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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

La Cite Antique

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Du moins retinrent-ils tout ce qu'ils purent de leur ancienne autorite.
Chacun d'eux resta le chef tout-puissant de sa tribu ou de son [Grec:
genos]. Thesee ne put pas detruire une autorite que la religion avait
etablie et qu'elle rendait inviolable. Il y a plus. Si l'on examine les
traditions qui sont relatives a cette epoque, on voit que ces puissants
eupatrides ne consentirent a s'associer pour former une cite qu'en
stipulant que le gouvernement serait reellement federatif et que chacun
d'eux y aurait part. Il y eut bien un roi supreme; mais des que les
interets communs etaient en jeu, l'assemblee des chefs devait etre
convoquee et rien d'important ne pouvait etre fait qu'avec l'assentiment
de cette sorte de senat.

Ces traditions, dans le langage des generations suivantes, s'exprimaient a
peu pres ainsi: Thesee a change le gouvernement d'Athenes et de
monarchique il l'a rendu republicain. Ainsi parlent Aristote, Isocrate,
Demosthenes, Plutarque. Sous cette forme un peu mensongere il y a un fonds
vrai. Thesee a bien, comme dit la tradition, " remis l'autorite souveraine
entre les mains du peuple ". Seulement, le mot peuple, [Grec: daemos], que
la tradition a conserve, n'avait pas au temps de Thesee une application
aussi etendue que celle qu'il a eue au temps de Demosthenes. Ce peuple ou
corps politique n'etait certainement alors que l'aristocratie, c'est-a-
dire l'ensemble des chefs des [Grec: genae].

Thesee, en instituant cette assemblee, n'etait pas volontairement
novateur. La formation de la grande unite athenienne changeait, malgre
lui, les conditions du gouvernement. Depuis que ces eupatrides, dont
l'autorite restait intacte dans les familles, etaient reunis en une meme
cite, ils constituaient un corps puissant qui avait ses droits et pouvait
avoir ses exigences. Le roi du petit rocher de Cecrops devint roi de toute
l'Attique; mais au lieu que dans sa petite bourgade il avait ete roi
absolu, il ne fut plus que le chef d'un Etat federatif, c'est-a-dire le
premier entre des egaux.

Un conflit ne pouvait guere tarder a eclater entre cette aristocratie et
la royaute. " Les eupatrides regrettaient la puissance vraiment royale que
chacun d'eux avait exercee jusque-la dans son bourg. " Il parait que ces
guerriers pretres mirent la religion en avant et pretendirent que
l'autorite des cultes locaux etait amoindrie. S'il est vrai, comme le dit
Thucydide, que Thesee essaya de detruire les prytanees des bourgs, il
n'est pas etonnant que le sentiment religieux se soit souleve contre lui.
On ne peut pas dire combien de luttes il eut a soutenir, combien de
soulevements il dut reprimer par l'adresse ou par la force; ce qui est
certain, c'est qu'il fut a la fin vaincu, qu'il fut chasse d'Athenes et
qu'il mourut en exil.

Les eupatrides l'emportaient donc; ils ne supprimerent pas la royaute,
mais ils firent un roi de leur choix, Menesthee. Apres lui la famille de
Thesee ressaisit le pouvoir et le garda pendant trois generations. Puis
elle fut remplacee par une autre famille, celle des Melanthides. Toute
cette epoque a du etre tres troublee; mais le souvenir des guerres civiles
ne nous a pas ete nettement conserve.

