French Lyrics
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Arthur Graves Canfield >> French Lyrics
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Vous etes parmi nous la colombe de l'arche.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'age ou l'on marche
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor vous regardez le monde.
Double virginite! corps ou rien n'est immonde,
Ame ou rien n'est impur!
Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaises,
Laissant errer sa vue etonnee et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune ame a la vie
Et sa bouche aux baisers.
Seigneur! preservez-moi, preservez ceux que j'aime,
Freres, parents, amis, et mes ennemis meme
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur, l'ete sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants.
DANS L'ALCOVE SOMBRE
Beau, frais, souriant d'aise a cette vie amere.--SAINTE-BEUVE.
Dans l'alcove sombre,
Pres d'un humble autel,
L'enfant dort a l'ombre
Du lit maternel.
Tandis qu'il repose,
Sa paupiere rose,
Pour la terre close,
S'ouvre pour le ciel.
Il fait bien des reves.
Il voit par moments
Le sable des greves
Plein de diamants,
Des soleils de flammes,
Et de belles dames
Qui portent des ames
Dans leurs bras charmants.
Songe qui l'enchante!
Il voit des ruisseaux;
Une voix qui chante
Sort du fond des eaux.
Ses soeurs sont plus belles;
Son pere est pres d'elles;
Sa mere a des ailes
Comme les oiseaux.
Il voit mille choses
Plus belles encor;
Des lys et des roses
Plein le corridor;
Des lacs de delice
Ou le poisson glisse,
Ou l'onde se plisse
A des roseaux d'or!
Enfant, reve encore!
Dors, o mes amours!
Ta jeune ame ignore
Ou s'en vont tes jours.
Comme une algue morte
Tu vas, que t'importe?
Le courant t'emporte,
Mais tu dors toujours!
Sans soin, sans etude,
Tu dors en chemin,
Et l'inquietude
A la froide main,
De son ongle aride,
Sur ton front candide,
Qui n'a point de ride,
N'ecrit pas: "Demain!"
Il dort, innocence!
Les anges sereins
Qui savent d'avance
Le sort des humains,
Le voyant sans armes,
Sans peur, sans alarmes,
Baisent avec larmes
Ses petites mains.
Leurs levres effleurent
Ses levres de miel.
L'enfant voit qu'ils pleurent
Et dit: "Gabriel!"
Mais l'ange le touche,
Et, bercant sa couche,
Un doigt sur sa bouche,
Leve l'autre au ciel!
Cependant sa mere,
Prompte a le bercer,
Croit qu'une chimere
Le vient oppresser!
Fiere, elle l'admire,
L'entend qui soupire,
Et le fait sourire
Avec un baiser.
NOUVELLE CHANSON SUR UN VIEIL AIR
S'il est un charmant gazon
Que le ciel arrose,
Ou brille en toute saison
Quelque fleur eclose,
Ou l'on cueille a pleine main
Lys, chevrefeuille et jasmin,
J'en veux faire le chemin
Ou ton pied se pose.
S'il est un sein bien aimant
Dont l'honneur dispose,
Dont le ferme devouement
N'ait rien de morose,
Si toujours ce noble sein
Bat pour un digne dessein,
J'en veux faire le coussin
Ou ton front se pose!
S'il est un reve d'amour
Parfume de rose
Ou l'on trouve chaque jour
Quelque douce chose,
Un reve que Dieu benit,
Ou l'ame a l'ame s'unit,
Oh! j'en veux faire le nid
Ou ton coeur se pose!
AUTRE CHANSON
L'aube et ta porte est close;
Ma belle, pourquoi sommeiller?
A l'heure ou s'eveille la rose
Ne vas-tu pas te reveiller?
O ma charmante,
Ecoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
Tout frappe a ta porte benie.
L'aurore dit: Je suis le jour!
L'oiseau dit: Je suis l'harmonie!
Et mon coeur dit: Je suis l'amour!
O ma charmante,
Ecoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
Je t'adore ange et t'aime femme.
