A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

French Lyrics

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On voyait, au travers du rideau de batiste,
Tes boucles dorer l'oreiller,
Et, sous leurs cils mi clos, feignant de sommeiller,
Tes beaux yeux de sombre amethyste.

Tu t'en venais ainsi, par ces matins si doux,
De la montagne a la grand'messe,
Dans ta grace naive et ta rose jeunesse,
Au pas rhythme de tes Hindous.

Maintenant, dans le sable aride de nos greves,
Sous les chiendents, au bruit des mers,
Tu reposes parmi les morts qui me sont chers,
O charme de mes premiers reves!


LE FRAIS MATIN DORAIT

Le frais matin dorait de sa clarte premiere
La cime des bambous et des gerofliers.
Oh! les mille chansons des oiseaux familiers
Palpitant dans l'air rose et buvant la lumiere!

Comme lui tu brillais, o ma douce lumiere,
Et tu chantais comme eux vers les cieux familiers!
A l'ombre des letchis et des gerofliers,
C'etait toi que mon coeur contemplait la premiere.

Telle, au Jardin celeste, a l'aurore premiere,
La jeune Eve, sous les divins gerofliers,
Toute pareille encore aux anges familiers,
De ses yeux innocents repandait la lumiere.

Harmonie et parfum, charme, grace, lumiere,
Toi, vers qui s'envolaient mes songes familiers,
Rayon d'or effleurant les hauts gerofliers,
O lys, qui m'as verse mon ivresse premiere!

La Vierge aux pales mains t'a prise la premiere,
Chere ame! Et j'ai vecu loin des gerofliers,
Loin des sentiers charmants a tes pas familiers,
Et loin du ciel natal ou fleurit ta lumiere.

Des siecles ont passe, dans l'ombre ou la lumiere,
Et je revois toujours mes astres familiers,
Les beaux yeux qu'autrefois, sous nos gerofliers,
Le frais matin dorait de sa clarte premiere!


TRE FILA D'ORO

La-bas, sur la mer, comme l'hirondelle,
Je voudrais m'enfuir, et plus loin encor!
Mais j'ai beau vouloir, puisque la cruelle
A lie mon coeur avec trois fils d'or.

L'un est son regard, l'autre son sourire,
Le troisieme, enfin, est sa levre en fleur;
Mais je l'aime trop, c'est un vrai martyre:
Avec trois fils d'or elle a pris mon coeur!

Oh! si je pouvais denouer ma chaine!
Adieu, pleurs, tourments; je prendrais l'essor.
Mais non, non! mieux vaut mourir a la peine
Que de vous briser, o mes trois fils d'or!




BAUDELAIRE


LE GUIGNON

Pour soulever un poids si lourd,
Sisyphe, il faudrait ton courage!
Bien qu'on ait du coeur a l'ouvrage,
L'Art est long et le Temps est court.

Loin des sepultures celebres,
Vers un cimetiere isole,
Mon coeur, comme un tambour voile,
Va battant des marches funebres.

Maint joyau dort enseveli
Dans les tenebres et l'oubli,
Bien loin des pioches et des sondes;

Mainte fleur epanche a regret
Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.


LA VIE ANTERIEURE

J'ai longtemps habite sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux,
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Melaient d'une facon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflete par mes yeux.

C'est la que j'ai vecu dans les voluptes calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout impregnes d'odeurs,

Qui me rafraichissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin etait d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.


LA BEAUTE

Que diras-tu ce soir, pauvre ame solitaire,
Que diras-tu, mon coeur, coeur autrefois fletri,
A la tres-belle, a la tres-bonne, a la tres-chere,
Dont le regard divin t'a soudain refleuri ?

--Nous mettrons notre orgueil a chanter ses louanges.
Rien ne vaut la douceur de son autorite;
Sa chair spirituelle a le parfum des Anges,
Et son oeil nous revet d'un habit de clarte.

Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantome dans l'air danse comme un flambeau.

Parfois il parle et dit: "Je suis belle, et j'ordonne
Que pour l'amour de moi vous n'aimiez que le Beau;
Je suis l'Ange gardien, la Muse et la Madone!"


LA CLOCHE FELEE

Il est amer et doux, pendant les nuits d'hiver,
D'ecouter, pres du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s'elever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume.

Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgre sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidelement sou cri religieux,
Ainsi qu'un vieux soldat qui veille sous la tente!

