A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

NIELS HENRIK ABEL

G >> G. MITTAG LEFFLER >> NIELS HENRIK ABEL

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5



Il resulte de la correspondance de Gauss et de Schumacher, que celui-ci,
au cours d'une visite que Gauss lui fit a Altona au printemps de 1827,
parla de la publication prochaine de Jacobi, et promit a Gauss de lui
envoyer l'article de Jacobi avant l'impression. Schumacher savait en effet
que Gauss s'etait occupe deja depuis 1796 de la theorie des fonctions
elliptiques, et qu'il etait en possession depuis 1800 d'une theorie
complete dans toutes les parties essentielles. Il envoya suivant sa
promesse l'article de Jacobi a Gauss, en le priant d'y ajouter une note,
mais l'article lui fut renvoye avec la simple affirmation rapide que Gauss
estimait plus convenable de " rester completement hors du jeu " (_ganz aus
dem Spiele zu bleiben_). Il en alla tout autrement lorsque Gauss eut
connaissance des _Recherches_ d'Abel. Crelle avait ecrit a Gauss et lui
avait demande de publier aussi ses propres recherches sur les fonctions
elliptiques. Gauss declina l'offre. Il avait pour le moment autre chose a
faire.

En outre, Abel m'a devance pour un bon tiers de mon travail. Il a
suivi exactement la meme voie ou je suis entre en 1798. Aussi ne suis-
je pas surpris qu'il soit parvenu, pour la plus grande part, au meme
resultat. Comme de plus il montre dans sa composition une acuite, une
profondeur et une elegance extremes, je me vois delie de l'obligation
de rediger mes propres recherches.

Paroles stupefiantes pour tous les petits professeurs avec leurs
reclamations incessantes pour la priorite, leur course mesquine vers un
ideal embrume. Et notez qu'il s'agit ici d'une decouverte qui est l'une
des plus grandes de la pensee humaine, de la fondation d'une theorie, dont
la portee s'etend jusqu'a un avenir impenetrable, et que personne, plus
nettement que Gauss, lui-meme, ne pouvait apprecier l'importance de la
theorie nouvelle. Il n'y a pas un mot sur Jacobi dans la lettre a Crelle;
mais ailleurs, dans une lettre a Schumacher, Gauss a fait en passant une
comparaison entre Jacobi et Abel. Il approuve que Schumacher, par son
attitude, ecarte les questions dont M. Jacobi l'" importune ", et dit que
si Jacobi s'adresse directement a lui, Gauss, il lui repondra, " bien que
ces questions soient exprimees peu clairement, et soient, a mon avis,
apres l'apparition du travail d'Abel (qui, entre nous, m'a devance pour un
bon tiers de mes propres recherches, et concorde avec celles-ci en partie
jusque dans le choix des lettres), tres oiseuses ".

Le travail d'Abel, _Recherches sur les fonctions elliptiques_, fut publie
en deux parties, la premiere dans le second, la deuxieme dans le troisieme
volume du Journal de Crelle. La premiere partie parut, comme nous avons
vu, en septembre 1827. La suite fut envoyee par Abel a Crelle le 12
fevrier 1828. Abel avait eu connaissance dans l'intervalle de l'article de
Jacobi dans les _Astronomische Nachrichten_, et montrait en quelques
pages, dans une " addition au memoire precedent ", que le resultat de
Jacobi etait contenu dans les siens. J'avais cru longtemps avoir des
raisons de douter qu'il existat encore une autre partie, jusqu'ici
inconnue, des _Recherches_, et j'en avais vainement recherche le manuscrit
pendant plusieurs annees. Enfin, il y a quelques annees, un hasard
favorable mit ce manuscrit entre mes mains, et j'eus le bonheur de pouvoir
donner en tete du premier des trois volumes des _Acta mathematica_,
publies a l'occasion du centenaire d'Abel et entierement consacres a sa
memoire, les _Recherches sur les fonctions elliptiques, par N.-H. Abel.
Second memoire_. Ce second memoire est date de Kristiania, 27 aout 1828,
et, comme le premier, etait destine au journal de Crelle. Crelle ne publia
cependant que le premier de ses cinq paragraphes. Il est difficile d'en
donner le motif avec certitude, mais on ne doit pas s'ecarter beaucoup de
la verite en presumant que ce memoire tout simplement n'a pas ete compris.
S'il avait ete publie dans son entier, Abel serait certainement apparu
pour ses contemporains, des la premiere heure, comme le seul fondateur de
la theorie des fonctions elliptiques.

