Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques
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L'ossature principale de l'ile est formee par les montagnes de basalte
plus compact et plus riche en cristaux. M. Bailly[4] affirme que
toutes ces montagnes "se developpent autour d'elle comme une ceinture
d'immenses remparts, toutes affectant une pente plus ou moins inclinee
vers le rivage de la mer, tandis que, au contraire, vers le centre de
l'ile elles presentent une coupe abrupte et souvent taillee a pic.
Toutes ces montagnes sont formees de couches paralleles inclinees du
centre de l'ile vers la mer". Ces observations ont ete discutees d'une
maniere generale par M. Quoy, dans le _Voyage de Freycinet_. J'ai
constate leur parfaite exactitude pour autant que les moyens
d'observation insuffisants dont je disposais m'aient permis de le
faire[5]. Les montagnes que j'ai visitees dans le nord-ouest de l'ile,
notamment La Pouce, Peter Botts, Corps de Garde, Les Mamelles, et
probablement une autre encore situee plus au sud, offrent precisement
la forme externe et la disposition des couches decrites par M. Bailly.
Elles constituent le quart environ de sa ceinture de remparts. Quoique
ces montagnes soient aujourd'hui isolees, et separees les unes des
autres par des breches, dont la largeur atteint meme plusieurs milles,
au travers desquelles se sont repandus des deluges de lave partis
de l'interieur de l'ile, pourtant en voyant les grandes analogies
qu'elles presentent, on reste convaincu qu'elles ont fait partie, a
l'origine, d'une seule masse continue. A en juger d'apres la belle
carte de l'ile Maurice publiee par l'Amiraute d'apres un manuscrit
francais, il existe a l'autre extremite de l'ile une chaine de
montagnes (M. Bambou) correspondant comme hauteur, position relative
et forme exterieure, a celle que je viens de decrire. Il est douteux
que la ceinture ait jamais ete complete, mais on peut conclure avec
certitude de ce qu'avance M. Bailly et de mes propres observations,
qu'a une certaine epoque des montagnes, formees de couches inclinees
vers l'exterieur et presentant vers l'interieur des flancs a pic,
s'etendaient sur une grande partie de la circonference de l'ile. La
ceinture semble avoir ete ovale et de tres grandes dimensions, car son
petit axe, mesure entre la partie interne des montagnes voisines de
Port-Louis et celles des environs de Grand-Port, n'a pas moins de 13
milles geographiques de longueur. M. Bailly ne craint pas d'admettre
que ce vaste golfe, comble ulterieurement en grande partie par des
coulees de lave modernes, a ete forme par l'affaissement de toute la
partie superieure d'un grand volcan.
Il est singulier de voir sous combien de rapports concorde l'histoire
geologique de ces parties des iles San Thiago et Maurice que j'ai
visitees. Dans les deux iles la ligne des cotes est suivie par une
chaine courbe de montagnes presentant la meme forme exterieure, la
meme stratification et la meme composition (tout au moins en ce qui
concerne les couches superieures). Dans les deux cas ces montagnes
semblent avoir fait partie, a l'origine, d'une masse continue. Si on
compare la structure compacte et cristalline des couches de basalte
qui les constituent avec celle des coulees basaltiques voisines, de
formation subaerienne, on est conduit a admettre que les premieres
se sont etalees en nappes sur le fond de la mer et qu'elles ont ete
emergees ensuite. Nous pouvons supposer que les larges breches entre
les montagnes ont ete, dans les deux cas, ouvertes par l'action des
vagues, pendant leur soulevement graduel, phenomene qui a continue a
se produire encore a une periode relativement recente, dans chacune
de ces iles, ainsi que le montrent des preuves evidentes qu'on peut
constater sur leurs rivages. Dans ces deux iles, de grandes coulees de
laves basaltiques plus recentes, emises du centre de l'ile, se sont
etalees autour des anciennes collines basaltiques et ont comble les
vallees qui les separaient; en outre, des cones d'eruptions recentes
ont surgi sporadiquement sur le pourtour des deux iles; enfin, pas
plus a San Thiago qu'a Maurice on ne constate d'eruption durant la
periode historique. Comme on l'a fait remarquer dans le dernier
chapitre, il est probable que ces anciennes montagnes basaltiques, qui
ressemblent, a bien des egards, a la partie inferieure ruinee de deux
enormes volcans, doivent leur forme actuelle, leur structure et leur
position a l'action de causes semblables.