Dieu qui par toi m'a complete
A fait mon amour pour ton ame
Et mon regard pour ta beaute.
O ma charmante,
Ecoute ici
L'amant qui chante
Et pleure aussi!
PUISQU'ICI-BAS TOUTE AME
Puisqu'ici-bas toute ame
Donne a quelqu'un
Sa musique, sa flamme,
Ou son parfum;
Puisqu'ici toute chose
Donne toujours
Son epine ou sa rose
A ses amours;
Puisqu'avril donne aux chenes
Un bruit charmant;
Que la nuit donne aux peines
L'oubli dormant;
Puisque l'air a la branche
Donne l'oiseau;
Que l'aube a la pervenche
Donne un peu d'eau;
Puisque, lorsqu'elle arrive
S'y reposer,
L'onde amere a la rive
Donne un baiser;
Je te donne a cette heure,
Penche sur toi,
La chose la meilleure
Que j'aie en moi!
Recois donc ma pensee,
Triste d'ailleurs,
Qui, comme une rosee,
T'arrive en pleurs!
Recois mes voeux sans nombre,
O mes amours!
Recois la flamme ou l'ombre
De tous mes jours!
Mes transports pleins d'ivresses,
Purs de soupcons,
Et toutes les caresses
De mes chansons!
Mon esprit qui sans voile
Vogue au hasard,
Et qui n'a pour etoile
Que ton regard!
Ma muse que les heures
Bercent revant,
Qui, pleurant quand tu pleures,
Pleure souvent!
Recois, mon bien celeste,
O ma beaute,
Mon coeur, dont rien ne reste,
L'amour ote.
OCEANO NOX
Oh! combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines,
Dans ce morne horizon se sont evanouis!
Combien ont disparu, dure et triste fortune!
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Sous l'aveugle ocean a jamais enfouis!
Combien de patrons morts avec leurs equipages!
L'ouragan de leur vie a pris toutes les pages,
Et d'un souffle il a tout disperse sur les flots!
Nul ne saura leur fin dans l'abime plongee.
Chaque vague en passant d'un butin s'est chargee;
L'une a saisi l'esquif, l'autre les matelots!
Nul ne sait votre sort, pauvres tetes perdues!
Vous roulez a travers les sombres etendues,
Heurtant de vos fronts morts des ecueils inconnus.
Oh! que de vieux parents, qui n'avaient plus qu'un reve,
Sont morts en attendant tous les jours sur la greve
Ceux qui ne sont pas revenus!
On s'entretient de vous parfois dans les veillees.
Maint joyeux cercle, assis sur des ancres rouillees,
Mele encor quelque temps vos noms d'ombre couverts
Aux rires, aux refrains, aux recits d'aventures,
Aux baisers qu'on derobe a vos belles futures,
Tandis que vous dormez dans les goemons verts!
On demande:--Ou sont-ils? sont-ils rois dans quelque ile?
Nous ont-ils delaisses pour un bord plus fertile?
--Puis votre souvenir meme est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la memoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre ocean jette le sombre oubli.
Bientot des yeux de tous votre ombre est disparue.
L'un n'a-t-il pas sa barque et l'autre sa charrue?
Seules, durant ces nuits ou l'orage est vainqueur,
Vos veuves aux fronts blancs, lasses de vous attendre,
Parlent encor de vous en remuant la cendre
De leur foyer et de leur coeur!
Et quand la tombe enfin a ferme leur paupiere,
Rien ne sait plus vos noms, pas meme une humble pierre
Dans l'etroit cimetiere ou l'echo nous repond,
Pas meme un saule vert qui s'effeuille a l'automne,
Pas meme la chanson naive et monotone
Que chante un mendiant a l'angle d'un vieux pont!
Ou sont-ils,les marins sombres dans les nuits noires?
O flots, que vous savez de lugubres histoires!
Flots profonds redoutes des meres a genoux!
Vous vous les racontez en montant les marees,
Et c'est ce qui vous fait ces voix desesperees
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!
