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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

La Cite Antique

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Lorsque ensuite la cite se forma, rien ne fut change a la constitution
interieure de la famille. Nous avons meme montre que la cite, a l'origine,
ne fut pas une association d'individus, mais une confederation de tribus,
de curies et de familles, et que, dans cette sorte d'alliance, chacun de
ces corps resta ce qu'il etait auparavant. Les chefs de ces petits groupes
s'unissaient entre eux, mais chacun d'eux restait maitre absolu dans la
petite societe dont il etait deja le chef. C'est pour cela que le droit
romain laissa si longtemps au _pater_ l'autorite absolue sur la famille,
la toute-puissance et le droit de justice a l'egard des clients. La
distinction des classes, nee dans la famille, se continua donc dans la
cite.

La cite, dans son premier age, ne fut que la reunion des chefs de famille.
On a de nombreux temoignages d'un temps ou il n'y avait qu'eux qui pussent
etre citoyens. Cette regle s'est conservee a Sparte, ou les cadets
n'avaient pas de droits politiques. On en peut voir encore un vestige dans
une ancienne loi d'Athenes qui disait que pour etre citoyen il fallait
posseder un dieu domestique. [1] Aristote remarque qu'anciennement, dans
beaucoup de villes, il etait de regle que le fils ne fut pas citoyen du
vivant du pere, et que, le pere mort, le fils aine seul jouit des droits
politiques. [2] La loi ne comptait donc dans la cite ni les branches
cadettes ni, a plus forte raison, les clients. Aussi Aristote ajoute-t-il
que les vrais citoyens etaient alors en fort petit nombre.

L'assemblee qui deliberait sur les interets generaux de la cite n'etait
aussi composee, dans ces temps anciens, que des chefs de famille, des
_patres_. Il est permis de ne pas croire Ciceron quand il dit que Romulus
appela _peres_ les senateurs pour marquer l'affection paternelle qu'ils
avaient pour le peuple. Les membres du Senat portaient naturellement ce
titre parce qu'ils etaient les chefs des _gentes_. En meme temps que ces
hommes reunis representaient la cite, chacun d'eux restait maitre absolu
dans sa _gens_, qui etait comme son petit royaume. On voit aussi des les
commencements de Rome une autre assemblee plus nombreuse, celle des
curies; mais elle differe assez peu de celle des _patres_. Ce sont encore
eux qui forment l'element principal de cette assemblee; seulement, chaque
_pater_ s'y montre entoure de sa famille; ses parents, ses clients meme
lui font cortege et marquent sa puissance. Chaque famille n'a d'ailleurs
dans ces comices qu'un seul suffrage. [3] On peut bien admettre que le
chef consulte ses parents et meme ses clients, mais il est clair que c'est
lui qui vote. La loi defend d'ailleurs au client d'etre d'un autre avis
que son patron. Si les clients sont rattaches a la cite, ce n'est que par
l'intermediaire de leurs chefs patriciens. Ils participent au culte
public, ils paraissent devant le tribunal, ils entrent dans l'assemblee,
mais c'est a la suite de leurs patrons.

Il ne faut pas se representer la cite de ces anciens ages comme une
agglomeration d'hommes vivant pele-mele dans l'enceinte des memes
murailles. La ville n'est guere, dans les premiers temps, un lieu
d'habitation; elle est le sanctuaire ou sont les dieux de la communaute;
elle est la forteresse qui les defend et que leur presence sanctifie; elle
est le centre de l'association, la residence du roi et des pretres, le
lieu ou se rend la justice; mais les hommes n'y vivent pas. Pendant
plusieurs generations encore, les hommes continuent a vivre hors de la
ville, en familles isolees qui se partagent la campagne. Chacune de ces
familles occupe son canton, ou elle a son sanctuaire domestique et ou elle
forme, sous l'autorite de son _pater_, un groupe indivisible. Puis, a
certains jours, s'il s'agit des interets de la cite ou des obligations du
culte commun, les chefs de ces familles se rendent a la ville et
s'assemblent autour du roi, soit pour deliberer, soit pour assister au
sacrifice. S'agit-il d'une guerre, chacun de ces chefs arrive, suivi de sa
famille et de ses serviteurs (_sua manus_), ils se groupent par phratries
ou par curies et ils forment l'armee de la cite sous les ordres du roi.


