French Lyrics
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Arthur Graves Canfield >> French Lyrics
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20
Une secrete intelligence
T'adresse-t-elle aux malheureux?
Viens-tu, la nuit, briller sur eux
Comme un rayon de l'esperance?
Viens-tu devoiler l'avenir
Au coeur fatigue qui l'implore?
Rayon divin, es-tu l'aurore
Du jour qui ne doit pas finir?
Mon coeur a ta clarte s'enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe a ceux qui ne sont plus:
Douce lumiere, es-tu leur ame?
Peut-etre ces manes heureux
Glissent ainsi sur le bocage.
Enveloppe de leur image,
Je crois me sentir plus pres d'eux!
Ah! si c'est vous, ombres cheries,
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous meler a mes reveries.
Ramenez la paix et l'amour
Au sein de mon ame epuisee,
Comme la nocturne rosee
Qui tombe apres les feux du jour.
Venez! ... Mais des vapeurs funebres
Montent des bords de l'horizon:
Elles voilent le doux rayon,
Et tout rentre dans les tenebres.
LE VALLON
Mon coeur, lasse de tout, meme de l'esperance,
N'ira plus de ses voeux importuner le sort;
Pretez-moi seulement, vallon de mon enfance,
Un asile d'un jour pour attendre la mort.
Voici l'etroit sentier de l'obscure vallee:
Du flanc de ces coteaux pendent des bois epais
Qui, courbant sur mon front leur ombre entremelee,
Me couvrent tout entier de silence et de paix.
La, deux ruisseaux caches sous des ponts de verdure
Tracent en serpentant les contours du vallon;
Ils melent un moment leur onde et leur murmure,
Et non loin de leur source ils se perdent sans nom.
La source de mes jours comme eux s'est ecoulee;
Elle a passe sans bruit, sans nom et sans retour:
Mais leur onde est limpide, et mon ame troublee
N'aura pas reflechi les clartes d'un beau jour.
La fraicheur de leurs lits, l'ombre qui les couronne,
M'enchainent tout le jour sur les bords des ruisseaux;
Comme un enfant berce par un chant monotone,
Mon ame s'assoupit au murmure des eaux.
Ah! c'est la qu'entoure d'un rempart de verdure,
D'un horizon borne qui suffit a mes yeux,
J'aime a fixer mes pas, et, seul dans la nature,
An'entendre que l'onde, a ne voir que les cieux.
J'ai trop vu, trop senti, trop aime dans ma vie;
Je viens chercher vivant le calme du Lethe.
Beaux lieux, soyez pour moi ces bords ou l'on oublie:
L'oubli seul desormais est ma felicite.
Mon coeur est en repos, mon ame est en silence;
Le bruit lointain du monde expire en arrivant,
Comme un son eloigne qu'affaiblit la distance,
A l'oreille incertaine apporte par le vent.
D'ici je vois la vie, a travers un nuage,
S'evanouir pour moi dans l'ombre du passe;
L'amour seul est reste, comme une grande image
Survit seule au reveil dans un songe efface.
Repose-toi, mon ame, en ce dernier asile,
Ainsi qu'un voyageur qui, le coeur plein d'espoir,
S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,
Et respire un moment l'air embaume du soir.
Comme lui, de nos pieds secouons la poussiere;
L'homme par ce chemin ne repasse jamais:
Comme lui, respirons au bout de la carriere
Ce calme avant-coureur de l'eternelle paix.
Tes jours, sombres et courts comme les jours d'automne,
Declinent comme l'ombre au penchant des coteaux;
L'amitie te trahit, la pitie t'abandonne,
Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux.
Mais la nature est la qui t'invite et qui t'aime;
Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours:
Quand tout change pour toi, la nature est la meme,
Et le meme soleil se leve sur tes jours.
De lumiere et d'ombrage elle t'entoure encore;
Detache ton amour des faux biens que tu perds;
Adore ici l'echo qu'adorait Pythagore,
Prete avec lui l'oreille aux celestes concerts.
Suis le jour dans le ciel, suis l'ombre sur la terre;
Dans les plaines de l'air vole avec l'aquilon;
Avec le doux rayon de l'astre du mystere
Glisse a travers les bois dans l'ombre du vallon.
Dieu, pour le concevoir, a fait l'intelligence:
Sous la nature enfin decouvre son auteur!
Une voix a l'esprit parle dans son silence:
Qui n'a pas entendu cette voix dans son coeur?
