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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

French Lyrics

A >> Arthur Graves Canfield >> French Lyrics

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Forest, haute maison des oiseaux bocagers!
Plus le cerf solitaire et les chevreuls legers
Ne paistront sous ton ombre, et ta verte criniere
Plus du soleil d'este ne rompra la lumiere.

Plus l'amoureux pasteur sus un tronq adosse,
Enflant son flageolet a quatre trous perse,
Son mastin a ses pieds, a son flanc la houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette:
Tout deviendra muet; Echo sera sans vois;
Tu deviendras campagne, et en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;
Tu perdras ton silence, et Satyres et Pans,
Et plus le cerf chez toy ne cachera ses fans.

Adieu, vieille forest, le jouet de Zephire,
Ou premier j'accorday les langues de ma lyre,
Ou premier j'entendi les fleches resonner
D'Apollon, qui me vint tout le coeur estonner;
Ou premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jetta,
Et de son propre laict Euterpe m'allaita.

Adieu, vieille forest, adieu, testes sacrees,
De tableaux et de fleurs en tout temps reverees,
Maintenant le desdain des passans alterez,
Qui, bruslez en l'este des rayons etherez,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent tes meurtriers, et leur disent injures!

Adieu, chesnes, couronne aux vaillans citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dordoneens,
Qui premiers aux humains donnastes a repaistre;
Peuples vrayment ingrats, qui n'ont sceu recognoistre
Les biens receus de vous, peuples vrayment grossiers,
De massacrer ainsi leurs peres nourriciers!

Que l'homme est malheureux qui au monde se fie!
O dieux, que veritable est la philosophie,
Qui dit que toute chose a la fin perira,
Et qu'en changeant de forme une autre vestira!

De Tempe la vallee un jour sera montagne,
Et la cyme d'Athos une large campagne:
Neptune quelquefois de ble sera couvert:
La matiere demeure et la forme se perd.




JOACHIM DU BELLAY


L'IDEAL

Si nostre vie est moins qu'une journee
En l'eternel, si l'an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si perissable est toute chose nee,

Que songes-tu, mon ame emprisonnee?
Pourquoy te plaist l'obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus clair sejour,
Tu as au dos l'aile bien empennee?

La est le bien que tout esprit desire,
La le repos ou tout le monde aspire,
La est l'amour, la le plaisir encore.

La, o mon ame, au plus haut ciel guidee.
Tu y pourras recognoistre l'idee
De la beaute qu'en ce monde j'adore.


L'AMOUR DU CLOCHER

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy la qui conquit la toison,
Et puis est retourne, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parens le reste de son age!

Quand reverray-je, helas! de mon petit village
Fumer la cheminee, et en quelle saison,
Reverray-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage?

Plus me plaist le sejour qu'ont basty mes ayeux,
Que des palais romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaist l'ardoise fine;

Plus mon Loyre gaulois que le Tybre latin,
Plus mon petit Lire que le mont Palatin
Et plus que l'air marin la douceur Angevine.


D'UN VANNEUR DE BLED, AUX VENTS

A vous, trouppe legere,
Qui d'aile passagere
Par le monde volez
Et d'un sifflant murmure
L'ombrageuse verdure
Doucement esbranlez:

J'offre ces violettes,
Ces lis et ces fleurettes,
Et ces roses ici,
Ces merveillettes roses,
Tout freschement ecloses,
Et ces oeillets aussi.

De vostre douce haleine
Eventez ceste plaine,
Eventez ce sejour,
Ce pendant que j'ahanne
A mon ble que je vanne
A la chaleur du jour.




D'AUBIGNE


L'HYVER

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles,
S'en vont; et je leur dis: Vous sentez, irondelles,
S'esloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures,
Ma couche de babil et ma table d'ordures;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.

D'un seul point le soleil n'esloigne l'hemisphere;
Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumiere.
Je change sans regrets, lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J'ayme l'hyver qui vient purger mon coeur de vice,
Comme de peste l'air, la terre de serpens.

Mon chef blanchit dessous les neiges entassees,
Le soleil, qui reluit, les eschauffe, glacees,
Mais ne les peut dissoudre, au plus court de ses mois.
Fondez, neiges; venez dessus mon coeur descendre,
Qu'encores il ne puisse allumer de ma cendre
Du brazier, comme il fit des flammes autrefois.