La mort de Codrus coincide avec la victoire definitive des eupatrides. Ils
ne supprimerent pas encore la royaute; car leur religion le leur
defendait; mais ils lui oterent sa puissance politique. Le voyageur
Pausanias qui etait fort posterieur a ces evenements, mais qui consultait
avec soin les traditions, dit que la royaute perdit alors une grande
partie de ses attributions et " devint dependante "; ce qui signifie sans
doute qu'elle fut des lors subordonnee au Senat des eupatrides. Les
historiens modernes appellent cette periode de l'histoire d'Athenes
l'archontat, et ils ne manquent guere de dire que la royaute fut alors
abolie. Cela n'est pas entierement vrai. Les descendants de Codrus se
succederent de pere en fils pendant treize generations. Ils avaient le
titre d'archonte; mais il y a des documents anciens qui leur donnent aussi
celui de roi; [9] et nous avons dit plus haut que ces deux titres etaient
exactement synonymes. Athenes, pendant cette longue periode, avait donc
encore des rois hereditaires; mais elle leur avait enleve leur puissance
et ne leur avait laisse que leurs fonctions religieuses. C'est ce qu'on
avait fait a Sparte.

Au bout de trois siecles, les eupatrides trouverent cette royaute
religieuse plus forte encore qu'ils ne voulaient, et ils l'affaiblirent.
On decida que le meme homme ne serait plus revetu de cette haute dignite
sacerdotale que pendant dix ans. Du reste on continua de croire que
l'ancienne famille royale etait seule apte a remplir les fonctions
d'archonte. [10]

Quarante ans environ se passerent ainsi. Mais un jour la famille royale se
souilla d'un crime. On allegua qu'elle ne pouvait plus remplir les
fonctions sacerdotales; [11] on decida qu'a l'avenir les archontes
seraient choisis en dehors d'elle et que cette dignite serait accessible a
tous les eupatrides. Quarante ans encore apres, pour affaiblir cette
royaute ou pour la partager entre plus de mains, on la rendit annuelle et
en meme temps on la divisa en deux magistratures distinctes. Jusque-la
l'archonte etait en meme temps roi; desormais ces deux titres furent
separes. Un magistrat nomme archonte et un autre magistrat nomme roi se
partagerent les attributions de l'ancienne royaute religieuse. La charge
de veiller a la perpetuite des familles, d'autoriser ou d'interdire
l'adoption, de recevoir les testaments, de juger en matiere de propriete
immobiliere, toutes choses ou la religion se trouvait interessee, fut
devolue a l'archonte. La charge d'accomplir les sacrifices solennels et
celle de juger en matiere d'impiete furent reservees au roi. Ainsi le
titre de roi, titre sacre qui etait necessaire a la religion, se perpetua
dans la cite avec les sacrifices et le culte national. Le roi et
l'archonte joints au polemarque et aux six thesmothetes, qui existaient
peut-etre depuis longtemps, completerent le nombre de neuf magistrats
annuels, qu'on prit l'habitude d'appeler les neuf archontes, du nom du
premier d'entre eux.

La revolution qui enleva a la royaute sa puissance politique, s'opera sous
des formes diverses, dans toutes les cites. A Argos, des la seconde
generation des rois doriens, la royaute fut affaiblie au point " qu'on ne
laissa aux descendants de Temenos que le nom de roi sans aucune puissance
"; d'ailleurs cette royaute resta hereditaire pendant plusieurs siecles.
[12] A Cyrene les descendants de Battos reunirent d'abord dans leurs mains
le sacerdoce et la puissance; mais a partir de la quatrieme generation on
ne leur laissa plus que le sacerdoce. [13] A Corinthe la royaute s'etait
d'abord transmise hereditairement dans la famille des Bacchides; la
revolution eut pour effet de la rendre annuelle, mais sans la faire sortir
de cette famille, dont les membres la possederent a tour de role pendant
un siecle.