L'ISOLEMENT
Souvent sur la montagne, a l'ombre du vieux chene,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds;
Je promene au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se deroule a mes pieds.
Ici gronde le fleuve aux vagues ecumantes;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur;
La le lac immobile etend ses eaux dormantes
Ou l'etoile du soir se leve dans l'azur.
Au sommet de ces monts couronnes de bois sombres,
Le crepuscule encor jette un dernier rayon;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit deja les bords de l'horizon.
Cependant, s'elancant de la fleche gothique,
Un son religieux se repand dans les airs:
Le voyageur s'arrete, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mele de saints concerts.
Mais a ces doux tableaux mon ame indifferente
N'eprouve devant eux ni charme ni transports;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante:
Le soleil des vivants n'echauffe plus les morts.
De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud a l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense etendue,
Et je dis: "Nulle part le bonheur ne m'attend."
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumieres,
Vains objets dont pour moi le charme est envole?
Fleuves, rochers, forets, solitudes si cheres,
Un seul etre vous manque, et tout est depeuple!
Que le tour du soleil ou commence ou s'acheve,
D'un oeil indifferent je le suis dans son cours;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se leve,
Qu'importe le soleil? je n'attends rien des jours.
Quand je pourrais le suivre en sa vaste carriere,
Mes yeux verraient partout le vide et les deserts:
Je ne desire rien de tout ce qu'il eclaire;
Je ne demande rien a l'immense univers.
Mais peut-etre au dela des bornes de sa sphere,
Lieux ou le vrai soleil eclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma depouille a la terre,
Ce que j'ai tant reve paraitrait a mes yeux!
La, je m'enivrerais a la source ou j'aspire;
La, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien ideal que toute ame desire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre sejour!
Que ne puis-je, porte sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes voeux, m'elancer jusqu'a toi!
Sur la terre d'exil pourquoi reste-je encore?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.
Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'eleve et l'arrache aux vallons;
Et moi, je suis semblable a la feuille fletrie:
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons!
LE CRUCIFIX
Toi que j'ai recueilli sur sa bouche expirante
Avec son dernier souffle et son dernier adieu,
Symbole deux fois saint, don d'une main mourante,
Image de mon Dieu;
Que de pleurs ont coule sur tes pieds que j'adore,
Depuis l'heure sacree ou, du sein d'un martyr,
Dans mes tremblantes mains tu passas, tiede encore
De son dernier soupir!
Les saints flambeaux jetaient une derniere flamme;
Le pretre murmurait ces doux chants de la mort,
Pareils aux chants plaintifs que murmure une femme
A l'enfant qui s'endort.
De son pieux espoir son front gardait la trace,
Et sur ses traits, frappes d'une auguste beaute,
La douleur fugitive avait empreint sa grace,
La mort sa majeste.
Le vent qui caressait sa tete echevelee
Me montrait tour a tour ou me voilait ses traits,
Comme l'on voit flotter sur un blanc mausolee
L'ombre des noirs cypres.
Un de ses bras pendait de la funebre couche;
L'autre, languissamment replie sur son coeur,
Semblait chercher encore et presser sur sa bouche
L'image du Sauveur.
Ses levres s'entr'ouvraient pour l'embrasser encore
Mais son ame avait fui dans ce divin baiser,
Comme un leger parfum que la flamme devore
Avant de l'embraser.
Maintenant tout dormait sur sa bouche glacee,
Le souffle se taisait dans son sein endormi,
Et sur l'oeil sans regard la paupiere affaissee
Retombait a demi.
Et moi, debout, saisi d'une terreur secrete,
Je n'osais m'approcher de ce reste adore,
Comme si du trepas la majeste muette
L'eut deja consacre.
Je n'osais !... Mais le pretre entendit mon silence,
Et, de ses doigts glaces prenant le crucifix :
"Voila le souvenir, et voila l'esperance :
Emportez-les, mon fils!"
Oui, tu me resteras, o funebre heritage!
Sept fois, depuis ce jour, l'arbre que j'ai plante
Sur sa tombe sans nom a change de feuillage :
Tu ne m'as pas quitte.
Place pres de ce coeur, helas! ou tout s'efface,
Tu l'as contre le temps defendu de l'oubli,
Et mes yeux goutte a goutte ont imprime leur trace
Sur l'ivoire amolli.