NUITS DE JUIN
L'ete, lorsque le jour a fui, de fleurs couverte
La plaine verse au loin un parfum enivrant;
Les yeux fermes, l'oreille aux rumeurs entr'ouverte,
On ne dort qu'a demi d'un sommeil transparent.
Les astres sont plus purs, l'ombre parait meilleure;
Un vague demi-jour teint le dome eternel;
Et l'aube douce et pale, en attendant son heure,
Semble toute la nuit errer au bas du ciel.
LA TOMBE DIT A LA ROSE
La tombe dit a la rose:
--Des pleurs dont l'aube t'arrose
Que fais-tu, fleur des amours?
La rose dit a la tombe:
-- Que fais-tu de ce qui tombe
Dans ton gouffre ouvert toujours?
La rose dit:--Tombeau sombre,
De ces pleurs je fais dans l'ombre
Un parfum d'ambre et de miel.
La tombe dit:--Fleur plaintive,
De chaque ame qui m'arrive
Je fais un ange du ciel.
TRISTESSE D'OLYMPIO
Les champs n'etaient point noirs, les cieux n'etaient pas mornes;
Non, le jour rayonnait dans un azur sans bornes
Sur la terre etendu,
L'air etait plein d'encens et les pres de verdures,
Quand il revit ces lieux ou par tant de blessures
Son coeur s'est repandu.
L'automne souriait; les coteaux vers la plaine
Penchaient leurs bois charmants qui jaunissaient a peine,
Le ciel etait dore;
Et les oiseaux, tournes vers celui que tout nomme,
Disant peut-etre a Dieu quelque chose de l'homme,
Chantaient leur chant sacre.
Il voulut tout revoir, l'etang pres de la source,
La masure ou l'aumone avait vide leur bourse,
Le vieux frene plie,
Les retraites d'amour au fond des bois perdues,
L'arbre ou dans les baisers leurs ames confondues
Avaient tout oublie.
Il chercha le jardin, la maison isolee,
La grille d'ou l'oeil plonge en une oblique allee,
Les vergers en talus.
Pale, il marchait.--Au bruit de son pas grave et sombre
Il voyait a chaque arbre, helas! se dresser l'ombre
Des jours qui ne sont plus.
Il entendait fremir dans la foret qu'il aime
Ce doux vent qui, faisant tout vibrer en nous-meme,
Y reveille l'amour,
Et, remuant le chene ou balancant la rose,
Semble l'ame de tout qui va sur chaque chose
Se poser tour a tour.
Les feuilles qui gisaient dans le bois solitaire,
S'efforcant sous ses pas de s'elever de terre,
Couraient dans le jardin;
Ainsi, parfois, quand l'ame est triste, nos pensees
S'envolent un moment sur leurs ailes blessees,
Puis retombent soudain.
Il contempla longtemps les formes magnifiques
Que la nature prend dans les champs pacifiques;
Il reva jusqu'au soir;
Tout le jour il erra le long de la ravine,
Admirant tour a tour le ciel, face divine,
Le lac, divin miroir.
Helas! se rappelant ses douces aventures,
Regardant, sans entrer, par-dessus les clotures,
Ainsi qu'un paria,
Il erra tout le jour. Vers l'heure ou la nuit tombe,
Il se sentit le coeur triste comme une tombe,
Alors il s'ecria :
--"O douleur! j'ai voulu, moi dont l'ame est troublee,
Savoir si l'urne encor conservait la liqueur,
Et voir ce qu'avait fait cette heureuse vallee
De tout ce que j'avais laisse la de mon coeur!
"Que peu de temps suffit pour changer toutes choses!
Nature au front serein, comme vous oubliez!
Et comme vous brisez dans vos metamorphoses
Les fils mysterieux ou nos coeurs sont lies!
"Nos chambres de feuillage en halliers sont changees;
L'arbre ou fut notre chiffre est mort ou renverse;
Nos roses dans l'enclos ont ete ravagees
Par les petits enfants qui sautent le fosse.
