A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Editorial
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques

C >> Charles Darwin >> Observations Geologiques sur les Iles Volcaniques

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OBSERVATIONS GEOLOGIQUES SUR LES ILES VOLCANIQUES

_EXPLOREES PAR L'EXPEDITION DU "BEAGLE"_

ET NOTES SUR LA GEOLOGIE DE L'AUSTRALIE ET DU CAP DE BONNE-ESPERANCE

PAR

Charles DARWIN

TRADUIT DE L'ANGLAIS SUR LA TROISIEME EDITION

PAR

A.-F. RENARD




AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR


L'oeuvre de Darwin comprend, outre ses travaux biologiques, trois
ouvrages consacres specialement a la geologie. Ils ont paru sous le
titre general de _Geologie du Voyage du Beagle_[1] et forment comme une
trilogie embrassant l'etude des constructions coralliennes, des iles
volcaniques et de la geologie de l'Amerique meridionale. De ces
publications, la seule qui ait ete traduite en francais est celle sur
les iles coralliennes, etude magistrale ou se sont revelees pour la
premiere fois la grandeur de conception, la puissance et la penetration
de cet incomparable observateur[2].

Je me suis propose de completer la traduction des oeuvres geologiques
de Darwin et je publie aujourd'hui ses _Observations sur les iles
volcaniques_, qui seront suivies par ses etudes sur la geologie
de l'Amerique du Sud. Ces ouvrages, qui ont paru en 1844 et 1846,
constituent un ensemble avec le _Journal d'un Naturaliste_, dont ils
developpent les passages essentiels sous une forme plus technique. Ces
pages, moins descriptives et pittoresques de facture, reclamees telles
en quelque sorte par les sujets plus speciaux dont elles traitent, n'ont
pas, quoique d'une portee assez haute cependant pour consacrer, a elles
seules, la reputation de l'Auteur, attire l'attention generale comme
l'ont fait son attachant _Journal d'un Naturaliste_ et son livre sur la
_Structure et la Distribution des iles coralliennes_. D'autre part, ces
recherches geologiques sont de Darwin avant le Darwinisme: elles ont
precede de pres de quinze ans l'_Origine des especes_ et ses travaux
biologiques qui marquent une date dans l'histoire des sciences.

Ces oeuvres revelatrices devoilaient la nature organique sous un jour ou
elle avait ete a peine entrevue; il en decoulait des conclusions d'une
si considerable portee dans tous les ordres d'idees, elles ebranlaient
si profondement les prejuges et l'erreur, elles projetaient de si vives
clartes sur tant de problemes restes insolubles, que durant la derniere
moitie du XIXe siecle aucune conception ne s'imposa davantage a la
pensee, n'y laissa une impression plus profonde et ne suscita des
controverses plus passionnees. On comprend qu'au milieu du dechainement
d'injures et de sarcasmes qui accueillirent l'idee de l'evolution telle
que la formulait le Maitre, dans l'ardeur de la courageuse defense dont
elle fut l'objet et dans le triomphe final de la theorie evolutionniste,
on perdit peut-etre trop de vue le role preponderant que Darwin a joue
comme l'un des fondateurs des sciences geologiques. Les recherches du
debut de sa carriere furent comme noyees dans la gloire de ses plus
recentes decouvertes.

Cependant ces etudes et ces travaux geologiques ont eu une influence
directrice sur la pensee du naturaliste anglais, et peut-etre n'est-il
pas hors de propos, en presentant cette traduction, d'insister sur ce
fait. On peut dire, en effet, que les recherches geologiques auxquelles
ce savant s'est livre avant d'aborder la publication de l'_Origine des
especes_ l'avaient admirablement prepare a la conception de l'oeuvre
capitale qu'il devait edifier. Il est incontestable que c'est dans la
connaissance du monde inorganique et de son developpement, dans
l'observation immediate des phenomenes geologiques, dans l'application
constante des principes de l'ecole de Hutton et de Lyell dont il fut
un des premiers adeptes, qu'on peut voir, sinon le point de depart et
l'orientation de ses theories biologiques, du moins une des bases sur
lesquelles il les etablit.