O dernier confident de l'ame qui s'envole,
Viens, reste sur mon coeur ! parle encore, et dis-moi
Ce qu'elle te disait quand sa faible parole
N'arrivait plus qu'a toi ;
A cette heure douteuse ou l'ame recueillie,
Se cachant sous le voile epaissi sur nos yeux,
Hors de nos sens glaces pas a pas se replie,
Sourde aux derniers adieux ;
Alors qu'entre la vie et la mort incertaine,
Comme un fruit par son poids detache du rameau,
Notre ame est suspendue et tremble a chaque halein
Sur la nuit du tombeau ;
Quand des chants, des sanglots la confuse harmonie
N'eveille deja plus notre esprit endormi,
Aux levres du mourant colle dans l'agonie,
Comme un dernier ami :
Pour eclairer l'horreur de cet etroit passage,
Pour relever vers Dieu son regard abattu,
Divin consolateur, dont nous baisons l'image,
Reponds, que lui dis-tu ?
Tu sais, tu sais mourir! et tes larmes divines,
Dans cette nuit terrible ou tu prias en vain,
De l'olivier sacre baignerent les racines
Du soir jusqu'au matin.
De la croix, ou ton oeil sonda ce grand mystere
Tu vis ta mere en pleurs et la nature en deuil;
Tu laissas comme nous tes amis sur la terre,
Et ton corps au cercueil!
Au nom de cette mort, que ma faiblesse obtienne
De rendre sur ton sein ce douloureux soupir:
Quand mon heure viendra, souviens-toi de la tienne,
O toi qui sais mourir!
Je chercherai la place ou sa bouche expirante
Exhala sur tes pieds l'irrevocable adieu,
Et son ame viendra guider mon ame errante
Au sein du meme Dieu.
Ah! puisse, puisse alors sur ma funebre couche,
Triste et calme a la fois, comme un ange eplore,
Une figure en deuil recueillir sur ma bouche
L'heritage sacre !
Soutiens ses derniers pas, charme sa derniere heure;
Et, gage consacre d'esperance et d'amour,
De celui qui s'eloigne a celui qui demeure
Passe ainsi tour a tour,
Jusqu'au jour ou, des morts percant la voute sombre
Une voix dans le ciel, les appelant sept fois,
Ensemble eveillera ceux qui dorment a l'ombre
De l'eternelle croix !
ADIEU A GRAZIELLA
Adieu! mot qu'une larme humecte sur la levre ;
Mot qui finit la joie et qui tranche l'amour ;
Mot par qui le depart de delices nous sevre ;
Mot que l'eternite doit effacer un jour!
Adieu!.... Je t'ai souvent prononce dans ma vie,
Sans comprendre, en quittant les etres que j'aimais,
Ce que tu contenais de tristesse et de lie,
Quand l'homme dit: "Retour!" et que Dieu dit :
"Jamais!"
Mais aujourd'hui je sens que ma bouche prononce
Le mot qui contient tout, puisqu'il est plein de toi,
Qui tombe dans l'abime, et qui n'a pour reponse
Que l'eternel silence entre une image et moi!
Et cependant mon coeur redit a chaque haleine
Ce mot qu'un sourd sanglot entrecoupe au milieu,
Comme si tous les sons dont la nature est pleine
N'avaient pour sens unique, helas ! qu'un grand adieu !
LES PRELUDES
O vallons paternels; doux champs; humble chaumiere
Au bord penchant des bois suspendue aux coteaux,
Dont l'humble toit, cache sous des touffes de lierre,
Ressemble au nid sous les rameaux;
Gazons entrecoupes de ruisseaux et d'ombrages;
Seuil antique ou mon pere, adore comme un roi,
Comptait ses gras troupeaux rentrant des paturages,
Ouvrez-vous, ouvrez-vous! c'est moi!
Voila du dieu des champs la rustique demeure.
J'entends l'airain fremir au sommet de ses tours;
Il semble que dans l'air une voix qui me pleure
Me rappelle a mes premiers jours.
Oui, je reviens a toi, berceau de mon enfance,
Embrasser pour jamais tes foyers protecteurs.
Loin de moi les cites et leur vaine opulence!
Je suis ne parmi les pasteurs.
Enfant, j'aimais comme eux a suivre dans la plaine
Les agneaux pas a pas, egares jusqu'au soir;
A revenir comme eux baigner leur blanche laine
Dans l'eau courante du lavoir;
J'aimais a me suspendre aux lianes legeres,
A gravir dans les airs de rameaux en rameaux,
Pour ravir, le premier, sous l'aile de leurs meres,
Les tendres oeufs des tourtereaux;
J'aimais les voix du soir dans les airs repandues,
Le bruit lointain des chars gemissant sous leur poids,
Et le sourd tintement des cloches suspendues
Au cou des chevreaux dans les bois.