NOTES

[1] Harpocration, [Grec: Zeus erkeios].

[2] Aristote, _Politique_, VIII, 5, 2-3.

[3] Aulu-Gelle, XV, 27. Nous verrons que la clientele s'est formee plus
tard; nous ne parlons ici que de celle des premiers siecles de Rome.




CHAPITRE II.

LES PLEBEIENS.


Il faut maintenant signaler un autre element de population qui etait au-
dessous des clients eux-memes, et qui, infime a l'origine, acquit
insensiblement assez de force pour briser l'ancienne organisation sociale.
Cette classe, qui devint plus nombreuse a Rome que dans aucune autre cite,
y etait appelee la plebe. Il faut voir l'origine et le caractere de cette
classe pour comprendre le role qu'elle a joue dans l'histoire de la cite
et de la famille chez les anciens.

Les plebeiens n'etaient pas les clients; les historiens de l'antiquite ne
confondent pas ces deux classes entre elles. Tite-Live dit quelque part:
" La plebe ne voulut pas prendre part a l'election des consuls; les
consuls furent donc elus par les patriciens et leurs clients. " Et
ailleurs: " La plebe se plaignit que les patriciens eussent trop
d'influence dans les comices grace aux suffrages de leurs clients. " [1]
On lit dans Denys d'Halicarnasse: " La plebe sortit de Rome et se retira
sur le mont Sacre: les patriciens resterent seuls clans la ville avec
leurs clients. " Et plus loin: " La plebe mecontente refusa de s'enroler,
les patriciens prirent les armes avec leurs clients et firent la guerre. "
[2] Cette plebe, bien separee des clients, ne faisait pas partie, du moins
dans les premiers siecles, de ce qu'on appelait le peuple romain. Dans une
vieille formule de priere, qui se repetait encore au temps des guerres
puniques, on demandait aux dieux d'etre propices " au peuple et a la
plebe. " [3] La plebe n'etait donc pas comprise dans le peuple, du moins a
l'origine. Le peuple comprenait les patriciens et leurs clients; la plebe
etait en dehors.

Ce qui fait le caractere essentiel de la plebe, c'est qu'elle est
etrangere a l'organisation religieuse de la cite, et meme a celle de la
famille. On reconnait a cela le plebeien et on le distingue du client. Le
client partage au moins le culte de son patron et fait partie d'une
famille, d'une _gens_. Le plebeien, a l'origine, n'a pas de culte et ne
connait pas la famille sainte.

Ce que nous avons vu plus haut de l'etat social et religieux des anciens
ages nous explique comment cette classe a pris naissance. La religion ne
se propageait pas; nee dans une famille, elle y restait comme enfermee; il
fallait que chaque famille se fit sa croyance, ses dieux, son culte. Mais
nous devons admettre qu'il y eut, dans ces temps si eloignes de nous, un
grand nombre de familles ou l'esprit n'eut pas la puissance de creer des
dieux, d'arreter une doctrine, d'instituer un culte, d'inventer l'hymne et
le rhythme de la priere. Ces familles se trouverent naturellement dans un
etat d'inferiorite vis-a-vis de celles qui avaient une religion, et ne
purent pas s'unir en societe avec elles; elles n'entrerent ni dans les
curies ni dans la cite. Meme dans la suite il arriva que des familles qui
avaient un culte, le perdirent, soit par negligence et oubli des rites,
soit apres une de ces fautes qui interdisaient a l'homme d'approcher de
son foyer et de continuer son culte. Il a du arriver aussi que des
clients, coupables ou mal traites, aient quitte la famille et renonce a sa
religion; le fils qui etait ne d'un mariage sans rites, etait repute
batard, comme celui qui naissait de l'adultere, et la religion de la
famille n'existait pas pour lui. Tous ces hommes, exclus des familles et
mis en dehors du culte, tombaient dans la classe des hommes sans foyer,
c'est-a-dire dans la plebe.

