French Lyrics
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Arthur Graves Canfield >> French Lyrics
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20
Mouette a l'essor melancolique,
Elle suit la vague, ma pensee,
A tous les vents du ciel balancee
Et biaisant quand la maree oblique,
Mouette a l'essor melancolique,
Ivre de soleil
Et de liberte,
Un instinct la guide a travers cette immensite.
La brise d'ete
Sur le flot vermeil
Doucement la porte en un tiede demi-sommeil.
Parfois si tristement elle crie
Qu'elle alarme au lointain le pilote,
Puis au gre du vent se livre et flotte
Et plonge, et l'aile toute meurtrie
Revole, et puis si tristement crie!
Je ne sais pourquoi
Mon esprit amer
D'une aile inquiete et folle vole sur la mer.
Tout ce qui m'est cher,
D'une aile d'effroi,
Mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi?
Vous voila, vous voila, pauvres bonnes pensees!
L'espoir qu'il faut, regret des graces depensees,
Douceur de coeur avec severite d'esprit,
Et cette vigilance, et le calme prescrit,
Et toutes!--Mais encor lentes, bien eveillees,
Bien d'aplomb, mais encor timides, debrouillees
A peine du lourd reve et de la tiede nuit.
C'est a qui de vous va plus gauche, l'une suit
L'autre, et toutes ont peur du vaste clair de lune.
"Telles, quand des brebis sortent d'un clos. C'est une,
Puis deux, puis trois. Le reste est la, les yeux baisses,
La tete a terre, et l'air des plus embarrasses,
Faisant ce que fait leur chef de file: il s'arrete,
Elles s'arretent tour a tour, posant leur tete
Sur son dos simplement et sans savoir pourquoi."
Votre pasteur, o mes brebis, ce n'est pas moi,
C'est un meilleur, un bien meilleur, qui sait les causes,
Lui qui vous tint longtemps et si longtemps la closes
Mais qui vous delivra de sa main au temps vrai.
Suivez-le. Sa houlette est bonne.
Et je serai,
Sous sa voix toujours douce a votre ennui qui bele,
Je serai, moi, par vos chemins, son chien fidele.
ART POETIQUE
De la musique avant toute chose,
Et pour cela prefere l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pese ou qui pose.
Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque meprise:
Rien de plus cher que la chanson grise
Ou l'Indecis au Precis se joint.
C'est des beaux yeux derriere des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est par un ciel d'automne attiedi,
Le bleu fouillis des claires etoiles!
Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance!
Oh! la nuance seule fiance
Le reve au reve et la flute au cor!
Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine!
Prends l'eloquence et tords-lui son cou!
Tu feras bien, en train d'energie,
De rendre un peu la Rime assagie,
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'ou?
Oh! qui dira les torts de la Rime?
Quel enfant sourd ou quel negre fou
Nous a forge ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime?
De la musique encore et toujours!
Que ton vers soit la chose envolee
Qu'on sent qui fuit d'une ame en allee
Vers d'autres cieux a d'autres amours.
Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispe du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym....
Et tout le reste est litterature.
UN VEUF PARLE
Je vois un groupe sur la mer.
Quelle mer? Celle de mes larmes.
Mes yeux mouilles du vent amer
Dans cette nuit d'ombre et d'alarmes
Sont deux etoiles sur la mer.
C'est une toute jeune femme
Et son enfant deja tout grand
Dans une barque ou nul ne rame,
Sans mat ni voile, en plein courant,
Un jeune garcon, une femme!
En plein courant dans l'ouragan!
L'enfant se cramponne a sa mere
Qui ne sait plus ou, non plus qu'en....
Ni plus rien, et qui, folle, espere
En le courant, en l'ouragan.
Esperez en Dieu, pauvre folle,
Crois en notre Pere, petit.
La tempete qui vous desole,
Mon coeur de la-haut vous predit
Qu'elle va cesser, petit, folle!
Et paix au groupe sur la mer,
Sur cette mer de bonnes larmes!
Mes yeux joyeux dans le ciel clair,
Par cette nuit sans plus d'alarmes,
Sont deux bons anges sur la mer.