Et depuis, exile de ces douces retraites,
Comme un vase impregne d'une premiere odeur,
Toujours, loin des cites, des voluptes secretes
Entrainaient mes yeux et mon coeur.
Beaux lieux, recevez-moi sous vos sacres ombrages !
Vous qui couvrez le seuil de rameaux eplores,
Saules contemporains, courbez vos longs feuillages
Sur le frere que vous pleurez.
Reconnaissez mes pas, doux gazons que je foule,
Arbres que dans mes jeux j'insultais autrefois;
Et toi qui loin de moi te cachais a la foule,
Triste echo, reponds a ma voix.
Je ne viens pas trainer, dans vos riants asiles,
Les regrets du passe, les songes du futur:
J'y viens vivre, et, couche sous vos berceaux fertiles,
Abriter mon repos obscur.
S'eveiller, le coeur pur, au reveil de l'aurore,
Pour benir, au matin, le Dieu qui fait le jour;
Voir les fleurs du vallon sous la rosee eclore,
Comme pour feter son retour;
Respirer les parfums que la colline exhale,
Ou l'humide fraicheur qui tombe des forets;
Voir onduler de loin l'haleine matinale
Sur le sein flottant des guerets;
Conduire la genisse a la source qu'elle aime,
Ou suspendre la chevre au cytise embaume,
Ou voir ses blancs taureaux venir tendre d'eux-meme
Leur front au joug accoutume ;
Guider un soc tremblant dans le sillon qui crie,
Du pampre domestique emonder les berceaux,
Ou creuser mollement, au sein de la prairie,
Les lits murmurants des ruisseaux;
Le soir, assis en paix au seuil de la chaumiere,
Tendre au pauvre qui passe un morceau de son pain,
Et, fatigue du jour, y fermer sa paupiere
Loin des soucis du lendemain;
Sentir, sans les compter, dans leur ordre paisible,
Les jours suivre les jours, sans faire plus de bruit
Que ce sable leger dont la fuite insensible
Nous marque l'heure qui s'enfuit;
Voir de vos doux vergers sur vos fronts les fruits pendre,
Les fruits d'un chaste amour dans vos bras accourir,
Et, sur eux appuye, doucement redescendre:
C'est assez pour qui doit mourir.
HYMNE DE L'ENFANT A SON REVEIL
O pere qu'adore mon pere!
Toi qu'on ne nomme qu'a genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mere!
On dit que ce brillant soleil
N'est qu'un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.
On dit que c'est toi qui fais naitre
Les petits oiseaux, dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une ame aussi pour te connaitre!
On dit que c'est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
Et que, sans toi, toujours avare,
Le verger n'aurait point de fruits.
Aux dons que ta bonte mesure
Tout l'univers est convie;
Nul insecte n'est oublie
A ce festin de la nature.
L'agneau broute le serpolet,
La chevre s'attache au cytise,
La mouche au bord du vase puise
Les blanches gouttes de mon lait!
L'alouette a la graine amere
Que laisse envoler le glaneur,
Le passereau suit le vanneur,
Et l'enfant s'attache a sa mere.
Et pour obtenir chaque don
Que chaque jour tu fais eclore,
A midi, le soir, a l'aurore,
Que faut-il? prononcer ton nom!
O Dieu! ma bouche balbutie
Ce nom des anges redoute.
Un enfant meme est ecoute
Dans le choeur qui te glorifie!
On dit qu'il aime a recevoir
Les voeux presentes par l'enfance,
A cause de cette innocence
Que nous avons sans le savoir.
On dit que leurs humbles louanges
A son oreille montent mieux;
Que les anges peuplent les cieux,
Et que nous ressemblons aux anges!
Ah! puisqu'il entend de si loin
Les voeux que notre bouche adresse,
Je veux lui demander sans cesse
Ce dont les autres ont besoin.
Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l'ombre et la rosee aux plaines.
Donne au malade la sante,
Au mendiant le pain qu'il pleure,
A l'orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberte.
Donne une famille nombreuse
Au pere qui craint le Seigneur,
Donne a moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mere soit heureuse!
Que je sois bon, quoique petit,
Comme cet enfant dans le temple,
Que chaque matin je contemple
Souriant au pied de mon lit.
