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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

La Cite Antique

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A Epidaure, le corps tout entier des citoyens, c'est-a-dire de ceux qui
avaient des droits politiques, ne se composa longtemps que de 180 membres;
tout le reste " etait en dehors de la cite ". [2] Les vrais citoyens
etaient moins nombreux encore a Heraclee, ou les cadets des grandes
familles n'avaient pas de droits politiques. [3] Il en fut longtemps de
meme a Cnide, a Istros, a Marseille. A Thera, tout le pouvoir etait aux
mains de quelques familles qui etaient reputees sacrees. Il en etait ainsi
a Apollonie. [4] A Erythres il existait une classe aristocratique que l'on
nommait les Basilides. Dans les villes d'Eubee la classe maitresse
s'appelait les Chevaliers. [5] On peut remarquer a ce sujet que chez les
anciens, comme au moyen age, c'etait un privilege de combattre a cheval.

La monarchie n'existait deja plus a Corinthe lorsqu'une colonie en partit
pour fonder Syracuse. Aussi la cite nouvelle ne connut-elle pas la royaute
et fut-elle gouvernee tout d'abord par une aristocratie. On appelait cette
classe les Geomores, c'est-a-dire les proprietaires. Elle se composait des
familles qui, le jour de la fondation, s'etaient distribue avec tous les
rites ordinaires les parts sacrees du territoire. Cette aristocratie resta
pendant plusieurs generations maitresse absolue du gouvernement, et elle
conserva son titre de _proprietaires_, ce qui semble indiquer que les
classes inferieures n'avaient pas le droit de propriete sur le sol. Une
aristocratie semblable fut longtemps maitresse a Milet et a Samos. [6]


NOTES

[1] Thucydide, II, 15-16.

[2] Plutarque, _Quest. gr._, 1.

[3] Aristote, _Politique_, VIII, 5, 2.

[4] Aristote, _Politique_, III, 9, 8; VI, 3, 8.

[5] Aristote, _Politique_, VIII, 5, 10.

[6] Diodore, VIII, 5. Thucydide, VIII, 21. Herodote, VII, 155.




CHAPITRE V.

DEUXIEME REVOLUTION: CHANGEMENTS DANS LA CONSTITUTION DE LA FAMILLE; LE
DROIT D'AINESSE DISPARAIT; LA GENS SE DEMEMBRE.


La revolution qui avait renverse la royaute, avait modifie la forme
exterieure du gouvernement plutot qu'elle n'avait change la constitution
de la societe. Elle n'avait pas ete l'oeuvre des classes inferieures, qui
avaient interet a detruire les vieilles institutions, mais de
l'aristocratie qui voulait les maintenir. Elle n'avait donc pas ete faite
pour renverser la constitution antique de la famille, mais bien pour la
conserver. Les rois avaient eu souvent la tentation d'elever les basses
classes et d'affaiblir les _gentes_, et c'etait pour cela qu'on avait
renverse les rois. L'aristocratie n'avait opere une revolution politique
que pour empecher une revolution sociale. Elle avait pris en mains le
pouvoir, moins pour le plaisir de dominer que pour defendre contre des
attaques ses vieilles institutions, ses antiques principes, son culte
domestique, son autorite paternelle, le regime de la _gens_ et enfin le
droit prive que la religion primitive avait etabli.

Ce grand et general effort de l'aristocratie repondait donc a un danger.
Or il parait qu'en depit de ses efforts et de sa victoire meme, le danger
subsista. Les vieilles institutions commencaient a chanceler et de graves
changements allaient s'introduire dans la constitution intime des
familles.