Mais quoi! serai-je esteint devant ma vie esteinte?
Ne luira plus sur moi la flamme vive et sainte,
Le zele flamboynt de la sainte maison?
Je fais aux saints autels holocaustes des restes,
De glace aux feux impurs, et de napthe aux celestes:
Clair et sacre flambeau, non funebre tison!

Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines.
Le rossignol se taist, se taisent les sereines:
Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs;
L'esperance n'est plus bien souvent tromperesse;
L'hyver jouit de tout. Bienheureuse vieillesse,
La saison de l'usage, et non plus des labeurs!

Mais la mort n'est pas loin; cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie:
Vie de nostre vie, et mort de nostre mort.
Qui hait la seurete pour aimer le naufrage?
Qui a jamais este si friand de voyage,
Que la longueur en soit plus douce que le port?




JEAN BERTAUT


CHANSON

Les Cieux inexorables
Me sont si rigoureux,
Que les plus miserables
Se comparans a moy se trouveraient heureux.

Je ne fais a toute heure
Que souhaiter la mort,
Dont la longue demeure
Prolonge dessus moy l'insolence du Sort.

Mon lict est de mes larmes
Trempe toutes les nuits:
Et ne peuvent ses charmes,
Lors mesme que je dors, endormir mes ennuis.

Si je fay quelque songe
J'en suis espouvante,
Car mesme son mensonge
Exprime de mes maux la triste verite.

Toute paix, toute joye
A pris de moy conge,
Laissant mon ame en proye
A cent mille soucis dont mon coeur est ronge.

La pitie, la justice,
La constance, et la foy,
Cedant a l'artifice,
Dedans les coeurs humains sont esteintes pour moy.

L'ingratitude paye
Ma fidelle amitie:
La calomnie essaye
A rendre mes tourments indignes de pitie.

En un cruel orage
On me laisse perir,
Et courant au naufrage
Je voy chacun me plaindre et nul me secourir.

Et ce qui rend plus dure
La misere ou je vy,
C'est, es maux que j'endure,
La memoire de l'heur que le Ciel m'a ravi.

Felicite passee
Qui ne peux revenir:
Tourment de ma pensee,
Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir!

Helas! il ne me reste
De mes contentements
Qu'un souvenir funeste,
Qui me les convertit a toute heure en tourments.

Le sort plein d'injustice
M'ayant en fin rendu
Ce reste un pur supplice,
Je serois plus heureux si j'avois plus perdu.




MATHURIN REGNIER


ODE

Jamais ne pourray-je bannir
Hors de moy l'ingrat souvenir
De ma gloire si tost passee?
Toujours pour nourrir mon soucy.
Amour, cet enfant sans mercy,
L'offrira-t-il a ma pensee!

Tyran implacable des coeurs,
De combien d'ameres langueurs
As-tu touche ma fantaisie !
De quels maux m'as-tu tourmente!
Et dans mon esprit agite
Que n'a point fait la jalousie !

Mes yeux, aux pleurs accoutumez,
Du sommeil n'estoient plus fermez;
Mon coeur fremissoit sous la peine:
A veu d'oeil mon teint jaunissoit;
Et ma bouche qui gemissoit,
De soupirs estoit toujours pleine.

Aux caprices abandonne,
J'errois d'un esprit forcene,
La raison cedant a la rage:
Mes sens, des desirs emportez,
Flottoient, confus, de tous costez,
Comme un vaisseau parmy l'orage.

Blasphemant la terre et les cieux,
Mesmes je m'estois odieux,
Tant la fureur troubloit mon ame:
Et bien que mon sang amasse
Autour de mon coeur fust glace,
Mes propos n'estoient que de flame.

Pensif, frenetique et resvant,
L'esprit trouble, la teste au vent,
L'oeil hagard, le visage blesme,
Tu me fis tous maux esprouver;
Et sans jamais me retrouver,
Je m'allois cherchant en moy-mesme.

Cependant lors que je voulois,
Par raison enfraindre tes loix,
Rendant ma flame refroidie,
Pleurant, j'accusay ma raison
Et trouvay que la guerison
Est pire que la maladie.

Un regret pensif et confus
D'avoir este, et n'estre plus,
Rend mon ame aux douleurs ouverte;
A mes despens, las! je vois bien
Qu'un bonheur comme estoit le mien
Ne se cognoist que par la perte.




FRANCOIS DE MALHERBE


CONSOLATION A MONSIEUR DU PERIER

Ta douleur, du Perier, sera donc eternelle,
Et les tristes discours
Que te met en l'esprit l'amitie paternelle
L'augmenteront toujours?