On trouve cette classe a cote de presque toutes les cites anciennes, mais
separee par une ligne de demarcation. A l'origine, une ville grecque est
double: il y a la ville proprement dite, [Grec: polis], qui s'eleve
ordinairement sur le sommet d'une colline; elle a ete batie avec des rites
religieux et elle renferme le sanctuaire des dieux nationaux. Au pied de
la colline on trouve une agglomeration de maisons, qui ont ete baties sans
ceremonies religieuses, sans enceinte sacree; c'est le domicile de la
plebe, qui ne peut pas habiter dans la ville sainte.

A Rome la difference entre les deux populations est frappante. La ville
des patriciens et de leurs clients est celle que Romulus a fondee suivant
les rites sur le plateau du Palatin. Le domicile de la plebe est l'asile,
espece d'enclos qui est situe sur la pente du mont Capitolin et ou Romulus
a admis les gens sans feu ni lieu qu'il ne pouvait pas faire entrer dans
sa ville. Plus tard, quand de nouveaux plebeiens vinrent a Rome, comme ils
etaient etrangers a la religion de la cite, on les etablit sur l'Aventin,
c'est-a-dire en dehors du pomoerium et de la ville religieuse.

Un mot caracterise ces plebeiens: ils sont sans foyer; ils ne possedent
pas, du moins a l'origine, d'autel domestique. Leurs adversaires leur
reprochent toujours de ne pas avoir d'ancetres, ce qui veut dire
assurement qu'ils n'ont pas le culte des ancetres et ne possedent pas un
tombeau de famille ou ils puissent porter le repas funebre. Ils n'ont pas
de pere, _pater_, c'est-a-dire qu'ils remonteraient en vain la serie de
leurs ascendants, ils n'y rencontreraient jamais un chef de famille
religieuse. Ils n'ont pas de famille, _gentem non habent_, c'est-a-dire
qu'ils n'ont que la famille naturelle; quant a celle que forme et
constitue la religion, ils ne l'ont pas.

Le mariage sacre n'existe pas pour eux; ils n'en connaissent pas les
rites. N'ayant pas le foyer, l'union que le foyer etablit leur est
interdite. Aussi le patricien qui ne connait pas d'autre union reguliere
que celle qui lie l'epoux a l'epouse en presence de la divinite
domestique, peut-il dire en parlant des plebeiens: _Connubia promiscua
habent more ferarum._

Pas de famille pour eux, pas d'autorite paternelle. Ils peuvent avoir sur
leurs enfants le pouvoir que donne la force; mais cette autorite sainte
dont la religion revet le pere, ils ne l'ont pas.

Pour eux le droit de propriete n'existe pas. Car toute propriete doit etre
etablie et consacree par un foyer, par un tombeau, par des dieux termes,
c'est-a-dire par tous les elements du culte domestique. Si le plebeien
possede une terre, cette terre n'a pas le caractere sacre; elle est
profane et ne connait pas le bornage. Mais peut-il meme posseder une terre
dans les premiers temps? On sait qu'a Rome nul ne peut exercer le droit de
propriete s'il n'est citoyen, or le plebeien, dans le premier age de Rome,
n'est pas citoyen. Le jurisconsulte dit qu'on ne peut etre proprietaire
que parle droit des Quirites; or le plebeien n'est pas compte d'abord
parmi les Quirites. A l'origine de Rome l'_ager romanus_ a ete partage
entre les tribus, les curies et les _gentes_; or le plebeien, qui
n'appartient a aucun de ces groupes, n'est certainement pas entre dans le
partage. Ces plebeiens, qui n'ont pas la religion, n'ont pas ce qui fait
que l'homme peut mettre son empreinte sur une part de terre et la faire
sienne. On sait qu'ils habiterent longtemps l'Aventin et y batirent des
maisons; mais ce ne fut qu'apres trois siecles et beaucoup de luttes
qu'ils obtinrent enfin la propriete de ce terrain.

