A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

French Lyrics

A >> Arthur Graves Canfield >> French Lyrics

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_Choeur des guerriers_.

La republique nous appelle,
Sachons vaincre ou sachons perir;
Un Francais doit vivre pour elle,
Pour elle un Francais doit mourir.


UNE MERE DE FAMILLE.

De nos yeux maternels ne craignez pas les larmes:
Loin de nous de laches douleurs!
Nous devons triompher quand vous prenez les armes;
C'est aux rois a verser des pleurs.
Nous vous avons donne la vie,
Guerriers, elle n'est plus a vous;
Tous vos jours sont a la patrie;
Elle est votre mere avant nous.

_Choeur des ineres de famille_--La republique, etc.

DEUX VIEILLARDS.

Que le fer paternel arme la main des brave;
Songez a nous au champ de Mars;
Consacrez dans le sang des rois et des esclaves
Le fer beni par vos vieillards;
Et, rapportant sous la chaumiere
Des blessures et des vertus,
Venez fermer notre paupiere
Quand les tyrans ne seront plus.

_Choeurs des vieillards_--La republique, etc.

UN ENFANT.

De Barra, de Viala le sort nous fait envie;
Ils sont morts, mais ils ont vaincu!
Le lache accable d'ans n'a point connu la vie!
Qui meurt pour le peuple a vecu.
Vous etes vaillants, nous le sommes:
Guidez-nous contre les tyrans;
Les republicains sont des hommes,
Les esclaves sont des enfants!

_Choeur des enfants_--La republique, etc.

UNE EPOUSE.

Partez, vaillants epoux, les combats sont vos fetes;
Partez, modeles des guerriers;
Nous cueillerons des fleurs pour en ceindre vos tetes,
Nos mains tresseront vos lauriers!
Et si le temple de Memoire
S'ouvrait a vos manes vainqueurs,
Nos voix chanteront votre gloire,
Nos flancs porteront vos vengeurs.

_Choeur des epouses_--La republique, etc.


UNE JEUNE FILLE.

Et nous, soeurs des heros, nous qui de l'hymenee
Ignorons les aimables noeuds,
Si, pour s'unir un jour a notre destinee,
Les citoyens forment des voeux,
Qu'ils reviennent dans nos murailles,
Beaux de gloire et de liberte,
Et que leur sang dans les batailles
Ait coule pour l'egalite.

_Choeur des jeunes filles_--La republique, etc.

TROIS GUERRIERS.

Sur le fer, devant Dieu, nous jurons a nos peres,
A nos epouses, a nos soeurs,
A nos representants, a nos fils, a nos meres,
D'aneantir les oppresseurs:
En tous lieux, dans la nuit profonde
Plongeant l'infame royaute,
Les Francais donneront au monde
Et la paix et la liberte!

_Choeur general_--La republique, etc.




ARNAULT


LA FEUILLE

"De ta tige detachee,
Pauvre feuille dessechee,
Ou vas-tu?"--Je n'en sais rien.
L'orage a brise le chene
Qui seul etait mon soutien;
De son inconstante haleine
Le zephyr ou l'aquilon

Depuis ce jour me promene
De la foret a ta plaine,
De la montagne au vallon.
Je vais ou le vent me mene,
Sans me plaindre ou m'effrayer;
Je vais ou va toute chose,
Ou va la feuille de rose
Et la feuille de laurier!




CHATEAUBRIAND


LE MONTAGNARD EXILE

Combien j'ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance!
Ma soeur, qu'ils etaient beaux les jours
De France!
O mon pays, sois mes amours
Toujours!

Te souvient-il que notre mere
Au foyer de notre chaumiere
Nous pressait sur son coeur joyeux,
Ma chere!
Et nous baisions ses blancs cheveux
Tous deux.

Ma soeur, te souvient-il encore
Du chateau que baignait la Dore?
Et de cette tant vieille tour
Du Maure,
Ou l'airain sonnait le retour
Du jour?

Te souvient-il du lac tranquille
Qu'effleurait l'hirondelle agile;
Du vent qui courbait le roseau
Mobile,
Et du soleil couchant sur l'eau
Si beau?

Oh! qui me rendra mon Helene
Et ma montagne et le grand chene!
Leur souvenir fait tous les jours
Ma peine:
Mon pays sera mes amours
Toujours!




DESAUGIERS


MORALITE

Enfants de la folie,
Chantons;
Sur les maux de la vie
Glissons;
Plaisir jamais ne coute
De pleurs;
Il seme notre route
De fleurs.