_Rochers de Saint-Paul_.--Cette petite ile est situee dans l'ocean
Atlantique, a 1 deg. environ, au nord de l'Equateur, et a 540 milles de
l'Amerique du Sud, par 29 deg.15' de longitude ouest. Son point culminant
ne s'eleve qu'a 50 pieds a peine au-dessus du niveau de la mer; ses
contours sont irreguliers, et sa circonference entiere ne mesure que
trois quarts de mille. Cette petite pointe rocheuse s'eleve a pic dans
l'Ocean; et, sauf sur sa cote ouest, les sondages qu'on a operes n'ont
pas atteint le fond, meme a la faible distance d'un quart de mille du
rivage. Elle n'est pas d'origine volcanique, et a cause de ce fait,
qui est le plus saillant de son histoire comme nous le verrons plus
loin, il n'y aurait pas lieu d'en traiter dans cet ouvrage. Cette
ile est formee de roches qui different de toutes celles que j'ai
rencontrees, et je ne saurais les caracteriser par aucun nom; je dois
donc les decrire.
La variete la plus simple, et qui est aussi l'une des plus abondantes,
est une roche tres compacte, lourde, d'un noir verdatre, a cassure
anguleuse et irreguliere; certaines aretes sont assez dures pour rayer
le verre, et la roche est infusible. Cette variete passe a d'autres
d'un vert plus pale, moins dures, mais dont la cassure est plus
cristalline, translucides sur les bords et qui sont fusibles en un
email vert. Plusieurs varietes sont caracterisees principalement par
le fait qu'elles contiennent d'innombrables filaments de serpentine
vert sombre, et que leurs interstices sont remplis par une matiere
calcaire. Ces roches ont une structure concretionnee peu visible, et
sont remplies de pseudo-fragments anguleux de coloration variee. Ces
pseudo-fragments anguleux sont formes par la roche vert sombre decrite
en premier lieu, par une variete brune, plus tendre, de serpentine et
par une roche jaunatre, rude au toucher, et qui doit probablement etre
rapportee a une roche serpentineuse. Il y a encore dans l'ile d'autres
roches, tendres, vesiculaires et de nature calcareo-ferrugineuse. On
n'observe pas de stratification bien distincte, mais une partie des
roches est imparfaitement laminaire, et tout l'ensemble est veine par
des filons de diverses dimensions et des masses ressemblant a des
veines, dont quelques-unes, qui sont calcaires et renferment de petits
fragments de coquilles, sont incontestablement d'origine posterieure
aux autres.
_Incrustation luisante_.--Une grande partie de ces roches sont
revetues d'une substance polie et luisante, a eclat perle,
blanc-grisatre; cet enduit suit toutes les irregularites de la surface
a laquelle il adhere fortement. En examinant cette substance a la
loupe, on reconnait qu'elle est formee d'un grand nombre de couches
excessivement minces, dont l'epaisseur totale atteint environ un
dixieme de pouce. Cette matiere est beaucoup plus dure que le spath
calcaire, mais elle peut etre rayee au couteau. Au chalumeau elle
s'exfolie, decrepite, noircit legerement, emet une odeur fetide
et devient fortement alcaline; elle ne fait pas effervescence aux
acides[6]. Je suppose que cette substance a ete deposee par l'eau
qui filtre au travers des excrements d'oiseaux dont les rochers
sont couverts. J'ai observe a l'ile de l'Ascension des masses
stalactitiques irregulieres paraissant etre de la meme nature, pres
d'une cavite de la roche qui etait remplie d'une masse lamelleuse
formee de fiente d'oiseaux amenee la par l'infiltration. Lorsqu'on
les casse, ces masses offrent une texture terreuse, mais, a la
partie externe et surtout a leur extremite, elles sont formees
d'une substance perlee, ordinairement disposee en petits globules,
ressemblant a l'email des dents, mais plus fortement translucide, et
assez dure pour rayer le verre. Cette substance noircit legerement au
chalumeau, degage une odeur desagreable, devient ensuite absolument
blanche en se boursouflant un peu, et fond en un email blanc terne;
elle ne devient pas alcaline et ne fait pas effervescence aux acides.
Toute la masse offre un aspect ride, comme si elle s'etait fortement
contractee lors de la formation de la croute dure et luisante. Aux
iles Abrolhos sur la cote du Bresil, ou le guano abonde, j'ai trouve,
en grande quantite, une substance brune, arborescente, adherant a une
roche trappeenne. Cette substance ressemble beaucoup, sous sa forme
arborescente, a quelques-unes des varietes ramifiees de Nullipores.
