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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

La Cite Antique

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Il parait que, meme sous la domination de cette aristocratie, la condition
de la classe inferieure s'ameliora. Car c'est alors que l'on voit
clairement cette classe obtenir la possession de lots de terre sous la
seule condition de payer une redevance qui etait fixee au sixieme de la
recolte. Ces hommes etaient ainsi presque emancipes; ayant un chez soi et
n'etant plus sous les yeux du maitre, ils respiraient plus a l'aise et
travaillaient a leur profit.

Mais telle est la nature humaine que ces hommes, a mesure que leur sort
s'ameliorait, sentaient plus amerement ce qu'il leur restait d'inegalite.
N'etre pas citoyens et n'avoir aucune part a l'administration de la cite
les touchait sans doute mediocrement; mais ne pas pouvoir devenir
proprietaires du sol sur lequel ils naissaient et mouraient, les touchait
bien davantage. Ajoutons que ce qu'il y avait de supportable dans leur
condition presente, manquait de stabilite. Car s'ils etaient vraiment
possesseurs du sol, pourtant aucune loi formelle ne leur assurait ni cette
possession ni l'independance qui en resultait. On voit dans Plutarque que
l'ancien patron pouvait ressaisir son ancien serviteur; si la redevance
annuelle n'etait pas payee ou pour toute autre cause, ces hommes
retombaient dans une sorte d'esclavage.

De graves questions furent donc agitees dans l'Attique pendant une suite
de quatre ou cinq generations. Il n'etait guere possible que les hommes de
la classe inferieure restassent dans cette position instable et
irreguliere vers laquelle un progres insensible les avait conduits; et
alors de deux choses l'une, ou perdant cette position ils devaient
retomber dans les liens de la dure clientele, ou decidement affranchis par
un progres nouveau ils devaient monter au rang de proprietaires du sol et
d'hommes libres.

On peut deviner tout ce qu'il y eut d'efforts de la part du laboureur,
ancien client, de resistance de la part du proprietaire, ancien patron. Ce
ne fut pas une guerre civile; aussi les annales atheniennes n'ont-elles
conserve le souvenir d'aucun combat. Ce fut une guerre domestique dans
chaque bourgade, dans chaque maison, de pere en fils.

Ces luttes paraissent avoir eu une fortune diverse suivant la nature du
sol des divers cantons de l'Attique. Dans la plaine ou l'eupatride avait
son principal domaine et ou il etait toujours present, son autorite se
maintint a peu pres intacte sur le petit groupe de serviteurs qui etaient
toujours sous ses yeux; aussi les _pedieens_ se montrerent-ils
generalement fideles a l'ancien regime. Mais ceux qui labouraient
peniblement le flanc de la montagne, les _diacriens_, plus loin du maitre,
plus habitues a la vie independante, plus hardis et plus courageux,
renfermaient au fond du coeur une violente haine pour l'eupatride et une
ferme volonte de s'affranchir. C'etaient surtout ces hommes-la qui
s'indignaient de voir sur leur champ " la borne sacree " du maitre, et de
sentir " leur terre esclave ". [3] Quant aux habitants des cantons voisins
de la mer, aux _paraliens_, la propriete du sol les tentait moins; ils
avaient la mer devant eux, et le commerce et l'industrie. Plusieurs
etaient devenus riches, et avec la richesse ils etaient a peu pres libres.
Ils ne partageaient donc pas les ardentes convoitises des diacriens et
n'avaient pas une haine bien vigoureuse pour les eupatrides. Mais ils
n'avaient pas non plus la lache resignation des pedieens; ils demandaient
plus de stabilite dans leur condition et des droits mieux assures.