Les premieres publications d'Abel et de Jacobi en septembre 1827 furent
suivies de toute une serie d'autres, par les deux auteurs et aboutirent,
du cote de Jacobi, a l'ouvrage classique _Fundamenta nova theoriae
functionum ellipticarum_, qui parut en 1829, un mois environ apres la mort
d'Abel. Bjerknes a certainement raison lorsqu'il montre la dependance
constante des recherches et des resultats de Jacobi a l'egard des
resultats d'Abel, tandis que l'inverse ne s'est pas produit une seule
fois. Il a raison egalement lorsqu'il affirme que cette relation n'a ete
indiquee par Jacobi que partiellement, et chaque fois tres incompletement.
Mais je crois qu'il a tort lorsqu'il veut voir la, de la part de Jacobi,
une intention consciente de defigurer la verite historique, et de s'elever
au detriment d'Abel. Jacobi etait un grand mathematicien qui avait un don
brillant pour les formules, une maitrise de la langue formulaire des
mathematiques comme bien peu l'ont eue, soit avant, soit apres lui, mais
il etait de beaucoup inferieur a Abel pour le genie et la puissance de la
pensee. Il revetait son expose d'une forme qui lui etait particuliere, et
s'ecartait notablement de celle d'Abel. Il repensait les pensees d'Abel
habillees par lui d'un costume nouveau, et il ne les reconnaissait plus,
et croyait qu'elles etaient de lui. Telle est la regle ordinaire pour le
commun des hommes, cette regle s'applique presque sans changement a
messieurs les savants, et ne perd sa valeur que pour les tres grands. Et
Jacobi n'etait pas un tres grand. Weierstrass ecrit a Sophie Kowalevski a
propos d'une reflexion sur Kronecker:

Il y a encore chez lui un defaut, que l'on trouve chez beaucoup
d'hommes tres intelligents, notamment parmi ceux de race semitique,
ils ne possedent pas une imagination suffisante (je devrais plutot
dire intuition), et il est certain qu'un mathematicien qui n'est pas
quelque peu poete, ne sera jamais un mathematicien complet. Les
comparaisons sont instructives: le regard qui embrasse tout, dirige
vers les sommets, vers l'ideal, designe Abel comme superieur a
Jacobi... d'une maniere eclatante.

L'opinion de Weierstrass est a beaucoup d'egards du plus haut interet. A
cote de l'ecole de la rigueur mathematique, dont les representants
modernes les plus eminents sont Gauss et Cauchy, Abel et Weierstrass lui-
meme, une autre ecole s'est peu a peu developpee, qui pretend apercevoir
grace a certaines des vues _geometriques_ des chemins de traverse vers les
verites mathematiques. On represente volontiers, dans cette ecole, la
methode de Weierstrass comme une sorte de logique arithmetique, presque
scholastique, et l'on professe que les veritables decouvertes ne se font
jamais par voie purement deductive, ou chaque proposition se lie
inflexiblement a la precedente. Ceci est absolument juste, mais l'exemple
d'Abel montre que c'est une erreur de regarder les vues geometriques comme
la source unique de decouvertes nouvelles. Abel ne se livre jamais a des
considerations geometriques, et n'a jamais montre le moindre interet pour
les propositions ou les methodes geometriques. Pourtant il avait un don
d'intuition comme peu d'hommes l'ont eu avant ou apres lui. Et c'est ce
don qui l'a conduit a ses grandes decouvertes. Mais en meme temps, il
etait tout a fait oppose a cette pretention qu'affichent les protagonistes
des vues geometriques en analyse: faire accepter comme demontrees
rigoureusement des theoremes qu'ils deduisent de vagues considerations
spatiales. Abel etait trop grand comme penseur pour une telle pretention.
Il avait vu trop profondement la connexion intime des choses pour ne pas
savoir que meme son intuition avait besoin du controle d'une deduction
rigoureuse.