Pour les plebeiens il n'y a pas de loi, pas de justice; car la loi est
l'arret de la religion, et la procedure est un ensemble de rites. Le
client a le benefice du droit de la cite par l'intermediaire du patron;
pour le plebeien ce droit n'existe pas. Un historien ancien dit
formellement que le sixieme roi de Rome fit le premier quelques lois pour
la plebe, tandis que les patriciens avaient les leurs depuis longtemps.
[4] Il parait meme que ces lois furent ensuite retirees a la plebe, ou
que, n'etant pas fondees sur la religion, les patriciens refuserent d'en
tenir compte; car nous voyons dans l'historien que, lorsqu'on crea des
tribuns, il fallut faire une loi speciale pour proteger leur vie et leur
liberte, et que cette loi etait concue ainsi: " Que nul ne s'avise de
frapper ou de tuer un tribun comme il ferait a un homme de la plebe. " [5]
Il semble donc que l'on eut le droit de frapper ou de tuer un plebeien, ou
du moins ce mefait commis envers un homme qui etait hors la loi, n'etait
pas puni.

Pour les plebeiens il n'y a pas de droits politiques. Ils ne sont pas
d'abord citoyens et nul parmi eux ne peut etre magistrat. Il n'y a d'autre
assemblee a Rome, durant deux siecles, que celle des curies; or les curies
ne comprennent pas les plebeiens. La plebe n'entre meme pas dans la
composition de l'armee, tant que celle-ci est distribuee par curies.

Mais ce qui separe le plus manifestement le plebeien du patricien, c'est
que le plebeien n'a pas la religion de la cite. Il est impossible qu'il
soit revetu d'un sacerdoce. On peut meme croire que la priere, dans les
premiers siecles, lui est interdite et que les rites ne peuvent pas lui
etre reveles. C'est comme dans l'Inde ou " le coudra doit ignorer toujours
les formules sacrees ". Il est etranger, et par consequent sa seule
presence souille le sacrifice. Il est repousse des dieux. Il y a entre le
patricien et lui toute la distance que la religion peut mettre entre deux
hommes. La plebe est une population meprisee et abjecte, hors de la
religion, hors de la loi, hors de la societe, hors de la famille. Le
patricien ne peut comparer cette existence qu'a celle de la bete, _more
ferarum_. Le contact du plebeien est impur. Les decemvirs, dans leurs dix
premieres tables, avaient oublie d'interdire le mariage entre les deux
ordres; c'est que ces premiers decemvirs etaient tous patriciens et qu'il
ne vint a l'esprit d'aucun d'eux qu'un tel mariage fut possible.

On voit combien de classes, dans l'age primitif des cites, etaient
superposees l'une a l'autre. En tete etait l'aristocratie des chefs de
famille, ceux que la langue officielle de Rome appelait _patres_, que les
clients appelaient _reges_, que l'Odyssee nomme [Grec: basileis] ou [Grec:
anachtes]. Au-dessous etaient les branches cadettes des familles; au-
dessous encore, les clients; puis plus bas, bien plus bas, la plebe.

C'est de la religion que cette distinction des classes etait venue. Car au
temps ou les ancetres des Grecs, des Italiens et des Hindous vivaient
encore ensemble dans l'Asie centrale, la religion avait dit: " L'aine fera
la priere. " De la etait venue la preeminence de l'aine en toutes choses;
la branche ainee dans chaque famille avait ete la branche sacerdotale et
maitresse. La religion comptait neanmoins pour beaucoup les branches
cadettes, qui etaient comme une reserve pour remplacer un jour la branche
ainee eteinte et sauver le culte. Elle comptait encore pour quelque chose
le client, meme l'esclave, parce qu'ils assistaient aux actes religieux.
Mais le plebeien, qui n'avait aucune part au culte, elle ne le comptait
absolument pour rien. Les rangs avaient ete ainsi fixes.