C'est Solon qui donna satisfaction a ces voeux dans la mesure du possible.
Il y a une partie de l'oeuvre de ce legislateur que les anciens ne nous
font connaitre que tres-imparfaitement, mais qui parait en avoir ete la
partie principale. Avant lui, la plupart des habitants de l'Attique
etaient encore reduits a la possession precaire du sol et pouvaient meme
retomber dans la servitude personnelle. Apres lui, cette nombreuse classe
d'hommes ne se retrouve plus: le droit de propriete est accessible a tous;
il n'y a plus de servitude pour l'Athenien; les familles de la classe
inferieure sont a jamais affranchies de l'autorite des familles
eupatrides. Il y a la un grand changement dont l'auteur ne peut etre que
Solon.

Il est vrai que, si l'on s'en tenait aux paroles de Plutarque, Solon
n'aurait fait qu'adoucir la legislation sur les dettes en otant au
creancier le droit d'asservir le debiteur. Mais il faut regarder de pres a
ce qu'un ecrivain qui est si posterieur a cette epoque, nous dit de ces
dettes qui troublerent la cite athenienne comme toutes les cites de la
Grece et de l'Italie. Il est difficile de croire qu'il y eut avant Solon
une telle circulation d'argent qu'il dut y avoir beaucoup de preteurs et
d'emprunteurs. Ne jugeons pas ces temps-la d'apres ceux qui ont suivi. Il
y avait alors fort peu de commerce; l'echange des creances etait inconnu
et les emprunts devaient etre assez rares. Sur quel gage l'homme qui
n'etait proprietaire de rien, aurait-il emprunte? Ce n'est guere l'usage,
dans aucune societe, de preter aux pauvres. On dit a la verite, sur la foi
des traducteurs de Plutarque plutot que de Plutarque lui-meme, que
l'emprunteur engageait sa terre. Mais en supposant que cette terre fut sa
propriete, il n'aurait pas pu l'engager; car le systeme des hypotheques
n'etait pas encore connu en ce temps-la et etait en contradiction avec la
nature du droit de propriete. Dans ces debiteurs dont Plutarque nous
parle, il faut voir les anciens clients; dans leurs dettes, la redevance
annuelle qu'ils doivent payer aux anciens maitres; dans la servitude ou
ils tombent s'ils ne payent pas, l'ancienne clientele qui les ressaisit.

Solon supprima peut-etre la redevance, ou, plus probablement, en reduisit
le chiffre a un taux tel que le rachat en devint facile; il ajouta qu'a
l'avenir le manque de payement ne ferait pas retomber le laboureur en
servitude.

Il fit plus. Avant lui, ces anciens clients, devenus possesseurs du sol,
ne pouvaient pas en devenir proprietaires: car sur leur champ se dressait
toujours la borne sacree et inviolable de l'ancien patron. Pour
l'affranchissement de la terre et du cultivateur, il fallait que cette
borne disparut. Solon la renversa: nous trouvons le temoignage de cette
grande reforme dans quelques vers de Solon lui-meme: " C'etait une oeuvre
inesperee, dit-il; je l'ai accomplie avec l'aide des dieux. J'en atteste
la deesse Mere, la Terre noire, dont j'ai en maints endroits arrache les
bornes, la terre qui etait esclave et qui maintenant est libre. " En
faisant cela, Solon avait accompli une revolution considerable. Il avait
mis de cote l'ancienne religion de la propriete qui, au nom du dieu Terme
immobile, retenait la terre en un petit nombre de mains. Il avait arrache
la terre a la religion pour la donner au travail. Il avait supprime, avec
l'autorite de l'eupatride sur le sol, son autorite sur l'homme, et il
pouvait dire dans ses vers: " Ceux qui sur cette terre subissaient la
cruelle servitude et tremblaient devant un maitre, je les ai faits
libres. "

Il est probable que ce fut cet affranchissement que les contemporains de
Solon appelerent du nom de [Grec: seisachtheia] (secouer le fardeau). Les
generations suivantes qui, une fois habituees a la liberte, ne voulaient
ou ne pouvaient pas croire que leurs peres eussent ete serfs, expliquerent
ce mot comme s'il marquait seulement une abolition des dettes. Mais il a
une energie qui nous revele une plus grande revolution. Ajoutons-y cette
phrase d'Aristote qui, sans entrer dans le recit de l'oeuvre de Solon, dit
simplement: " Il fit cesser l'esclavage du peuple. " [4]


_3 Transformation de la clientele a Rome_.