_4 Meme revolution a Rome._

La royaute fut d'abord a Rome ce qu'elle etait en Grece. Le roi etait le
grand pretre de la cite; il etait en meme temps le juge supreme; en temps
de guerre, il commandait les citoyens armes. A cote de lui etaient les
chefs de famille, _patres_, qui formaient un Senat. Il n'y avait qu'un
roi, parce que la religion prescrivait l'unite dans le sacerdoce et
l'unite dans le gouvernement. Mais il etait entendu que ce roi devait sur
toute affaire importante consulter les chefs des familles confederees.
[14] Les historiens mentionnent, des cette epoque, une assemblee du
peuple. Mais il faut se demander quel pouvait etre alors le sens du mot
peuple (_populus_), c'est-a-dire quel etait le corps politique au temps
des premiers rois. Tous les temoignages s'accordent a montrer que ce
peuple s'assemblait toujours par curies; or les curies etaient la reunion
des _gentes_; chaque _gens_ s'y rendait en corps et n'avait qu'un
suffrage. Les clients etaient la, ranges autour du _pater_, consultes
peut-etre, donnant peut-etre leur avis, contribuant a composer le vote
unique que la _gens_ prononcait, mais ne pouvant pas etre d'une autre
opinion que le _pater_. Cette assemblee des curies n'etait donc pas autre
chose que la cite patricienne reunie en face du roi.

On voit par la que Rome se trouvait dans les memes conditions que les
autres cites. Le roi etait en presence d'un corps aristocratique tres
fortement constitue et qui puisait sa force dans la religion. Les memes
conflits que nous avons vus en Grece se retrouvent donc a Rome.

L'histoire des sept rois est l'histoire de cette longue querelle. Le
premier veut augmenter son pouvoir et s'affranchir de l'autorite du Senat.
Il se fait aimer des classes inferieures; mais les _Peres_ lui sont
hostiles. Il perit assassine dans une reunion du Senat.

L'aristocratie songe aussitot a abolir la royaute, et les _Peres_ exercent
a tour de role les fonctions de roi. Il est vrai que les classes
inferieures s'agitent; elles ne veulent pas etre gouvernees par les chefs
des _gentes_; elles exigent le retablissement de la royaute. [15] Mais les
patriciens se consolent en decidant qu'elle sera desormais elective et ils
fixent avec une merveilleuse habilete les formes de l'election: le Senat
devra choisir le candidat; l'assemblee patricienne des curies confirmera
ce choix et enfin les augures patriciens diront si le nouvel elu plait aux
dieux.

Numa fut elu d'apres ces regles. Il se montra fort religieux, plus pretre
que guerrier, tres scrupuleux observateur de tous les rites du culte et,
par consequent, fort attache a la constitution religieuse des familles et
de la cite. Il fut un roi selon le coeur des patriciens et mourut
paisiblement dans son lit.

Il semble que sous Numa la royaute ait ete reduite aux fonctions
sacerdotales, comme il etait arrive dans les cites grecques. Il est au
moins certain que l'autorite religieuse du roi etait tout a fait distincte
de son autorite politique et que l'une n'entrainait pas necessairement
l'autre. Ce qui le prouve, c'est qu'il y avait une double election. En
vertu de la premiere, le roi n'etait qu'un chef religieux; si a cette
dignite il voulait joindre la puissance politique, _imperium_, il avait
besoin que la cite la lui conferat par un decret special. Ce point ressort
clairement de ce que Ciceron nous dit de l'ancienne constitution. Ainsi le
sacerdoce et la puissance etaient distincts; ils pouvaient etre places
dans les memes mains, mais il fallait pour cela doubles comices et double
election.

Le troisieme roi les reunit certainement en sa personne. Il eut le
sacerdoce et le commandement; il fut meme plus guerrier que pretre; il
dedaigna et voulut amoindrir la religion qui faisait la force de
l'aristocratie. On le voit accueillir dans Rome une foule d'etrangers, en
depit du principe religieux qui les exclut; il ose meme habiter au milieu
d'eux, sur le Coelius. On le voit encore distribuer a des plebeiens
quelques terres dont le revenu avait ete affecte jusque-la aux frais des
sacrifices. Les patriciens l'accusent d'avoir neglige les rites, et meme,
chose plus grave, de les avoir modifies et alteres. Aussi meurt-il comme
Romulus; les dieux des patriciens le frappent de la foudre et ses fils
avec lui.