Le vieux regime de la _gens_, fonde par la religion domestique, n'avait
pas ete detruit le jour ou les hommes etaient passes au regime de la cite.
On n'avait pas voulu ou on n'avait pas pu y renoncer immediatement, les
chefs tenant a conserver leur autorite, les inferieurs n'ayant pas tout de
suite la pensee de s'affranchir. On avait donc concilie le regime de la
_gens_ avec celui de la cite. Mais c'etaient, au fond, deux regimes
opposes, que l'on ne devait pas esperer d'allier pour toujours et qui
devaient un jour ou l'autre se faire la guerre. La famille, indivisible et
nombreuse, etait trop forte et trop independante pour que le pouvoir
social n'eprouvat pas la tentation et meme le besoin de l'affaiblir. Ou la
cite ne devait pas durer, ou elle devait a la longue briser la famille.

L'ancienne _gens_ avec son foyer unique, son chef souverain, son domaine
indivisible, se concoit bien tant que dure l'etat d'isolement et qu'il
n'existe pas d'autre societe qu'elle. Mais des que les hommes sont reunis
en cite, le pouvoir de l'ancien chef est forcement amoindri; car en meme
temps qu'il est souverain chez lui, il est membre d'une communaute; comme
tel, des interets generaux l'obligent a des sacrifices, et des lois
generales lui commandent l'obeissance. A ses propres yeux et surtout aux
yeux de ses inferieurs, sa dignite est diminuee. Puis, dans cette
communaute, si aristocratiquement qu'elle soit constituee, les inferieurs
comptent pourtant pour quelque chose, ne serait-ce qu'a cause de leur
nombre. La famille qui comprend plusieurs branches et qui se rend aux
comices entouree d'une foule de clients, a naturellement plus d'autorite
dans les deliberations communes que la famille peu nombreuse et qui compte
peu de bras et peu de soldats. Or ces inferieurs ne tardent guere a sentir
l'importance qu'ils ont et leur force; un certain sentiment de fierte et
le desir d'un sort meilleur naissent en eux. Ajoutez a cela les rivalites
des chefs de famille luttant d'influence et cherchant mutuellement a
s'affaiblir. Ajoutez encore qu'ils deviennent avides des magistratures de
la cite, que pour les obtenir ils cherchent a se rendre populaires, et que
pour les gerer ils negligent ou oublient leur petite souverainete locale.
Ces causes produisirent peu a peu une sorte de relachement dans la
constitution de la _gens_; ceux qui avaient interet a maintenir cette
constitution, y tenaient moins; ceux qui avaient interet a la modifier
devenaient plus hardis et plus forts.

La force d'individualite qu'il y avait d'abord dans la famille s'affaiblit
insensiblement. Le droit d'ainesse, qui etait la condition de son unite,
disparut. On ne doit sans doute pas s'attendre a ce qu'aucun ecrivain de
l'antiquite nous fournisse la date exacte de ce grand changement. Il est
probable qu'il n'a pas eu de date, parce qu'il ne s'est pas accompli en
une annee. Il s'est fait a la longue, d'abord dans une famille, puis dans
une autre, et peu a peu dans toutes. Il s'est acheve sans qu'on s'en fut
pour ainsi dire apercu.

On peut bien croire aussi que les hommes ne passerent pas d'un seul bond
de l'indivisibilite du patrimoine au partage egal entre les freres. Il y
eut vraisemblablement entre ces deux regimes une transition. Les choses se
passerent peut-etre en Grece et en Italie comme dans l'ancienne societe
hindoue, ou la loi religieuse, apres avoir prescrit l'indivisibilite du
patrimoine, laissa le pere libre d'en donner quelque portion a ses fils
cadets, puis, apres avoir exige que l'aine eut au moins une part double,
permit que le partage fut fait egalement, et finit meme par le
recommander.

Mais sur tout cela nous n'avons aucune indication precise. Un seul point
est certain, c'est que le droit d'ainesse a existe a une epoque ancienne
et qu'ensuite il a disparu.