Oui, portons son delire
Partout....
Le bonheur est de rire
De tout;
Pour etre aime des belles,
Aimons;
Un beau jour changent-elles,
Changeons.

Deja l'hiver de l'age
Accourt;
Profitons d'un passage
Si court;
L'avenir peut-il etre
Certain?
Nous finirons peut-etre
Demain.




CHARLES NODIER


LA JEUNE FILLE

Elle etait bien jolie, au matin, sans atours,
De son jardin naissant visitant les merveilles,
Dans leur nid d'ambroisie epiant ses abeilles,
Et du parterre en fleurs suivant les longs detours.

Elle etait bien jolie, au bal de la soiree,
Quand l'eclat des flambeaux illuminait son front,
Et que de bleus saphirs ou de roses paree
De la danse folatre elle menait le rond.

Elle etait bien jolie, a l'abri de son voile
Qu'elle livrait, flottant, au souffle de la nuit,
Quand pour la voir de loin, nous etions la sans bruit,
Heureux de la connaitre au reflet d'une etoile.

Elle etait bien jolie; et de pensers touchants,
D'un espoir vague et doux chaque jour embellie,
L'amour lui manquait seul pour etre plus jolie!....
Paix! ... voila son convoi qui passe dans les champs!....


LE BUISSON

S'il est un buisson quelque part
Borde de blancs fraisiers ou de noires prunelles,
Ou de l'oeil de la Vierge aux riantes prunelles,
Dans le creux des fosses, a l'abri d'un rempart!....

Ah! si son ombre printaniere
Couvrait avec amour la pente d'un ruisseau,
D'un ruisseau qui bondit sans souci de son eau,
Et qui va rejouir l'espoir de la meuniere!....

Si la liane aux blancs cornets
Y roulait en noeuds verts sur la branche embellie!
S'il protegeait au loin le muguet, l'ancolie,
Dont les filles des champs couronnent leurs bonnets!

Si ce buisson, nid de l'abeille,
Attirait quelque jour une vierge aux yeux doux,
Qui viendrait en dansant, et sans penser a nous,
De boutons demi-clos enrichir sa corbeille!....

S'il etait aime des oiseaux;
S'il voyait sautiller la mesange hardie;
S'il surveillait parfois la linotte etourdie,
Echappee en boitant au piege des reseaux!

S'il souriait, depuis l'aurore,
A l'abord inconstant d'un leger papillon,
Tout bigarre d'azur, d'or et de vermillon,
Qui va, vole et revient, vole et revient encore!

Si dans la brulante saison,
D'une nuit sans lumiere eclaircissant les voiles,
Les vers luisants venaient y semer leurs etoiles,
Qui de rayons d'argent blanchissent le gazon!....

Si, longtemps, des feux du soleil
Il pouvait garantir une fosse inconnue!
Enfants! dites-le-moi, l'heure est si bien venue!
Il fait froid. Il est tard. Je souffre, et j'ai sommeil.




BERANGER


LE ROI D'YVETOT

Il etait un roi d'Yvetot
Peu connu dans l'histoire,
Se levant tard, se couchant tot,
Dormant fort bien sans gloire,
Et couronne par Jeanneton
D'un simple bonnet de coton,
Dit-on.
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.

Il faisait ses quatre repas
Dans son palais de chaume,
Et sur un ane, pas a pas,
Parcourait son royaume.
Joyeux, simple et croyant le bien,
Pour toute garde il n'avait rien
Qu'un chien.
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.

Il n'avait de gout onereux
Qu'une soif un peu vive;
Mais, en rendant son peuple heureux,
Il faut bien qu'un roi vive.
Lui-meme, a table et sans suppot,
Sur chaque muid levait un pot
D'impot.
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.

Aux filles de bonnes maisons
Comme il avait su plaire,
Ses sujets avaient cent raisons
De le nommer leur pere.
D'ailleurs il ne levait de ban
Que pour tirer, quatre fois l'an,
Au blanc.
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.

Il n'agrandit point ses Etats,
Fut un voisin commode,
Et, modele des potentats,
Prit le plaisir pour code.
Ce n'est que lorsqu'il expira
Que le peuple, qui l'enterra,
Pleura.
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.