C'est du reste ce qu'il declare lui-meme, avec cette noble modestie
qui a caracterise toute son existence, quand il ecrit en tete de son
_Journal_, dans sa dedicace a Lyell, que le merite principal de ses
oeuvres a sa source dans l'etude qu'il a faite des _Principes de
Geologie_. C'est la qu'il a pu puiser, en effet, cette notion des causes
actuelles, fondamentale pour sa doctrine, suivre leur action dans les
periodes anciennes et rattacher l'un a l'autre les phenomenes dont la
terre fut le theatre. C'est a la lumiere nouvelle que ce livre avait
faite dans son esprit qu'il a pu embrasser, comme nul autre avant lui,
l'immense duree des temps geologiques et de la succession des faunes et
des flores. Or, ces considerations constituent quelques-unes des pierres
angulaires du grandiose edifice qu'est le Darwinisme.

Tous les naturalistes connaissent les deux chapitres X et XI de
l'_Origine des Especes_, sur _l'insuffisance des donnees
paleontologiques_ et sur _la succession geologique des etres organises_,
ou Darwin traite des questions qui mettent en relation ses doctrines
avec les donnees geologiques. L'une des plus hautes autorites
contemporaines, Sir Archibald Geikie, les apprecie en ces termes: "Ces
chapitres ont provoque, dans les theories geologiques admises, la
revolution la plus profonde qui se soit produite a notre epoque"[3]. Peu
d'hommes de science, toutefois, savent quelles etudes avaient prepare
l'Auteur a ces conceptions geniales sur l'histoire de la terre. Pour
retrouver la marche de ces etudes, de cette longue et difficile
preparation, il faut remonter aux travaux de Darwin sur _la Geologie du
Beagle_. C'est la qu'on peut apprecier, dans leur expression technique,
ces connaissances speciales sur la nature des roches et sur la structure
du globe qui servirent de base a ces generalisations. Quand on a lu et
medite ces memoires, fruit de tant de recherches faites dans un contact
direct avec la nature, on comprend comment l'Auteur a pu resoudre ces
problemes fondamentaux avec le savoir et l'autorite incontestee qui le
placent au premier rang parmi les initiateurs de la geologie.

Et ce qui temoigne hautement de la valeur de ces travaux de geologie
pure, c'est qu'a cote de tant d'oeuvres de cette epoque tombees dans
l'oubli ils ont resiste aux attaques du temps. Certes il y a mis son
inevitable patine; mais ils demeurent des modeles dont la matiere d'un
pur metal et la ligne harmonieuse et severe commandent l'admiration. Ces
memoires temoignent a tous comment une intelligence maitresse d'elle-
meme, en possession des connaissances speciales reclamees par les sujets
qu'elle aborde, douee d'une incomparable penetration, s'entend a scruter
la nature, a edifier la synthese des faits et a la traduire d'une
maniere claire, concise qui frappe par sa simplicite meme. Et pour ceux
que leurs etudes ont prepares a penetrer le detail de ces oeuvres, qui
peuvent se rendre compte des efforts qui accompagnent l'exploration de
regions encore vierges, juger des procedes et des methodes suivis pour
atteindre les resultats, se replacer par la pensee au point ou en etait
la science lorsque ces recherches furent faites, saisir le caractere
original et neuf des considerations qui devancerent leur temps et ont
servi de point de depart aux generalisations futures, pour ceux-la
l'oeuvre geologique de Darwin sera placee parmi celles qui appartiennent
a l'histoire de la geologie; ils reliront ces pages avec admiration et
fruit.

