tocsin du reveil general fut sonne. Le peuple a plus d'energie
que vous. La liberte est toujours partie de sa base. Si vous vous
montrez dignes de lui, il vous suivra; et vos ennemis seront
extermines.

Je demande que la Convention erige en gouvernement provisoire son
Comite de Salut public; que les ministres ne soient que les premiers
commis de ce gouvernement provisoire; qu'il soit mis 50 millions a la
disposition de ce gouvernement, qui en rendra compte a la fin de sa
session, mais qui aura la faculte de les employer tous en un jour,
s'il le juge utile.

Une immense prodigalite pour la cause de la liberte est un placement a
usure. Soyons donc grands et politiques partout. Nous avons dans la
France une foule de traitres a decouvrir et a dejouer. Eh bien, un
gouvernement adroit aurait une foule d'agents: et remarquez que c'est
par ce moyen que vous avez decouvert plusieurs correspondances
precieuses. Ajoutez a la force des armes, au developpement de la force
nationale, tous les moyens additionnels que les bons esprits peuvent
vous suggerer. Il ne faut pas que l'orgueilleux ministre d'un despote
surpasse en genie et en moyens ceux qui sont charges de regenerer le
monde.

Je demande, au nom de la posterite, car si vous ne tenez pas d'une
main ferme les renes du gouvernement, vous affaiblissez plusieurs
generations par l'epuisement de la population; enfin vous les
condamneriez a la servitude et a la misere; je demande, dis-je, que
vous adoptiez sans delai ma proposition.

Apres, vous prendrez une mesure pour inventorier toutes les moissons.
Vous ferez surveiller les transports, afin que rien ne puisse
s'ecouler par les ports ou par les frontieres. Vous ferez faire aussi
l'inventaire des armes. A partir d'aujourd'hui vous mettrez a la
disposition du gouvernement 400 millions pour fondre des canons, faire
des fusils et des piques. Dans toutes les villes un peu considerables,
l'enclume ne doit etre frappee que pour la fabrication du fer que vous
devez tourner contre vos ennemis. Des que la moisson sera finie, vous
prendrez dans chaque commune une force additionnelle, et vous verrez
que rien n'est desespere. Au moins a present, vous etes purges des
intrigants; vous n'etes plus genes dans votre marche; vous n'etes plus
tirailles par les factions; et nos ennemis ne peuvent plus se vanter,
comme Dumouriez, d'etres maitres d'une partie de la Convention. Le
peuple a confiance en vous. Soyez grands et dignes de lui; car si
votre faiblesse vous empechait de le sauver, il se sauverait sans vous
et l'opprobre vous resterait.

* * * * *

Apres une courte intervention de Saint-Andre, de Cambon et de Barere,
Danton, repondant a ce dernier offrant sa demission de membre d'un
comite charge du maniement des fonds, dit:

* * * * *

Ce n'est pas etre homme public que de craindre la calomnie. Lorsque
l'annee derniere, dans le conseil executif, je pris seul sur ma
responsabilite les moyens necessaires pour donner la grande impulsion,
pour faire marcher la nation sur les frontieres; je me dis: qu'on me
calomnie, je le prevois, il ne m'importe; dut mon nom etre fletri, je
sauverai la liberte. Aujourd'hui la question est de savoir s'il est
bon que le Comite de gouvernement ait des moyens de finances, des
agents, etc., etc. Je demande qu'il ait a sa disposition 50 millions,
avec cet amendement, que les fonds resteront a la tresorerie nationale
et n'en seront tires que sur des arretes du Comite.

* * * * *

Robespierre, Couthon, Lacroix et Thiriot prirent ensuite part a la
discussion, qui fut cloturee par cette declaration de Danton:

* * * * *

Je declare que, puisqu'on a laisse a moi seul le poids de la
proposition que je n'ai faite qu'apres avoir eu l'avis de plusieurs de
mes collegues, meme des membres du Comite de salut public, je declare,
comme etant un de ceux qui ont toujours ete les plus calomnies, que je
n'accepterai jamais de fonctions dans ce Comite; j'en jure par la
liberte de ma patrie.