Le malheur de ta fille, au tombeau descendue
Par un commun trepas,
Est-ce quelque dedale ou ta raison perdue
Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance etait pleine,
Et n'ai pas entrepris,
Injurieux ami, de soulager ta peine
Avecque son mepris.

Mais elle etait du monde, ou les plus belles choses
Ont le pire destin;
Et, rose, elle a vecu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.

Puis quand ainsi serait que, selon ta priere,
Elle aurait obtenu
D'avoir en cheveux blancs termine sa carriere,
Qu'en fut-il advenu?

Penses-tu que, plus vieille, en la maison celeste
Elle eut eu plus d'accueil,
Ou qu'elle eut moins senti la poussiere funeste
Et les vers du cercueil?

Non, non, mon du Perier; aussitot que la Parque
Ote l'ame du corps,
L'age s'evanouit au deca de la barque,
Et ne suit pas les morts.

Tithon n'a plus les ans qui le firent cigale,
Et Pluton aujourd'hui,
Sans egard du passe, les merites egale
D'Archemore et de lui.

Ne te lasse donc plus d'inutiles complaintes;
Mais, sage a l'avenir,
Aime une ombre comme ombre, et des cendres eteintes
Eteins le souvenir.

C'est bien, je le confesse, une juste coutume,
Que le coeur afflige,
Par le canal des yeux vidant son amertume,
Cherche d'etre allege.

Meme quand il advient que la tombe separe
Ce que nature a joint,
Celui qui ne s'emeut a l'ame d'un barbare,
Ou n'en a du tout point.

Mais d'etre inconsolable, et dedans sa memoire
Enfermer un ennui,
N'est-ce pas se hair pour acquerir la gloire
De bien aimer autrui?

Priam, qui vit ses fils abattus par Achille,
Denue de support
Et hors de tout espoir du salut de sa ville,
Recut du reconfort.

Francois, quand la Castille, inegale a ses armes,
Lui vola son Dauphin,
Sembla d'un si grand coup devoir jeter des larmes
Qui n'eussent point de fin.

Il les secha pourtant, et comme un autre Alcide
Contre fortune instruit,
Fit qu'a ses ennemis d'un acte si perfide
La honte fut le fruit.

Leur camp, qui la Durance avoit presque tarie
De bataillons epais,
Entendant sa constance eut peur de sa furie,
Et demanda la paix.

De moi, deja deux fois d'une pareille foudre
Je me suis vu perclus,
Et deux fois la raison m'a si bien fait resoudre
Qu'il ne m'en souvient plus.

Non qu'il ne me soit grief que la terre possede
Ce qui me fut si cher;
Mais en un accident qui n'a point de remede,
Il n'en faut point chercher.

La mort a des rigueurs a nulle autre pareilles;
On a beau la prier,
La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles,
Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, ou le chaume le couvre,
Est sujet a ses lois;
Et la garde qui veille aux barrieres du Louvre
N'en defend point nos Rois.

De murmurer contre elle et perdre patience
Il est mal a propos;
Vouloir ce que Dieu veut est la seule science
Qui nous met en repos.


CHANSON

Ils s'en vont, ces rois de ma vie,
Ces yeux ces beaux yeux
Dont l'eclat fait palir d'envie
Ceux meme des cieux.
Dieux amis de l'innocence,
Qu'ai-je fait pour meriter
Les ennuis ou cette absence
Me va precipiter?

Elle s'en va, cette merveille
Pour qui nuit et jour,
Quoi que la raison me conseille,
Je brule d'amour.
Dieux amis, etc.

En quel effroi de solitude
Assez ecarte
Mettrai-je mon inquietude
En sa liberte?
Dieux amis, etc.

Les affliges ont en leurs peines
Recours a pleurer;
Mais quand mes yeux seraient fontaines,
Que puis-je esperer?
Dieux amis, etc.


PARAPHRASE DU PSAUME CXLV

N'Esperons plus, mon ame, aux promesses du monde:
Sa lumiere est un verre, et sa faveur une onde
Que toujours quelque vent empeche de calmer.
Quittons ces vanites, lassons-nous de les suivr
C'est Dieu qui nous fait vivre,
C'est Dieu qu'il faut aimer.