PARABOLES
Soyez beni, Seigneur, qui m'avez fait chretien
Dans ces temps de feroce ignorance et de haine;
Mais donnez-moi la force et l'audace sereine
De vous etre a toujours fidele comme un chien.
De vous etre l'agneau destine qui suit bien
Sa mere et ne sait faire au patre aucune peine,
Sentant qu'il doit sa vie encore, apres sa laine,
Au maitre, quand il veut utiliser ce bien,
Le poisson, pour servir au Fils de monogramme,
L'anon obscur qu'un jour en triomphe il monta,
Et, dans ma chair, les porcs qu'a l'abime il jeta.
Car l'animal, meilleur que l'homme et que la femme,
En ces temps de revolte et de duplicite,
Fait son humble devoir avec simplicite.
EMILE BERGERAT
PAROLES DOREES
J'ai repose mon coeur avec tranquillite
Dans l'asile tres sur d'un amour tres honnete.
La lutte que je livre au sort est simple et nette,
Et tout peut m'y trahir, non la virilite.
Je ne crois pas a ceux qui pleurent, l'ame eprise
De la sonorite de leurs propres sanglots;
Leur ideal est ne de l'ecume des mots,
Et comme je les tiens pour nuls, je les meprise.
Cerveaux que la fumee enivre et qu'elle enduit,
Ils auraient invente la douleur pour se plaindre;
Leur sterile genie est pareil au cylindre
Qui tourne a vide, grince et s'use dans la nuit.
Ils souffrent? Croient-ils donc porter dans leur besace
Le deluge final de tous les maux predits?
Sous notre ciel charge d'orages, je le dis,
Il n'est plus de douleur que la douleur d'Alsace.
J'aime les forts, les sains et les gais. Je pretends
Que la vie est docile et souffre qu'on la mene:
J'observe dans la mort un calme phenomene
Accessible a mes sens libres et consentants,
Et qui ne trouble pas ma paix interieure.
Car la forme renait plus jeune du tombeau,
Et l'ombre passagere ou s'engloutit le Beau
Couve une eternite dans l'eclipse d'une heure.
Car la couleur charmante et mere des parfums
Rayonne inextinguible au fond des nuits funebres,
Et sa splendeur de feu qu'exaltent les tenebres
Emparadise encor les univers defunts.
Femme, recorde-moi ceci. Ma force vierge
Est eclose aux ardeurs brunes de tes beaux yeux:
Quand mon coeur sera mur pour le sol des aieux,
Notre amour sera clos. N'allume pas de cierge.
Le ciel restera sourd comme il reste beant.
O femme, ecoute-moi, pas de terreur vulgaire!
Si l'ame est immortelle, il ne m'importe guere,
Et je ne me vends pas aux chances du neant.
Aucun joug n'a ploye ma nuque inasservie,
Et dans la liberte que lui fait sa vertu,
Voici l'homme qui s'est lui-meme revetu
Du pouvoir de juger et d'attester sa vie.
Hors de moi, je ne prends ni reve ni conseil;
N'arrachant du labeur que l'oeuvre et non la tache,
Je ne me promets point de recompense lache
Pour le plaisir que j'ai de combattre au soleil.
Le limon, que son oeuvre auguste divinise
Par son epouvantable enfantement, repond
Aux desirs surhumains de mon etre fecond,
Et ma chair douloureuse avec lui fraternise.
Telle est ma loi. Sans peur et sans espoir, je vais,
Apres m'etre creuse ma route comme Alcide.
Que la combinaison de mon astre decide
Si je suis l'homme bon ou bien l'homme mauvais.
Mais, quel que soit le mot qu'ajoute ma planete
Aux constellations de la fatalite,
J'ai repose mon coeur avec tranquillite
Dans l'asile tres sur d'un amour tres honnete.
FRANCOIS FABIE.