Mets dans mon ame la justice,
Sur mes levres la verite,
Qu'avec crainte et docilit
Ta parole en mon coeur murisse!
Et que ma voix s'eleve a toi
Comme cette douce fumee
Que balance l'urne embaumee
Dans la main d'enfants comme moi!
LE PREMIER REGRET
Sur la plage sonore ou la mer de Sorrente
Deroule ses flots bleus, aux pieds de l'oranger,
Il est, pres du sentier, sous la haie odorante,
Une pierre, petite, etroite, indifferente
Aux pas distraits de l'etranger.
La giroflee y cache un seul nom sous ses gerbes,
Un nom que nul echo n'a jamais repete.
Quelquefois seulement le passant arrete,
Lisant l'age et la date en ecartant les herbes
Et sentant dans ses yeux quelques larmes courir,
Dit: "Elle avait seize ans; c'est bien tot pour mourir!"
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scenes passees ?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Dit: "Elle avait seize ans!" Oui, seize ans! et cet age
N'avait jamais brille sur un front plus charmant,
Et jamais tout l'eclat de ce brulant rivage
Ne s'etait reflechi dans un oeil plus aimant!
Moi seul je la revois, telle que la pensee
Dans l'ame, ou rien ne meurt, vivante l'a laissee,
Vivante comme a l'heure ou, les yeux sur les miens,
Prolongeant sur la mer nos premiers entretiens,
Ses cheveux noirs livres au vent qui les denoue,
Et l'ombre de la voile errante sur sa joue,
Elle ecoutait le chant du nocturne pecheur,
De la brise embaumee aspirait la fraicheur,
Me montrait dans le ciel la lune epanouie
Comme une fleur des nuits dont l'aube est rejouie,
Et l'ecume argentee, et me disait : " Pourquoi
Tout brille-t-il ainsi dans les airs et dans moi ?
Jamais ces champs d'azur semes de tant de flammes,
Jamais ces sables d'or ou vont mourir les lames,
Ces monts dont les sommets tremblent au fond des cieux,
Ces golfes couronnes de bois silencieux,
Ces lueurs sur la cote, et ces chants sur les vagues,
N'avaient emu mes sens de voluptes si vagues!
Pourquoi comme ce soir n'ai-je jamais reve ?
Un astre dans mon coeur s'est-il aussi leve ?
Et toi, fils du matin, dis! a ces nuits si belles
Les nuits de ton pays, sans moi, ressemblaient-elles?"
Puis, regardant sa mere assise aupres de nous,
Posait pour s'endormir son front sur ses genoux.
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scenes passees?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Que son oeil etait pur, et sa levre candide!
Que son ciel inondait son ame de clarte!
Le beau lac de Nemi, qu'aucun souffle ne ride,
A moins de transparence et de limpidite.
Dans cette ame, avant elle, on voyait ses pensees;
Ses paupieres jamais, sur ses beaux yeux baissees,
Ne voilaient son regard d'innocence rempli;
Nul souci sur son front n'avait laisse son pli;
Tout folatrait en elle: et ce jeune sourire,
Qui plus tard sur la bouche avec tristesse expire,
Sur sa levre entr'ouverte etait toujours flottant,
Comme un pur arc-en-ciel sur un jour eclatant.
Nulle ombre ne voilait ce ravissant visage,
Ce rayon n'avait pas traverse de nuage.
Son pas insouciant, indecis, balance,
Flottait comme un flot libre ou le jour est berce,
Ou courait pour courir; et sa voix argentine,
Echo limpide et pur de son ame enfantine,
Musique de cette ame ou tout semblait chanter,
Egayait jusqu'a l'air qui l'entendait monter.
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scenes passees?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Mon image en son coeur se grava la premiere,
Comme dans l'oeil qui s'ouvre, au matin, la lumiere;
Elle ne regarda plus rien apres ce jour:
De l'heure qu'elle aima, l'univers fut amour!
Elle me confondait avec sa propre vie,
Voyait tout dans mon ame; et je faisais partie
De ce monde enchante qui flottait sous ses yeux
Du bonheur de la terre et de l'espoir des cieux.
Elle ne pensait plus au temps, a la distance,
L'heure seule absorbait toute son existence:
Avant moi, cette vie etait sans souvenir,
Un soir de ces beaux jours etait tout l'avenir!