Ce changement ne s'est pas accompli en meme temps ni de la meme maniere
dans toutes les cites. Dans quelques-unes, la legislation le maintint
assez longtemps. A Thebes et a Corinthe il etait encore en vigueur au
huitieme siecle. A Athenes la legislation de Solon marquait encore une
certaine preference a l'egard de l'aine. A Sparte le droit d'ainesse a
subsiste jusqu'au triomphe de la democratie. Il y a des villes ou il n'a
disparu qu'a la suite d'une insurrection. A Heraclee, a Cnide, a Istros, a
Marseille, les branches cadettes prirent les armes pour detruire a la fois
l'autorite paternelle et le privilege de l'aine. [1] A partir de ce
moment, telle cite grecque qui n'avait compte jusque-la qu'une centaine
d'hommes jouissant des droits politiques, en put compter jusqu'a cinq ou
six cents. Tous les membres des familles aristocratiques furent citoyens
et l'acces des magistratures et du Senat leur fut ouvert.

Il n'est pas possible de dire a quelle epoque le privilege de l'aine a
disparu a Rome. Il est probable que les rois, au milieu de leur lutte
contre l'aristocratie, firent ce qu'ils purent pour le supprimer et pour
desorganiser ainsi les _gentes_. Au debut de la republique, nous voyons
cent nouveaux membres entrer dans le Senat; Tite-Live croit qu'ils
sortaient de la plebe, [2] mais il n'est pas possible que la domination si
dure du patriciat ait commence par une concession de cette nature. Ces
nouveaux senateurs durent etre tires des familles patriciennes. Ils
n'eurent pas le meme titre que les anciens membres du Senat; on appelait
ceux-ci _patres_ (chefs de famille); ceux-la furent appeles _conscripti_
(choisis [3]). Cette difference de denomination ne permet-elle pas de
croire que les cent nouveaux senateurs, qui n'etaient pas chefs de
famille, appartenaient a des branches cadettes des _gentes_ patriciennes?
On peut supposer que cette classe des branches cadettes, nombreuse et
energique, n'apporta son concours a l'entreprise de Brutus et des peres
qu'a la condition qu'on lui donnerait les droits civils et politiques.
Elle acquit ainsi, a la faveur du besoin qu'on avait d'elle, ce que la
meme classe conquit par les armes a Heraclee, a Cnide et a Marseille.

Le droit d'ainesse disparut donc partout: revolution considerable qui
commenca a transformer la societe. La _gens_ italienne et le _genos_
hellenique perdirent leur unite primitive. Les differentes branches se
separerent; chacune d'elles eut desormais sa part de propriete, son
domicile, ses interets a part, son independance. _Singuli singulas
familias incipiunt habere_, dit le jurisconsulte. Il y a dans la langue
latine une vieille expression qui parait dater de cette epoque: _familiam
ducere_, disait-on de celui qui se detachait de la _gens_ et allait faire
souche a part, comme on disait _ducere coloniam_ de celui qui quittait la
metropole et allait au loin fonder une colonie. Le frere qui s'etait ainsi
separe du frere aine, avait desormais son foyer propre, qu'il avait sans
doute allume au foyer commun de la _gens_, comme la colonie allumait le
sien au prytanee de la metropole. La _gens_ ne conserva plus qu'une sorte
d'autorite religieuse a l'egard des differentes familles qui s'etaient
detachees d'elle. Son culte eut la suprematie sur leurs cultes. Il ne leur
fut pas permis d'oublier qu'elles etaient issues de cette _gens_; elles
continuerent a porter son nom; a des jours fixes, elles se reunirent
autour du foyer commun, pour venerer l'antique ancetre ou la divinite
protectrice. Elles continuerent meme a avoir un chef religieux et il est
probable que l'aine conserva son privilege pour le sacerdoce, qui resta
longtemps hereditaire. A cela pres, elles furent independantes.

Ce demembrement de la _gens_ eut de graves consequences. L'antique famille
sacerdotale, qui avait forme un groupe si bien uni, si fortement
constitue, si puissant, fut pour toujours affaiblie. Cette revolution
prepara et rendit plus faciles d'autres changements.


NOTES

[1] Aristote, _Politique_, VIII, 5, 2, edit. B. Saint-Hilaire.

