Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques
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Dans la meme grande vallee on rencontre plusieurs autres masses
coniques de roches injectees (j'ai observe que l'une d'entre elles
etait formee de greenstone compact), dont quelques-unes ne semblent
avoir aucune relation avec la direction suivie par un dike, tandis
que d'autres sont evidemment reliees par une de ces lignes. Trois ou
quatre grandes lignes de dikes s'etendent au travers de la vallee
suivant une direction N.-E.-S.-W., parallele a celle qui joint les
Asses' Ears et Lot's Wife, et probablement Lot. Le grand nombre de ces
masses de roches injectees est un trait remarquable de la geologie
de Sainte-Helene. Outre celles que nous venons de citer, et la masse
hypothetique qui s'etendrait sous Flagstaff Hill, mentionnons encore
la masse qui forme Little-Stony-Top, et comme j'ai lieu de le croire,
d'autres masses encore au Man-and-Horse et a High-Hill. La plupart
de ces masses, sinon toutes, ont ete injectees posterieurement aux
dernieres eruptions volcaniques du cratere central. La formation, sur
des lignes de fissure, de saillies rocheuses coniques, dont les parois
sont le plus souvent paralleles, peut etre vraisemblablement attribuee
a des inegalites de tension, provoquant la formation de petites
fissures transversales; les bords des couches cedent naturellement en
ces points d'intersection, et sont facilement redresses. Je dois
faire observer, enfin, que partout les eminences de phonolite ont une
tendance[11] a prendre des formes singulieres et meme grotesques,
comme celle de Lot; le pic de Fernando Noronha en offre un exemple;
pourtant a San Thiago, les cones de phonolite, quoique aigus, ont une
forme reguliere. En supposant, comme cela parait probable, que tous
les monticules ou obelisques de ce genre ont ete originairement
injectes a l'etat liquide dans un moule forme par des couches qui
ont cede sous la pression des masses injectees, comme le fait s'est
produit certainement pour Lot, on peut se demander d'ou proviennent
leurs formes si souvent escarpees et etranges en comparaison de
celles des masses de greenstone et de basalte qui partagent avec les
premieres le meme mode de formation. Ces formes seraient-elles dues
a une fluidite moins parfaite que l'on considere generalement comme
caracteristique des laves trachytiques voisines des phonolites?
_Depots superficiels_.--On rencontre, tant sur la cote septentrionale
de l'ile que sur sa cote meridionale, un gres calcarifere tendre, en
bancs superficiels fort etendus quoique peu epais. Il consiste en tres
petits fragments roules de coquilles et d'autres organismes d'une
dimension uniforme, qui conservent en partie leurs couleurs jaune,
brune et rose, et offrent parfois, mais tres rarement, des traces
vagues de leur forme externe primitive. Je me suis vainement efforce
de trouver un fragment de coquille qui ne fut pas roule. La couleur
des fragments est le caractere le plus net qui fasse reconnaitre leur
origine; l'action d'une chaleur moderee altere ces nuances et provoque
le degagement d'une odeur; ce sont donc des caracteres identiques
a ceux que presentent des coquilles fraiches. Ces fragments sont
cimentes entre eux et sont melanges d'une matiere terreuse: d'apres
Beatson, les masses les plus pures contiennent 70 p. 100 de carbonate
de chaux. Les bancs, dont l'epaisseur varie de 2 ou 3 pieds a 15
pieds, recouvrent la surface du sol; on les rencontre generalement sur
celui des flancs de la vallee qui est protege contre l'action du
vent, et ils se trouvent a la hauteur de plusieurs centaines de pieds
au-dessus du niveau de la mer. Leur position correspond a celle que le
sable prendrait aujourd'hui sous l'action du vent alize; et sans
aucun doute ils ont ete formes de cette maniere, ce qui explique
l'uniformite et la finesse des particules, ainsi que l'absence
complete de coquilles entieres ou meme de fragments de dimension
moyenne. C'est un fait remarquable que sur aucun point de la cote il
n'existe aujourd'hui de bancs coquillers d'ou la poussiere calcaire
aurait pu etre enlevee et triee. Nous devons donc remonter a une
periode plus ancienne, anterieure aux bouleversements qui ont produit
les grandes falaises actuelles, et durant laquelle une cote en pente
douce, comme celle de l'Ascension, se pretait a l'accumulation des
debris de coquilles. Quelques-uns des bancs de ce calcaire se trouvent
a l'altitude de 6 a 700 pieds au-dessus de la mer; mais cette altitude
peut etre due, en partie, a un soulevement du sol posterieur a
l'accumulation du sable calcaire.