"Un mur clot la fontaine ou, par l'heure echauffee,
Folatre, elle buvait en descendant des bois;
Elle prenait de l'eau dans sa main, douce fee,
Et laissait retomber des perles de ses doigts!
"On a pave la route apre et mal aplanie,
Ou, dans le sable pur se dessinant si bien,
Et de sa petitesse etalant l'ironie,
Son pied charmant semblait rire a cote du mien.
"La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre,
Ou jadis pour m'attendre elle aimait a s'asseoir,
S'est usee en heurtant, lorsque la route est sombre,
Les grands chars gemissants qui reviennent le soir.
"La foret ici manque et la s'est agrandie....
De tout ce qui fut nous presque rien n'est vivant:
Et, comme un tas de cendre eteinte et refroidie,
L'amas des souvenirs se disperse a tout vent!
"N'existons-nous donc plus? Avons-nous eu notre heure?
Rien ne la rendra-t-il a nos cris superflus?
L'air joue avec la branche au moment ou je pleure;
Ma maison me regarde et ne me connait plus.
"D'autres vont maintenant passer ou nous passames.
Nous y sommes venus, d'autres vont y venir:
Et le songe qu'avaient ebauche nos deux ames,
Ils le continueront sans pouvoir le finir!
"Car personne ici-bas ne termine et n'acheve;
Les pires des humains sont comme les meilleurs!
Nous nous reveillons tous au meme endroit du reve.
Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs.
"Oui, d'autres a leur tour viendront, couples sans tache,
Puiser dans cet asile heureux, calme, enchante,
Tout ce que la nature a l'amour qui se cache
Mele de reverie et de solennite!
"D'autres auront nos champs, nos sentiers, nos retraites.
Ton bois, ma bien-aimee, est a des inconnus.
D'autres femmes viendront, baigneuses indiscretes,
Troubler le flot sacre qu'ont touche tes pieds nus.
"Quoi donc! c'est vainement qu'ici nous nous aimames!
Rien ne nous restera de ces coteaux fleuris
Ou nous fondions notre etre en y melant nos flammes!
L'impassible nature a deja tout repris.
"Oh! dites-moi, ravins, frais ruisseaux, treilles mures,
Rameaux charges de nids, grottes, forets, buissons,
Est-ce que vous ferez pour d'autres vos murmures?
Est-ce que vous direz a d'autres vos chansons?
"Nous vous comprenions tant! doux, attentifs, austeres,
Tous nos echos s'ouvraient si bien a votre voix!
Et nous pretions si bien, sans troubler vos mysteres,
L'oreille aux mots profonds que vous dites parfois!
"Repondez, vallon pur, repondez, solitude,
O nature abritee en ce desert si beau,
Lorsque nous dormirons tous deux dans l'attitude
Que donne aux morts pensifs la forme du tombeau;
"Est-ce que vous serez a ce point insensible
De nous savoir couches, morts avec nos amours,
Et de continuer votre fete paisible,
Et de toujours sourire et de chanter toujours?
"Est-ce que, nous sentant errer dans vos retraites,
Fantomes reconnus par vos monts et vos bois,
Vous ne nous direz pas de ces choses secretes
Qu'on dit en revoyant des amis d'autrefois?
"Est-ce que vous pourrez, sans tristesse et sans plainte,
Voir nos ombres flotter ou marcherent nos pas,
Et la voir m'entrainer, dans une morne etreinte,
Vers quelque source en pleurs qui sanglote tout bas?
"Et s'il est quelque part, dans l'ombre ou rien ne veille,
Deux amants sous vos fleurs abritant leurs transports,
Ne leur irez-vous pas murmurer a l'oreille :
--Vous qui vivez, donnez une pensee aux morts?
"Dieu nous prete un moment les pres et les fontaines,
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds,
Et les cieux azures et les lacs et les plaines,
Pour y mettre nos coeurs, nos reves, nos amours;
"Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme.
Il plonge dans la nuit l'antre ou nous rayonnons,
Et dit a la vallee, ou s'imprima notre ame,
D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.