Charge de decrire les materiaux recueillis par l'expedition du
_Challenger_, j'ai ete amene a me livrer a une etude attentive de
l'oeuvre geologique du naturaliste anglais: ce fut le cas, en
particulier, pour ses _Observations sur les iles volcaniques_. Les
savants qui avaient organise cette celebre croisiere s'etaient assigne
la mission d'aller explorer, a un demi-siecle d'intervalle, les iles de
l'Atlantique etudiees lors du voyage du _Beagle_. Le _Challenger_ aborda
donc aux principaux points illustres par les premieres recherches de
Darwin: les naturalistes de l'expedition, MM. Murray, Moseley, Buchanan
et le Dr Maclean, purent se livrer ainsi sur le terrain a la
constatation des faits signales par Darwin et, se guidant par ses
memoires, recueillir aux gisements qu'il avait explores des series
de roches analogues a celles sur lesquelles avaient porte ses
investigations. On me fit l'honneur de me confier ces materiaux, et je
les etudiai avec les ressources qu'offraient, au moment ou j'abordai
ce travail, les procedes modernes de la lithologie[4]. Je dus, en me
livrant a ces recherches, suivre ligne par ligne les divers chapitres
des _Observations geologiques_ consacrees aux iles de l'Atlantique,
oblige que j'etais de comparer d'une maniere suivie les resultats
auxquels j'etais conduit avec ceux de Darwin, qui servaient de controle
a mes constatations. Je ne tardai pas a eprouver une vive admiration
pour ce chercheur qui, sans autre appareil que la loupe, sans autre
reaction que quelques essais pyrognostiques, plus rarement quelques
mesures au goniometre, parvenait a discerner la nature des agregats
mineralogiques les plus complexes et les plus varies. Ce coup d'oeil qui
savait embrasser de si vastes horizons, penetre ici profondement tous
les details lithologiques. Avec quelle surete et quelle exactitude la
structure et la composition des roches ne sont-elles pas determinees,
l'origine de ces masses minerales deduite et confirmee par l'etude
comparee des manifestations volcaniques d'autres regions; avec quelle
science les relations entre les faits qu'il decouvre et ceux signales
ailleurs par ses devanciers ne sont-elles pas etablies, et comme voici
ebranlees les hypotheses regnantes, admises sans preuves, celles, par
exemple, des crateres de soulevement et de la differenciation radicale
des phenomenes plutoniques et volcaniques! Ce qui acheve de donner a ce
livre un incomparable merite, ce sont les idees nouvelles qui s'y
trouvent en germe et jetees la comme au hasard ainsi qu'un superflu
d'abondance intellectuelle inepuisable.

Et l'impression que j'exprime ici est celle qu'eprouvent tous ceux qui
se sont familiarises avec les etudes de Darwin sur les phenomenes
volcaniques. On s'en convaincra dans les pages qui suivent et par
lesquelles M. J. W. Judd a fait preceder l'oeuvre geologique du grand
naturaliste editee dans _The Minerva Library of famous Books_[5]. Parmi
les geologues actuels, personne peut-etre n'a mieux connu Darwin et n'est
plus a meme de se prononcer sur ses travaux que M. Judd: ses recherches
sur le volcanisme dans ses manifestations a l'epoque presente et aux
periodes anciennes de l'histoire du globe sont si hautement appreciees
qu'elles le designaient pour la mission que lui ont confiee les editeurs
de cette publication. Je tiens a les remercier ici, ainsi que mon savant
ami M. Judd de l'autorisation qu'ils m'ont si obligeamment accordee de
placer cette Introduction en tete du volume que je publie aujourd'hui.
Elle m'a paru presenter un interet tres vif en rappelant, comme elle le
fait, les circonstances dans lesquelles fut ecrit ce livre.

Je me suis efforce de conserver religieusement a cette traduction la
simplicite de l'original et j'ai mis tous mes soins a rendre la pensee de
l'Auteur avec une scrupuleuse exactitude. J'ai maintenu les denominations
lithologiques qu'il avait adoptees, considerant qu'il s'agissait en cela
d'un aspect historique a conserver.