L'infiltration de l'eau des pluies a consolide certaines parties de
ces bancs, les a transformes en une roche compacte, et a provoque la
formation de calcaires stalagmitiques brun fonce. A la carriere de
Sugar-Loaf, des fragments de roches ont ete recouverts, sur les pentes
adjacentes[12], par des couches minces superposees de matiere calcaire
formant un revetement epais. Un fait curieux, c'est qu'un grand nombre
de ces cailloux sont recouverts sur toute leur surface, sans qu'aucun
point indiquant leur contact avec une autre roche ait ete laisse a nu;
ces cailloux doivent donc avoir ete souleves par l'action du depot
tres lent qui s'operait et les recouvrait de couches successives
de carbonate de chaux. Des masses d'une roche blanche, finement
oolitique, sont fixees a la surface externe d'un certain nombre de
ces cailloux. Von Buch a decrit un calcaire compact de Lanzarote qui
ressemble parfaitement au depot stalagmitique dont il s'agit; cet
enduit recouvre des cailloux, et en certains endroits il est finement
oolitique. Ce calcaire forme une couche tres etendue dont l'epaisseur
varie d'un pouce a 2 ou 3 pieds, et on le rencontre a la hauteur de
800 pieds au-dessus de la mer, mais uniquement sur celle des cotes de
l'ile qui est exposee aux vents violents du nord-ouest. Von Buch fait
observer[13] qu'on ne le rencontre pas dans les cavites du sol, mais
uniquement sur les flancs continus et inclines de la montagne. Il
croit que ce calcaire a ete depose par les embruns que ces vents
violents portent au-dessus de l'ile tout entiere. Il me parait
cependant beaucoup plus vraisemblable que cette roche a ete formee,
comme a Sainte-Helene, par l'infiltration de l'eau dans des amas de
coquilles finement concassees; car lorsque le sable est transporte par
le vent sur une cote tres exposee, il tend toujours a s'accumuler
sur des surfaces larges et unies offrant aux vents une resistance
uniforme. En outre, a l'ile voisine de Fuerteventura[14], il existe un
calcaire terreux qui, d'apres von Buch, est entierement semblable
aux specimens provenant de Sainte-Helene qu'il a vus, et qu'il croit
formes par le transport de debris de coquilles sous l'action du vent.
Dans la carriere de Sugar-Loaf Hill, dont j'ai parle plus haut, les
bancs superieurs de calcaire sont plus tendres, moins purs, et ont le
grain plus fin que les bancs inferieurs. Les coquilles terrestres y
abondent et quelques-unes sont intactes; ces bancs renferment aussi
des ossements d'oiseaux et de grands oeufs[15] qui proviennent, selon
toute probabilite, d'oiseaux aquatiques. Il est vraisemblable que ces
couches superieures sont restees longtemps a l'etat meuble, et que
c'est durant cette periode que les produits terrestres y ont ete
renfermes. M. G.-R. Sowerby a bien voulu examiner trois especes de
coquilles terrestres, provenant de ces bancs, que je lui ai remises.
La description qu'il en a faite se trouve a l'Appendice. L'une de
ces coquilles est une Succinee, identique a une espece actuellement
vivante et qui abonde dans l'ile; les deux autres, notamment
_Cochlogena fossilis_ et _Helix biplicata_, ne sont pas connues comme
organismes actuels; la derniere de ces especes a ete trouvee aussi
dans une autre localite fort differente, ou elle est associee a une
espece incontestablement eteinte du genre Cochlogena.