"Eh bien! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages;
Herbe, use notre seuil! ronce, cache nos pas!
Chantez, oiseaux! ruisseaux, coulez! croissez, feuillages!
Ceux que vous oubliez ne vous oublieront pas.
"Car vous etes pour nous l'ombre de l'amour meme,
Vous etes l'oasis qu'on rencontre en chemin!
Vous etes, o vallon, la retraite supreme
Ou nous avons pleure nous tenant par la main!
"Toutes les passions s'eloignent avec l'age,
L'une emportant son masque et l'autre son couteau,
Comme un essaim chantant d'histrions en voyage
Dont le groupe decroit derriere le coteau.
"Mais toi, rien ne t'efface, Amour! toi qui nous charmes!
Toi qui, torche ou flambeau, luis dans notre brouillard!
Tu nous tiens par la joie, et surtout par les larmes;
Jeune homme on te maudit, on t'adore vieillard.
"Dans ces jours ou la tete au poids des ans s'incline,
Ou l'homme, sans projets, sans but, sans visions,
Sent qu'il n'est deja plus qu'une tombe en ruine
Ou gisent ses vertus et ses illusions;
"Quand notre ame en revant descend dans nos entrailles,
Comptant dans notre coeur, qu'enfin la glace atteint,
Comme on compte les morts sur un champ de batailles,
Chaque douleur tombee et chaque songe eteint,
"Comme quelqu'un qui cherche en tenant une lampe,
Loin des objets reels, loin du monde rieur,
Elle arrive a pas lents par une obscure rampe
Jusqu'au fond desole du gouffre interieur;
"Et la, dans cette nuit qu'aucun rayon n'etoile,
L'ame, en un repli sombre ou tout semble finir,
Sent quelque chose encor palpiter sous un voile ...--
C'est toi qui dors dans l'ombre, o sacre souvenir!"
A QUOI BON ENTENDRE
A quoi bon entendre
Les oiseaux des bois?
L'oiseau le plus tendre
Chante dans ta voix.
Que Dieu montre ou voile
Les astres des cieux!
La plus pure etoile
Brille dans tes yeux.
Qu'avril renouvelle
Le jardin en fleur!
La fleur la plus belle
Fleurit dans ton coeur.
Cet oiseau de flamme,
Cet astre du jour,
Cette fleur de l'ame,
S'appelle l'amour.
CHANSON
Si vous n'avez rien a me dire,
Pourquoi venir aupres de moi?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tete au roi?
Si vous n'avez rien a me dire,
Pourquoi venir aupres de moi?
Si vous n'avez rien a m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Sur le reve angelique et tendre,
Auquel vous songez en chemin,
Si vous n'avez rien a m'apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main?
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
Lorsque je vous vois, je tressaille,
C'est ma joie et c'est mon souci.
Si vous voulez que je m'en aille,
Pourquoi passez-vous par ici?
QUAND NOUS HABITIONS TOUS ENSEMBLE
Quand nous habitions tous ensemble
Sur nos collines d'autrefois,
Ou l'eau court, ou le buisson tremble,
Dans la maison qui touche aux bois,
Elle avait dix ans, et moi trente;
J'etais pour elle l'univers.
Oh! comme l'herbe est odorante
Sous les arbres profonds et verts!
Elle faisait mon sort prospere,
Mon travail leger, mon ciel bleu.
Lorsqu'elle me disait: Mon pere,
Tout mon coeur s'ecriait: Mon Dieu!
A travers mes songes sans nombre,
J'ecoutais son parler joyeux,
Et mon front s'eclairait dans l'ombre
A la lumiere de ses yeux.
Elle avait l'air d'une princesse
Quand je la tenais par la main.
Elle cherchait des fleurs sans cesse
Et des pauvres dans le chemin.
Elle donnait comme on derobe,
En se cachant aux yeux de tous.
Oh! la belle petite robe
Qu'elle avait, vous rappelez-vous?