En publiant cette traduction, mon but n'a pas ete seulement de rappeler
la haute valeur et la portee de l'oeuvre geologique de Darwin, de
completer ainsi pour les lecteurs francais la collection des oeuvres de
l'immortel naturaliste: j'ai voulu aussi, par mon modeste travail, rendre
hommage a ce liberateur de la pensee qu'est Darwin, a ce paisible
chercheur qui marcha simplement vers la verite malgre les cris et les
clameurs dont on essaya d'etouffer sa voix, a ce caractere vraiment eleve
qui n'eut jamais en reponse aux insultes ineptes et haineuses que des
paroles sereines. Mais la verite marcha cette fois d'un pas rapide, et,
durant les dernieres annees de sa noble et laborieuse existence, il put
voir le triomphe de l'evolution, et assister a ce mouvement emancipateur
des sciences naturelles qu'avaient provoque ses doctrines.

Darwin a trace la route qui menait vers des horizons nouveaux: le monde
intellectuel tout entier s'y est engage et ceux-la meme qui le
declaraient jadis un esprit faux et superficiel, qui criaient bien haut
que ses theories etaient radicalement inconciliables avec les dogmes
et la morale, se sentant vaincus par l'universalite de la poussee
evolutionniste, en sont reduits a une honteuse capitulation. Pour ceux-
la, la marche triomphale du Darwinisme est une nouvelle et terrible
defaite.

J'estime qu'il est bon de rappeler aux consciences ces heros de la verite
qui n'eurent d'autres armes que leur intelligence liberee des prejuges,
leur raison eclairee, leur travail opiniatre et calme et qui surent
remplir au prix d'amertumes sans nombre la si difficile tache d'avoir
fait accomplir a la pensee humaine un pas en avant. Entre eux, Darwin est
des premiers.

A.-F. RENARD.

Notes:

[1] La mise en oeuvre des observations et des materiaux geologiques
amasses par Darwin pendant l'Expedition du _Beagle_ (decembre 1831 a
octobre 1836) s'etend sur une periode de quatre ans, de 1842 a 1846.
Son livre sur les iles volcaniques, commence en ete 1842, fut termine
en janvier 1844; six mois apres, il mettait sur le metier ses
observations sur la geologie de l'Amerique du Sud, qu'il achevait
d'ecrire en avril 1845. Durant la periode qui s'etend de 1846 a 1854,
il fit paraitre une serie de travaux secondaires se rattachant a la
geologie et qui portent _sur les poussieres tombees sur les navires
dans l'Ocean Atlantique_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp. 26-30),
_sur la geologie des iles Falkland_ (Geol. Soc. Journ. II, 1846, pp.
267-274), _sur le transport des blocs erratiques_, etc. (Geol. Soc.
Journ. IV, 1848, pp. 315-323), sur _l'analogie de structure de
certaines roches volcaniques avec celles des glaciers_ (Edinb. Roy.
Soc. Proc. II, 1851, pp. 17-18). Les deux volumes de son memoire sur
les Cirripedes parurent en 1851 et 1854 ainsi que ses monographies des
Balanides et des Verrucides fossiles de la Grande-Bretagne.

[2] Darvin, _les Recifs de corail, leur structure et leur
distribution_. Trad. de l'anglais d'apres la 2e edition, par L.
Cosserat, Paris, 1878.

[3] Sir Archibald Geikie, _The Founders of Geology_, p. 282. 1897.

[4] Les memoires que j'ai publies sur la lithologie des iles explorees
par Darwin lors du voyage du _Beagle_ et par les naturalistes du
_Challenger_, ont paru dans la collection des _Reports of the
scientific Results of the voyage of H.M.S. Challenger_ sous les titres
_Petrology of Saint-Paul's Rocks_ (Narr. vol. II, appendice B), 1882,
_Petrology of volcanic Islands_ (Phys. Chem. Part. VII) (vol.
II, 1889). Les chapitres suivants de ce dernier memoire portent
specialement sur les roches decrites dans _Geological Observations on
volcanic Islands_ de Darwin: II, _Rocks of the Cape de Verde
Islands_, p. 13. IV, _Rocks of Fernando Noronha_, p. 29. V, _Rocks of
Ascension_, p. 39. VII, _Rocks of the Falkland Islands_, p. 97.