LES GENETS
Les genets, doucement balances par la brise,
Sur les vastes plateaux font une houle d'or;
Et, tandis que le patre a leur ombre s'endort,
Son troupeau va broutant cette fleur qui le grise;
Cette fleur qui le fait beler d'amour, le soir,
Quand il roule des hauts des monts vers les etables,
Et qu'il croise en chemin les grands boeufs venerables
Dont les doux beuglements appellent l'abreuvoir;
Cette fleur toute d'or, de lumiere et de soie,
En papillons posee au bout des brins menus,
Et dont les lourds parfums semblent etre venus
De la plage lointaine ou le soleil se noie....
Certes, j'aime les pres ou chantent les grillons,
Et la vigne pendue aux flancs de la colline,
Et les champs de bleuets sur qui le ble s'incline,
Comme sur des yeux bleus tombent des cheveux blonds.
Mais je prefere aux pres fleuris, aux grasses plaines,
Aux coteaux ou la vigne etend ses pampres verts,
Les sauvages sommets, de genets recouverts,
Qui font au vent d'ete de si fauves haleines.
Vous en souvenez-vous, genets de mon pays,
Des petits ecoliers aux cheveux en broussailles
Qui s'enfoncaient sous vos rameaux comme des cailles,
Troublant dans leur sommeil les lapins ebahis?
Comme l'herbe etait fraiche a l'abri de vos tiges!
Comme on s'y trouvait bien, sur le dos allonge,
Dans le thym qui faisait, aux sauges melange,
Un parfum enivrant a donner des vertiges!
Et quelle emotion lorsqu'un leger frou-frou
Annoncait la fauvette apportant la pature,
Et qu'en bien l'epiant on trouvait d'aventure
Son nid plein d'oiseaux nus et qui tendaient le cou!
Quel bonheur, quand le givre avait garni de perles
Vos fins rameaux emus qui sifflaient dans le vent,
--Precoces braconniers,--de revenir souvent,
Tendre en vos corridors des lacets pour les merles!
Mais il fallait quitter les genets et les monts,
S'en aller au college etudier des livres,
Et sentir, loin de l'air natal qui vous rend ivres,
S'engourdir ses jarrets et siffler ses poumons;
Passer de longs hivers, dans des salles bien closes,
A regarder la neige a travers les carreaux,
Eternuant dans des auteurs petits et gros,
Et soupirant apres les oiseaux et les roses;
Et, l'ete, se haussant sur son banc d'ecolier,
Comme un forcat qui, tout en ramant, tend sa chaine,
Pour sentir si le vent de la lande prochaine
Ne vous apporte pas le parfum familier....
Enfin, la grille s'ouvre! On retourne au village;
Ainsi que les genets, notre ame est tout en fleurs,
Et dans les houx remplis de vieux merles siffleurs
On sent un air plus pur qui vous souffle au visage.
On retrouve l'enfant blonde avec qui cent fois
On a jadis couru la foret et la lande;
Elle n'a point change,--sinon, qu'elle est plus grande,
Que ses yeux sont plus doux et plus douce sa voix.
--"Revenons aux genets!--Je le veux bien!" dit-elle.
Et l'on va, cote a cote, en causant, tout troubles
Par le souffle inconnu qui passe sur les bles,
Par le chant d'une source, ou par le bruit d'une aile.
Les genets ont grandi, mais pourtant moins que nous:
Il faut nous bien baisser pour passer sous leurs branches,
Encore accroche-t-elle un peu ses coiffes blanches;
Quant a moi, je me mets simplement a genoux.
Et nous parlons des temps lointains, des courses folles,
Des nids ravis ensemble, et de ces riens charmants
Qui paraissent toujours sublimes aux amants,
Parce que leurs regards soulignent leurs paroles.
Puis, le silence; puis, la rougeur des aveux,
Et le sein qui palpite, et la main qui tressaille,
Et le bras amoureux qui fait ployer la taille...
Comme le serpolet sent bon dans les cheveux!
Et les fleurs des genets nous font un diademe;
Et, par l'ecartement des branches,--haut dans l'air,--
Parait comme un point noir l'alouette au chant clair
Qui, de l'azur, benit le coin d'ombre ou l'on aime!