En vain, pour satisfaire a nos laches envies,
Nous passons pres des rois tout le temps de nos vies
A souffrir des mepris et ployer les genoux.
Ce qu'ils peuvent n'est rien; ils sont comme nous sommes,
Veritablement hommes,
Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussiere
Que cette majeste si pompeuse et si fiere
Dont l'eclat orgueilleux etonne l'univers;
Et dans ces grands tombeaux ou leurs ames hautaines,
Font encore les vaines,
Ils sont manges des vers.

La se perdent ces noms de maitres de la terre,
D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre;
Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs,
Et tombent avec eux d'une chute commune
Tous ceux que leur fortune
Faisait leurs serviteurs.




RACINE


CHOEUR D'ESTHER

TOUT LE CHOEUR

Dieu fait triompher l'innocence;
Chantons, celebrons sa puissance.

UNE ISRAELITE

Il a vu contre nous les mechants s'assembler,
Et notre sang pret a couler;
Comme l'eau sur la terre ils allaient le repandre:
Du haut du ciel sa voix s'est fait entendre,
L'homme superbe est renverse,
Ses propres fleches l'ont perce.

UNE AUTRE

J'ai vu l'impie adore sur la terre;
Pareil au cedre il cachait dans les cieux
Son front audacieux;
Il semblait a son gre gouverner le tonnerre,
Foulait aux pieds ses ennemis vaincus:
Je n'ai fait que passer, il n'etait deja plus.

UNE AUTRE

Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!
Heureux qui des l'enfance en connait la douceur'
Jeune peuple, courez a ce maitre adorable;
Les biens les plus charmants n'ont rien de comparable

Aux torrents de plaisirs qu'il repand dans un coeur.
Que le Seigneur est bon! que son joug est aimable!
Heureux qui des l'enfance en connait la douceur!

UNE AUTRE

Il s'apaise, il pardonne;
Du coeur ingrat qui l'abandonne
Il attend le retour;
Il excuse notre faiblesse;
A nous chercher meme il s'empresse:
Pour l'enfant qu'elle a mis au jour
Une mere a moins de tendresse.
Ah! qui peut avec lui partager notre amour!

TROIS ISRAELITES

Il nous fait remporter une illustre victoire.

L'UNE DES TROIS
Il nous a revele sa gloire.

TOUTES TROIS ENSEMBLE

Ah! qui peut avec lui partager notre amour!

TOUT LE CHOEUR

Que son nom soit beni; que son nom soit chante;
Que Ton celebre ses ouvrages
Au dela des temps et des ages,
Au dela de l'eternite.




JEAN-BAPTISTE ROUSSEAU


ODE A LA FORTUNE

Fortine dont la main couronne
Les forfaits les plus inouis,
Du faux eclat qui t'environne
Serons-nous toujours eblouis?
Jusques a quand, trompeuse idole,
D'un culte honteux et frivole
Honorerons-nous tes autels?
Verra-t-on toujours tes caprices
Consacres par les sacrifices
Et par l'hommage des mortels?

Apprends que la seule sagesse
Peut faire les heros parfaits;
Qu'elle voit toute la bassesse
De ceux que ta faveur a faits;
Qu'elle n'adopte point la gloire
Qui nait d'une injuste victoire
Que le sort remporte pour eux ;
Et que, devant ses yeux stoiques,
Leurs vertus les plus heroiques
Ne sont que des crimes heureux.

Quoi! Rome et l'Italie en cendre
Me feront honorer Sylla?
J'admirerai dans Alexandre
Ce que j'abhorre en Attila?
J'appellerai vertu guerriere
Une vaillance meurtriere
Qui dans mon sang trempe ses mains;
Et je pourrai forcer ma bouche
A louer un heros farouche,
Ne pour le malheur des humains?

Quels traits me presentent vos fastes,
Impitoyables conquerants!
Des voeux outres, des projets vastes,
Des rois vaincus par des tyrans;
Des murs que la flamme ravage,
Des vainqueurs fumants de carnage,
Un peuple au fer abandonne;
Des meres pales et sanglantes,
Arrachant leurs filles tremblantes
Des bras d'un soldat effrene.

Juges insenses que nous sommes,
Nous admirons de tels exploits!
Est-ce donc le malheur des hommes
Qui fait la vertu des grands rois?
Leur gloire, feconde en ruines,
Sans le meurtre et sans les rapines
Ne saurait-elle subsister?
Images des Dieux sur la terre,
Est-ce par des coups de tonnerre
Que leur grandeur doit eclater?