Ce coup rend l'autorite au Senat, qui nomme un roi de son choix. Ancus
observe scrupuleusement la religion, fait la guerre le moins qu'il peut et
passe sa vie dans les temples. Cher aux patriciens, il meurt dans son lit.

Le cinquieme roi est Tarquin, qui a obtenu la royaute malgre le Senat et
par l'appui des classes inferieures. Il est peu religieux, fort incredule;
il ne faut pas moins qu'un miracle pour le convaincre de la science des
augures. Il est l'ennemi des anciennes familles; il cree des patriciens;
il altere autant qu'il peut la vieille constitution religieuse de la cite.
Tarquin est assassine.

Le sixieme roi s'est empare de la royaute par surprise; il semble meme que
le Senat ne l'ait jamais reconnu comme roi legitime. Il flatte les classes
inferieures, leur distribue des terres, meconnaissant le principe du droit
de propriete; il leur donne meme des droits politiques. Servius est egorge
sur les marches du Senat.

La querelle entre les rois et l'aristocratie prenait le caractere d'une
lutte sociale. Les rois s'attachaient le peuple; des clients et de la
plebe ils se faisaient un appui. Au patriciat si puissamment organise ils
opposaient les classes inferieures si nombreuses a Rome. L'aristocratie se
trouva alors dans un double danger, dont le pire n'etait pas d'avoir a
plier devant la royaute. Elle voyait se lever derriere elle les classes
qu'elle meprisait. Elle voyait se dresser la plebe, la classe sans
religion et sans foyer. Elle se voyait peut-etre attaquee par ses clients,
dans l'interieur meme de la famille, dont la constitution, le droit, la
religion se trouvaient discutes et mis en peril. Les rois etaient donc
pour elle des ennemis odieux qui, pour augmenter leur pouvoir, visaient a
bouleverser l'organisation sainte de la famille et de la cite.

A Servius succede le second Tarquin; il trompe l'espoir des senateurs qui
l'ont elu; il veut etre maitre, _de rege dominus exstitit_. Il fait autant
de mal qu'il peut au patriciat; il abat les hautes tetes; il regne sans
consulter les Peres, fait la guerre et la paix sans leur demander leur
approbation. Le patriciat semble decidement vaincu.

Enfin une occasion se presente. Tarquin est loin de Rome; non-seulement
lui, mais l'armee, c'est-a-dire ce qui le soutient. La ville est
momentanement entre les mains du patriciat. Le prefet de la ville, c'est-
a-dire celui qui a le pouvoir civil en l'absence du roi, est un patricien,
Lucretius. Le chef de la cavalerie, c'est-a-dire celui qui a l'autorite
militaire apres le roi, est un patricien, Junius. [16] Ces deux hommes
preparent l'insurrection. Ils ont pour associes d'autres patriciens, un
Valerius, un Tarquin Collatin. Le lieu de reunion n'est pas Rome, c'est la
petite ville de Collatie, qui appartient en propre a l'un des conjures.
La, ils montrent au peuple le cadavre d'une femme; ils disent que cette
femme s'est tuee elle-meme, se punissant du crime d'un fils du roi. Le
peuple de Collatie se souleve; on se porte a Rome; on y renouvelle la meme
scene. Les esprits sont troubles, les partisans du roi deconcertes; et
d'ailleurs, dans ce moment meme, le pouvoir legal dans Rome appartient a
Junius et a Lucretius.

Les conjures se gardent d'assembler le peuple; ils se rendent au Senat. Le
Senat prononce que Tarquin est dechu et la royaute abolie. Mais le decret
du Senat doit etre confirme par la cite. Lucretius, a titre de prefet de
la ville, a le droit de convoquer l'assemblee. Les curies se reunissent;
elles pensent comme les conjures; elles prononcent la deposition de
Tarquin et la creation de deux consuls.