XXXV

SUR LES SUSPECTS

(12 aout 1793)


Les Assemblees primaires envoyerent a la Convention nationale une
petition que celle-ci accueillit dans sa seance du 12 aout.
L'arrestation des suspects y etait demandee sur tout le territoire de
la Republique. Danton appuya la demande et proposa, en outre, de
conferer aux commissaires des assemblees primaires le droit de mettre
en requisition 400.000 hommes contre les ennemis du Nord.

* * * * *

Les deputes des assemblees primaires viennent d'exercer parmi nous
l'initiative de la terreur contre les ennemis de l'interieur.
Repondons a leurs voeux; non, pas d'amnistie a aucun traitre. L'homme
juste ne fait point de grace au mechant. Signalons la vengeance
populaire par le glaive de la loi sur les conspirateurs de
l'interieur; mais sachons donc mettre a profit cette memorable
journee. On vous a dit qu'il fallait se lever en masse; oui, sans
doute, mais il faut que ce soit avec ordre.

C'est une belle idee que celle que Barere vient de nous donner, quand
il vous a dit que les commissaires des assemblees primaires devaient
etre des especes de representants du peuple, charges d'exciter
l'energie des citoyens pour la defense de la constitution. Si chacun
d'eux pousse a l'ennemi vingt hommes armes, et ils doivent etre a peu
pres huit mille commissaires, la patrie est sauvee. Je demande qu'on
les investisse de la qualite necessaire pour faire cet appel au
peuple; que, de concert avec les autorites constituees et les bons
citoyens, ils soient charges de faire l'inventaire des grains, des
armes, la requisition des hommes, et que le Comite de salut public
dirige ce sublime mouvement. C'est a coups de canon qu'il faut
signifier la constitution a nos ennemis. J'ai bien remarque l'energie
des hommes que les sections nationales nous ont envoyes, j'ai la
conviction qu'ils vont tous jurer de donner, en retournant dans leurs
foyers, cette impulsion a leurs concitoyens.

Je demande donc qu'on mette en etat d'arrestation tous les hommes
vraiment suspects; mais que cette mesure s'execute avec plus
d'intelligence que jusqu'a present, ou, au lien de saisir les grands
scelerats, les vrais conspirateurs, on a arrete des hommes plus
qu'insignifiants. Ne demandez pas qu'on les mene a l'ennemi, ils
seraient dans nos armees plus dangereux qu'utiles. Enfermons-les, ils
seront nos otages. Je demande que la Convention nationale, qui doit
etre maintenant penetree de toute sa dignite, car elle vient d'etre
revetue de toute la force nationale, je demande qu'elle decrete
qu'elle investit les commissaires des assemblees primaires du droit de
dresser l'etat des armes, des subsistances, des munitions, et de
mettre en requisition 400.000 hommes contre nos ennemis du Nord.




XXXVI

SUR L'INSTRUCTION GRATUITE ET OBLIGATOIRE

(13 aout 1793)


C'est dans ce discours qu'on a, fort heureusement, pris une des
epigraphes qui ornent la statue de Danton. C'est que jamais plus
nobles paroles et plus nobles pensees ne furent exprimees dans la
grande tourmente revolutionnaire. C'est a elles que la democratie
moderne doit l'instruction dont elle jouit.

* * * * *

Citoyens, apres la gloire de donner la liberte a la France, apres
celle de vaincre ses ennemis, il n'en est pas de plus grande que de
preparer aux generations futures une education digne de la liberte;
tel fut le but que Lepeletier se proposa. Il partit de ce principe que
tout ce qui est bon pour la societe doit etre adopte par ceux qui ont
pris part au contrat social. Or, s'il est bon d'eclairer les hommes,
notre collegue, assassine par la tyrannie, merita bien de l'humanite.
Mais que doit faire le legislateur? Il doit concilier ce qui convient
aux principes et ce qui convient aux circonstances. On a dit contre le
plan que l'amour paternel s'oppose a son execution: sans doute il faut
respecter la nature meme dans ses ecarts. Mais, si nous ne decretons
pas l'education imperative, nous ne devons pas priver les enfants du
pauvre de l'education.