Elle presente, au chalumeau, les memes caracteres que les specimens
provenant de l'Ascension; mais elle est moins dure et moins brillante,
et sa surface n'a pas l'aspect ride.
Notes:
[1] Spallanzani, Dolomieu et Hoffmann ont decrit des faits analogues
dans les iles volcaniques d'Italie. Dolomieu dit (_Memoire sur les
Isles Ponces_, p. 86) qu'aux iles Ponta le fer a ete redepose sous
forme de veines. Ces auteurs croient aussi que la vapeur depose de
la silice; il est demontre experimentalement aujourd'hui qu'a haute
temperature la vapeur peut dissoudre la silice.
[2] Cependant Mac-Culloch a decrit et a figure (_Geolog. Trans. 1st
series_, vol. IV, p. 225) un trapp dont les cavites etaient remplies
de quartz et de calcedoine disposes en zones horizontales. La moitie
superieure de ces cavites est souvent remplie par des couches qui
suivent toutes les irregularites de la surface, et par de petites
stalactites suspendues, formees des memes substances siliceuses.
[3] Dans Hooker, _Bot. Misc_., vol. II, p. 301, le capitaine
Carmichael. Le capitaine Lloyd a decrit recemment quelques-unes de ces
masses avec beaucoup de soin dans les _Proceedings of the geological
Society_ (vol. III, p. 317). Plusieurs faits interessants sont
rapportes sur ce sujet dans le _Voyage a l'Isle de France_, par un
_Officier du Roi_. Consulter aussi _Voyage aux quatre Isles d'Afrique_
par M. Bory de Saint-Vincent.
[4] _Voyages aux Terres australes_, t. I, p. 54.
[5] M. Lesson semble admettre les idees de M. Bailly dans la
description qu'il a faite de l'ile dans le _Voyage de la "Coquille"_.
[6] J'ai decrit cette substance dans mon _Journal_. Je la croyais
alors constituee par un phosphate de chaux impur.
CHAPITRE III
ASCENSION
Laves basaltiques.--Nombreux crateres tronques du meme
cote.--Structure singuliere de bombes volcaniques.--Explosions
de masses gazeuses.--Fragments granitiques ejacules.--Roches
trachytiques.--Veines remarquables.--Jaspe, son mode de
formation.--Concretions dans le tuf ponceux.--Depots calcaires et
incrustations dendritiques sur la cote.--Couches laminees alternant
avec de l'obsidienne et passant a cette roche.--Origine de
l'obsidienne.--Lamination des roches volcaniques.
Cette ile est situee dans l'ocean Atlantique, par 8 deg. lat. S. et 14 deg.
long. W. Elle a la forme d'un triangle irregulier (Voir la carte
ci-jointe), dont chaque cote mesure environ 6 milles de longueur. Son
point culminant se trouve a 2.870 pieds[1] au-dessus du niveau de la
mer. Elle est entierement volcanique, et, vu l'absence de preuves
contraires, je la crois d'origine subaerienne. La roche fondamentale
est de nature feldspathique, elle offre partout une couleur pale, et
elle est generalement compacte. Dans la region sud-est de l'ile, qui
est aussi la plus elevee, on trouve du trachyte bien caracterise et
d'autres roches analogues appartenant a cette famille lithologique si
variee. La circonference presque tout entiere est couverte de coulees
de lave basaltique noire et rugueuse: on y voit poindre de-ci de-la
une colline ou une simple pointe de rocher constituees par du trachyte
qui n'a pas ete recouvert. L'un de ces pointements, pres du bord de la
mer, au nord du fort, n'a que 2 ou 3 yards de diametre.
_Roches basaltique_.--La lave basaltique sous-jacente est extremement
celluleuse en certains points, beaucoup moins en d'autres; sa couleur
est noire, mais elle contient quelquefois des cristaux de feldspath
vitreux, parfois aussi, mais rarement, une grande quantite d'olivine.
Ces coulees semblent avoir ete singulierement peu fluides; leurs
parois et leur extremite sont tres escarpees, et n'ont pas moins de 20
a 30 pieds de haut. Leur surface est extraordinairement raboteuse, et
a distance elle parait parsemee d'un grand nombre de petits crateres.