[2] Il se contredit d'ailleurs: " _Ex primoribus ordinis equestris ", dit-
il. Or les _primores_ de l'ordre equestre, c'est-a-dire les chevaliers des
six premieres centuries, etaient des patriciens. Voy. Belot, _Hist. des
chevaliers romains_, liv. 1er, ch. 2.

[3] Festus. V _Conscripti, Allecti_. Plutarque, _Quest. rom._, 58. On
distingua pendant plusieurs siecles les _patres_ des _conscripti_.




CHAPITRE VI.

LES CLIENTS S'AFFRANCHISSENT.


_1 Ce que c'etait d'abord que la clientele et comment elle s'est
transformee._

Voici encore une revolution dont on ne peut pas indiquer la date, mais qui
a tres certainement modifie la constitution de la famille et de la societe
elle-meme. La famille antique comprenait, sous l'autorite d'un chef
unique, deux classes de rang inegal: d'une part, les branches cadettes,
c'est-a-dire les individus naturellement libres; de l'autre, les
serviteurs ou clients, inferieurs par la naissance, mais rapproches du
chef par leur participation au culte domestique. De ces deux classes, nous
venons de voir la premiere sortir de son etat d'inferiorite; la seconde
aspire aussi de bonne heure a s'affranchir. Elle y reussit a la longue; la
clientele se transforme et finit par disparaitre.

Immense changement que les ecrivains anciens ne nous racontent pas. C'est
ainsi que, dans le moyen age, les chroniqueurs ne nous disent pas comment
la population des campagnes s'est peu a peu transformee. Il y a eu dans
l'existence des societes humaines un assez grand nombre de revolutions
dont le souvenir ne nous est fourni par aucun document. Les ecrivains ne
les ont pas remarquees, parce qu'elles s'accomplissaient lentement, d'une
maniere insensible, sans luttes visibles; revolutions profondes et cachees
qui remuaient le fond de la societe humaine sans qu'il en parut rien a la
surface, et qui restaient inapercues des generations memes qui y
travaillaient. L'histoire ne peut les saisir que fort longtemps apres
qu'elles sont achevees, lorsqu'en comparant deux epoques de la vie d'un
peuple elle constate entre elles de si grandes differences qu'il devient
evident que, dans l'intervalle qui les separe, une grande revolution s'est
accomplie.

Si l'on s'en rapportait au tableau, que les ecrivains nous tracent de la
clientele primitive a Rome, ce serait vraiment une institution de l'age
d'or. Qu'y a-t-il de plus humain que ce patron qui defend son client en
justice, qui le soutient de son argent s'il est pauvre, et qui pourvoit a
l'education de ses enfants? Qu'y a-t-il de plus touchant que ce client qui
soutient a son tour le patron tombe dans la misere, qui paye sas dettes,
qui donne tout ce qu'il a pour fournir sa rancon? Mais il n'y a pas tant
de sentiment dans les lois des anciens peuples. L'affection desinteressee
et le devouement ne furent jamais des institutions. Il faut nous faire une
autre idee de la clientele et du patronage.

Ce que nous savons avec le plus de certitude sur le client, c'est qu'il ne
peut pas se separer du patron ni en choisir un autre, et qu'il est attache
de pere en fils a une famille. Ne saurions-nous que cela, ce serait assez
pour croire que sa condition ne devait pas etre tres-douce. Ajoutons que
le client n'est pas proprietaire du sol; la terre appartient au patron,
qui, comme chef d'un culte domestique et aussi comme membre d'une cite, a
seul qualite pour etre proprietaire. Si le client cultive le sol, c'est au
nom et au profit du maitre. Il n'a meme pas la propriete des objets
mobiliers, de son argent, de son pecule. La preuve en est que le patron
peut lui reprendre tout cela, pour payer ses propres dettes ou sa rancon.
Ainsi rien n'est a lui. Il est vrai que le patron lui doit la subsistance,
a lui et a ses enfants; mais en retour il doit son travail au patron. On
ne peut pas dire qu'il soit precisement esclave; mais il a un maitre
auquel il appartient et a la volonte duquel il est soumis en toute chose.
Toute sa vie il est client, et ses fils le sont apres lui.