Cette guerre entre les client et les patrons a rempli aussi une longue
periode de l'existence de Rome. Tite-Live, a la verite, n'en dit rien,
parce qu'il n'a pas l'habitude d'observer de pres le changement des
institutions; d'ailleurs les annales des pontifes et les documents
analogues ou avaient puise les anciens historiens que Tite-Live
compulsait, ne devaient pas donner le recit de ces luttes domestiques.

Une chose, du moins, est certaine. Il y a eu, a l'origine de Rome, des
clients; il nous est meme reste des temoignages tres precis de la
dependance ou leurs patrons les tenaient. Si, plusieurs siecles apres,
nous cherchons ces clients, nous ne les trouvons plus. Le nom existe
encore, non la clientele. Car il n'y a rien de plus different des clients
de l'epoque primitive que ces plebeiens du temps de Ciceron qui se
disaient clients d'un riche pour avoir droit a la sportule.

Il y a quelqu'un qui ressemble mieux a l'ancien client, c'est l'affranchi.
[5] Pas plus a la fin de la republique qu'aux premiers temps de Rome,
l'homme, en sortant de la servitude, ne devient immediatement homme libre
et citoyen. Il reste soumis au maitre. Autrefois on l'appelait client,
maintenant on l'appelle affranchi; le nom seul est change. Quant au
maitre, son nom meme ne change pas; autrefois on l'appelait patron, c'est
encore ainsi qu'on l'appelle. L'affranchi, comme autrefois le client,
reste attache a la famille; il en porte le nom, aussi bien que l'ancien
client. Il depend de son patron; il lui doit non-seulement de la
reconnaissance, mais un veritable service, dont le maitre seul fixe la
mesure. Le patron a droit de justice sur son affranchi, comme il l'avait
sur son client; il peut le remettre en esclavage pour delit d'ingratitude.
[6] L'affranchi rappelle donc tout a fait l'ancien client. Entre eux il
n'y a qu'une difference: on etait client autrefois de pere en fils;
maintenant la condition d'affranchi cesse a la seconde ou au moins a la
troisieme generation. La clientele n'a donc pas disparu; elle saisit
encore l'homme au moment ou la servitude le quitte; seulement, elle n'est
plus hereditaire. Cela seul est deja un changement considerable; il est
impossible de dire a quelle epoque il s'est opere.

On peut bien discerner les adoucissements successifs qui furent apportes
au sort du client, et par quels degres il est arrive au droit de
propriete. A l'origine le chef de la _gens_ lui assigne un lot de terre a
cultiver. [7] Il ne tarde guere a devenir possesseur viager de ce lot,
moyennant qu'il contribue a toutes les depenses qui incombent a son ancien
maitre. Les dispositions si dures de la vieille loi qui l'obligent a payer
la rancon du patron, la dot de sa fille, ou ses amendes judiciaires,
prouvent du moins qu'au temps ou cette loi fut ecrite il etait deja
possesseur viager du sol. Le client fait ensuite un progres de plus: il
obtient le droit, en mourant, de transmettre le lot a son fils; il est
vrai qu'a defaut de fils la terre retourne encore au patron. Mais voici un
progres nouveau: le client qui ne laisse pas de fils, obtient le droit de
faire un testament. Ici la coutume hesite et varie; tantot le patron
reprend la moitie des biens, tantot la volonte du testateur est respectee
tout entiere; en tout cas, son testament n'est jamais sans valeur. [8]
Ainsi le client, s'il ne peut pas encore se dire proprietaire, a du moins
une jouissance aussi etendue qu'il est possible.