L'expression de Weierstrass, que le veritable mathematicien est poete,
peut paraitre au grand public singulierement etrange. Il en est pourtant
ainsi. L'expression n'implique pas seulement qu'il faut au mathematicien,
de meme qu'au poete, de l'imagination et de l'intuition. Ceci est vrai
pour toutes les sciences, nulle part toutefois au meme degre que dans les
mathematiques. Mais l'expression a aussi une signification d'une portee
plus grande. Les meilleurs travaux d'Abel sont de veritables poemes
lyriques d'une beaute sublime, ou la perfection de la forme laisse
transparaitre la profondeur de la pensee, en meme temps qu'elle remplit
l'imagination de tableaux de reve tires d'un monde d'idees ecarte, plus
eleve au-dessus de la banalite de la vie et plus directement emane de
l'ame meme que tout ce qu'a pu produire aucun poete au sens ordinaire du
mot. Il ne faut pas oublier, en effet, a quel point la langue
mathematique, faite pour les besoins de pensee les plus hauts de
l'humanite, est superieure a notre langue ordinaire. Il ne faut pas
oublier non plus que la pensee interieure y est plus completement et plus
clairement exprimee que dans aucun autre domaine humain.

Nous avons vu comment la misere la plus pressante fut secourue par la
subvention de 200 sp. qu'Abel obtint le 4 septembre 1827. Sa situation
economique devait par la suite s'ameliorer encore, bien que lentement et
insuffisamment. Le voyage de Hansteen en Siberie devait commencer en 1828,
et il s'agissait, les elements d'astronomie etant compris dans l'examen de
philosophie, de trouver quelqu'un qui put, en l'absence de Hansteen, faire
son cours d'astronomie. Abel fut propose, et nomme le 10 mars 1828, avec
un traitement annuel de 400 sp.[Note: 2.160 francs environ.], soit 200 sp.
de moins qu'il n'etait attribue d'habitude pour des fonctions de ce genre.

Abel continuait a manquer d'argent, et cette situation provisoire ne
promettait d'ailleurs rien pour l'avenir. Sa resolution de se consacrer
entierement a la science, et sa repugnance a l'egard de toute occupation
qui pouvait le distraire de ses travaux scientifiques etaient peut-etre
plus fortes que jamais. Aussi est-il naturel qu'il ait vu avec plaisir
Crelle s'occuper de lui trouver a Berlin un emploi a sa mesure, et que
Crelle ait eu a cet effet son entiere approbation. Crelle avait sans doute
informe Abel, en juin 1828, qu'il avait alors les plus grandes chances, et
Abel, qui desirait toujours rester dans son pays, ecrit aussitot, le 21
juin 1828, au College academique:

Comme en ce moment s'ouvre devant moi la perspective d'une nomination
a l'etranger, savoir, a l'Universite de Berlin, je prends la liberte a
ce propos de m'adresser au haut Conseil, afin de savoir par lui si je
puis obtenir une situation stable ici. C'est certainement mon desir le
plus intime de passer ma vie dans mon pays, si cela est possible d'une
maniere qui puisse me suffire; sinon, je ne crois pas devoir refuser
un moyen d'assurer mon avenir, qui m'apparait ici tres precaire. Si
une situation stable ne pouvait pas m'etre assuree maintenant,
j'oserais esperer que ma situation a l'Universite ne pourrait pas etre
un empechement a ce que je cherche a obtenir une place a Berlin. Si
plus tard une carriere s'ouvre ici pour moi, il n'y aura certes de ma
part aucune opposition a ce que je revienne, si j'ose encore nourrir
cet espoir. Comme j'ai ete invite de la maniere la plus pressante a
donner ma reponse au premier jour, j'oserai peut-etre prier le haut
Conseil de traiter cette affaire le plus vite possible. Ceci est pour
moi de la plus haute importance. Respectueusement. N. Abel.