[5] _Distribution and Structure of coral rocks, Geological
Observations on volcanic Island and parts of South America_, by Ch.
Darwin, with Introduction by J.W. Judd, Professor of Geology in the
Normal School of Science, South Kensington.




INTRODUCTION


Pendant les dix annees qui suivirent son retour en Angleterre,
apres son voyage autour du Monde, Darwin se consacra surtout a la
preparation de la serie d'ouvrages qui furent publies sous le titre
general de _Geologie du Voyage du Beagle_. Le second volume de la
serie comprend les _Observations geologiques sur les iles
volcaniques, et les notes sur la geologie de l'Australie et du Cap de
Bonne-Esperance_, il parut en 1844. Les materiaux de ce volume ont
ete reunis en partie au commencement du voyage, lorsque le Beagle
fit escale a San Thiago dans l'archipel du Cap-Vert, aux Rochers de
Saint-Paul et a Fernando Noronha; mais surtout durant la croisiere
de retour; c'est alors que Darwin etudia les iles Galapagos, qu'il
traversa l'archipel des iles Pomotou et visita Tahiti. Apres avoir
touche a la Baie des Iles dans la Nouvelle-Zelande, ainsi qu'a Sydney,
a Hobart-Town et a King George's Sound en Australie, le _Beagle_,
traversant l'Ocean Indien, fit voile vers le petit groupe des iles
Keeling ou Cocos, celebre par les observations qu'y a faites Darwin,
et se dirigea ensuite vers l'ile Maurice. Apres une escale au Cap de
Bonne-Esperance, le navire arriva successivement a Sainte-Helene et a
l'Ascension, et visita une seconde fois les iles du Cap-Vert avant de
rentrer en Angleterre.

Le voyage pendant lequel Darwin eut l'occasion d'etudier tant de
centres volcaniques interessants, lui reservait au debut une amere
deception. Durant la derniere annee de son sejour a Cambridge il avait
lu le _Personal Narrative_ de Humboldt et en avait extrait de longs
passages relatifs a Teneriffe. Il avait recueilli un ensemble de
renseignements en vue d'une exploration de cette ile, lorsqu'on lui
proposa d'accompagner le capitaine Fitzroy a bord du _Beagle_. Son ami
Henslow lui avait conseille, en le quittant, de se procurer le premier
volume des _Principes de Geologie_ qui venait de paraitre, tout en
le premunissant contre les idees de l'auteur de cet ouvrage. Au
commencement du voyage, Darwin, accable par un violent mal de mer qui
le confinait dans sa cabine, consacrait tous les instants de repit que
lui laissait la maladie a etudier Humboldt et Lyell. On se figure sa
deception, quand, au moment ou le navire atteignait Santa-Cruz et ou
le Pic de Teneriffe apparaissait au milieu des nuages, on recut
la nouvelle que le cholera regnait dans l'ile et empechait tout
debarquement.