Sans doute ce n'est pas encore la l'affranchissement complet. Mais aucun
document ne nous permet de fixer l'epoque ou les clients se sont
definitivement detaches des familles patriciennes. Il y a un texte de
Tite-Live (II, 16) qui, si on le prend a la lettre, montre que des les
premieres annees de la republique, les clients etaient citoyens. Il y a
grande apparence qu'ils l'etaient deja au temps du roi Servius; peut-etre
meme votaient-ils dans les comices curiates des l'origine de Rome. Mais on
ne peut pas conclure de la qu'ils fussent des lors tout a fait affranchis;
car il est possible que les patriciens aient trouve leur interet a donner
a leurs clients des droits politiques, sans qu'ils aient pour cela
consenti a leur donner des droits civils.

Il ne parait pas que la revolution qui affranchit les clients a Rome, se
soit achevee d'un seul coup comme a Athenes. Elle s'accomplit fort
lentement et d'une maniere presque imperceptible, sans qu'aucune loi
formelle l'ait jamais consacree. Les liens de la clientele se relacherent
peu a peu et le client s'eloigna insensiblement du patron.

Le roi Servius fit une grande reforme a l'avantage des clients: il changea
l'organisation de l'armee. Avant lui, l'armee marchait divisee en tribus,
en curies, en _gentes_; c'etait la division patricienne: chaque chef de
_gens_ etait a la tete de ses clients. Servius partagea l'armee en
centuries, chacun eut son rang d'apres sa richesse. Il en resulta que le
client ne marcha plus a cote de son patron, qu'il ne le reconnut plus pour
chef dans le combat et qu'il prit l'habitude de l'independance.

Ce changement en amena un autre dans la constitution des comices.
Auparavant l'assemblee se partageait en curies et en _gentes_, et le
client, s'il votait, votait sous l'oeil du maitre. Mais la division par
centuries etant etablie pour les comices comme pour l'armee, le client ne
se trouva plus dans le meme cadre que son patron. Il est vrai que la
vieille loi lui commanda encore de voter comme lui, mais comment verifier
son vote?

C'etait beaucoup que de separer le client du patron dans les moments les
plus solennels de la vie, au moment du combat et au moment du vote.
L'autorite du patron se trouva fort amoindrie et ce qu'il lui en resta fut
de jour en jour plus conteste. Des que le client eut goute a
l'independance, il la voulut tout entiere. Il aspira a se detacher de la
_gens_ et a entrer dans la plebe, ou l'on etait libre. Que d'occasions se
presentaient! Sous les rois, il etait sur d'etre aide par eux, car ils ne
demandaient pas mieux que d'affaiblir les _gentes_. Sous la republique, il
trouvait la protection de la plebe elle-meme et des tribuns. Beaucoup de
clients s'affranchirent ainsi et la _gens_ ne put pas les ressaisir. En
472 avant J.-C., le nombre des clients etait encore assez considerable,
puisque la plebe se plaignait que, par leurs suffrages dans les comices
centuriates, ils fissent pencher la balance du cote des patriciens. [9]
Vers la meme epoque, la plebe ayant refuse de s'enroler, les patriciens
purent former une armee avec leurs clients. [10] Il parait pourtant que
ces clients n'etaient plus assez nombreux pour cultiver a eux seuls les
terres des patriciens, et que ceux-ci etaient obliges d'emprunter des bras
a la plebe. [11] Il est vraisemblable que la creation du tribunat, en
assurant aux clients echappes des protecteurs contre leurs anciens
patrons, et en rendant la situation des plebeiens plus enviable et plus
sure, hata ce mouvement graduel vers l'affranchissement. En 372 il n'y
avait plus de clients, et un Manlius pouvait dire a la plebe: " Autant
vous avez ete de clients autour de chaque patron, autant vous serez
maintenant contre un seul ennemi. " [12] Des lors nous ne voyons plus dans
l'histoire de Rome ces anciens clients, ces hommes hereditairement
attaches a la _gens_. La clientele primitive fait place a une clientele
d'un genre nouveau, lien volontaire et presque fictif qui n'entraine plus
les memes obligations. On ne distingue plus dans Rome les trois classes
des patriciens, des clients, des plebeiens. Il n'en reste plus que deux,
et les clients se sont fondus dans la plebe. Les Marcellus paraissent etre
une branche ainsi detachee de la _gens_ Claudia. Leur nom etait Claudius;
mais puisqu'ils n'etaient pas patriciens, ils n'avaient du faire partie de
la _gens_ qu'a titre de clients. Libres de bonne heure, enrichis par des
moyens qui nous sont inconnus, ils s'eleverent d'abord aux dignites de la
plebe, plus tard a celles de la cite. Pendant plusieurs siecles, la _gens_
Claudia parut avoir oublie ses anciens droits sur eux. Un jour pourtant,
au temps de Ciceron, [13] elle s'en souvint inopinement. Un affranchi ou
client des Marcellus etait mort et laissait un heritage qui, suivant la
loi, devait faire retour au patron. Les Claudius patriciens pretendirent
que les Marcellus, en clients qu'ils etaient, ne pouvaient pas avoir eux-
memes de clients, et que leurs affranchis devaient tomber, eux et leur
heritage, dans les mains du chef de la _gens_ patricienne, seul capable
d'exercer les droits de patronage. Ce proces etonna fort le public et
embarrassa les jurisconsultes; Ciceron meme trouva la question fort
obscure. Elle ne l'aurait pas ete quatre siecles plus tot, et les Claudius
auraient gagne leur cause. Mais au temps de Ciceron, le droit sur lequel
ils fondaient leur reclamation etait si antique qu'on l'avait oublie et
que le tribunal put bien donner gain de cause aux Marcellus. L'ancienne
clientele n'existait plus.