Ces intumescences sont des monticules larges, irregulierement
coniques, traverses de fissures, et formes par un basalte plus ou
moins scoriace, comme les coulees environnantes, mais possedant une
structure colonnaire mal definie: leur hauteur au-dessus de la surface
generale varie de 8 a 30 pieds, et ils ont ete formes, je pense, par
l'accumulation de la lave visqueuse aux points ou elle rencontrait une
plus grande resistance. A la base de plusieurs de ces monticules, et
parfois aussi en des parties plus horizontales de la coulee, des cotes
epaisses s'elevent a 2 ou 3 pieds au-dessus de la surface; elles sont
formees de masses de basalte angulo-globulaires, ressemblant par leur
forme et par leur dimension a des tuyaux de terre cuite recourbes, ou
a des gouttieres de la meme matiere, mais elles ne sont pas creuses:
j'ignore quelle peut avoir ete leur origine. Un grand nombre de
fragments superficiels de ces coulees basaltiques offrent des formes
singulierement contournees, et plusieurs specimens ressemblent, a s'y
meprendre, a des blocs de bois de couleur sombre sans ecorce.
Plusieurs des coulees basaltiques peuvent etre suivies, soit jusqu'aux
points d'eruption a la base de la grande masse centrale de trachyte,
soit jusqu'a des collines isolees, coniques, de teinte rougeatre, qui
sont eparpillees sur le littoral du nord et de l'ouest de l'ile. Du
haut de l'eminence centrale, j'ai compte vingt a trente de ces cones
d'eruption. Le sommet tronque de la plupart d'entre eux est coupe
obliquement, et tous presentent une pente vers le sud-est, point d'ou
souffle le vent alize[2]. Cette structure est due, sans aucun doute,
a l'action du vent, qui a pousse en plus grande quantite dans un sens
que dans l'autre les fragments et les cendres rejetes pendant les
eruptions. M. Moreau de Jonnes a fait une observation semblable pour
les volcans des Antilles.
_Bombes volcaniques_.--On les rencontre en grand nombre, repandues
sur le sol, et quelques-unes d'entre elles se trouvent a une distance
considerable de tout point d'eruption. Leur dimension varie de celle
d'une pomme a celle du corps d'un homme; elles sont spheriques ou
pyriformes, et l'extremite posterieure (qui repondrait a la queue
d'une comete) est irreguliere et herissee de pointes saillantes; elle
peut meme etre concave. Leur surface est rugueuse et traversee de
fentes ramifiees; leur structure interne est irregulierement scoriacee
et compacte, ou offre un aspect symetrique fort remarquable. La
gravure represente tres exactement un segment irregulier d'une bombe
appartenant a cette derniere espece, et dont j'ai trouve plusieurs
specimens. Elle avait a peu pres la grandeur d'une tete d'homme. La
partie interne tout entiere est grossierement celluleuse; le diametre
moyen des vacuoles est d'un dixieme de pouce environ, mais leur
dimension decroit graduellement vers la partie externe de la bombe.
Cette partie interne est entouree d'une croute de lave compacte,
nettement limitee, offrant une epaisseur presque uniforme d'environ un
tiers de pouce. La croute est recouverte d'une enveloppe un peu plus
epaisse de lave finement celluleuse (dont les vacuoles varient en
diametre d'un cinquantieme a un centieme de pouce), et qui forme la
surface exterieure. La limite qui separe la croute de lave compacte de
l'enduit scoriace externe est nettement definie. On peut facilement se
rendre compte de cette structure en supposant qu'une masse de matiere
visqueuse et scoriacee soit projetee dans l'air, et animee d'un
mouvement rotatoire rapide. En effet, pendant que la croute exterieure
se solidifiait par refroidissement (et prenait l'etat ou nous la
voyons aujourd'hui), la force centrifuge, en reduisant la pression
a l'interieur de la bombe, devait permettre aux vapeurs chaudes de
dilater les vacuoles, mais celles-ci, comprimees par la meme force
contre la croute deja solidifiee, devaient diminuer graduellement de
volume, et a mesure qu'elles etaient plus rapprochees de cette croute
externe, leur volume devait toujours aller se reduisant jusqu'au
moment ou la partie interne etait emprisonnee dans une croute massive
concentrique. Nous savons que des eclats peuvent etre projetes d'une
meule[3] lorsqu'elle est animee d'un mouvement de rotation assez
rapide, nous ne devons donc pas douter que la force centrifuge soit
assez puissante pour modifier, comme nous le supposons ici, la
structure d'une bombe encore a l'etat plastique. Des geologues
ont fait observer que la forme exterieure d'une bombe nous revele
immediatement l'histoire de sa course aerienne, et nous constatons
maintenant que sa structure interne peut nous redire presque aussi
clairement le mouvement rotatoire dont elle etait animee.