Mais aucune des formes sociales que l'homme imagine et etablit, n'est
immuable. Celle-ci portait en elle un germe de maladie et de mort; c'etait
cette inegalite trop grande. Beaucoup d'hommes avaient interet a detruire
une organisation sociale qui n'avait pour eux aucun bienfait.


NOTES

[1] Tite-Live, II, 64; II, 56.

[2] Denys, VI, 46; VII, 19; X, 27.

[3] Tite-Live, XXIX, 27: _Ut ea mihi populo plebique romanae bene
verruncent._ -- Ciceron, _pro Murena_, I: _Ut ea res mihi magistratuique
meo, populo plebique romanae bene atque feliciter eveniat_. -- Macrobe
(_Saturn._, I, 17) cite un vieil oracle du devin Marcius qui portait:
_Praetor qui jus populo plebique dabit_. -- Que les ecrivains anciens
n'aient pas toujours tenu compte de cette distinction essentielle entre le
_populus_ et la _plebs_, c'est ce dont on ne sera pas surpris, si l'on
songe que cette distinction n'existait plus au temps ou ils ecrivaient. A
l'epoque de Ciceron, il y avait plusieurs siecles que la _plebs_ faisait
legalement partie du _populus_. Mais les vieilles formules, que citent
Tite-Live, Ciceron et Macrobe, restaient comme des souvenirs du temps ou
les deux populations ne se confondaient pas encore.

[4] Denys, IV, 43.

[5] Denys, VI, 89.




CHAPITRE III.

PREMIERE REVOLUTION.


_1 L'autorite politique est enlevee aux rois._

Nous avons dit qu'a l'origine le roi avait ete le chef religieux de la
cite, le grand pretre du foyer public, et qu'a cette autorite sacerdotale
il avait joint l'autorite politique, parce qu'il avait paru naturel que
l'homme qui representait la religion de la cite fut en meme temps le
president de l'assemblee, le juge, le chef de l'armee. En vertu de ce
principe il etait arrive que tout ce qu'il y avait de puissance dans
l'Etat avait ete reuni dans les mains du roi.

Mais les chefs des familles, les _patres_, et au-dessus d'eux les chefs
des phratries et des tribus formaient a cote de ce roi une aristocratie
tres-forte. Le roi n'etait pas seul roi; chaque _pater_ l'etait comme lui
dans sa _gens_; c'etait meme a Rome un antique usage d'appeler chacun de
ces puissants patrons du nom de roi; a Athenes, chaque phratrie et chaque
tribu avait son chef, et a cote du roi de la cite il y avait les rois des
tribus, [Grec: phylobasileis]. C'etait une hierarchie de chefs ayant tous,
dans un domaine plus ou moins etendu, les memes attributions et la meme
inviolabilite. Le roi de la cite n'exercait pas son pouvoir sur la
population entiere; l'interieur des familles et toute la clientele
echappaient a son action. Comme le roi feodal, qui n'avait pour sujets que
quelques puissants vassaux, ce roi de la cite ancienne ne commandait
qu'aux chefs des tribus et des _gentes_, dont chacun individuellement
pouvait etre aussi puissant que lui, et qui reunis l'etaient beaucoup
plus. On peut bien croire qu'il ne lui etait pas facile de se faire obeir.
Les hommes devaient avoir pour lui un grand respect, parce qu'il etait le
chef du culte et le gardien du foyer; mais ils avaient sans doute peu de
soumission, parce qu'il avait peu de force. Les gouvernants et les
gouvernes ne furent pas longtemps sans s'apercevoir qu'ils n'etaient pas
d'accord sur la mesure d'obeissance qui etait due. Les rois voulaient etre
puissants et les _peres_ ne voulaient pas qu'ils le fussent. Une lutte
s'engagea donc, dans toutes les cites, entre l'aristocratie et les rois.