NOTES

[1] Festus, v _Patres_.

[2] Caton, _De re rust._, 143. Columelle, XI, 1, 19.

[3] Solon, edition Bach, p. 104, 105.

[4] Aristote, _Gouv. d'Ath., Fragm._, coll. Didot, t. II, p. 107.

[5] L'affranchi devenait un client. L'identite entre ces deux termes est
marquee par un passage de Denys, IV, 23.

[6] _Digeste_, liv. XXV, tit. 2, 5; liv. L, tit. 16, 195. Valere Maxime,
V, 1, 4. Suetone, _Claude_, 25. Dion Cassius, LV. La legislation etait la
meme a Athenes; voy. Lysias et Hyperide dans Harpocration, v [Grec:
Apostasion]. Demosthenes, _in Aristogitonem_ et Suidas. V [Grec:
Anagchaion].

[7] Festus, v _Patres_.

[8] _Institutes_ de Justinien, III, 7.

[9] Tite-Live, II, 56.

[10] Denys, VII, 19; X, 27.

[11] _Inculti per secessionem plebis agri_, Tite-Live, II, 34.

[12] Tite-Live, VI, 18.

[13] Ciceron, _De oratore_, I, 39.




CHAPITRE VII.

TROISIEME REVOLUTION: LA PLEBE ENTRE DANS LA CITE.


_1 Histoire generale de cette revolution._

Les changements qui s'etaient operes a la longue dans la constitution de
la famille, en amenerent d'autres dans la constitution de la cite.
L'ancienne famille aristocratique et sacerdotale se trouvait affaiblie. Le
droit d'ainesse ayant disparu, elle avait perdu son unite et sa vigueur;
les clients s'etant pour la plupart affranchis, elle avait perdu la plus
grande partie de ses sujets. Les hommes de la classe inferieure n'etaient
plus repartis dans les _gentes_; vivant en dehors d'elles, ils formerent
entre eux un corps. Par la, la cite changea d'aspect; au lieu qu'elle
avait ete precedemment un assemblage faiblement lie d'autant de petits
Etats qu'il y avait de familles, l'union se fit, d'une part entre les
membres patriciens des _gentes_, de l'autre entre les hommes de rang
inferieur. Il y eut ainsi deux grands corps en presence, deux societes
ennemies. Ce ne fut plus, comme dans l'epoque precedente, une lutte
obscure dans chaque famille; ce fut dans chaque ville une guerre ouverte.
Des deux classes, l'une voulait que la constitution religieuse de la cite
fut maintenue, et que le gouvernement, comme le sacerdoce, restat dans les
mains des familles sacrees. L'autre voulait briser les vieilles barrieres
qui la placaient en dehors du droit, de la religion et de la societe
politique.