_Lits de coquilles terrestres eteintes_.--En diverses parties de
l'ile, on trouve, enfouies dans la terre, des coquilles terrestres
qui paraissent appartenir toutes a des especes eteintes. La plupart
d'entre elles ont ete trouvees sur Flagstaff-Hill, a une altitude
considerable. Sur le versant nord-ouest de cette colline, un ravin
creuse par la pluie a mis a decouvert une coupe d'environ 20 pieds de
puissance, dont la partie superieure consiste en terre vegetale noire,
evidemment amenee des parties plus elevees de la colline par l'eau des
pluies, et la partie inferieure en terre moins noire, ou abondent des
coquilles jeunes et vieilles entieres ou brisees. Cette terre est
faiblement consolidee en certains points par une matiere calcareuse
provenant probablement de la decomposition partielle d'une certaine
quantite des coquilles. M. Seale, l'intelligent resident de
Sainte-Helene, qui a, le premier, appele l'attention sur ces
coquilles, m'en a donne une collection nombreuse provenant d'une autre
localite, ou elles semblent avoir ete enfouies dans une terre fort
noire. M. G.-R. Sowerby a etudie ces coquilles et les a decrites dans
l'Appendice. Il y en a sept especes, notamment une Cochlogena, deux
especes du genre Cochlicopa, et quatre du genre Helix; aucune de ces
especes n'est connue comme vivante et n'a ete trouvee ailleurs que
la. De petites especes ont ete retirees de l'interieur des grandes
coquilles de _Cochlogena auris-vulpina_. Cette derniere espece est
fort singuliere a divers egards. Lamarck lui-meme l'a classee dans
un genre marin, elle a ete prise ainsi erronement pour une coquille
marine, et les especes plus petites qui l'accompagnent ayant passe
inapercues, on a mesure l'altitude des endroits exactement determines
ou elle a ete trouvee, et on a conclu ainsi au soulevement de l'ile!
Il est bien remarquable que toutes les coquilles de cette espece que
j'ai trouvees en un meme endroit forment, d'apres M. Sowerby, une
variete distincte de celle a laquelle appartiennent les coquilles
provenant d'une autre localite et recueillies par M. Seale. Comme
cette Cochlogena est une coquille grande et bien visible, j'ai
soigneusement interroge plusieurs habitants fort intelligents, sur le
point de savoir s'ils avaient jamais vu cet animal a l'etat vivant;
ils m'ont tous affirme que non, et meme ils ne voulaient pas croire
que ce fut un organisme terrestre; en outre, M. Seale, qui a
collectionne des coquilles a Sainte-Helene pendant toute sa vie, ne
l'a jamais rencontree a l'etat vivant. Peut-etre decouvrira-t-on que
quelques-unes des especes les plus petites sont encore vivantes; mais,
d'un autre cote, les deux mollusques terrestres vivant actuellement en
abondance dans l'ile n'ont jamais ete trouves, que je sache, associes
dans les roches avec les especes eteintes. J'ai montre dans mon
journal[16] que l'extinction de ces mollusques terrestres pourrait
n'etre pas fort ancienne, car un grand changement s'est produit dans
l'ile il y a environ cent vingt ans; a cette epoque, les vieux arbres
moururent, et ils ne furent pas remplaces parce que les jeunes arbres
etaient detruits au fur et a mesure de leur naissance par les chevres
et les porcs, qui vivaient dans l'ile en grand nombre et a l'etat de
liberte depuis 1502. M. Seale affirme que sur Flagstaff-Hill, ou les
coquilles enfouies sont surtout abondantes, comme nous l'avons vu, on
peut observer partout des traces qui demontrent clairement que cette
colline a ete couverte autrefois d'une epaisse foret; aujourd'hui, il
n'y croit pas meme un buisson. La couche epaisse de terre vegetale
noire, qui recouvre le banc coquillier sur les flancs de cette
colline, a ete probablement amenee du sommet par les eaux des que les
arbres perirent et que l'abri qu'ils offraient disparut.
_Soulevement de l'ile_.--Apres avoir constate que les laves de la
serie inferieure, dont l'origine est sous-marine, ont ete elevees
au-dessus du niveau de la mer et atteignent en certains endroits
une altitude de plusieurs centaines de pieds, je me suis efforce de
retrouver des signes superficiels du soulevement de l'ile. Le fond
d'un certain nombre des gorges qui descendent vers la cote est comble,
sur une hauteur de 100 pieds environ, par des couches mal definies
de sable, d'argile limoneuse et de masses fragmentaires. M. Seale
a trouve dans ces couches les os de l'Oiseau du Tropique et de
l'Albatros; aujourd'hui le premier de ces oiseaux visite rarement
l'ile, et le second n'y vient jamais. La difference qui existe entre
ces couches et les amas inclines de debris qui les recouvrent me fait
supposer qu'elles ont ete deposees dans les gorges lorsque celles-ci
se trouvaient au-dessous du niveau de la mer. En outre, M. Seale
a montre que quelques-unes des gorges en forme de fissure[17]
s'elargissent legerement du sommet vers la base en offrant une section
concave, et cette forme speciale est due probablement a l'action
erosive que la mer exercait lorsqu'elle penetrait dans la partie
inferieure des gorges. A des altitudes plus considerables on n'a pas
de preuves aussi evidentes du soulevement de cette ile; neanmoins,
dans une depression en forme de baie que presente le plateau
s'etendant derriere Prosperous Bay, a l'altitude d'environ 1.000
pieds, on voit des masses rocheuses a sommet plat, dont on ne saurait
concevoir la separation d'avec les couches voisines semblables qu'en
admettant qu'elles ont ete exposees a l'erosion marine sur une plage.