On conserve encor le portrait
De ce digne et bon prince:
C'est l'enseigne d'un cabaret
Fameux dans la province.
Les jours de fete, bien souvent,
La foule s'ecrie en buvant
Devant:
Oh! oh! oh! oh! ah! ah! ah! ah!
Quel bon petit roi c'etait la!
La, la.


LE VILAIN

He quoi! j'apprends que l'on critique
Le _de_ qui precede mon nom.
Etes-vous de noblesse antique?
Moi, noble? oh! vraiment, messieurs, non.
Non, d'aucune chevalerie
Je n'ai le brevet sur velin.
Je ne sais qu'aimer ma patrie....
Je suis vilain et tres vilain....
Je suis vilain,
Vilain, vilain.

Ah! sans un _de_ j'aurais du naitre;
Car, dans mon sang si j'ai bien lu,
Jadis mes aieux ont d'un maitre
Maudit le pouvoir absolu.
Ce pouvoir, sur sa vieille base,
Etant la meule du moulin,
Ils etaient le grain qu'elle ecrase.
Je suis vilain et tres vilain,
Je suis vilain,
Vilain, vilain.

Jamais aux discordes civiles
Mes braves aieux n'ont pris part;
De l'Anglais aucun dans nos villes
N'introduisit le leopard;
Et quand l'Eglise, par sa brigue,
Poussait l'Etat vers son declin,
Aucun d'eux n'a signe la Ligue.
Je suis vilain et tres vilain,
Je suis vilain,
Vilain, vilain.

Laissez-moi donc sous ma banniere,
Vous, messieurs, qui, le nez au vent,
Nobles par votre boutonniere,
Encensez tout soleil levant.
J'honore une race commune,
Car, sensible, quoique malin,
Je n'ai flatte que l'infortune.
Je suis vilain et tres vilain,
Je suis vilain,
Vilain, vilain.


MON HABIT

Sois-moi fidele, o pauvre habit que j'aime!
Ensemble nous devenons vieux.
Depuis dix ans je te brosse moi-meme,
Et Socrate n'eut pas fait mieux.
Quand le sort a ta mince etoffe
Livrerait de nouveaux combats,
Imite-moi, resiste en philosophe:
Mon vieil ami, ne nous separons pas.

Je me souviens, car j'ai bonne memoire,
Du premier jour ou je te mis.
C'etait ma fete, et, pour comble de gloire,
Tu fus chante par mes amis.
Ton indigence, qui m'honore,
Ne m'a point banni de leurs bras.
Tous ils sont prets a nous feter encore:
Mon vieil ami, ne nous separons pas.

A ton revers j'admire une reprise:
C'est encore un doux souvenir.
Feignant un soir de fuir la tendre Lise,
Je sens sa main me retenir.
On te dechire, et cet outrage
Aupres d'elle enchaine mes pas.
Lisette a mis deux jours a tant d'ouvrage:
Mon vieil ami, ne nous separons pas.

T'ai-je impregne des flots de musc et d'ambre
Qu'un fat exhale en se mirant?
M'a-t-on jamais vu dans une antichambre
T'exposer au mepris d'un grand?
Pour des rubans la France entiere
Fut en proie a de longs debats;
La fleur des champs brille a ta boutonniere:
Mon vieil ami, ne nous separons pas.

Ne crains plus tant ces jours de courses vaines
Ou notre destin fut pareil;
Ces jours meles de plaisirs et de peines,
Meles de pluie et de soleil.
Je dois bientot, il me le semble,
Mettre pour jamais habit bas.
Attends un peu; nous finirons ensemble:
Mon vieil ami, ne nous separons pas.


LES ETOILES QUI FILENT

Berger, tu dis que notre etoile
Regle nos jours et brille aux cieux.
--Oui, mon enfant; mais dans son voile
La nuit la derobe a nos yeux.
--Berger, sur cet azur tranquille
De lire on te croit le secret:
Quelle est cette etoile qui file,
Qui file, file, et disparait?

--Mon enfant, un mortel expire;
Son etoile tombe a l'instant.
Entre amis que la joie inspire,
Celui-ci buvait en chantant.
Heureux, il s'endort immobile
Aupres du vin qu'il celebrait....
--Encore une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.

--Mon enfant, qu'elle est pure et belle!
C'est celle d'un objet charmant:
Fille heureuse, amante fidele,
On l'accorde au plus tendre amant.
Des fleurs ceignent son front nubile,
Et de l'hymen l'autel est pret....
--Encore une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.