Ah! de ces jours lointains,--si lointains et si doux!--
De ces jours dont un seul vaut une vie entiere,
--Et de la blonde enfant qui dort au cimetiere,
Genets de mon pays, vous en souvenez-vous?
PAUL DEROULEDE
LE BON GITE
Bonne vieille, que fais-tu la?
Il fait assez chaud sans cela;
Tu peux laisser tomber la flamme.
Menage ton bois, pauvre femme,
Je suis seche, je n'ai plus froid.
Mais elle, qui ne veut m'entendre,
Jette un fagot, range la cendre:
"Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi!"
Bonne vieille, je n'ai pas faim.
Garde ton jambon et ton vin;
J'ai mange la soupe a l'etape.
Veux-tu bien m'oter cette nappe!
C'est trop bon et trop beau pour moi.
Mais elle, qui n'en veut rien faire,
Taille mon pain, remplit mon verre:
"Refais-toi, soldat, refais-toi!"
Bonne vieille, pour qui ces draps?
Par ma foi, tu n'y penses pas!
Et ton etable? Et cette paille
Ou l'on fait son lit a sa taille?
Je dormirai la comme un roi.
Mais elle qui n'en veut demordre,
Place les draps, met tout en ordre:
"Couche-toi, soldat, couche-toi!"
--Le jour vient, le depart aussi.--
Allons! adieu... Mais qu'est ceci?
Mon sac est plus lourd que la veille....
Ah! bonne hotesse, ah! chere vieille,
Pourquoi tant me gater, pourquoi?
Et la bonne vieille de dire,
Moitie larme, moitie sourire:
"J'ai mon gars soldat comme toi!"
GEORGES BOUTELLEAU
LE COLIBRI
J'ai vu passer aux pays froids
L'oiseau des iles merveilleuses,
Il allait frolant les yeuses
Et les sapins mornes des bois.
Je lui dis: "Tes plages sont belles,
Ne pleures-tu pas leur soleil?"
Il repondit: "Tout m'est vermeil:
Je porte mon ciel sur mes ailes!"
LES DEUX OMBRES
Deux ombres cheminaient dans une etroite allee,
Sous le pale couchant d'un jour mourant d'ete:
L'une avait sur la levre un sourire enchante;
L'autre etait languissante et de crepes voilee.
Elles allaient sans but, distraites du chemin,
Cherchant la solitude et son divin mystere;
Fiances eternels aussi vieux que la terre:
La Douleur et l'Amour qui se donnaient la main.
LOUIS TIERCELIN
LE PETIT ENFANT
Il jouait, le petit enfant
Aux blanches mains, aux levres roses;
Ignorant nos soucis moroses,
Il jouait, le petit enfant.
Joyeux, candide et triomphant,
Sur le tapis couvert de roses,
Il jouait, le petit enfant
Aux blanches mains, aux levres roses.
Il dormait, le petit enfant,
Dans son berceau de mousseline.
Fleur fatiguee et qui s'incline,
Il dormait, le petit enfant.
Et la mere, en le rechauffant,
Le bercait d'une voix caline,
Il dormait, le petit enfant,
Dans son berceau de mousseline.
Il vivait, le petit enfant,
Heureux et rose a faire envie,
Front radieux, ame ravie,
Il vivait, le petit enfant.
Le pere faisait pour sa vie
De beaux reves que Dieu defend.
Il vivait, le petit enfant,
Heureux et rose a faire envie.
Il est mort, le petit enfant;
Il s'est envole vers les Anges.
Avec des sourires etranges,
Il est mort, le petit enfant.
Il est mort, et le coeur se fend
Devant ce linceul fait de langes.
Il est mort, le petit enfant;
Il s'est envole vers les Anges.
GUY DE MAUPASSANT
DECOUVERTE
J'etais enfant. J'aimais les grands combats,
Les chevaliers et leur pesante armure,
Et tous les preux qui tomberent la-bas
Pour racheter la Sainte Sepulture.
L'Anglais Richard faisait battre mon coeur;
Et je l'aimais, quand apres ses conquetes
Il revenait, et que son bras vainqueur
Avait coupe tout un collier de tetes.
D'une Beaute je prenais les couleurs.