Partout l'issue de la lutte fut la meme; la royaute fut vaincue. Mais il
ne faut pas perdre de vue que cette royaute primitive etait sacree. Le roi
etait l'homme qui disait la priere, qui faisait le sacrifice, qui avait
enfin par droit hereditaire le pouvoir d'attirer sur la ville la
protection des dieux. On ne pouvait donc pas songer a se passer de roi; il
en fallait un pour la religion; il en fallait un pour le salut de la cite.
Aussi voyons-nous dans toutes les cites dont l'histoire nous est connue,
que l'on ne toucha pas d'abord a l'autorite sacerdotale du roi et que l'on
se contenta de lui oter l'autorite politique. Celle-ci n'etait qu'une
sorte d'appendice que les rois avaient ajoute a leur sacerdoce; elle
n'etait pas sainte et inviolable comme lui. On pouvait l'enlever au roi
sans que la religion fut mise en peril.

La royaute fut donc conservee; mais, depouillee de sa puissance, elle ne
fut plus qu'un sacerdoce. " Dans les temps tres-anciens, dit Aristote, les
rois avaient un pouvoir absolu en paix et en guerre; mais dans la suite
les uns renoncerent d'eux-memes a ce pouvoir, aux autres il fut enleve de
force, et on ne laissa plus a ces rois que le soin des sacrifices. "
Plutarque dit la meme chose: " Comme les rois se montraient orgueilleux et
durs dans le commandement, la plupart des Grecs leur enleverent le pouvoir
et ne leur laisserent que le soin de la religion. " [1] Herodote parle de
la ville de Cyrene et dit: " On laissa a Battos, descendant des rois, le
soin du culte et la possession des terres sacrees et on lui retira toute
la puissance dont ses peres avaient joui. "

Cette royaute ainsi reduite aux fonctions sacerdotales continua, la
plupart du temps, a etre hereditaire dans la famille sacree qui avait
jadis pose le foyer et commence le culte national. Au temps de l'empire
romain, c'est-a-dire sept ou huit siecles apres cette revolution, il y
avait encore a Ephese, a Marseille, a Thespies, des familles qui
conservaient le titre et les insignes de l'ancienne royaute et avaient
encore la presidence des ceremonies religieuses. [2]

Dans les autres villes les familles sacrees s'etaient eteintes, et la
royaute etait devenue elective et ordinairement annuelle.


_2 Histoire de cette revolution a Sparte._

Sparte a toujours eu des rois, et pourtant la revolution dont nous parlons
ici, s'y est accomplie aussi bien que dans les autres cites.

Il parait que les premiers rois doriens regnerent en maitres absolus. Mais
des la troisieme generation la querelle s'engagea entre les rois et
l'aristocratie. Il y eut pendant deux siecles une serie de luttes qui
firent de Sparte une des cites les plus agitees de la Grece; on sait qu'un
de ces rois, le pere de Lycurgue, perit frappe dans une guerre civile. [3]

Rien n'est plus obscur que l'histoire de Lycurgue; son biographe ancien
commence par ces mots: " On ne peut rien dire de lui qui ne soit sujet a
controverse. " Il parait du moins certain que Lycurgue parut au milieu des
discordes, " dans un temps ou le gouvernement flottait dans une agitation
perpetuelle ". Ce qui ressort le plus clairement de tous les
renseignements qui nous sont parvenus sur lui, c'est que sa reforme porta
a la royaute un coup dont elle ne se releva jamais. " Sous Charilaos, dit
Aristote, la monarchie fit place a une aristocratie. " [4] Or ce Charilaos
etait roi lorsque Lycurgue fit sa reforme. On sait d'ailleurs par
Plutarque que Lycurgue ne fut charge des fonctions de legislateur qu'au
milieu d'une emeute pendant laquelle le roi Charilaos dut chercher un
asile dans un temple. Lycurgue fut un moment le maitre de supprimer la
royaute; il s'en garda bien, jugeant la royaute necessaire et la famille
regnante inviolable. Mais il fit en sorte que les rois fussent desormais
soumis au Senat en ce qui concernait le gouvernement, et qu'ils ne fussent
plus que les presidents de cette assemblee et les executeurs de ses
decisions. Un siecle apres, la royaute fut encore affaiblie et ce pouvoir
executif lui fut ote; on le confia a des magistrats annuels qui furent
appeles ephores.