--Mon fils, c'est l'etoile rapide
D'un tres grand seigneur nouveau-ne.
Le berceau qu'il a laisse vide
D'or et de pourpre etait orne.
Des poisons qu'un flatteur distille
C'etait a qui le nourrirait....
--Encore une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.

--Mon enfant, quel eclair sinistre!
C'etait l'astre d'un favori
Qui se croyait un grand ministre
Quand de nos maux il avait ri.
Ceux qui servaient ce dieu fragile
Ont deja cache son portrait....
--Encore une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.

--Mon fils, quels pleurs seront les notres!
D'un riche nous perdons l'appui.
L'indigence glane chez d'autres,
Mais elle moissonnait chez lui.
Ce soir meme, sur d'un asile,
A son toit le pauvre accourait....
--Encore une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.

--C'est celle d'un puissant monarque!....
Va, mon fils, garde ta candeur,
Et que ton etoile ne marque
Par l'eclat ni par la grandeur.
Si tu brillais sans etre utile,
A ton dernier jour on dirait:
Ce n'est qu'une etoile qui file,
Qui file, file, et disparait.


LES SOUVENIRS DU PEUPLE

On parlera de sa gloire
Sous le chaume bien longtemps,
L'humble toit, dans cinquante ans,
Ne connaitra plus d'autre histoire.
La viendront les villageois
Dire alors a quelque vieille:
Par des recits d'autrefois,
Mere, abregez notre veille.
Bien, dit-on, qu'il nous ait nui,
Le peuple encor le revere,
Oui, le revere.
Parlez-nous de lui, grand'mere,
Parlez-nous de lui.

Mes enfants, dans ce village,
Suivi de rois, il passa.
Voila bien longtemps de ca:
Je venais d'entrer en menage.
A pied grimpant le coteau
Ou pour voir je m'etais mise,
Il avait petit chapeau
Avec redingote grise.
Pres de lui je me troublai;
Il me dit: Bonjour, ma chere,
Bonjour, ma chere.
--Il vous a parle, grand'mere!
Il vous a parle!

L'an d'apres, moi, pauvre femme,
A Paris etant un jour,
Je le vis avec sa cour:

Il se rendait a Notre-Dame.
Tous les coeurs etaient contents;
On admirait son cortege.
Chacun disait: Quel beau temps!
Le ciel toujours le protege.
Son sourire etait bien doux;
D'un fils Dieu le rendait pere,
Le rendait pere.
--Quel beau jour pour vous, grand'mere!
Quel beau jour pour vous!

Mais quand la pauvre Champagne
Fut en proie aux etrangers,
Lui, bravant tous les dangers,
Semblait seul tenir la campagne.
Un soir, tout comme aujourd'hui,
J'entends frapper a la porte;
J'ouvre. Bon Dieu! c'etait lui,
Suivi d'une faible escorte.
Il s'assoit ou me voila,
S'ecriant: Oh! quelle guerre!
Oh! quelle guerre!
--Il s'est assis la, grand'mere!
Il s'est assis la!


J'ai faim, dit-il; et bien vite
Je sers piquette et pain bis;
Puis il seche ses habits,
Meme a dormir le feu l'invite.
Au reveil, voyant mes pleurs,
Il me dit: Bonne esperance!
Je cours de tous ses malheurs
Sous Paris venger la France.
Il part; et, comme un tresor,
J'ai depuis garde son verre,
Garde son verre.
--Vous l'avez encor, grand'mere!
Vous l'avez encor !

Le voici. Mais a sa perte
Le heros fut entraine.
Lui, qu'un pape a couronne,
Est mort dans une ile deserte.
Longtemps aucun ne l'a cru;
On disait: Il va paraitre.
Par mer il est accouru;
L'etranger va voir son maitre.
Quand d'erreur on nous tira,
Ma douleur fut bien amere!
Fut bien amere!
--Dieu vous benira, grand'mere,
Dieu vous benira.


LES FOUS

Vieux soldats de plomb que nous sommes,
Au cordeau nous alignant tous,
Si des rangs sortent quelques hommes,
Tous nous crions: A bas les fous!
On les persecute, on les tue,
Sauf, apres un lent examen,
A leur dresser une statue
Pour la gloire du genre humain.

Combien de temps une pensee,
Vierge obscure, attend son epoux!
Les sots la traitent d'insensee;
Le sage lui dit: Cachez-vous.
Mais, la rencontrant loin du monde,
Un fou qui croit au lendemain
L'epouse; elle devient feconde
Pour le bonheur du genre humain.