Le soir, aupres de ma bougie,
Elle jasait a petit bruit,
Tandis qu'a la vitre rougie
Heurtaient les papillons de nuit.
Les anges se miraient en elle.
Que son bonjour etait charmant!
Le ciel mettait dans sa prunelle
Ce regard qui jamais ne ment.
Oh! je l'avais, si jeune encore,
Vue apparaitre en mon destin!
C'etait l'enfant de mon aurore,
Et mon etoile du matin!
Quand la lune claire et sereine
Brillait aux cieux, dans ces beaux mois,
Comme nous allions dans la plaine!
Comme nous courions dans les bois!
Puis, vers la lumiere isolee
Etoilant le logis obscur,
Nous revenions par la vallee
En tournant le coin du vieux mur;
Nous revenions, coeurs pleins de flamme,
En parlant des splendeurs du ciel.
Je composais cette jeune ame
Comme l'abeille fait son miel.
Doux ange aux candides pensees,
Elle etait gaie en arrivant ...--
Toutes ces choses sont passees
Comme l'ombre et comme le vent!
O SOUVENIRS! PRINTEMPS! AURORE!
O Souvenir! printemps! aurore!
Doux rayon triste et rechauffant!
--Lorsqu'elle etait petite encore,
Que sa soeur etait tout enfant ...--
Connaissez-vous sur la colline
Qui joint Montlignon a Saint-Leu,
Une terrasse qui s'incline
Entre un bois sombre et le ciel bleu?
C'est la que nous vivions.--Penetre,
Mon coeur, dans ce passe charmant!--
Je l'entendais sous ma fenetre
Jouer le matin doucement.
Elle courait dans la rosee,
Sans bruit, de peur de m'eveiller;
Moi, je n'ouvrais pas ma croisee,
De peur de la faire envoler.
Ses freres riaient ...--Aube pure!
Tout chantait sous ces frais berceaux,
Ma famille avec la nature.
Mes enfants avec les oiseaux?
Je toussais, on devenait brave.
Elle montait a petits pas,
Et me disait d'un air tres grave:
J'ai laisse les enfants en bas.
Qu'elle fut bien ou mal coiffee,
Que mon coeur fut triste ou joyeux
Je l'admirais. C'etait ma fee,
Et le doux astre de mes yeux!
Nous jouions toute la journee.
O jeux charmants! chers entretiens!
Le soir, comme elle etait l'ainee,
Elle me disait:--Pere, viens!
Nous allons t'apporter ta chaise,
Conte-nous une histoire, dis!--
Et je voyais rayonner d'aise
Tous ces regards du paradis.
Alors, prodiguant les carnages,
J'inventais un conte profond
Dont je trouvais les personnages
Parmi les ombres du plafond.
Toujours, ces quatre douces tetes
Riaient, comme a cet age on rit,
De voir d'affreux geants tres betes
Vaincus par des nains pleins d'esprit.
J'etais l'Arioste et l'Homere
D'un poeme eclos d'un seul jet:
Pendant que je parlais, leur mere
Les regardait rire, et songeait.
Leur aieul, qui lisait dans l'ombre,
Sur eux parfois levait les yeux,
Et moi, par la fenetre sombre,
J'entrevoyais un coin des cieux!
DEMAIN, DES L'AUBE
Demain, des l'aube, a l'heure ou blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la foret, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixes sur mes pensees,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbe, les mains croisees,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyere en fleur.
VENI, VIDI, VIXI
J'ai bien assez vecu, puisque dans mes douleurs
Je marche sans trouver de bras qui me secourent,
Puisque je ris a peine aux enfants qui m'entourent,
Puisque je ne suis plus rejoui par les fleurs;
Puisqu'au printemps, quand Dieu met la nature en fete,
J'assiste, esprit sans joie, a ce splendide amour;
Puisque je suis a l'heure ou l'homme fuit le jour,
Helas! et sent de tout la tristesse secrete;
Puisque l'espoir serein dans mon ame est vaincu;
Puisqu'en cette saison des parfums et des roses,
O ma fille! j'aspire a l'ombre ou tu reposes,
Puisque mon coeur est mort, j'ai bien assez vecu.