Dans la premiere partie de la lutte, l'avantage etait a l'aristocratie de
naissance. A la verite, elle n'avait plus ses anciens sujets, et sa force
materielle etait tombee; mais il lui restait le prestige de sa religion,
son organisation reguliere, son habitude du commandement, ses traditions,
son orgueil hereditaire. Elle ne doutait pas de son droit; en se
defendant, elle croyait defendre la religion. Le peuple n'avait pour lui
que son grand nombre. Il etait gene par une habitude de respect dont il ne
lui etait pas facile de se defaire. D'ailleurs il n'avait pas de chefs;
tout principe d'organisation lui manquait. Il etait, a l'origine, une
multitude sans lien plutot qu'un corps bien constitue et vigoureux. Si
nous nous rappelons que les hommes n'avaient pas trouve d'autre principe
d'association que la religion hereditaire des familles, et qu'ils
n'avaient pas l'idee d'une autorite qui ne derivat pas du culte, nous
comprendrons aisement que cette plebe, qui etait en dehors du culte et de
la religion, n'ait pas pu former d'abord une societe reguliere, et qu'il
lui ait fallu beaucoup de temps pour trouver en elle les elements d'une
discipline et les regles d'un gouvernement.

Cette classe inferieure, dans sa faiblesse, ne vit pas d'abord d'autre
moyen de combattre l'aristocratie que de lui opposer la monarchie.

Dans les villes ou la classe populaire etait deja formee au temps des
anciens rois, elle les soutint de toute la force dont elle disposait, et
les encouragea a augmenter leur pouvoir. A Rome, elle exigea le
retablissement de la royaute apres Romulus; elle fit nommer Hostilius;
elle fit roi Tarquin l'Ancien; elle aima Servius et elle regretta Tarquin
le Superbe.

Lorsque les rois eurent ete partout vaincus et que l'aristocratie devint
maitresse, le peuple ne se borna pas a regretter la monarchie; il aspira a
la restaurer sous une forme nouvelle. En Grece, pendant le sixieme siecle,
il reussit generalement a se donner des chefs; ne pouvant pas les appeler
rois, parce que ce titre impliquait l'idee de fonctions religieuses et ne
pouvait etre porte que par des familles sacerdotales, il les appela
tyrans. [1]

Quel que soit le sens originel de ce mot, il est certain qu'il n'etait pas
emprunte a la langue de la religion; on ne pouvait pas l'appliquer aux
dieux, comme on faisait du mot roi; on ne le prononcait pas dans les
prieres. Il designait, en effet, quelque chose de tres nouveau parmi les
hommes, une autorite qui ne derivait pas du culte, un pouvoir que la
religion n'avait pas etabli. L'apparition de ce mot dans la langue grecque
marque l'apparition d'un principe que les generations precedentes
n'avaient pas connu, l'obeissance de l'homme a l'homme. Jusque-la, il n'y
avait eu d'autres chefs d'Etat que ceux qui etaient les chefs de la
religion; ceux-la seuls commandaient a la cite, qui faisaient le sacrifice
et invoquaient les dieux pour elle; en leur obeissant, on n'obeissait qu'a
la loi religieuse et on ne faisait acte de soumission qu'a la divinite.
L'obeissance a un homme, l'autorite donnee a cet homme par d'autres
hommes, un pouvoir d'origine et de nature tout humaine, cela avait ete
inconnu aux anciens eupatrides, et cela ne fut concu que le jour ou les
classes inferieures rejeterent le joug de l'aristocratie et chercherent un
gouvernement nouveau.