Une baguette etait mon cimeterre;
Puis je partais a la guerre des fleurs
Et des bourgeons dont je jonchais la terre.
Je possedais au vent libre des cieux
Un banc de mousse ou s'elevait mon trone.
Je meprisais les rois ambitieux,
De rameaux verts j'avais fait ma couronne.
J'etais heureux et ravi. Mais un jour
Je vis venir une jeune compagne.
J'offris mon coeur, mon royaume et ma cour,
Et les chateaux que j'avais en Espagne.
Elle s'assit sous les marronniers verts;
Or, je crus voir, tant je la trouvais belle,
Dans ses yeux bleus comme un autre univers,
Et je restai tout songeur aupres d'elle.
Pourquoi laisser mon reve et ma gaite
En regardant cette fillette blonde?
Pourquoi Colomb fut-il si tourmente
Quand, dans la brume, il entrevit un monde?
L'OISELEUR
L'Oiseleur Amour se promene
Lorsque les coteaux sont fleuris,
Fouillant les buissons et la plaine,
Et, chaque soir, sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.
Aussitot que la nuit s'efface
Il vient, tend avec soin son fil,
Jette la glu de place en place,
Puis seme, pour cacher la trace,
Quelques grains d'avoine ou de mil.
Il s'embusque au coin d'une haie,
Se couche aux berges des ruisseaux,
Glisse en rampant sous la futaie,
De crainte que son pied n'effraie
Les rapides petits oiseaux.
Sous le muguet et la pervenche
L'enfant ruse cache ses rets,
Ou bien sous l'aubepine blanche
Ou tombent, comme une avalanche,
Linots, pinsons, chardonnerets.
Parfois d'une souple baguette
D'osier vert ou de romarin
Il fait un piege, et puis il guette
Les petits oiseaux en goguette
Qui viennent becqueter son grain.
Etourdi, joyeux et rapide,
Bientot approche un oiselet:
Il regarde d'un air candide,
S'enhardit, goute au grain perfide,
Et se prend la patte au filet.
Et l'oiseleur Amour l'emmene
Loin des coteaux frais et fleuris,
Loin des buissons et de la plaine,
Et, chaque soir, sa cage est pleine
Des petits oiseaux qu'il a pris.
PAUL BOURGET
PRAETERITA
Novembre approche,--et c'est le mois charmant
Ou, devinant ton ame a ton sourire,
Je me suis pris a t'aimer vaguement,
Sans rien dire.
Novembre approche,--ah! nous etions enfants,
Mais notre amour fut beau comme un poeme.
--Comme l'on fait des reves triomphants
Lorsqu'on aime!--
Novembre approche,--assis au coin du feu,
Malade et seul, j'ai songe tout a l'heure
A cet hiver ou je croyais en Dieu,
Et je pleure.
Novembre approche,--et c'est le mois beni
Ou tous les morts ont des fleurs sur leur pierre,
Et moi je porte a mon reve fini
Sa priere.
ROMANCE
Pourquoi cet amour insense
N'est-il pas mort avec les plantes
Qui l'enivraient, l'ete passe,
D'odeurs puissantes et troublantes?
Pourquoi la bise, en emportant
La feuille jaunie et fanee,
N'en a-t-elle pas fait autant
De mon amour de l'autre annee?
Les roses des rosiers en fleur,
L'hiver les cueille et les desseche;
Mais la blanche rose du coeur,
Toujours froissee, est toujours fraiche.
Il n'en finit pas de courir,
Le ruisseau de pleurs qui l'arrose,
Et la melancolique rose
N'en finit pas de refleurir.
DEPART
Accoude sur le bastingage
Et regardant la grande mer,
Je respire ce que degage
De liberte ce gouffre amer.
Le large pli des houles bleues,
Que les vents poussent au hasard
D'au dela d'un millier de lieues,
Souleve le bateau qui part.
Sensation farouche et gaie,
Je vais donc vivre sans lien!
Ah! que mon ame est fatiguee
D'avoir tant travaille pour rien!