Il serait certainement bien difficile d'expliquer d'une autre maniere
un grand nombre de denudations qui ont ete produites a de grandes
altitudes; ainsi, par exemple, le sommet aplati de la colline de Barn,
dont l'altitude est de 2.000 pieds, presente, suivant M. Seale, un
veritable reseau de dikes tronques; sur des collines formees, comme le
Flagstaff, d'une roche tendre nous pouvons supposer que les dikes ont
ete erodes et abattus par les agents atmospheriques, mais nous pouvons
difficilement supposer que cela soit possible pour les couches
basaltiques resistantes du Barn.
_Denudation de la cote_.--Les enormes falaises, hautes, en certains
endroits, de 1.000 a 2.000 pieds, dont cette ile, semblable a une
prison, est entouree de toutes parts, sauf en quelques points ou
d'etroites vallees descendent vers la cote, forment le trait le plus
saillant du paysage. Nous avons vu que des segments de l'enceinte
basaltique, longs de 2 a 3 milles sur 1 ou 2 milles de largeur et
1.000 a 2.000 pieds de hauteur, ont ete completement rases. En outre,
des recifs et des bancs de rochers s'elevent dans la mer en des
endroits ou elle presente de grandes profondeurs, a 3 ou 4 milles de
la cote actuelle. D'apres M. Seale, on peut les suivre jusqu'au rivage
et constater ainsi qu'ils forment le prolongement de certains grands
dikes bien determines. La formation de ces rochers est due evidemment
a l'action des vagues de l'Ocean Atlantique, et il est interessant de
constater que les rochers situes sous le vent de l'ile, du cote
qui est partiellement protege et qui s'etend de Sugar-Loaf Hill a
South-West Point, presentent une hauteur moindre, quoique encore
considerable, correspondant a une situation mieux abritee. Quand on
songe a l'altitude relativement faible que presentent les cotes d'un
grand nombre d'iles volcaniques, exposees comme Sainte-Helene a
l'action de la pleine mer, et dont l'origine semble remonter a une
haute antiquite, l'esprit recule a l'idee d'evaluer le nombre de
siecles necessaires pour reduire en limon et disperser l'enorme volume
de roches dures qui a ete arrache au littoral de cette ile. L'etat de
la surface de Sainte-Helene offre un contraste frappant avec celle de
l'ile la plus voisine, l'Ascension. A l'Ascension les coulees de lave
presentent une surface brillante, comme si elles venaient d'etre
ejaculees; leurs limites sont bien definies, et souvent on peut les
suivre jusqu'aux crateres encore intacts qui les ont emises. Pendant
mes nombreuses et longues promenades je n'ai pas observe un seul dike;
et sur la circonference presque entiere de l'ile la cote est basse
et a ete rongee au point de ne plus former qu'un petit mur dont la
hauteur varie de 10 a 40 pieds (il ne faut pourtant pas attacher a ce
fait une importance trop considerable, car l'ile a pu s'affaisser).
Cependant depuis trois cent quarante ans que l'ile de l'Ascension
est connue, on n'y a pas signale le moindre symptome d'action
volcanique[18]. D'autre part, a Sainte-Helene on ne saurait suivre le
cours d'aucune coulee de lave, en se guidant soit par l'etat de ses
limites, soit par celui de la surface; il n'y reste que l'epave d'un
grand cratere. Des dikes ruines sillonnent non seulement les vallees,
mais meme la surface de quelques-unes des collines les plus elevees;
et, en plusieurs endroits, les sommets denudes de grands cones de
roche injectee sont exposes et decouverts. Enfin, nous avons vu que le
pourtour entier de l'ile a ete profondement erode, de maniere a former
de gigantesques falaises.