Il y a quelque analogie entre le client des epoques antiques et le serf du
moyen age. A la verite, le principe qui les condamne a l'obeissance n'est
pas le meme. Pour le serf, ce principe est le droit de propriete qui
s'exerce sur la terre et sur l'homme a la fois; pour le client, ce
principe est la religion domestique a laquelle il est attache sous
l'autorite du patron qui en est le pretre. D'ailleurs pour le client et
pour le serf la subordination est la meme; l'un est lie a son patron comme
l'autre l'est a son seigneur; le client ne peut pas plus quitter la _gens_
que le serf la glebe. Le client, comme le serf, reste soumis a un maitre
de pere en fils. Un passage de Tite-Live fait supposer qu'il lui est
interdit de se marier hors de la _gens_, comme il l'est au serf de se
marier hors du village. Ce qui est sur, c'est qu'il ne peut pas contracter
mariage sans l'autorisation du patron. Le patron peut reprendre le sol que
le client cultive et l'argent qu'il possede, comme le seigneur peut le
faire pour le serf. Si le client meurt, tout ce dont il a eu l'usage
revient de droit au patron, de meme que la succession du serf appartient
au seigneur.

Le patron n'est pas seulement un maitre; il est un juge; il peut condamner
a mort le client. Il est de plus un chef religieux. Le client plie sous
cette autorite a la fois materielle et morale qui le prend par son corps
et par son ame. Il est vrai que cette religion impose des devoirs au
patron, mais des devoirs dont il est le seul juge et pour lesquels il n'y
a pas de sanction. Le client ne voit rien qui le protege; il n'est pas
citoyen par lui-meme; s'il veut paraitre devant le tribunal de la cite, il
faut que son patron le conduise et parle pour lui. Invoquera-t-il la loi?
Il n'en connait pas les formules sacrees; les connaitrait-il, la premiere
loi pour lui est de ne jamais temoigner ni parler contre son patron. Sans
le patron nulle justice; contre le patron nul recours.

Le client n'existe pas seulement a Rome; on le trouve chez les Sabins et
les Etrusques, faisant partie de la _manus_ de chaque chef. Il a existe
dans l'ancienne _gens_ hellenique aussi bien que dans la _gens_ italienne.
Il est vrai qu'il ne faut pas le chercher dans les cites doriennes, ou le
regime de la _gens_ a disparu de bonne heure et ou les vaincus sont
attaches, non a la famille d'un maitre, mais a un lot de terre. Nous le
trouvons a Athenes et dans les cites ioniennes et eoliennes sous le nom de
_thete_ ou de _pelate_. Tant que dure le regime aristocratique, ce _thete_
ne fait pas partie de la cite; enferme dans une famille dont il ne peut
sortir, il est sous la main d'un eupatride qui a en lui le meme caractere
et la meme autorite que le patron romain.

On peut bien presumer que de bonne heure il y eut de la haine entre le
patron et le client. On se figure sans peine ce qu'etait l'existence dans
cette famille ou l'un avait tout pouvoir et l'autre n'avait aucun droit,
ou l'obeissance sans reserve et sans espoir etait tout a cote de
l'omnipotence sans frein, ou le meilleur maitre avait ses emportements et
ses caprices, ou le serviteur le plus resigne avait ses rancunes, ses
gemissements et ses coleres. Ulysse est un bon maitre: voyez quelle
affection paternelle il porte a Eumee et a Philaetios. Mais il fait mettre
a mort un serviteur qui l'a insulte sans le reconnaitre, et des servantes
qui sont tombees dans le mal auquel son absence meme les a exposees. De la
mort des pretendants il est responsable vis-a-vis de la cite; mais de la
mort des serviteurs personne ne lui demande compte.