Vains devoirs d'un monde frivole,
Plaisirs factices de deux jours,
Coupable abus de la parole,
Efforts mesquins, tristes amours,
Tout de ce qui fut moi s'efface
A l'horizon mysterieux,
Et le libre, l'immense espace,
S'ouvre a mon coeur comme a mes yeux.
NUIT D'ETE
O nuit, o douce nuit d'ete, qui viens a nous
Parmi les foins coupes et sous la lune rose,
Tu dis aux amoureux de se mettre a genoux,
Et sur leur front brulant un souffle frais se pose!
O nuit, o douce nuit d'ete, qui fais fleurir
Les fleurs dans les gazons et les fleurs sur les branches,
Tu dis aux tendres coeurs des femmes de s'ouvrir,
Et sous les blonds tilleuls errent des formes blanches!
O nuit, o douce nuit d'ete, qui sur les mers
Alanguis le sanglot des houles convulsees,
Tu dis aux isoles de n'etre pas amers,
Et la paix de ton ciel descend dans leurs pensees.
O nuit, o douce nuit d'ete, qui parles bas,
Tes pieds se font legers et ta voix endormante,
Pour que les pauvres morts ne se reveillent pas,
Eux qui ne peuvent plus aimer, o nuit aimante!
EPILOGUE
Le Fantome est venu de la trentieme annee.
Ses doigts vont s'entr'ouvrir pour me prendre la main,
La fleur de ma jeunesse est a demi fanee,
Et l'ombre du tombeau grandit sur mon chemin.
Le Fantome me dit avec ses levres blanches:
"Qu'as-tu fait de tes jours passes, homme mortel?
Ils ne reviendront plus t'offrir leurs vertes branches.
Qu'as-tu cueilli sur eux dans la fraicheur du ciel?"
--"Fantome, j'ai vecu comme vivent les hommes:
J'ai fait un peu de bien, j'ai fait beaucoup de mal.
Il est dur aux songeurs, le siecle dont nous sommes,
Pourtant j'ai preserve mon intime Ideal!...."
Le Fantome me dit: "Ou donc est ton ouvrage?"
Et je lui montre alors mon reve interieur,
Tresor que j'ai sauve de plus d'un noir naufrage,
--Et ces vers de jeune homme ou j'ai mis tout mon coeur.
Oui! tout entier: espoirs heureux, legers caprices,
Coupables passions, spleenetique rancoeur,
J'ai tout dit a ces vers, tendres et surs complices.
Qu'ils temoignent pour moi, Fantome, et pour ce coeur!
Que leur sincerite, Juge d'en haut, te touche,
Et, comme aux temps lointains des reves nimbes d'or,
Pardonne, en ecoutant s'echapper de leur bouche,
Ce cri d'un coeur reste chretien: _Confiteor!_
ABEL HERMANT
L'ETOILE
Je suis le Chaldeen par l'Etoile conduit
Vers un but inconnu que moi-meme j'ignore.
Quelle main alluma cet astre dans ma nuit?
Quel spectacle a mes yeux revelera l'Aurore?
N'importe.--Dans la nuit je vais. La nudite
Du jour blessait mes yeux. L'ombre chaste est un voile.
Ce flambeau, qu'il m'egare ou me guide, est clarte:
L'Astre, meme trompeur, est toujours une etoile.
Trouverai-je en sa creche, ainsi que dans un nid,
Un enfant? Me mettrai-je a genoux? Que m'importe!
J'ai recueilli la myrrhe et le baume benit:
Je respire en marchant les parfums que je porte.
NOTES.
The full-face figures refer to the pages; the ordinary figures to the
lines.
N.B. For the poets before MALHERBE the spelling has not been
modernized. Some uniformity however has been sought, and accents are
used when they affect final vowels.
CHARLES D'ORLEANS.
1391-1465.
Father of Louis XII, was taken prisoner in the battle of Agincourt
(1415) and passed the next twenty-five years of his life in captivity
in England. In this long leisure he developed his talent for poetry,
and on his return to France he made his residence at Blois a
gathering-point for men of letters. His poetical work marks the
utmost attainment in outward grace of expression in the treatment of
conventional subjects in the traditional fixed forms. Now and then
there is a more personal strain which suggests the more distinctly
modern lyric of Villon; but he is not to be compared with Villon in
originality of view, sincerity of feeling, or directness and intensity
of utterance.