_Crateres de soulevement_.--Les iles de Sainte-Helene, de San Thiago
et Maurice offrent une grande ressemblance au point de vue de leur
structure et de leur histoire geologique. Ces trois iles sont
enfermees (tout au moins celles de leurs parties qu'il m'a ete
possible de visiter) dans un cercle de montagnes basaltiques fortement
entame aujourd'hui, mais qui a ete evidemment continu autrefois.
Le versant de ces montagnes, dirige vers l'interieur de l'ile, est
escarpe, ou parait pour le moins l'avoir ete autrefois, et les
couches dont elles sont constituees plongent vers la mer. Je n'ai pu
determiner l'inclinaison des bancs que dans un petit nombre de
cas seulement, et cette operation n'etait pas facile, car la
stratification paraissait generalement mal definie, si ce n'est quand
on l'observait de loin. Cependant, je suis a peu pres certain que,
conformement aux recherches de M. Elie de Beaumont, leur inclinaison
moyenne est superieure a celle qu'ils auraient pu prendre en coulant
sur une pente, etant donnees leur epaisseur et leur compacite. A
Sainte-Helene et a San Thiago les couches basaltiques reposent sur
des bancs plus anciens, d'une composition differente, et qui sont
probablement sous-marins. Dans les trois iles, des deluges de laves
plus recentes se sont ecoules du centre de l'ile vers les montagnes
basaltiques et entre ces dernieres; et a Sainte-Helene la plate-forme
centrale a ete comblee par ces laves. Chacune des trois iles a ete
soulevee en masse. A l'ile Maurice la mer doit avoir baigne le pied
des montagnes basaltiques, a une periode geologique eloignee, ainsi
qu'elle le fait actuellement a Sainte-Helene; a San Thiago la mer
attaque aujourd'hui la plaine qui s'etend entre ces montagnes.
Dans les trois iles, mais specialement a San Thiago et a Maurice,
l'observateur, place au sommet d'une des anciennes montagnes
basaltiques, cherche en vain a decouvrir au centre de l'ile (point
vers lequel convergent approximativement les strates placees sous ses
pieds et sous les montagnes situees a sa droite et a sa gauche), une
source d'ou ces coulees auraient pu etre emises; mais il n'apercoit
qu'un vaste plateau concave s'etendant au-dessous de lui, ou des
monceaux de matieres d'origine plus recente.
Je pense que ces montagnes basaltiques doivent etre classees avec les
crateres de soulevement; il importe peu que les enceintes aient ete
ou non completes autrefois, car les segments qui en subsistent
aujourd'hui ont une structure si uniforme que, s'ils ne constituent
pas des fragments de veritables crateres, on ne peut pas les classer
parmi les lignes de soulevement ordinaires. En considerant leur
origine, et apres avoir lu les ouvrages de M. Lyell[19] et de MM.
C. Prevost et Virlet, je ne puis croire que les grandes depressions
centrales aient ete formees par un soulevement en forme de dome,
provoquant le cintrage des couches. D'un autre cote il m'est bien
difficile d'admettre que ces montagnes basaltiques ne soient que de
simples fragments du pied de grands volcans dont le sommet aurait
ete enleve par explosion, ou plus vraisemblablement englouti par
affaissement. Ces enceintes ont parfois des dimensions tellement
colossales, comme a San Thiago et a Maurice, et on les rencontre
si souvent, que je puis difficilement me resoudre a adopter cette
explication. En outre, la simultaneite frequente des faits que je vais
enumerer me porte a croire qu'ils ont, en quelque sorte, un rapport
commun que n'implique ni l'une ni l'autre des theories rappelees plus
haut: en premier lieu, l'etat ruine de l'enceinte qui demontre que
les parties actuellement isolees ont ete soumises a une denudation
puissante, et tend peut-etre, en certains cas, a demontrer que
l'enceinte n'a probablement jamais ete fermee; en second lieu, la
grande quantite de matiere ejaculee par la partie centrale de l'ile
apres la formation de l'enceinte ou pendant la duree de cette
formation; et en troisieme lieu, le soulevement de l'ile en masse.