Ce point principal decide, on laisse le soin de nommer les consuls a
l'assemblee par centuries. Mais cette assemblee ou quelques plebeiens
votent, ne va-t-elle pas protester contre ce que les patriciens ont fait
dans le Senat et dans les curies? Elle ne le peut pas. Car toute assemblee
romaine est presidee par un magistrat qui designe l'objet du vote, et nul
ne peut mettre en deliberation un autre objet. Il y a plus: nul autre que
le president, a cette epoque, n'a le droit de parler. S'agit-il d'une loi?
les centuries ne peuvent voter que par oui ou par non. S'agit-il d'une
election? le president presente des candidats, et nul ne peut voter que
pour les candidats presentes. Dans le cas actuel, le president designe par
le Senat est Lucretius, l'un des conjures. Il indique comme unique sujet
de vote l'election de deux consuls. Il presente deux noms aux suffrages
des centuries, ceux de Junius et de Tarquin Collatin. Ces deux hommes sont
necessairement elus. Puis le Senat ratifie l'election, et enfin les
augures la confirment au nom des dieux.

Cette revolution ne plut pas a tout le monde dans Rome. Beaucoup de
plebeiens rejoignirent le roi et s'attacherent a sa fortune. En revanche,
un riche patricien de la Sabine, le chef puissant d'une _gens_ nombreuse,
le fier Attus Clausus trouva le nouveau gouvernement si conforme a ses
vues qu'il vint s'etablir a Rome.

Du reste, la royaute politique fut seule supprimee; la royaute religieuse
etait sainte et devait durer. Aussi se hata-t-on de nommer un roi, mais
qui ne fut roi que pour les sacrifices, _rex sacrorum_. On prit toutes les
precautions imaginables pour que ce roi-pretre n'abusat jamais du grand
prestige que ses fonctions lui donnaient pour s'emparer de l'autorite.


NOTES

[1] Aristote, _Politique_, III, 9, 8. Plutarque, _Quest. rom._, 63.

[2] Strabon, IV; IX. Diodore, IV, 29.

[3] Strabon, VIII, 5. Plutarque, _Lycurgue_, 2.

[4] Aristote, _Politique_, VIII, 10, 3 (V, 10). Heraclide de Pont, dans
les _Fragments des historiens grecs_, coll. Didot, t. II, p. 11.
Plutarque, _Lycurgue_, 4.

[5] Thucydide, V, 63. Hellanicus, II, 4. Xenophon, _Gouv. de Laced._, 14
(13); _Helleniques_, VI, 4. Plutarque, _Agesilas_, 10, 17, 23, 28;
_Lysandre_, 23. Le roi avait si peu, de son droit, la direction des
operations militaires qu'il fallu une decision toute speciale du Senat
pour confier le commandement de l'armee a Agesilas, lequel reunit ainsi,
par exception, les attributions de roi et celles de general: Plutarque,
_Agesilas_, 6; _Lysandre_, 23. Il en avait ete de meme autrefois pour le
roi Pausanias: Thucydide, I, 128.

[6] Herodote, VI, 56, 57.

[7] Xenophon, _Gouv. de Lacedemone_.

[8] Herodote, V, 92. Aristote, _Politique_, VIII, 10 (V,10).

[9] Voy. Les _Marbres de Paros_ et rapprochez Pausanias, I, 3, 2; VII, 2,
1; Platon, _Menexene_, p. 238c; Elien, _H. V._, V, 13

[10] Pausanias, IV, 8.

[11] Heraclide de Pont, I, 5. Nicolas de Damas, _Fragm._, 51.

[12] Pausanias, II, 19.

[13] Herodote, IV, 161. Diodore, VIII.

[14] Ciceron, _De Republ._, II, 8.

[15] Tite-Live, I. Ciceron, _De Republ._, II.

[16] La famille Junia etait patricienne. Denys, IV, 68.




CHAPITRE IV.

L'ARISTOCRATIE GOUVERNE LES CITES.


La meme revolution, sous des formes legerement variees, s'etait accomplie
a Athenes, a Sparte, a Rome, dans toutes les cites enfin dont l'histoire
nous est connue. Partout elle avait ete l'oeuvre de l'aristocratie,
partout elle eut pour effet de supprimer la royaute politique en laissant
subsister la royaute religieuse. A partir de cette epoque et pendant une
periode dont la duree fut fort inegale pour les differentes villes, le
gouvernement de la cite appartint a l'aristocratie.