Une ample compensation lui etait reservee, cependant, quand le
_Beagle_ arriva a Porto-Praya dans l'ile de San Thiago, la plus grande
de l'archipel du Cap-Vert. Darwin y passa trois semaines dans des
conditions favorables et c'est la qu'il commenca, a proprement parler,
son oeuvre de geologue et de naturaliste. "Faire de la geologie dans
une contree volcanique, ecrit-il a son pere, est chose charmante;
outre l'interet qui s'attache a cette etude en elle-meme, elle vous
conduit dans les sites les plus beaux et les plus solitaires. Un
amateur passionne d'histoire naturelle peut seul se representer le
plaisir qu'on eprouve a errer parmi les cocotiers, les bananiers, les
cafeiers et d'innombrables fleurs sauvages. Et cette ile, qui a ete
pour moi si instructive et m'a prodigue tant de jouissances, est
cependant l'endroit le moins interessant, peut-etre, de tous ceux que
nous explorerons pendant notre voyage. Certes, elle est, en general,
assez sterile, mais le contraste meme fait apparaitre les vallees
admirablement belles. Il serait inutile de tenter la description de ce
tableau; aussi facile serait-il d'expliquer a un aveugle ce que sont
les couleurs, que de faire comprendre a quiconque n'a jamais quitte
l'Europe la difference frappante qui existe entre les paysages
tropicaux et ceux de nos contrees. Chaque fois qu'une chose attire mon
attention admirative, je la note soit dans mon journal (dont le volume
augmente), soit dans mes lettres; excusez mon enthousiasme mal traduit
par des mots. Je constate que mes echantillons s'accroissent en
nombre d'une maniere etonnante, et je crois que je serai oblige d'en
expedier, de Rio, une collection en Angleterre."

Un passage remarquable de l'_Autobiographie_, ecrite par Darwin en
1876, temoigne de l'impression ineffacable que lui laissa cette
premiere visite a une ile volcanique. "La structure geologique de San
Thiago est tres frappante, quoique d'une grande simplicite. Une coulee
de lave s'est etalee autrefois sur le fond de la mer, constitue par
des debris de coraux et de coquilles recentes; ces couches calcaires
ont ete soumises comme a une cuisson et transformees en une roche
blanche et dure. L'ile entiere a ete soulevee depuis cette epoque,
mais l'allure de la zone de roche blanche m'a revele un fait nouveau
et important: c'est qu'il s'est produit, plus tard, un affaissement
autour des crateres qui avaient ete en activite depuis le soulevement.
L'idee me vint alors, pour la premiere fois, que je pourrais peut-etre
ecrire un livre sur la geologie des contrees que nous allions explorer,
et cette pensee me fit tressaillir de joie. Ce fut pour moi une heure
memorable; avec quelle nettete je me rappelle la petite falaise de lave
sous laquelle je me tenais, le soleil eblouissant et torride, quelques
plantes etranges du desert croissant aux alentours, et a mes pieds des
coraux vivants, dans les lagunes inondees par la maree."

Au moment de cette exploration, cinq annees seulement s'etaient
ecoulees depuis l'epoque ou il suivait a Edimbourg les lecons du
professeur Jameson, qui enseignait encore la doctrine Wernerienne.
Darwin avait trouve ces lecons "incroyablement ennuyeuses". "Le seul
effet qu'elles produisent sur moi, declarait-il, c'est de me faire
prendre la resolution de ne lire de ma vie un livre de geologie, ni
d'etudier cette science de quelque maniere que ce soit."

Quel contraste avec les expressions dont il se sert en parlant de ses
recherches geologiques, dans les lettres ecrites a ses parents a bord
du _Beagle_! Apres avoir fait allusion au plaisir qu'il eprouve a
rassembler et a etudier les animaux marins, il s'ecrie: "Mais la
geologie l'emporte sur le reste!" Dans une lettre a Henslow, il dit:
"La geologie m'entraine; mais, comme l'intelligent animal place entre
deux bottes de foin, je ne sais a laquelle donner la preference:
etudierai-je les roches cristallines anciennes ou les couches moins
coherentes et plus fossiliferes?" Et, lorsque son long voyage va se
terminer, il ecrit encore: "Je trouve a la geologie un interet qui ne
faiblit jamais; et, comme on l'a dit deja, elle nous inspire des idees
aussi vastes sur notre monde que celles que l'astronomie nous suggere
sur l'ensemble des mondes." Darwin fait evidemment allusion ici a
un passage de Sir John Herschel dans son admirable _Introduction a
l'etude de la philosophie naturelle_, oeuvre qui exerca une influence
tres profonde et tres heureuse sur l'esprit du jeune naturaliste.