Elle se confiait a la douce nature
Qui souriait sur nous, a la priere pure
Qu'elle allait, le coeur plein de joie et non de pleurs,
A l'autel qu'elle aimait repandre avec ses fleurs;
Et sa main m'entrainait aux marches de son temple,
Et, comme un humble enfant, je suivais son exemple,
Et sa voix me disait tout bas: "Prie avec moi;
Car je ne comprends pas le ciel meme sans toi!"
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scenes passees?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Voyez, dans son bassin, l'eau d'une source vive
S'arrondir comme un lac sous son etroite rive,
Bleue et claire, a l'abri du vent qui va courir
Et du rayon brulant qui pourrait la tarir.
Un cygne blanc nageant sur la nappe limpide,
En y plongeant son cou qu'enveloppe la ride,
Orne sans le ternir le liquide miroir
Et s'y berce au milieu des etoiles du soir;
Mais si, prenant son vol vers des sources nouvelles,
Il bat le flot tremblant de ses humides ailes,
Le ciel s'efface au sein de l'onde qui brunit,
La plume a blancs flocons y tombe et la ternit,
Comme si le vautour, ennemi de sa race,
De sa mort sur les flots avait seme la trace;
Et l'azur eclatant de ce lac enchante
N'est plus qu'une onde obscure ou le sable a monte.
Ainsi, quand je partis, tout trembla dans cette ame;
Le rayon s'eteignit, et sa mourante flamme
Remonta dans le ciel pour n'en plus revenir.
Elle n'attendit pas un second avenir,
Elle ne languit pas de doute en esperance,
Et ne disputa pas sa vie a la souffrance;
Elle but d'un seul trait le vase de douleur,
Dans sa premiere larme elle noya son coeur;
Et, semblable a l'oiseau, moins pur et moins beau qu'elle,
Qui le soir pour dormir met son cou sous son aile,
Elle s'enveloppa d'un muet desespoir,
Et s'endormit aussi; mais, helas! loin du soir!
Mais pourquoi m'entrainer vers ces scenes passees?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Elle a dormi quinze ans dans sa couche d'argile,
Et rien ne pleure plus sur son dernier asile;
Et le rapide oubli, second linceul des morts,
A couvert le sentier qui menait vers ces bords.
Nul ne visite plus cette pierre effacee,
Nul n'y songe et n'y prie.... excepte ma pensee,
Quand, remontant le flot de mes jours revolus,
Je demande a mon coeur tous ceux qui n'y sont plus,
Et que, les yeux flottants sur de cheres empreintes,
Je pleure dans mon ciel tant d'etoiles eteintes!
Elle fut la premiere, et sa douce lueur
D'un jour pieux et tendre eclaire encor mon coeur.
Mais pourquoi n'entrainer vers ces scenes passees?
Laissons le vent gemir et le flot murmurer.
Revenez, revenez, o mes tristes pensees!
Je veux rever, et non pleurer.
Un arbuste epineux, a la pale verdure,
Est le seul monument que lui fit la nature:
Battu des vents de mer, du soleil calcine,
Comme un regret funebre au coeur enracine,
Il vit dans le rocher sans lui donner d'ombrage;
La poudre du chemin y blanchit son feuillage;
Il rampe pres de terre, ou ses rameaux penches
Par la dent des chevreaux sont toujours retranches;
Une fleur, au printemps, comme un flocon de neige,
Y flotte un jour ou deux; mais le vent qui l'assiege
L'effeuille avant qu'elle ait repandu son odeur,
Comme la vie, avant qu'elle ait charme le coeur!
Un oiseau de tendresse et de melancolie
S'y pose pour chanter sur le rameau qui plie.
Oh, dis! fleur que la vie a fait si tot fletrir!
N'est-il pas une terre ou tout doit refleurir?
Remontez, remontez a ces heures passees!
Vos tristes souvenirs m'aident a soupirer.
Allez ou va mon ame, allez, o mes pensees!
Mon coeur est plein, je veux pleurer.
STANCES
Et j'ai dit dans mon coeur: Que faire de la vie?
Irai-je encor, suivant ceux qui m'ont devance,
Comme l'agneau qui passe, ou sa mere a passe,
Imiter des mortels l'immortelle folie?
L'un cherche sur les mers les tresors de Memnon,
Et la vague engloutit ses voeux et son navire;
Dans le sein de la gloire ou son genie aspire,
L'autre meurt enivre par l'echo d'un vain nom.
Avec nos passions formant sa vaste trame,
Celui-la fonde un trone, et monte pour tomber;
Dans des pieges plus doux aimant a succomber,
Celui-ci lit son sort dans les yeux d'une femme.
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