Je n'ai pas refuse ma tache sur la terre.
Mon sillon? Le voila. Ma gerbe? La voici.
J'ai vecu souriant, toujours plus adouci,
Debout, mais incline du cote du mystere.
J'ai fait ce que j'ai pu: j'ai servi, j'ai veille,
Et j'ai vu bien souvent qu'on riait de ma peine.
Je me suis etonne d'etre un objet de haine,
Ayant beaucoup souffert et beaucoup travaille.
Dans ce bagne terrestre ou ne s'ouvre aucune aile,
Sans me plaindre, saignant, et tombant sur les mains,
Morne, epuise, raille par les forcats humains,
J'ai porte mon chainon de la chaine eternelle.
Maintenant mon regard ne s'ouvre qu'a demi:
Je ne me tourne plus meme quand on me nomme;
Je suis plein de stupeur et d'ennui, comme un homme
Qui se leve avant l'aube et qui n'a pas dormi.
Je ne daigne plus meme, en ma sombre paresse,
Repondre a l'envieux dont la bouche me nuit.
O Seigneur! ouvrez-moi les portes de la nuit,
Afin que je m'en aille et que je disparaisse!
LE CHANT DE CEUX QUI S'EN VONT SUR MER
(Air breton.)
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, maison, treille au fruit mur,
Adieu, les fleurs d'or du vieux mur!
Adieu, patrie!
Ciel, foret, prairie,
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie!
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, fiancee au front pur,
Le ciel est noir, le vent est dur.
Adieu, patrie!
Lise, Anna, Marie!
Adieu, patrie,
Azur!
Adieu, patrie.
L'onde est en furie.
Adieu, patrie,
Azur!
Notre oeil que voile un deuil futur
Va du flot sombre au sort obscur.
Adieu, patrie!
Pour toi mon coeur prie.
Adieu, patrie,
Azur!
LUNA
O France, quoique tu sommeilles,
Nous t'appelons, nous, les proscrits!
Les tenebres ont des oreilles,
Et les profondeurs ont des cris.
Le despotisme apre et sans gloire
Sur les peuples decourages
Ferme la grille epaisse et noire
Des erreurs et des prejuges;
Il tient sous clef l'essaim fidele
Des fermes penseurs, des heros,
Mais l'Idee avec un coup d'aile
Ecartera les durs barreaux,
Et, comme en l'an quatre-vingt-onze,
Reprendra son vol souverain;
Car briser la cage de bronze,
C'est facile a l'oiseau d'airain.
L'obscurite couvre le monde,
Mais l'Idee illumine et luit;
De sa clarte blanche elle inonde
Les sombres azurs de la nuit.
Elle est le fanal solitaire,
Le rayon providentiel.
Elle est la lampe de la terre
Qui ne peut s'allumer qu'au ciel.
Elle apaise l'ame qui souffre,
Guide la vie, endort la mort;
Elle montre aux mechants le gouffre,
Elle montre aux justes le port.
En voyant dans la brume obscure
L'Idee, amour des tristes yeux,
Monter calme, sereine et pure,
Sur l'horizon mysterieux,
Les fanatismes et les haines
Rugissent devant chaque seuil
Comme hurlent les chiens obscenes
Quand apparait la lune en deuil.
Oh! contemplez l'Idee altiere,
Nations! son front surhumain
A, des a present, la lumiere
Qui vous eclairera demain!
LE CHASSEUR NOIR
Qu'es-tu, passant? Le bois est sombre,
Les corbeaux volent en grand nombre,
Il va pleuvoir.
Je suis celui qui va dans l'ombre,
Le chasseur noir!
Les feuilles des bois, du vent remuees,
Sifflent ... on dirait
Qu'un sabbat nocturne emplit de huees
Toute la foret;
Dans une clairiere, au sein des nuees,
La lune apparait.
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