La predilection marquee que professait Darwin, durant et apres le
celebre voyage du _Beagle_, pour les etudes geologiques, ne peut
laisser aucun doute; comme il est facile aussi de reconnaitre
quelle est l'ecole geologique dont il suivait les doctrines et dont
l'enseignement, malgre les avertissements de Sedgwick et de Henslow,
le dominait tout entier. Il ecrivit en 1876: "La premiere contree que
j'ai etudiee, l'ile de San Thiago dans l'archipel du Cap Vert, m'a
demontre clairement la remarquable superiorite de Lyell, au point de
vue geologique, sur tous les auteurs dont j'avais emporte les oeuvres
ou que j'ai etudies depuis." Et il ajoute: "La science geologique a
contracte une grande dette envers Lyell, elle lui doit plus, je crois,
qu'a personne au monde... Je suis fier de me rappeler que la premiere
contree dont j'etudiai la constitution geologique, San Thiago dans
l'archipel du Cap Vert, m'a convaincu de la superiorite infinie des
idees de Lyell sur celles que j'avais pu puiser dans tout autre livre
que les siens."

Les passages que j'ai cites montrent dans quel esprit Darwin commenca
ses etudes geologiques, et les pages qui suivent fourniront des
preuves nombreuses de l'enthousiasme, de la penetration et du soin
avec lesquels ses recherches furent poursuivies.

Les collections de roches et de mineraux recueillies par Darwin furent,
au cours meme de son voyage, envoyees a Cambridge et confiees a son
fidele ami Henslow. A son retour en Angleterre, apres avoir revu sa
famille et ses amis, le premier soin de Darwin fut de commencer l'etude
de ces materiaux. Vers la fin de 1836, il alla se fixer, pendant trois
mois, dans un appartement de Fitzwilliam street a Cambridge: il se
rapprochait ainsi d'Henslow et pouvait se livrer a l'examen des roches
et des mineraux qu'il avait reunis. Il fut puissamment seconde dans
cette etude par le professeur William Hallows Miller, l'eminent cristallographe et mineralogiste.

Darwin ne commenca reellement a ecrire son livre sur les iles
volcaniques qu'en 1843, apres s'etre etabli dans la maison qu'il
habita le reste de sa vie, sa celebre residence de Down dans le Kent.
Dans une lettre du 28 mars 1843 a son ami M. Fox, il dit: "J'avance
tres lentement dans la redaction d'un livre, ou plutot d'une brochure
sur les iles volcaniques que nous avons explorees; je n'y consacre
qu'une couple d'heures chaque jour, et encore d'une maniere assez peu
reguliere. C'est une besogne ingrate que d'ecrire des livres dont la
publication coute de l'argent et que personne ne lit, pas meme les
geologues."

Cette etude occupa Darwin pendant toute l'annee 1843, et le livre
fut publie au printemps de l'annee suivante. D'apres une note de son
journal, le temps reellement consacre a la preparation de cet ouvrage
s'etendit de l'ete de 1842 jusqu'en janvier 1844. Lorsqu'il fut
acheve, Darwin ne parut nullement satisfait du resultat obtenu. Il
ecrivait a Lyell: "Vous m'avez fait un grand plaisir en disant que
vous aviez l'intention de parcourir mes _Iles volcaniques_; ce livre
m'a coute dix-huit mois de travail! Et a ma connaissance, rares sont
les gens qui l'ont lu. Je sens cependant que le peu que renferme
cet ouvrage, et c'est peu de chose en effet, aura son utilite en
confirmant des hypotheses anciennes ou nouvelles, et que mon travail
ne sera pas perdu." Il ecrivait a Sir Joseph Hooker: "Je viens de
terminer un petit volume sur les iles volcaniques que nous avons
explorees. J'ignore jusqu'a quel point la geologie pure et simple vous
interesse, mais j'espere que vous m'autoriserez a vous envoyer un
exemplaire de mon ouvrage."

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