His works were not published till the eighteenth century. The
best edition is that of Ch. d'Hericault, 2 vols., 1874 (_Nouvelle
collection Jannet-Picard_). Charles d'Orleans also wrote some of his
poems in English; these were published by G. W. Taylor in 1827 for the
Roxburghe Club.
For reference : Constant Beaufils, _Etude sur la vie et les poesies de
Charles d'Orleans_, 1861; Robert Louis Stevenson, _Familiar Studies of
Men and Books_, London, 1882.
1. BALLADE. For the form of the _ballade_ see the remarks on
versification, p. xxi. 2. ESTOYE, _etais_; for initial _e_ from
_es_cf. _esveillera_, l. 14, _Este_, 3, 8. 3. AVOIENT, _avaient_; in
the imperfect and conditional _oi_, from an earlier _ei_, continued
to be written till late in the eighteenth century, long after in
pronunciation it had come to have the value of _ai_. 4. HAYENT,
_haissent_, _y_ is found frequently in the older spelling for _i_,
especially when final. 5. DESCONFORT= _decouragement_. 8. SI FAIS =
_ainsi je fais_; the omission of the pronoun is common at this time;
cf. 8, 24, _direz_. 10. NE ... NE = _ni ... ni_. GREVANCE = _dommage,
malheur_. 14. ACCORT,_accord_. 16. SOYENT, _soient_; here of two
syllables, in modern verse of one. 17. VEOIR, _voir_; here of two
syllables. 22. SORT, _evil spell_. 24. LOING, _loin_.
2. I. VUEIL, _veux_, HOIR = _heritier_. 5. NUL NE PORTE=_ que nul ne
porte_. 6. VENT, _vend_. MARCHIE, _marche_. 7. TIENGNE = _tienne_.
POUR TOUT VOIR = _vraiment_; _let every one consider it a certain
fact_. RONDEL. For the form of the _rondel_ see the remarks on
versification, p. xxi. II. AVECQUES, _avec_. 12. COMBIEN QUE = _bien
que_. 17. RAPAISE = _s'apaise_. 19. TANTOST = _bientot_; _s_ before
_l, m, n_, and _t_ has regularly disappeared; cf. _vestu_, 24,
_beste_, 26, _bruslerent_, 4, 26, _mesme_, 5, 22, _maistre_, 6,1.
RONDEL. _"Le Temps a laissie son manteau._" 22. LAISSIE, _laisse_. 24.
BROUDERYE, _broderie_. 25. LUYANT, _luisant_, CLER, _clair_.
3. 4. LIVREE could be used now in the body of the line only before
a word beginning with a vowel. 6. ABILLE, _habille_. RONDEL. _"Les
Fourriers d'Este sont venus._" 13. VERT, feminine ; in adjectives of
two endings of the Latin third declension, like _grandis, fortis,
viridis_, the feminine ending _e_is due to the influence of adjectives
of three endings, and does not appear in Old French. 16. PIECA =
naguere._ 18. PRENEZ PAIS, _take to the country_, i.e. depart. 19.
YVER, _hiver_.
4. RONDEL. _"Dieu! qu'il la fait bon regarder_." 2. SCAY, _sais_; _c_
was introduced into the forms of _savoir_ under the mistaken notion
that it was connected with _scire_. 4. UNG, _un_.
FRANCOIS VILLON.
1431-146-?.
Poet and vagabond, he led a most irregular life, twice narrowly
escaped hanging, and composed many of his poems in prison. He was a
poet of great originality, for he broke away from the conventional
subjects and the allegorizing habit of the Middle Ages and gave to the
lyric a personal note and a depth and poignancy of feeling that made
it almost a new creation, though he still adhered mainly to the
traditional forms and showed a special preference for the ballade.
Most of his ballades are introduced into his main works, the _Petit
Testament_ and the _Grand Testament_, which are entirely personal in
contents.
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