Citons quelques exemples. A Corinthe, " le peuple supportait avec peine la
domination des Bacchides; Cypselus, temoin de la haine qu'on leur portait
et voyant que le peuple cherchait un chef pour le conduire a
l'affranchissement ", s'offrit a etre ce chef; le peuple l'accepta, le fit
tyran, chassa les Bacchides et obeit a Cypselus. Milet eut pour tyran un
certain Thrasybule; Mitylene obeit a Pittacus, Samos a Polycrate. Nous
trouvons des tyrans a Argos, a Epidaure, a Megare au sixieme siecle;
Sicyone en a eu durant cent trente ans sans interruption. Parmi les Grecs
d'Italie, on voit des tyrans a Cumes, a Crotone, a Sybaris, partout. A
Syracuse, en 485, la classe inferieure se rendit maitresse de la ville et
chassa la classe aristocratique; mais elle ne put ni se maintenir ni se
gouverner, et au bout d'une annee elle dut se donner un tyran. [2]

Partout ces tyrans, avec plus ou moins de violence, avaient la meme
politique. Un tyran de Corinthe demandait un jour a un tyran de Milet des
conseils sur le gouvernement. Celui-ci, pour toute reponse, coupa les epis
de ble qui depassaient les autres. Ainsi leur regle de conduite etait
d'abattre les hautes tetes et de frapper l'aristocratie en s'appuyant sur
le peuple.

La plebe romaine forma d'abord des complots pour retablir Tarquin. Elle
essaya ensuite de faire des tyrans et jeta les yeux tour a tour sur
Publicola, sur Spurius Cassius, sur Manlius. L'accusation que le patriciat
adresse si souvent a ceux des siens qui se rendent populaires, ne doit pas
etre une pure calomnie. La crainte des grands atteste les desirs de la
plebe.

Mais il faut bien noter que, si le peuple en Grece et a Rome cherchait a
relever la monarchie, ce n'etait pas par un veritable attachement a ce
regime. Il aimait moins les tyrans qu'il ne detestait l'aristocratie. La
monarchie etait pour lui un moyen de vaincre et de se venger; mais jamais
ce gouvernement, qui n'etait issu que du droit de la force et ne reposait
sur aucune tradition sacree, n'eut de racines dans le coeur des
populations. On se donnait un tyran pour le besoin de la lutte; on lui
laissait ensuite le pouvoir par reconnaissance ou par necessite; mais
lorsque quelques annees s'etaient ecoulees et que le souvenir de la dure
oligarchie s'etait efface, on laissait tomber le tyran. Ce gouvernement
n'eut jamais l'affection des Grecs; ils ne l'accepterent que comme une
ressource momentanee, et en attendant que le parti populaire trouvat un
regime meilleur et se sentit la force de se gouverner lui-meme.

La classe inferieure grandit peu a peu. Il y a des progres qui
s'accomplissent obscurement et qui pourtant decident de l'avenir d'une
classe et transforment une societe. Vers le sixieme siecle avant notre
ere, la Grece et l'Italie virent jaillir une nouvelle source de richesse.
La terre ne suffisait plus a tous les besoins de l'homme; les gouts se
portaient vers le beau et vers le luxe: meme les arts naissaient; alors
l'industrie et le commerce devinrent necessaires. Il se forma peu a peu
une richesse mobiliere; on frappa des monnaies; l'argent parut. Or
l'apparition de l'argent etait une grande revolution. L'argent n'etait pas
soumis aux memes conditions de propriete que la terre; il etait, suivant
l'expression du jurisconsulte, _res nec mancipi_; il pouvait passer de
main en main sans aucune formalite religieuse et arriver sans obstacle au
plebeien. La religion, qui avait marque le sol de son empreinte, ne
pouvait rien sur l'argent.

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