La plus grande objection est celle de la finance; mais j'ai deja dit
qu'il n'y a point de depense reelle la ou est le bon emploi pour
l'interet public, et j'ajoute ce principe, que l'enfant du peuple sera
eleve aux depens du superflu des hommes a fortunes scandaleuses. C'est
a vous, republicains celebres, que j'en appelle; mettez ici tout le
feu de votre imagination, mettez-y toute l'energie de votre caractere,
c'est le peuple qu'il faut doter de l'education nationale. Quand vous
semez dans le vaste champ de la Republique, vous ne devez pas compter
le prix de cette semence. Apres le pain, l'education est le premier
besoin du peuple. Je demande qu'on pose la question: sera-t-il forme
aux depens de la nation des etablissements ou chaque citoyen aura la
faculte d'envoyer ses enfants pour l'instruction publique?

Apres une intervention de Charlier, Guyomard et Robespierre, Danton
continua:

C'est aux moines, cette espece miserable, c'est au siecle de Louis
XIV, ou les hommes etaient grands par leurs connaissances, que nous
devons le siecle de la philosophie, c'est-a-dire de la raison mise a
la portee du peuple; c'est aux jesuites, qui se sont perdus par leur
ambition politique, que nous devons ces elans sublimes qui font naitre
l'admiration. La Republique etait dans les esprits vingt ans au moins
avant sa proclamation. Corneille faisait des epitres dedicatoires a
Montoron, mais Corneille avait fait le Cid, Cinna; Corneille avait
parle en Romain, et celui qui avait dit: "Pour etre plus qu'un roi, tu
te crois quelque chose", etait un vrai republicain.

Allons donc a l'instruction commune; tout se retrecit dans l'education
domestique, tout s'agrandit dans l'education commune. On a fait une
objection en presentant le tableau des affections paternelles; et moi
aussi, je suis pere, et plus que les aristocrates qui s'opposent a
l'education commune, car ils ne sont pas surs de leur paternite. Eh
bien, quand je considere ma personne relativement au bien general, je
me sens eleve; mon fils ne m'appartient pas, il est a la Republique;
c'est a elle a lui dicter ses devoirs pour qu'il la serve bien.

On a dit qu'il repugnerait aux coeurs des cultivateurs de faire le
sacrifice de leurs enfants. Eh bien, ne les contraignez pas,
laissez-leur-en la faculte seulement. Qu'il y ait des classes ou il
n'enverra ses enfants que le dimanche seulement, s'il le veut. Il faut
que les institutions forment les moeurs. Si vous attendiez pour l'Etat
une regeneration absolue, vous n'auriez jamais d'instruction. Il est
necessaire que chaque homme puisse developper les moyens moraux qu'il
a recus de la nature. Vous devez avoir pour cela des maisons communes,
facultatives, et ne point vous arreter a toutes les considerations
secondaires. Le riche payera, et il ne perdra rien s'il veut profiter
de l'instruction pour son fils. Je demande que, sauf les modifications
necessaires, vous decretiez qu'il y aura des etablissements nationaux
ou les enfants seront instruits, nourris et loges gratuitement, et des
classes ou les citoyens qui voudront garder leurs enfants chez eux
pourront les envoyer s'instruire.




XXXVII

SUR LES CREANCIERS DE LA LISTE CIVILE ET LES REQUISITIONS
DEPARTEMENTALES

(14 aout 1793)


Mallarme, dans la seance du 14 aout, proposa a la Convention de payer
aux boulanger, boucher et autres employes de la liste civile ce qui
leur demeurait du. Il n'exceptait de cette mesure que les creanciers
ayant prete de l'argent "au ci-devant roi pour l'aider a etouffer la
liberte naissante". (_Moniteur_, n deg. 227.) Danton s'opposa en ces
termes a la proposition de Mallarme:

* * * * *

Il doit paraitre etonnant a tout bon republicain que l'on propose de
payer les creanciers de la ci-devant liste civile, tandis que le
decret qui accorde des indemnites aux femmes et enfants des citoyens
qui versent leur sang pour la patrie reste sans execution. Aucun homme
de bonne foi ne peut disconvenir que les creanciers de la liste civile
ne fussent les complices du tyran dans le projet qu'il avait forme
d'ecraser le peuple francais. La distinction faite par Mallarme est
nulle pour des hommes clairvoyants. On sait qu'il y avait des
aristocrates qui pretaient des sommes d'argent au tyran, duquel ils
recevaient des reconnaissances portant qu'ils lui avaient fourni telle
quantite de telle ou telle marchandise. Je demande que la Convention
decrete que la nation ne paiera aucun creancier du ci-devant roi. Je
demande aussi que la liste de ses creanciers soit imprimee, afin que
le peuple les connaisse.

* * * * * Les propositions de Danton furent adoptees. Barere
monta aussitot a la tribune et demanda, au nom du Comite de salut
public, d'etendre les devoirs des envoyes des assemblees primaires et
de les charger de faire un appel au peuple. Danton proposa de les
obliger, en outre, a de nouvelles requisitions.

* * * * *

En parlant a l'energie nationale, en faisant appel au peuple, je crois
que vous avez pris une grande mesure, et le Comite de salut public a
fait un rapport digne de lui, en faisant le tableau des dangers que
court la patrie, et des ressources qu'elle a, en parlant des
sacrifices que devaient faire les riches, mais il ne nous a pas tout
dit. Si les tyrans mettaient notre liberte en danger, nous les
surpasserions en audace, nous devasterions le sol francais avant
qu'ils pussent le parcourir, et les riches, ces vils egoistes,
seraient les premiers la proie de la fureur populaire. Vous qui
m'entendez, repetez ce langage a ces memes riches de vos communes;
dites-leur: "Qu'esperez-vous, malheureux? Voyez ce que serait la
France si l'ennemi l'envahissait, prenez le systeme le plus favorable.
Une regence conduite par un imbecile, le gouvernement d'un mineur,
l'ambition des puissances etrangeres, le morcellement du territoire
devoreraient vos biens; vous perdriez plus par l'esclavage que par
tous les sacrifices que vous pourriez faire pour soutenir la liberte."

Il faut qu'au nom de la Convention nationale, qui a la foudre
populaire entre les mains, il faut que les envoyes des assemblees
primaires, la ou l'enthousiasme ne produira pas ce qu'on a droit d'en
attendre, fassent des requisitions a la premiere classe. En reunissant
la chaleur de l'apostolat de la liberte a la rigueur de la loi, nous
obtiendrons pour resultat une grande masse de forces. Je demande que
la Convention donne des pouvoirs plus positifs et plus etendus aux
commissaires des assemblees primaires, et qu'ils puissent faire
marcher la premiere classe en requisition. Je demande qu'il soit nomme
des commissaires pris dans le sein de la Convention pour se concerter
avec les delegues des assemblees primaires, afin d'armer cette force
nationale, de pourvoir a sa subsistance, et de la diriger vers un meme
but. Les tyrans, en apprenant ce mouvement sublime, seront saisis
d'effroi, et la terreur que repandra la marche de cette grande masse
nous en fera justice. Je demande que mes propositions soient mises aux
voix et adoptees.

* * * * *

"Les propositions de Danton sont decretees au milieu des
applaudissements." (_Moniteur_, n deg. 227.)




XXXVIII

SUR DE NOUVELLES MESURES REVOLUTIONNAIRES

(4 septembre 1793)


C'est, une nouvelle fois, le plus vif amour du peuple qui inspira ce
discours de Danton en reponse a la denonciation de Bazire d'une
contre-revolution sectionnaire. Grace a lui, une indemnite de deux
francs par jour fut accordee aux citoyens assistant aux assemblees de
sections. Ce ne fut que par un decret du 4 fructidor an II que cette
mesure fut abolie. Les propositions de Danton furent toutes trois
adoptees dans cette seance.

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