Il est facile de juger par les attributions qu'on donna aux ephores, de
celles qu'on laissa aux rois. Les ephores rendaient la justice en matiere
civile, tandis que le Senat jugeait les affaires criminelles. Les ephores,
sur l'avis du Senat, declaraient la guerre ou reglaient les clauses des
traites de paix. En temps de guerre, deux ephores accompagnaient le roi,
le surveillaient; c'etaient eux qui fixaient le plan de campagne et
commandaient toutes les operations. [5] Que restait-il donc aux rois, si
on leur otait la justice, les relations exterieures, les operations
militaires? Il leur restait le sacerdoce. Herodote decrit leurs
prerogatives: " Si la cite fait un sacrifice, ils ont la premiere place au
repas sacre; on les sert les premiers et on leur donne double portion. Ils
font aussi les premiers la libation, et la peau des victimes leur
appartient. On leur donne a chacun, deux fois par mois, une victime qu'ils
immolent a Apollon. " [6] " Les rois, dit Xenophon, accomplissent les
sacrifices publics et ils ont la meilleure part des victimes. " S'ils ne
jugent ni en matiere civile ni en matiere criminelle, on leur reserve du
moins le jugement dans toutes les affaires qui concernent la religion. En
cas de guerre, un des deux rois marche toujours a la tete des troupes,
faisant chaque jour les sacrifices et consultant les presages. En presence
de l'ennemi, il immole des victimes, et quand les signes sont favorables,
il donne le signal de la bataille. Dans le combat il est entoure de devins
qui lui indiquent la volonte des dieux, et de joueurs de flute qui font
entendre les hymnes sacres. Les Spartiates disent que c'est le roi qui
commande, parce qu'il tient dans ses mains la religion et les auspices;
mais ce sont les ephores et les polemarques qui reglent tous les
mouvements de l'armee. [7]

Il est donc vrai de dire que la royaute de Sparte n'est qu'un sacerdoce
hereditaire. La meme revolution qui a supprime la puissance politique du
roi dans toutes les cites, l'a supprimee aussi a Sparte. La puissance
appartient reellement au Senat qui dirige et aux ephores qui executent.
Les rois, dans tout ce qui ne concerne pas la religion, obeissent aux
ephores. Aussi Herodote peut-il dire que Sparte ne connait pas le regime
monarchique, et Aristote que le gouvernement de Sparte est une
aristocratie. [8]


_3 Meme revolution a Athenes._

On a vu plus haut quel avait ete l'etat primitif de la population de
l'Attique. Un certain nombre de familles, independantes et sans lien entre
elles, se partageaient le pays; chacune d'elles formait une petite societe
que gouvernait un chef hereditaire. Puis ces familles se grouperent et de
leur association naquit la cite athenienne. On attribuait a Thesee d'avoir
acheve la grande oeuvre de l'unite de l'Attique. Mais les traditions
ajoutaient et nous croyons sans peine que Thesee avait du briser beaucoup
de resistances. La classe d'hommes qui lui fit opposition ne fut pas celle
des clients, des pauvres, qui etaient repartis dans les bourgades et les
[Grec: genae]. Ces hommes se rejouirent plutot d'un changement qui donnait
un chef a leurs chefs et assurait a eux-memes un recours et une
protection. Ceux qui souffrirent du changement furent les chefs des
familles, les chefs des bourgades et des tribus, les [Grec: basileis], les
[Grec: phylobasileis], ces eupatrides qui avaient par droit hereditaire
l'autorite supreme dans leur [Grec: genos] ou dans leur tribu. Ils
defendirent de leur mieux leur independance; perdue, ils la regretterent.

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