Montrez-nous, guerriers magnanimes,
Votre vertu dans tout son jour,
Voyons comment vos coeurs sublimes
Du sort soutiendront le retour.
Tant que sa faveur vous seconde,
Vous etes les maitres du monde,
Votre gloire nous eblouit;
Mais au moindre revers funeste,
Le masque tombe, l'homme reste,
Et le heros s'evanouit.




PARNY


SUR LA MORT D'UNE JEUNE FILLE

Son age echappait a l'enfance;
Riante comme l'innocence,
Elle avait les traits de l'Amour.
Quelques mois, quelques jours encore,
Dans ce coeur pur et sans detour
Le sentiment allait eclore.
Mais le ciel avait au trepas
Condamne ses jeunes appas;
Au ciel elle a rendu sa vie,
Et doucement s'est endormie,
Sans murmurer contre ses lois.
Ainsi le sourire s'efface;
Ainsi meurt sans laisser de trace
Le chant d'un oiseau dans les bois.




GILBERT


ADIEUX A LA VIE

J'ai revele mon coeur au Dieu de l'innocence;
Il a vu mes pleurs penitents:
Il guerit mes remords, il m'arme de constance;
Les malheureux sont ses enfants.

Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colere:
Qu'il meure et sa gloire avec lui!
Mais a mon coeur calme le Seigneur dit en pere:
Leur haine sera ton appui.

A tes plus chers amis ils ont prete leur rage:
Tout trompe ta simplicite:
Celui que tu nourris court vendre ton image
Noire de sa mechancete.

Mais Dieu t'entend gemir; Dieu, vers qui te ramene
Un vrai remords ne des douleurs;
Dieu qui pardonne, enfin, a la nature humaine
D'etre faible dans les malheurs.

"J'eveillerai pour toi la pitie, la justice
De l'incorruptible avenir.
Eux-meme epureront, par un long artifice,
Ton honneur qu'ils pensent ternir."

Soyez beni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre
L'innocence et son noble orgueil;
Vous qui, pour proteger le repos de ma cendre,
Veillerez pres de mon cercueil!

Au banquet de la vie, infortune convive,
J'apparus un jour, et je meurs!
Je meurs, et sur ma tombe, ou lentement j'arrive,
Nul ne viendra verser des pleurs.

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,
Et vous, riant exil des bois!
Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,
Salut pour la derniere fois!

Ah! puissent voir longtemps votre beaute sacree
Tant d'amis sourds a mes adieux!
Qu'ils meurent pleins de jours, que leur mort soit pleuree.
Qu'un ami leur ferme les yeux!




ROUGET DE L'ISLE


LA MARSEILLAISE

Allons, enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrive;
Contre nous de la tyrannie
L'etendard sanglant est leve.
Entendez-vous dans ces campagnes
Mugir ces feroces soldats?
Ils viennent jusque dans nos bras
Egorger nos fils, nos compagnes!

La Marseillaise

Aux armes, citoyens! formez vos bataillons!
Marchons, marchons!
Qu'un sang impur abreuve nos sillons!

Que veut cette horde d'esclaves,
De traitres, de rois conjures?
Pour qui ces ignobles entraves,
Ces fers des longtemps prepares?
Francais, pour nous, ah! quel outrage!
Quels transports il doit exciter!
C'est nous qu'on ose mediter
De rendre a l'antique esclavage!
Aux armes, citoyens! etc.

Quoi! ces cohortes etrangeres
Feraient la loi dans nos foyers!
Quoi! ces phalanges mercenaires
Terrasseraient nos fiers guerriers!
Grand Dieu! par des mains enchainees
Nos fronts sous le joug se ploieraient!
De vils despotes deviendraient
Les maitres de nos destinees!
Aux armes, citoyens! etc.

Tremblez, tyrans, et vous, perfides,
L'opprobre de tous les partis;
Tremblez! vos projets parricides,
Vont enfin recevoir leur prix!
Tout est soldat pour vous combattre;
S'ils tombent, nos jeunes heros,
La France en produit de nouveaux
Contre vous tout prets a se battre!
Aux armes, citoyens! etc,

Francais, en guerriers magnanimes,
Portez ou retenez vos coups;
Epargnez ces tristes victimes
A regret s'armant contre nous;
Mais ces despotes sanguinaires,
Mais les complices de Bouille,
Tous ces tigres qui sans pitie
Dechirent le sein de leurs meres!
Aux armes, citoyens, etc.