J'ai vu Saint-Simon le prophete,
Riche d'abord, puis endette,
Qui des fondements jusqu'au faite
Refaisait la societe.
Plein de son oeuvre commencee,
Vieux, pour elle il tendait la main,
Sur qu'il embrassait la pensee
Qui doit sauver le genre humain.

Fourier nous dit: Sors de la fange,
Peuple en proie aux deceptions.
Travaille, groupe par phalange,
Dans un cercle d'attractions.
La terre, apres tant de desastres,
Forme avec le ciel un hymen,
Et la loi qui regit les astres
Donne la paix au genre humain!

Enfantin affranchit la femme,
L'appelle a partager nos droits.
Fi! dites-vous; sous l'epigramme
Ces fous reveurs tombent tous trois.
Messieurs, lorsqu'en vain notre sphere
Du bonheur cherche le chemin,
Honneur au fou qui ferait faire
Un reve heureux au genre humain!

Qui decouvrit un nouveau monde?
Un fou qu'on raillait en tout lieu.
Sur la croix que son sang inonde
Un fou qui meurt nous legue un Dieu,
Si demain, oubliant d'eclore,
Le jour manquait, eh bien! demain
Quelque fou trouverait encore
Un flambeau pour le genre humain.




MILLEVOYE


LA CHUTE DES FEUILLES

De la depouille de nos bois
L'automne avait jonche la terre;
Le bocage etait sans mystere,
Le rossignol etait sans voix.
Triste et mourant a son aurore
Un jeune malade, a pas lents,
Parcourait une fois encore
Le bois cher a ses premiers ans.

"Bois que j'aime, adieu! je succombe:
Votre deuil me predit mon sort,
Et dans chaque feuille qui tombe
Je lis un presage de mort!
Fatal oracle d'Epidaure,
Tu m'as dit: 'Les feuilles des bois
A tes yeux jauniront encore,
Et c'est pour la derniere fois.
La nuit du trepas t'environne;
Plus pale que la pale automne,
Tu t'inclines vers le tombeau.

Ta jeunesse sera fletrie
Avant l'herbe de la prairie,
Avant le pampre du coteau.'
Et je meurs! De sa froide baleine
Un vent funeste m'a touche,
Et mon hiver s'est approche
Quand mon printemps s'ecoule a peine.
Arbuste en un seul jour detruit,
Quelques fleurs faisaient ma parure;
Mais ma languissante verdure
Ne laisse apres elle aucun fruit.
Tombe, tombe, feuille ephemere,
Voile aux yeux ce triste chemin,
Cache au desespoir de ma mere
La place ou je serai demain!
Mais vers la solitaire allee
Si mon amante desolee
Venait pleurer quand le jour fuit,
Eveille par un leger bruit
Mon ombre un moment consolee."

Il dit, s'eloigne ... et sans retour!
La derniere feuille qui tombe
A signale son dernier jour.
Sous le chene on creusa sa tombe.
Mais son amante ne vint pas
Visiter la pierre isolee;
Et le patre de la vallee
Troubla seul du bruit de ses pas
Le silence du mausolee.




MADAME DESBORDES-VALMORE


S'IL L'AVAIT SU

S'Il avait su quelle ame il a blessee,
Larmes du coeur, s'il avait pu vous voir,
Ah! si ce coeur, trop plein de sa pensee,
De l'exprimer eut garde le pouvoir,
Changer ainsi n'eut pas ete possible;
Fier de nourrir l'espoir qu'il a decu,
A tant d'amour il eut ete sensible,
S'il l'avait su.

S'il avait su tout ce qu'on peut attendre
D'une ame simple, ardente et sans detour,
Il eut voulu la mienne pour l'entendre.
Comme il l'inspire, il eut connu l'amour.
Mes yeux baisses recelaient cette flamme;
Dans leur pudeur n'a-t-il rien apercu?
Un tel secret valait toute son ame,
S'il l'avait su.

Si j'avais su, moi-meme, a quel empire
On s'abandonne en regardant ses yeux,
Sans le chercher comme l'air qu'on respire
J'aurais porte mes jours sous d'autres cieux
Il est trop tard pour renouer ma vie;
Ma vie etait un doux espoir decu:
Diras-tu pas, toi qui me l'as ravie,
Si j'avais su?


LES ROSES DE SAADI

J'ai voulu ce matin te rapporter des roses;
Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes
Que les noeuds trop serres n'ont pu les contenir.