Quant au fait que l'inclinaison des couches est superieure a celle que
devraient offrir naturellement les fragments de la base de volcans
ordinaires, j'admets volontiers que cette inclinaison a pu augmenter
lentement par le soulevement dont les nombreuses fissures comblees ou
dikes donnent a la fois la preuve et la mesure, d'apres M. Elie de
Beaumont; theorie aussi neuve qu'importante que nous devons aux
recherches de ce geologue a l'Etna.
Convaincu, comme je l'etais alors, par les phenomenes observes en
1835 dans l'Amerique du Sud[20], que les forces qui produisent
l'ejaculation des matieres par les orifices volcaniques sont
identiques a celles qui soulevent l'ensemble des continents, une
hypothese, embrassant les faits que je viens de citer, se presenta a
mon esprit quand j'etudiai la partie de la cote de San Thiago ou
la couche calcaire soulevee horizontalement plonge dans la mer,
immediatement sous un cone de lave d'eruption posterieure. Cette
hypothese consiste a admettre que, pendant le soulevement lent d'une
contree ou d'une ile volcanique, au centre de laquelle un ou plusieurs
orifices restent ouverts, neutralisant ainsi les forces souterraines,
la peripherie est soulevee plus fortement que la partie centrale; et
que les parties ainsi surelevees ne s'abaissent pas en pente douce
vers la region centrale moins elevee [comme le fait la couche
calcaire sous le cone a San Thiago, et comme une grande partie de la
circonference de l'Islande[21]; mais qu'elles en sont separees par des
failles courbes. D'apres ce que nous constatons le long des failles
ordinaires, nous pouvons nous attendre a ce que, sur la partie
soulevee, les couches, deja inclinees vers l'exterieur par le fait
de leur formation primordiale en coulees de lave, seront relevees a
partir du plan de la faille et prendront ainsi une inclinaison plus
forte. Suivant cette hypothese, que je suis tente de n'appliquer qu'a
quelques cas peu nombreux, il n'est pas probable que l'enceinte ait
jamais ete complete, et par suite de la lenteur du soulevement, les
parties soulevees auraient ete generalement exposees a une denudation
puissante qui aurait provoque la rupture de l'enceinte. Nous pouvons
nous attendre aussi a constater des differences accidentelles
d'inclinaison entre les masses soulevees, comme cela se produit a
San Thiago. Cette hypothese rattache egalement le soulevement de
l'ensemble de la region a l'ecoulement de grands flots de lave
provenant des plates-formes du centre. Dans cette theorie les
montagnes basaltiques marginales des trois iles que nous avons citees
plus haut peuvent encore etre considerees comme formant des "crateres
de soulevement"; le genre de soulevement que l'on suppose a ete lent,
et la depression ou plate-forme centrale a ete formee, non par le
cintrage de la surface, mais simplement par suite d'un soulevement
moins considerable de cette partie de l'ile.
Notes:
[1] _Account of St-Helena_ by governor Beatson.
[2] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_. M. Seale a construit
un modele a grande echelle de l'ile de Sainte-Helene, qui merite une
visite, et qui se trouve actuellement au College d'Addiscombe dans le
Surrey.
[3] Ce fait a ete observe (Lyell, _Principles of Geology_, vol. IV,
chap. x, p. 9) dans les dikes de l'Atrio del Cavallo, mais il n'est
probablement pas fort commun. Sir G. Mackensie affirme cependant
(_Travels in Iceland_, p. 372) qu'en Islande toutes les veines
presentent sur leurs bords "un revetement noir vitreux". Le capitaine
Carmichael dit, en parlant des dikes de Tristan d'Acunha, ile
volcanique de l'Atlantique meridional, que leurs bords "sont
invariablement semi-vitreux au contact de la roche encaissante".
(_Linnaean Transactions_, vol. XII, p. 485.)
[4] _Geognosy of the Island of Saint-Helena_, pl. 5.
[5] M. Constant Prevost (_Memoires de la Societe Geologique_, t. II)
fait observer que "les produits volcaniques n'ont que localement et
rarement meme derange le sol, a travers lequel ils se sont fait jour".
[6] Un exemple remarquable de cette structure est decrit dans _les
Polynesian Researches_, de Ellis (seconde edition), ou l'on trouve
un dessin admirable des corniches et des terrasses successives qui
s'etendent sur les bords de l'immense cratere d'Hawai aux iles
Sandwich.
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