Le College academique s'adresse le jour meme au chancelier, avec un
conseil chaleureux de procurer a Abel une situation convenable en Norvege.
Le chancelier, des le 24 juin, s'adresse au ministre de l'Instruction
publique en termes tout aussi chaleureux. Mais le 30 juin intervient la
lettre suivante d'Abel au ministere de l'Instruction publique:

Je desire que soit mise de cote jusqu'a nouvel ordre l'affaire
mentionnee dans ma lettre au Conseil academique du 21 juin 1828, qui a
ete adressee au ministere royal. Respectueusement. N. H. Abel, docent
delegue.

Des difficultes etaient survenues a Berlin, et Crelle, dans une nouvelle
lettre, avait impose a Abel une rigoureuse discretion. Cependant la
question d'une nomination d'Abel a Berlin, et sa demarche officielle,
furent connues, et devinrent l'objet de commentaires dans la presse, ce
qui ne pouvait que compromettre Abel a Berlin. On ne peut s'empecher
d'observer que tout cet episode de l'histoire d'Abel, avec cette
discussion publique d'affaires strictement confidentielles, a une grande
ressemblance avec des procedes analogues chez nos freres norvegiens, a une
epoque plus recente, procedes qui ont toujours excite en Suede une vive
surprise. Abel ecrit lui-meme a Mme Hansteen le 21 juillet 1828:

En sorte que j'en suis au meme point qu'auparavant, c'est meme plutot
pis, car j'ai ete ridiculise ici, et je peux l'etre a l'etranger
(voyez un edifiant morceau dans un journal publie par l'editeur
Schiwe, _Dernieres histoires de Kristiania et de Stockholm_, n 1, p.
6). Je ne veux pas repondre, afin de ne pas prolonger une vilaine
affaire. Ca pourra passer maintenant pour un mensonge de journal, _et
enfin le temps tue tout_ [Note: En francais dans le texte.]. Quoi
qu'il en soit, il est peu probable que je cherche quelque chose encore
a Kristiania. Je prefere travailler dur avec ce que j'ai tant que ca
durera. Mais j'ai appris a me taire; c'est une bonne chose. Crelle m'a
lave la tete au sujet de mon bavardage, car bien que je ne lui aie pas
dit ce que j'avais dit, je peux bien voir qu'il est _au fait_. Il
m'invite en attendant a etre tout a fait muet... C'est surtout pour ma
fiancee que cela me fait de la peine. Elle est trop bonne.

Il ecrit aussi a Holmboe, le 29 juin:

C'est sans doute a ton retour de Copenhague que cette lettre t'est
adressee, mais tu n'as pas besoin de raconter ce que je t'ecris. Il
s'agit du voyage a Berlin. Il est fichu, et moi, par suite, presque
autant. Crelle m'a ecrit, il y a dimanche huit jours, que quelqu'un
_tombe du ciel_ [Note: _Vom Himmel gefallen_ (en allemand dans le
texte).] est arrive, qui voulait faire valoir ses droits et qu'il
fallait caser. Dieu sait qui c'est, mais n'importe, l'animal a pris ma
place. Il ecrit d'ailleurs que, bien que ce soit douteux, il ne faut
pas que je perde tout espoir, et que ce sera possible plus tard. En
octobre j'aurai une reponse ferme. Mais tu ne le diras pas. Rien que
ceci, que je n'ai jamais du aller, et que je n'irai pas a Berlin, ce
qui est conforme a la verite. Cela n'a guere plu a Crelle que j'en aie
parle.