Les noeuds ont eclate. Les roses, envolees
Dans le vent, a la mer s'en sont toutes allees.
Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir.

La vague en a paru rouge et comme enflammee.
Ce soir, ma robe encore en est tout embaumee....
Respires-en sur moi l'odorant souvenir!


LE PREMIER AMOUR

Vous souvient-il de cette jeune amie,
Au regard tendre, au maintien sage et doux?
A peine, helas! au printemps de sa vie,
Son coeur sentit qu'il etait fait pour vous.

Point de serment, point de vaine promesse:
Si jeune encore, on ne les connait pas;
Son ame pure aimait avec ivresse,
Et se livrait sans honte et sans combats.

Elle a perdu son idole cherie;
Bonheur si doux a dure moins qu'un jour!
Elle n'est plus au printemps de sa vie:
Elle est encore a son premier amour.




LAMARTINE


LE LAC

Ainsi, toujours pousses vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit eternelle emportes sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'ocean des ages
Jeter l'ancre un seul jour?

O lac! l'annee a peine a fini sa carriere,
Et pres des flots cheris qu'elle devait revoir,
Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Ou tu la vis s'asseoir!

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs dechires;
Ainsi le vent jetait l'ecume de tes ondes
Sur ses pieds adores.

Un soir, t'en souvient-il? nous voguions en silence,
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout a coup des accents inconnus a la terre
Du rivage charme frapperent les echos;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chere
Laissa tomber ces mots:

"O temps, suspends ton vol! et vous, heures propices
Suspendez votre cours!
Laissez-nous savourer les rapides delices
Des plus beaux de nos jours!

"Assez de malheureux ici-bas vous implorent:
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les devorent;
Oubliez les heureux.

"Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'echappe et fuit;
Je dis a cette nuit: Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

"Aimons donc, aimons donc! de l'heure fugitive,
Hatons-nous, jouissons!
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons!"

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Ou l'amour a longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la meme vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace?
Quoi! passes pour jamais? quoi! tout entiers perdus?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus?

Eternite, neant, passe, sombres abimes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez?
Parlez: nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez?

O lac! rochers muets! grottes! foret obscure!
Vous que le temps epargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir!

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soif dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux!

Qu'il soit dans le zephyr qui fremit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords repetes,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartes!

Que le vent qui gemit, le roseau qui soupire,
Que les parfums legers de ton air embaume,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise: "Ils ont aime!"


L'AUTOMNE

Salut, bois couronnes d'un reste de verdure!
Feuillages jaunissants sur les gazons epars!
Salut, derniers beaux jours! Le deuil de la nature
Convient a la douleur et plait a mes regards.

Je suis d'un pas reveur le sentier solitaire;
J'aime a revoir encor, pour la derniere fois,
Ce soleil palissant, dont la faible lumiere
Perce a peine a mes pieds l'obscurite des bois.

Oui, dans ces jours d'automne ou la nature expire,
A ses regards voiles je trouve plus d'attraits:
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des levres que la mort va fermer pour jamais.

Ainsi, pret a quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir evanoui,
Je me retourne encore et d'un regard d'envie
Je contemple ces biens dont je n'ai pas joui.

Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme au bord de mon tombeau,
L'air est si parfume! la lumiere est si pure!
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau!

Je voudrais maintenant vider jusqu'a la lie
Ce calice mele de nectar et de fiel:
Au fond de cette coupe ou je buvais la vie,
Peut-etre restait-il une goutte de miel!

Peut-etre l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu!
Peut-etre, dans la foule, une ame que j'ignore
Aurait compris mon ame, et m'aurait repondu?....

La fleur tombe en livrant ses parfums au zephire;
A la vie, au soleil, ce sont la ses adieux;
Moi, je meurs; et mon ame, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et melodieux.


LE SOIR

Le soir ramene le silence.
Assis sur ces rochers deserts,
Je suis dans le vague des airs
Le char de la nuit qui s'avance.

Venus se leve a l'horizon;
A mes pieds l'etoile amoureuse
De sa lueur mysterieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hetre au feuillage sombre
J'entends frissonner les rameaux;
On dirait autour des tombeaux
Qu'on entend voltiger une ombre.

Tout a coup, detache des cieux,
Un rayon de l'astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d'un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumiere a mon ame?

Descends-tu pour me reveler
Des mondes le divin mystere,
Ces secrets caches dans la sphere
Ou le jour va te rappeler!

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