Moi, mon ame est felee, et lorsqu'en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l'air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie

Semble le rale epais d'un blesse qu'on oublie
Au bord d'un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d'immenses efforts!


SPLEEN

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble a tiroirs encombre de bilans,
De vers, de billets doux, de proces, de romances,
Avec de lourds cheveux roules dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.

--Je suis un cimetiere abhorre de la lune,
Ou, comme des remords, se trainent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanees,
Ou git tout un fouillis de modes surannees,
Ou les pastels plaintifs et les pales Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon debouche.

Rien n'egale en longueur les boiteuses journees,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses annees
L'Ennui, fruit de la morne incuriosite,
Prend les proportions de l'immortalite.

--Desormais tu n'es plus, o matiere vivante!
Qu'un granit entoure d'une vague epouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharau brumeux!
Un vieux sphinx ignore du monde insoucieux,
Oublie sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche!


LE GOUT DU NEANT

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,
L'Espoir, dont l'eperon attisait ton ardeur,
Ne veut plus t'enfourcher! Couche-toi sans pudeur,
Vieux cheval dont le pied a chaque obstacle butte.
Resigne-toi, mon coeur; dors ton sommeil de brute.

Esprit vaincu, fourbu! Pour toi, vieux maraudeur,
L'amour n'a plus de gout, non plus que la dispute;
Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flute!
Plaisirs, ne tentez plus un coeur sombre et boudeur!
Le Printemps adorable a perdu son odeur!

Et le Temps m'engloutit minute par minute,
Comme la neige immense un corps pris de roideur;
Je contemple d'en haut le globe en sa rondeur,
Et je n'y cherche plus l'abri d'une cahute!
Avalanche, veux-tu m'emporter dans ta chute?


LA RANCON

L'homme a, pour payer sa rancon,
Deux champs au tuf profond et riche,
Qu'il faut qu'il remue et defriche
Avec le fer de la raison;

Pour obtenir la moindre rose,
Pour extorquer quelques epis,
Des pleurs sales de son front gris
Sans cesse il faut qu'il les arrose.

L'un est l'Art, et l'autre l'Amour.
--Pour rendre le juge propice,
Lorsque de la stricte justice
Paraitra le terrible jour,

Il faudra lui montrer des granges
Pleines de moissons, et des fleurs
Dont les formes et les couleurs
Gagnent le suffrage des Anges.


LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE

Que le soleil est beau quand tout frais il se leve,
Comme une explosion nous lancant son bonjour!
--Bienheureux celui-la qui peut avec amour
Saluer son coucher plus glorieux qu'un reve!

Je me souviens! ... J'ai vu tout, fleur, source, sillon
Se pamer sous son oeil comme un coeur qui palpite....
Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,
Pour attraper au moins un oblique rayon!

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;
L'irresistible Nuit etablit son empire,
Noire, humide, funeste et pleine de frissons;

Une odeur de tombeau dans les tenebres nage,
Et mon pied peureux froisse, au bord du marecage,
Des crapauds imprevus et de froids limacons.


HYMNE

A la tres-chere, a la tres-belle
Qui remplit mon coeur de clarte,
A l'ange, a l'idole immortelle,
Salut en immortalite!

Elle se repand dans ma vie
Comme un air impregne de sel,
Et dans mon ame inassouvie
Verse le gout de l'eternel.

Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphere d'un cher reduit,
Encensoir oublie qui fume
En secret a travers la nuit,

Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec verite?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon eternite!

A la tres-bonne, a la tres-belle
Qui fait ma joie et ma sante,
A l'ange, a l'idole immortelle,
Salut en immortalite!


LA MORT DES PAUVRES

C'est la Mort qui console, helas! et qui fait vivre;
C'est le but de la vie, et c'est le seul espoir
Qui, comme un elixir, nous monte et nous enivre,
Et nous donne le coeur de marcher jusqu'au soir;

A travers la tempete, et la neige, et le givre,
C'est la clarte vibrante a notre horizon noir;
C'est l'auberge fameuse inscrite sur le livre,
Ou l'on pourra manger, et dormir, et s'asseoir;

C'est un Ange qui tient dans ses doigts magnetiques
Le sommeil et le don des reves extatiques,
Et qui refait le lit des gens pauvres et nus;

C'est la gloire des Dieux, c'est le grenier mystique,
C'est la bourse du pauvre et sa patrie antique,
C'est le portique ouvert sur les d'eux inconnus!