Ces lettres sont ecrites de l'usine de Froland, ou Abel etait l'hote du
proprietaire Smith, et ou sa fiancee Christine Kemp etait institutrice des
enfants. Il ecrit de la encore en aout 1828 a Mme Hansteen:

Je suis pauvre comme un rat d'eglise, n'ayant maintenant pas plus
de 1 sp. 60, qu'il faut que je donne comme pourboire.

En septembre 1828 il est de retour a Kristiania, d'ou il ecrit a Mme
Hansteen, qui etait alors a Copenhague:

Comme c'est etrange, je ne peux pas me mettre dans la tete que vous
etes partie, et je suis souvent sur le point d'aller chez vous. Me
voici donc presque absolument seul. Je vous assure que je ne frequente
litteralement pas une seule personne. Cependant cela ne me manquera
pas tout d'abord, car j'ai horriblement a travailler pour le
_Journal_. J'aurai dorenavant 1 ducat par feuille d'impression, Crelle
me l'a offert de lui-meme. Mais il n'en sortira naturellement pas
grand'chose, et ma situation genee m'a fait accepter. Je viens de
recevoir hier une lettre de Crelle ou il dit qu'il y a toujours espoir
que je puisse venir a Berlin, et que bientot on pourra etre fixe si
cela aboutit ou non.

Il lui ecrit encore en novembre 1828:

Je n'ai peut-etre pas ete tout a fait envers elle (evidemment sa
fiancee) comme j'aurais du, mais maintenant nous sommes d'accord et
nous nous entendons bien ensemble. Je me suis beaucoup corrige, et
j'espere qu'un jour nous vivrons heureux ensemble. Mais quand cet
heureux moment viendra-t-il, je ne sais. Pourvu qu'il ne soit pas trop
eloigne. Cela me fait de la peine pour ma Crelly, qui sera obligee de
travailler si dur... J'en suis toujours a 400 sp. et je suis dans les
dettes jusqu'au cou, mais je m'en suis tout de meme un peu degage. En
attendant, ma precedente hotesse " la Reine " n'a pas recu un
skilling, et je lui dois 82 sp. A la banque, j'ai reussi a diminuer
jusqu'a 160, et chez le marchand de drap de 45 a 20. En outre, je dois
au cordonnier, au tailleur et au restaurateur, mais d'ailleurs je
n'emprunte pas. Mais il ne faut pas vous apitoyer sur moi pour cela.
Je m'en tirerai bien.

Finalement Abel, las de ces soucis, se decide a s'adresser au
gouvernement. Il ecrit le 6 decembre 1828:

Au Roi. Par decret gracieux du 6 fevrier de cette annee, j'ai ete
nomme, pendant l'absence du professeur Hansteen, pour un voyage
scientifique en Siberie, docent a l'Universite charge des fonctions
du-dit professeur avec un traitement de 400 sp. Bien que ces
appointements fussent inferieurs a ce qui avait ete attribue aux
autres docents nommes a l'Universite, j'ai du cependant, vu ma
situation financiere, considerer comme une bonne fortune d'obtenir
n'importe quelle position compatible avec mes etudes, qui me procurat
les ressources strictement necessaires, et d'ailleurs j'ai trouve au
moins peu convenable, tant que je n'avais pas donne des preuves de mon
aptitude a l'enseignement, de demander aucune augmentation du
traitement gracieusement fixe. Depuis que j'ai fait le cours
d'astronomie a l'Universite, j'ai, d'une part, ete a meme de me rendre
compte jusqu'a quel point le temps que j'y consacre peut etre
considere comme suffisamment retribue, et d'autre part les directeurs
de l'Universite ont eu occasion de juger si je suis a la hauteur de
l'emploi qui m'est confie. J'ose donc humblement esperer que ma priere
ne sera pas consideree comme deplacee ou impertinente, si je demande
humblement a etre place, a partir du 1er janvier de l'annee prochaine,
dans les memes conditions que les autres docents de l'Universite, et
qu'il me soit par suite gracieusement attribue un traitement annuel de
600 sp. Humblement. Niels Henrik Abel.