Amour sacre de la patrie,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs,
Liberte, Liberte cherie,
Combats avec tes defenseurs!
Sous nos drapeaux que la Victoire
Accoure a tes males accents;
Que tes ennemis expirants
Voient ton triomphe et notre gloire
Aux armes, citoyens! etc.

Nous entrerons dans la carriere
Quand nos aines n'y seront plus;
Nous y trouveront leur poussiere
Et la trace de leurs vertus!
Bien moins jaloux de leur survivre
Que de partager leur cercueil,
Nous aurons le sublime orgueil
De les venger ou de les suivre!

Aux armes, citoyens! formez vos bataillons!
Marchons, marchons!
Qu'un sang impur abreuve nos sillons.




ANDRE CHENIER


LA JEUNE CAPTIVE

"L'epi naissant murit de la faux respecte;
Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'ete
Boit les doux presents de l'aurore;
Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,
Quoi que l'heure presente ait de trouble et d'ennui,
Je ne veux pas mourir encore.

"Qu'un stoique aux yeux secs vole embrasser la mort,
Moi je pleure et j'espere; au noir souffle du nord
Je plie et releve ma tete.
S'il est des jours amers, il en est de si doux!
Helas! quel miel jamais n'a laisse de degouts?
Quelle mer n'a point de tempete ?

"L'illusion feconde habite dans mon sein:
D'une prison sur moi les murs pesent en vain,
J'ai les ailes de l'esperance.
Echappee aux reseaux de l'oiseleur cruel,
Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel
Philomele chante et s'elance.

"Est-ce a moi de mourir? Tranquille je m'endors,
Et tranquille je veille, et ma veille aux remords
Ni mon sommeil ne sont en proie.
Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux;
Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux
Ranime presque de la joie.

"Mon beau voyage encore est si loin de sa fin!
Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin
J'ai passe les premiers a peine.
Au banquet de la vie a peine commence,
Un instant seulement mes levres ont presse
La coupe en mes mains encor pleine.

"Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson;
Et, comme le soleil, de saison en saison
Je veux achever mon annee.
Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,
Je n'ai vu luire encor que les feux du matin,
Je veux achever ma journee.

"O mort! tu peux attendre: eloigne, eloigne-toi;
Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,
Le pale desespoir devore.
Pour moi Pales encore a des asiles verts,
Les Amours des baisers, les Muses des concerts;
Je ne veux pas mourir encore."

Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
S'eveillait, ecoutant ces plaintes, cette voix,
Ces voeux d'une jeune captive;
Et secouant le joug de mes jours languissants,
Aux douces lois des vers je pliais les accents
De sa bouche aimable et naive.

Ces chants, de ma prison temoins harmonieux,
Feront a quelque amant des loisirs studieux
Chercher quelle fut cette belle:
La grace decorait son front et ses discours,
Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours
Ceux qui les passeront pres d'elle.


IAMBES

Quand au mouton belant la sombre boucherie
Ouvre ses cavernes de mort;
Pauvres chiens et moutons, toute la bergerie
Ne s'informe plus de son sort!
Les enfants qui suivaient ses ebats dans la plaine,
Les vierges aux belles couleurs
Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine
Entrelacaient rubans et fleurs,
Sans plus penser a lui, le mangent s'il est tendre.
Dans cet abime enseveli,
J'ai le meme destin. Je m'y devais attendre.
Accoutumons-nous a l'oubli.
Oublies comme moi dans cet affreux repaire,
Mille autres moutons, comme moi
Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire,
Seront servis au peuple-roi.
Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main cherie
Un mot, a travers ces barreaux,
A verse quelque baume en mon ame fletrie;
De l'or peut-etre a mes bourreaux....
Mais tout est precipice. Ils ont eu droit de vivre.
Vivez, amis, vivez contents!
En depit de Bavus, soyez lents a me suivre;
Peut-etre en de plus heureux temps
J'ai moi-meme, a l'aspect des pleurs de l'infortune,
Detourne mes regards distraits;
A mon tour, aujourd'hui, mon malheur importune;
Vivez, amis, vivez en paix.




MARIE-JOSEPH CHENIER


LE CHANT DU DEPART

UN DEPUTE DU PEUPLE.

La victoire en chantant nous ouvre la barriere;
La liberte guide nos pas,
Et du nord au midi la trompette guerriere
A sonne l'heure des combats.
Tremblez, ennemis de la France,
Rois ivres de sang et d'orgueil!
Le peuple souverain s'avance;
Tyrans, descendez au cercueil.

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