[Illustration: Fig. 3.--Fragment d'une bombe volcanique spherique,
dont la partie interne grossierement celluleuse est entouree d'une
couche de lave compacte recouverte d'une croute formee par une roche
finement celluleuse.]
M. Bory de Saint-Vincent[4] a decrit des masses arrondies de lave
trouvees a l'ile Bourbon, qui ont une structure tout a fait semblable;
pourtant son interpretation (si je la comprends bien) est fort
differente de celle que j'ai donnee, car il suppose que ces corps ont
roule, comme des boules de neige, le long des flancs du cratere.
M. Beudant[5] a decrit de singulieres petites spheres d'obsidienne,
dont le diametre ne depasse jamais 6 a 8 pouces, et qu'il a trouvees
repandues a la surface du sol. Elles sont toujours de forme ovale,
parfois elles sont fortement renflees par le milieu, et meme
fusiformes; leur surface est recouverte de cretes et de sillons
concentriques, disposes avec une certaine regularite, et qui sont tous
perpendiculaires a un axe du globule; la partie interne est compacte
et vitreuse. M. Beudant suppose que des masses de lave encore
plastique ont ete projetees dans l'air et animees d'un mouvement
rotatoire autour d'un meme axe, ce qui a determine la forme de la
bombe et des cotes superficielles. Sir Thomas Mitchell m'a donne un
echantillon qui semble etre, a premiere vue, la moitie d'un globe
d'obsidienne fortement aplati; il a singulierement l'aspect d'un objet
artificiel, et cet aspect est exactement represente (en grandeur
naturelle) dans la gravure ci-jointe. Cet echantillon a ete trouve,
tel que nous le voyons, dans une grande plaine sablonneuse, entre les
rivieres Darling et Murray en Australie, et a plusieurs centaines de
milles de toute region volcanique connue. Il parait avoir ete enfoui
dans une matiere tufacee rougeatre, et peut-etre a-t-il ete transporte
par les aborigenes ou par des agents naturels. La coupe ou enveloppe
externe est formee d'obsidienne compacte, de couleur vert bouteille,
et elle est remplie de lave noire finement celluleuse beaucoup moins
transparente et moins vitreuse que l'obsidienne. La surface exterieure
porte quatre ou cinq cotes assez peu nettes, que dans la figure on
a peut-etre representees en les exagerant. Nous avons donc ici la
structure externe decrite par M. Beudant et la nature celluleuse
interne des bombes de l'Ascension. La levre de la coupe exterieure est
legerement concave, exactement comme le bord d'une assiette creuse, et
son bord interne surplombe un peu de lave cellulaire centrale. Cette
structure est tellement symetrique sur toute la circonference, qu'on
est oblige d'admettre que la bombe a fait explosion pendant sa
course aerienne, alors qu'elle etait encore animee d'un mouvement de
rotation, avant d'etre entierement solidifiee, et que la levre et les
bords ont ete ainsi legerement modifies et inflechis vers l'interieur.
On peut observer que les cotes exterieures sont situees dans des plans
perpendiculaires a un axe oblique au grand axe de l'ovoide aplati:
nous devons supposer, pour expliquer ce fait, que, lors de l'explosion
de la bombe, l'axe de rotation a subi un deplacement.
[Illustration: FIG. 4.--Bombe volcanique d'obsidienne d'Australie,
vue de face dans la figure superieure et de profil dans la figure
inferieure.]
_Explosions de masses gazeuses_.--Les flancs de Green Mountain et la
contree environnante sont couverts d'une grande quantite de fragments
incoherents, formant une masse epaisse de quelques centaines de pieds.