Il fut fait droit a cette petition, ce qui fut annonce a Abel par le
College academique le 27 fevrier 1829. Cette nouvelle en croisa une autre
du 21 fevrier, partie de Froland, ou Abel passait les vacances de Noel.
Holmboe ecrit au College academique qu'Abel le prie d'informer le College
qu'il a eu une longue maladie, et qu'il ne pourra sans doute avant
longtemps revenir et faire ses cours. Son medecin A. C. Moller ecrit avec
plus de details, le meme jour, 21 fevrier:

Sur l'invitation de M. le docent Abel, et comme son medecin, le
soussigne s'empresse d'informer le haut conseil academique en son nom
-- car il n'est pas capable d'ecrire lui-meme -- que peu apres son
arrivee a l'usine de Froland, il a ete pris d'une forte congestion
pulmonaire et de grands crachements de sang qui ont cesse au bout de
peu de temps, mais qui pourtant, a cause d'une toux chronique
persistante et de sa grande faiblesse, l'ont jusqu'ici empeche de
quitter le lit, qu'il doit encore garder: il ne peut d'ailleurs pas
non plus supporter d'etre soumis au moindre changement de temperature.
Le plus inquietant est que sa toux seche chronique avec sensation de
piqure dans la poitrine fait presumer avec grande vraisemblance qu'il
souffre de tubercules caches dans la poitrine et la trachee, pouvant
facilement amener une phtisie consecutive, ce qui semble encore plus
probable, etant donnee sa constitution. Dans cet etat facheux de la
sante de M. le docent Abel, il est de la plus grande vraisemblance
qu'il ne pourra pas retourner a Christiania avant le printemps, et que
par suite il ne pourra pas remplir les fonctions dont il est charge,
meme au cas ou l'issue de sa maladie serait la plus favorable.
L'amelioration de son etat, et sa guerison complete, que l'on esperait
jusqu'ici, l'ont empeche jusqu'ici d'informer le haut conseil
academique, ce qui sans cela aurait deja ete fait.

La courte vie d'Abel se precipita. Le 6 avril 1829, a quatre heures de
l'apres- midi, tout etait fini. Abel avait alors vingt-six ans et huit
mois. L'hiver avait ete rigoureux, et le manteau de voyage d'Abel,
lorsqu'il etait parti pour passer la Noel a Froland, insuffisant a cause
de sa grande pauvrete. Il avait eu froid pendant le voyage, et quelques
jours apres son arrivee, il eut des crachements de sang, et dut se mettre
au lit pour ne plus en sortir. Vers le commencement de janvier, pourtant,
un mieux se produisit, et le 6 janvier 1829, date plus glorieuse dans
l'histoire de la civilisation que les jours de fete des rois, des
empereurs et des divers pays, Abel, au lit, ecrivit pour le journal de
Crelle la plus grande pensee de sa vie, le theoreme d'addition, aussitot
salue comme un _monumentum aere perennius_, et qui, cent ans apres la
naissance d'Abel, marque encore le plus haut point de developpement de la
mathematique. Le theoreme, il est vrai, etait compris dans le grand
memoire destine a l'Institut de Paris, qui reposait parmi les papiers de
Cauchy, mais Abel avait toutes raisons de craindre que ce memoire etait
perdu, et voulait en sauver l'idee fondamentale. Ce travail du 6 janvier
est le dernier de la main d'Abel. Une rechute eut lieu, et il posa pour
toujours sa plume assidue. Quelques rayons de lumiere venus du dehors
devaient du moins tomber sur ses derniers jours. Des informations
arriverent de Berlin, ou sa nomination etait pour ainsi dire certaine.
Elles furent confirmees de Paris par Legendre, qui le tenait d'Alexandre
de Humboldt. Il badinait avec sa fiancee: " Tu ne t'appelleras plus
madame, ni ma femme, on dira _Herr Professor mit seinem Gemahlin._ " (M.
le Professeur avec son epouse).