Dans l'etat d'isolement ou la famille avait longtemps vecu, la clientele
avait pu se former et se maintenir. La religion domestique etait alors
toute-puissante sur l'ame. L'homme qui en etait le pretre par droit
hereditaire, apparaissait aux classes inferieures comme un etre sacre.
Plus qu'un homme, il etait l'intermediaire entre les hommes et Dieu. De sa
bouche sortait la priere puissante, la formule irresistible qui attirait
la faveur ou la colere de la divinite. Devant une telle force il fallait
s'incliner; l'obeissance etait commandee par la foi et la religion.
D'ailleurs comment le client aurait-il eu la tentation de s'affranchir? Il
ne voyait pas d'autre horizon que cette famille a laquelle tout
l'attachait. En elle seule il trouvait une vie calme, une subsistance
assuree; en elle seule, s'il avait un maitre, il avait aussi un
protecteur; en elle seule enfin il trouvait un autel dont il put
approcher, et des dieux qu'il lui fut permis d'invoquer. Quitter cette
famille, c'etait se placer en dehors de toute organisation sociale et de
tout droit; c'etait perdre ses dieux et renoncer au droit de prier.

Mais la cite etant fondee, les clients des differentes familles pouvaient
se voir, se parler, se communiquer leurs desirs ou leurs rancunes,
comparer les differents maitres et entrevoir un sort meilleur. Puis leur
regard commencait a s'etendre au dela de l'enceinte de la famille. Ils
voyaient qu'en dehors d'elle il existait une societe, des regles, des
lois, des autels, des temples, des dieux. Sortir de la famille n'etait
donc plus pour eux un malheur sans remede. La tentation devenait chaque
jour plus forte; la clientele semblait un fardeau de plus en plus lourd,
et l'on cessait de croire que l'autorite du maitre fut legitime et sainte.
Il y eut alors dans le coeur de ces hommes un ardent desir d'etre libres.
Sans doute on ne trouve dans l'histoire d'aucune cite le souvenir d'une
insurrection generale de cette classe. S'il y eut des luttes a main armee,
elles furent renfermees et cachees dans l'enceinte de chaque famille.
C'est la qu'il y eut, pendant plus d'une generation, d'un cote
d'energiques efforts pour l'independance, de l'autre une repression
implacable. Il se deroula, dans chaque maison, une longue et dramatique
histoire qu'il est impossible aujourd'hui de retracer. Ce qu'on peut dire
seulement, c'est que les efforts de la classe inferieure ne furent pas
sans resultats. Une necessite invincible obligea peu a peu les maitres a
ceder quelque chose de leur omnipotence. Lorsque l'autorite cesse de
paraitre juste aux sujets, il faut encore du temps pour qu'elle cesse de
le paraitre aux maitres; mais cela vient a la longue, et alors le maitre,
qui ne croit plus son autorite legitime, la defend mal ou finit par y
renoncer. Ajoutez que cette classe inferieure etait utile, que ses bras,
en cultivant la terre, faisaient la richesse du maitre, et en portant les
armes, faisaient sa force au milieu des rivalites des familles, qu'il
etait donc sage de la satisfaire et que l'interet s'unissait a l'humanite
pour conseiller des concessions.

Il parait certain que la condition des clients s'ameliora peu a peu. A
l'origine ils vivaient dans la maison du maitre, cultivant ensemble le
domaine commun. Plus tard on assigna a chacun d'eux un lot de terre
particulier. Le client dut se trouver deja plus heureux. Sans doute il
travaillait encore au profit du maitre; la terre n'etait pas a lui,
c'etait plutot lui qui etait a elle. N'importe; il la cultivait de longues
annees de suite et il l'aimait. Il s'etablissait entre elle et lui, non
pas ce lien que la religion de la propriete avait cree entre elle et le
maitre, mais un autre lien, celui que le travail et la souffrance meme
peuvent former entre l'homme qui donne sa peine et la terre qui donne ses
fruits.