Cette aristocratie etait fondee sur la naissance et sur la religion a la
fois. Elle avait son principe dans la constitution religieuse des
familles. La source d'ou elle derivait, c'etaient ces memes regles que
nous avons observees plus haut dans le culte domestique et dans le droit
prive, c'est-a-dire la loi d'heredite du foyer, le privilege de l'aine, le
droit de dire la priere attache a la naissance. La religion hereditaire
etait le titre de cette aristocratie a la domination absolue. Elle lui
donnait des droits qui paraissaient sacres. D'apres les vieilles
croyances, celui-la seul pouvait etre proprietaire du sol, qui avait un
culte domestique; celui-la seul etait membre de la cite, qui avait en lui
le caractere religieux qui faisait le citoyen; celui-la seul pouvait etre
pretre, qui descendait d'une famille ayant un culte, celui-la seul pouvait
etre magistrat, qui avait le droit d'accomplir les sacrifices. L'homme qui
n'avait pas de culte hereditaire devait etre le client d'un autre homme,
ou s'il ne s'y resignait pas, il devait rester en dehors de toute societe.
Pendant de longues generations, il ne vint pas a l'esprit des hommes que
cette inegalite fut injuste. On n'eut pas la pensee de constituer la
societe humaine d'apres d'autres regles.

A Athenes, depuis la mort de Codrus jusqu'a Solon, toute autorite fut aux
mains des eupatrides. Ils etaient seuls pretres et seuls archontes. Seuls
ils rendaient la justice et connaissaient les lois, qui n'etaient pas
ecrites et dont ils se transmettaient de pere en fils les formules
sacrees.

Ces familles gardaient autant qu'il leur etait possible les anciennes
formes du regime patriarcal. Elles ne vivaient pas reunies dans la ville.
Elles continuaient a vivre dans les divers cantons de l'Attique, chacune
sur son vaste domaine, entouree de ses nombreux serviteurs, gouvernee par
son chef eupatride et pratiquant dans une independance absolue son culte
hereditaire. [1] La cite athenienne ne fut pendant quatre siecles que la
confederation de ces puissants chefs de famille qui s'assemblaient a
certains jours pour la celebration du culte central ou pour la poursuite
des interets communs.

On a souvent remarque combien l'histoire est muette sur cette longue
periode de l'existence d'Athenes et en general de l'existence des cites
grecques. On s'est etonne qu'ayant garde le souvenir de beaucoup
d'evenements du temps des anciens rois, elle n'en ait enregistre presque
aucun du temps des gouvernements aristocratiques. C'est sans doute qu'il
se produisit alors tres-peu d'actes qui eussent un interet general. Le
retour au regime patriarcal avait suspendu presque partout la vie
nationale. Les hommes vivaient separes et avaient peu d'interets communs.
L'horizon de chacun etait le petit groupe et la petite bourgade ou il
vivait a titre d'eupatride ou a titre de serviteur.

A Rome aussi chacune des familles patriciennes vivait sur son domaine,
entouree de ses clients. On venait a la ville pour les fetes du culte
public ou pour les assemblees. Pendant les annees qui suivirent
l'expulsion des rois, le pouvoir de l'aristocratie fut absolu. Nul autre
que le patricien ne pouvait remplir les fonctions sacerdotales dans la
cite; c'etait dans la caste sacree qu'il fallait choisir exclusivement les
vestales, les pontifes, les saliens, les flamines, les augures. Les seuls
patriciens pouvaient etre consuls; seuls ils composaient le Senat. Si l'on
ne supprima pas l'assemblee par centuries, ou les plebeiens avaient acces,
on regarda du moins l'assemblee par curies comme la seule qui fut legitime
et sainte. Les centuries avaient en apparence l'election des consuls; mais
nous avons vu qu'elles ne pouvaient voter que sur les noms que les
patriciens leur presentaient, et d'ailleurs leurs decisions etaient
soumises a la triple ratification du Senat, des curies et des augures. Les
seuls patriciens rendaient la justice et connaissaient les formules de la
loi.