Les couches inferieures consistent generalement en tufs a grain fin
a peine consolides[6], et les lits superieurs en grands fragments
detaches, alternant avec des lits de matieres moins grossieres[7]. Une
couche blanche rubanee de breche ponceuse decomposee etait reployee
d'une facon remarquable en fortes courbes ininterrompues, au-dessous
de chacun des grands fragments du banc surincombant. Je suppose,
d'apres la position relative de ces bancs, qu'un cratere a orifice
etroit, occupant a peu pres l'emplacement de Green Mountain, a lance
comme un enorme fusil a air, avant son extinction finale, cette vaste
accumulation de materiaux meubles. Des dislocations tres importantes
se sont produites posterieurement a cet evenement, et un cirque ovale
a ete forme par affaissement. Cet espace affaisse se trouve au pied
nord-est de Green Mountain, et il est nettement indique sur la carte
qui accompagne cet ouvrage. Son grand axe, repondant a une ligne de
fissure dirigee N.-E.-S.-W., a une longueur de trois cinquiemes de
mille marin; les bords de ce cirque sont presque verticaux, sauf en
un seul point, et ont a peu pres 400 pieds de hauteur; a la partie
inferieure ils sont constitues par un basalte feldspathique de couleur
pale, et a la partie superieure par du tuf et par des fragments
projetes a l'etat incoherent; le fond est uni, et sous tout autre
climat il se serait forme en cet endroit un lac profond. A juger par
l'epaisseur du banc de fragments incoherents qui recouvre la contree
environnante, la masse de matiere gazeuse qui les a projetes doit
avoir ete enorme. Nous pouvons conclure vraisemblablement de ces
faits, qu'apres l'explosion, de vastes cavernes auront ete formees
sous le sol, et que l'ecroulement de la voute de l'une d'entre elles
a forme la cavite que nous venons de decrire. Dans l'archipel des
Galapagos on rencontre souvent des fosses d'un caractere semblable,
mais de dimension beaucoup moindre, a la base de petits cones
d'eruption.
_Fragments granitiques projetes_.--Il n'est pas rare de trouver dans
le voisinage de Green Mountain des fragments de roches heterogenes
empates dans des masses de scories. Le lieutenant Evans, a l'amabilite
duquel je dois un grand nombre de renseignements, m'en a donne
plusieurs specimens, et j'en ai trouve d'autres moi-meme. Ils ont
presque tous une structure granitique, ils sont cassants, rudes au
toucher, et leur couleur est evidemment alteree: 1. Une syenite
blanche, rayee et tachetee de rouge, elle est formee de feldspath bien
cristallise, de nombreux grains de quartz et de cristaux de hornblende
brillants quoique petits. Le feldspath et la hornblende de cet
echantillon et de ceux dont on parlera dans la suite ont ete
determines a l'aide du goniometre a reflexion, et le quartz par sa
maniere d'etre au chalumeau. D'apres son clivage, le feldspath de ces
fragments projetes ainsi que la variete vitreuse que l'on trouve dans
le trachyte, est un feldspath potassique.--2. Une masse rouge brique
de feldspath, de quartz et de petites plages d'un mineral decompose
dont un petit fragment m'a montre le clivage de la hornblende.--3. Une
masse de feldspath blanc a cristallisation confuse, avec de petits
nids d'un mineral de couleur sombre, souvent caries, arrondis sur les
bords, a cassure luisante, mais sans clivage distinct; sa comparaison
avec le second specimen m'a demontre que c'etait de la hornblende
fondue.--4. Une roche qui, a premiere vue, semble etre une simple
agregation de grands cristaux distincts de Labrador gris[8]; mais
dans les interstices de ces cristaux il y a un peu de feldspath grenu
blanc, de nombreuses paillettes de mica, et un peu de hornblende
alteree; je ne crois pas qu'il y ait du quartz. J'ai decrit ces
fragments en detail parce qu'on rencontre rarement[9] des roches
granitiques projetees par des volcans et _dont les mineraux n'aient
pas subi de modifications_, comme c'est le cas pour le premier
specimen, et dans une certaine mesure pour le second. Un autre grand
bloc trouve ailleurs merite d'etre signale; c'est un conglomerat
contenant de petits fragments de roches granitiques, celluleuses
et jaspeuses, et de porphyre petro-siliceux empates dans une masse
fondamentale de wacke et traverses d'un grand nombre de couches minces
de retinite concretionnee passant a l'obsidienne. Ces couches sont
paralleles, peu etendues, et legerement incurvees, elles s'amincissent
a leurs extremites et rappellent par leur forme les couches de quartz
dans le gneiss. Il est probable que ces petits fragments empates n'ont
pas ete projetes a l'etat isole, mais qu'ils etaient empates dans une
roche volcanique fluide, voisine de l'obsidienne; nous allons voir
que plusieurs varietes appartenant a la serie de cette derniere roche
possedent une structure laminaire.
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