Vint ensuite un nouveau progres. Il ne cultiva plus pour le maitre, mais
pour lui-meme. Sous la condition d'une redevance, qui peut-etre fut
d'abord variable, mais qui ensuite devint fixe, il jouit de la recolte.
Ses sueurs trouverent ainsi quelque recompense et sa vie fut a la fois
plus libre et plus fiere. " Les chefs de famille, dit un ancien,
assignaient des portions de terre a leurs inferieurs, comme s'ils eussent
ete leurs propres enfants. " [1] On lit de meme dans l'Odyssee: " Un
maitre bienveillant donne a son serviteur une maison et une terre "; et
Eumee ajoute: " une epouse desiree ", parce que le client ne peut pas
encore se marier sans la volonte du maitre, et que c'est le maitre qui lui
choisit sa compagne.

Mais ce champ ou s'ecoulait desormais sa vie, ou etaient tout son labeur
et toute sa jouissance, n'etait pas encore sa propriete. Car ce client
n'avait pas en lui le caractere sacre qui faisait que le sol pouvait
devenir la propriete d'un homme. Le lot qu'il occupait, continuait a
porter la borne sainte, le dieu Terme que la famille du maitre avait
autrefois pose. Cette borne inviolable attestait que le champ, uni a la
famille du maitre par un lien sacre, ne pourrait jamais appartenir en
propre au client affranchi. En Italie, le champ et la maison qu'occupait
le _villicus_, client du patron, renfermaient un foyer, un _Lar
familiaris_; mais ce foyer n'etait pas au cultivateur; c'etait le foyer du
maitre. [2] Cela etablissait a la fois le droit de propriete du patron et
la subordination religieuse du client, qui, si loin qu'il fut du patron,
suivait encore son culte.

Le client, devenu possesseur, souffrit de ne pas etre proprietaire et
aspira a le devenir. Il mit son ambition a faire disparaitre de ce champ,
qui semblait bien a lui par le droit du travail, la borne sacree qui en
faisait a jamais la propriete de l'ancien maitre.

On voit clairement qu'en Grece les clients arriverent a leur but; par
quels moyens, on l'ignore. Combien il leur fallut de temps et d'efforts
pour y parvenir, on ne peut que le deviner. Peut-etre s'est-il opere dans
l'antiquite la meme serie de changements sociaux que l'Europe a vus se
produire au moyen age, quand les esclaves des campagnes devinrent serfs de
la glebe, que ceux-ci de serfs taillables a merci se changerent en serfs
abonnes, et qu'enfin ils se transformerent a la longue en paysans
proprietaires.


_2 La clientele disparait a Athenes; oeuvre de Solon._

Cette sorte de revolution est marquee nettement dans l'histoire d'Athenes.
Le renversement de la royaute avait eu pour effet de raviver le regime du
[Grec: genos]; les familles avaient repris leur vie d'isolement et chacune
avait recommence a former un petit Etat qui avait pour chef un eupatride
et pour sujets la foule des clients. Ce regime parait avoir pese
lourdement sur la population athenienne; car elle en conserva un mauvais
souvenir. Le peuple s'estima si malheureux que l'epoque precedente lui
parut avoir ete une sorte d'age d'or; il regretta les rois; il en vint a
s'imaginer que sous la monarchie il avait ete heureux et libre, qu'il
avait joui alors de l'egalite, et que c'etait seulement a partir de la
chute des rois que l'inegalite et la souffrance avaient commence. Il y
avait la une illusion comme les peuples en ont souvent; la tradition
populaire placait le commencement de l'inegalite la ou le peuple avait
commence a la trouver odieuse. Cette clientele, cette sorte de servage,
qui etait aussi vieille que la constitution de la famille, on la faisait
dater de l'epoque ou les hommes en avaient pour la premiere fois senti le
poids et compris l'injustice. Il est pourtant bien certain que ce n'est
pas au septieme siecle que les eupatrides etablirent les dures lois de la
clientele. Ils ne firent que les conserver. En cela seulement etait leur
tort; ils maintenaient ces lois au dela du temps ou les populations les
acceptaient sans gemir; ils les maintenaient contre le voeu des hommes.
Les eupatrides de cette epoque etaient peut-etre des maitres moins durs
que n'avaient ete leurs ancetres; ils furent pourtant detestes davantage.

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