Ce regime politique n'a dure a Rome qu'un petit nombre d'annees. En Grece,
au contraire, il y eut un long age ou l'aristocratie fut maitresse.
L'Odyssee nous presente un tableau fidele de cet etat social, dans la
partie occidentale de la Grece. Nous y voyons, en effet, un regime
patriarcal fort analogue a celui que nous avons remarque dans l'Attique.
Quelques grandes et riches familles se partagent le pays; de nombreux
serviteurs cultivent le sol ou soignent les troupeaux; la vie est simple;
une meme table reunit le chef et les serviteurs. Ces chefs sont appeles
d'un nom qui devint dans d'autres societes un titre pompeux, [Grec:
anaktes, basileis]. C'est ainsi que les Atheniens de l'epoque primitive
appelaient [Grec: basileus] le chef du [Grec: genos] et que les clients de
Rome garderent l'usage d'appeler _rex_ le chef de la _gens_. Ces chefs de
famille ont un caractere sacre; le poete les appelle les rois divins.
Ithaque est bien petite; elle renferme pourtant un grand nombre de ces
rois. Parmi eux il y a, a la verite, un roi supreme; mais il n'a guere
d'importance et ne parait pas avoir d'autre prerogative que celle de
presider le conseil des chefs. Il semble meme a certains signes qu'il soit
soumis a l'election, et l'on voit bien que Telemaque ne sera le chef
supreme de l'ile qu'autant que les autres chefs, ses egaux, voudront bien
l'elire. Ulysse rentrant dans sa patrie ne parait pas avoir d'autres
sujets que les serviteurs qui lui appartiennent en propre; quand il a tue
quelques-uns des chefs, les serviteurs de ceux-ci prennent les armes et
soutiennent une lutte que le poete ne songe pas a trouver blamable. Chez
les Pheaciens, Alcinoos a l'autorite supreme; mais nous le voyons se
rendre dans la reunion des chefs, et l'on peut remarquer que ce n'est pas
lui qui a convoque le conseil, mais que c'est le conseil qui a mande le
roi. Le poete decrit une assemblee de la cite pheacienne; il s'en faut de
beaucoup que ce soit une reunion de la multitude; les chefs seuls,
individuellement convoques par un heraut, comme a Rome pour les _comitia
calata_, se sont reunis; ils sont assis sur des sieges de pierre; le roi
prend la parole et il qualifie ses auditeurs du nom de rois porteurs de
sceptres.

Dans la ville d'Hesiode, dans la pierreuse Ascra, nous trouvons une classe
d'hommes que le poete appelle les chefs ou les rois; ce sont eux qui
rendent la justice au peuple. Pindare nous montre aussi une classe de
chefs chez les Cadmeens; a Thebes, il vante la race sacree des Spartes, a
laquelle Epaminondas rattacha plus tard sa naissance. On ne peut guere
lire Pindare sans etre frappe de l'esprit aristocratique qui regne encore
dans la societe grecque au temps des guerres mediques; et l'on devine par
la combien cette aristocratie fut puissante un siecle ou deux plus tot.
Car ce que le poete vante le plus dans ses heros, c'est leur famille, et
nous devons supposer que cette sorte d'eloge avait alors un grand prix et
que la naissance semblait encore le bien supreme. Pindare nous montre les
grandes familles qui brillaient alors dans chaque cite; dans la seule cite
d'Egine il nomme les Midylides, les Theandrides, les Euxenides, les
Blepsiades, les Chariades, les Balychides. A Syracuse il vante la famille
sacerdotale des Jamides, a Agrigente celle des Emmenides, et ainsi dans
toutes les villes dont il a occasion de parler.

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