Sa Crelly, Christine Kemp, ne le quitta pas un instant. La lutte contre la
mort ne fut pas facile, mais elle refusa d'accepter aucun secours, afin
" de pouvoir posseder ces instants pour elle-meme ". Abel, par
l'intermediaire de la famille Smith, avait fait saluer Keilhau, son plus
intime ami, le priant de prendre soin de Crelly apres sa mort. " Elle
n'est pas belle -- ainsi s'exprimait-il -- elle a les cheveux rouges et
des taches de rousseur, mais c'est une femme admirable. "

Keilhau, a cette epoque, ne l'avait jamais vue. Mais il la connaissait par
Abel, et il ne tarda pas bien longtemps a exaucer le voeu de son ami en
informant la jeune femme, par l'intermediaire de Holmboe, de son espoir
qu'elle consentirait a l'epouser. Il vint a Froland au commencement de
1830, et ils se fiancerent; le mariage eut lieu plus tard, et ils vecurent
heureux et longtemps. Leur premier soin apres les fiancailles fut d'elever
avec l'aide de quelques-uns de ses amis les plus intimes, un monument sur
la tombe d'Abel.

Mais l'hommage essentiel a la memoire d'Abel devait etre la publication de
son oeuvre complete. La premiere initiative fut prise par un academicien
francais, le baron Maurice, genevois de naissance, qui d'ailleurs n'occupe
pas dans l'histoire des mathematiques une place autrement distinguee. Il
ecrivit a Son Excellence G. C. F. Loevenhjelm, ministre de Suede et
Norvege a Paris, et recommanda cette publication, qui pourrait etre faite
sous la forme d'un volume supplementaire au recueil de l'Academie des
sciences a Stockholm. Loevenhjelm ecrivit a son ami intime Berzelius, le 5
septembre 1831, et recommanda l'affaire dans les termes les plus
chaleureux.

Voyons: ne serait-ce pas un crime pour la science, et un benefice
perdu pour l'honneur et la celebrite scientifiques de la Scandinavie,
si des oeuvres qui ont a ce point eveille l'attention de l'Institut,
et merite a un professeur suppleant inconnu dans une universite
lointaine de tels jugements, -- si, dis-je, ces oeuvres devaient
demeurer inconnues en manuscrit, et peu a peu disparaitre du savoir
humain.

Il proposait pour sa part de se procurer les ressources necessaires par
quelque mecene.

Berzelius ecrivit a Hansteen le 27 septembre 1831:

Je ne peux etre juge des merites d'Abel, mais j'entends qu'ils sont
hautement apprecies dans la capitale de la France. Je dois donc croire
justifiees les louanges qu'ils obtiennent. Au cas ou un honneur
national serait a recueillir d'une telle publication, il appartient
incontestablement a la Norvege, et il incombe a l'Universite de
Christiania de preparer l'edition, a laquelle le Storthing, s'il y a
lieu, ne refusera pas de contribuer par une subvention. Mais je suis
d'autre part tellement habitue aux manieres de parler francaises, que
je peux tres bien me representer quelque savant francais, qui voudrait
acheter les oeuvres reunies sous une forme commode pour 15 ou 20
francs, et qui essayerait a cet effet de jouer de la grosse caisse. En
ce cas il ne faut pas etre la dupe de leurs propositions, mais en ce
cas aussi, ce sont les mathematiciens compatriotes d'Abel qu'il faut
laisser apprecier si, peut-etre, tout ne merite pas, parmi les ecrits
que ce jeune homme a publies, d'etre conserve par une reedition.

Pages:
1 | 2 | 3 | 4 | 5
Copyright (c) 2007. topboookz.com. All rights reserved.