L'HOMME ET LA MER

Homme libre, toujours tu cheriras la mer.
La mer est ton miroir; tu contemples ton ame
Dans le deroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais a plonger au sein de ton image;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous etes tous les deux tenebreux et discrets:
Homme, nul n'a sonde le fond de tes abimes,
O mer, nul ne connait tes richesses intimes,
Tant vous etes jaloux de garder vos secrets!

Et cependant voila des siecles innombrables
Que vous vous combattez sans pitie ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs eternels, o freres implacables!




PIERRE DUPONT


LA VERONIQUE

Quand les chenes, a chaque branche,
Poussent leurs feuilles par milliers,
La veronique bleue et blanche
Seme les tapis a leurs pieds;
Sans haleine, a peine irisee,
Ce n'est qu'un reflet de couleur,
Pleur d'azur, goutte de rosee,
Que l'aurore a changee en fleur.

Douces a voir, o veroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux,
Fugitives et sympathiques
Comme des regards amoureux.

Les violettes sont moins claires,
Les bluets moins legers que vous,
Les pervenches moins ephemeres
Et les myosotis moins doux.
Le dahlia, non plus la rose,
N'imiteront point votre azur;
Votre couleur bleue est eclose
Simplement comme un amour pur.

Douces a voir, o veroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux,
Fugitives et sympathiques
Comme des regards amoureux.

Le papillon bleu vous courtise,
L'insecte vous perce le coeur,
D'un coup de bec l'oiseau vous brise,
Que guette a son tour l'oiseleur.
Reveurs, amants, race distraite,
Vous effeuilleront au hasard,
Sans voir votre grace muette.
Ni votre dernier bleu regard.

Douces a voir, o veroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux,
Fugitives et sympathiques
Comme des regards amoureux.

O fleur insaisissable et pure,
Saphir dont nul ne sait le prix,
Melez-vous a la chevelure
De celle dont je suis epris;
Pointillez dans la mousseline
De son blanc peignoir entr'ouvert,
Et dans la porcelaine fine
Ou sa levre boit le the vert.

Douces a voir, o veroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux,
Fugitives et sympathiques
Comme des regards amoureux.

Fleurs touchantes du sacrifice,
Mortes, vous savez nous guerir;
Je vois dans votre humble calice
Le ciel entier s'epanouir.
O veroniques! sous les chenes
Fleurissez pour les simples coeurs
Qui, dans les traverses humaines,
Vont cherchant les petites fleurs.

Douces a voir, o veroniques!
Vous ne durez qu'une heure ou deux,
Fugitives et sympathiques
Comme des regards amoureux.


LES BOEUFS

J'ai deux grands boeufs dans mon etable,
Deux grands boeufs blancs, marques de roux;
La charrue est en bois d'erable,
L'aiguillon en branche de houx;
C'est par leur soin qu'on voit la plaine
Verte l'hiver, jaune l'ete;
Ils gagnent dans une semaine
Plus d'argent qu'ils n'en ont coute.

S'il me fallait les vendre,
J'aimerais mieux me pendre;
J'aime Jeanne ma femme, eh bien! j'aimerais mieux
La voir mourir, que voir mourir mes boeufs.

Les voyez-vous, les belles betes,
Creuser profond et tracer droit,
Bravant la pluie et les tempetes,
Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid?
Lorsque je fais halte pour boire,
Un brouillard sort de leurs naseaux,
Et je vois sur leur corne noire
Se poser les petits oiseaux.
S'il me fallait les vendre, etc.

Ils sont forts comme un pressoir d'huile,
Ils sont doux comme des moutons.
Tous les ans on vient de la ville
Les marchander dans nos cantons,
Pour les mener aux Tuileries,
Au mardi gras devant le roi,
Et puis les vendre aux boucheries,
Je ne veux pas, ils sont a moi.
S'il me fallait les vendre, etc.

Quand notre fille sera grande,
Si le fils de notre regent
En mariage la demande,
Je lui promets tout mon argent;
Mais si pour dot il veut qu'on donne
Les grands boeufs blancs, marques de roux,
Ma fille, laissons la couronne,
Et ramenons les boeufs chez nous.
S'il me fallait les vendre, etc.


LE CHANT DES OUVRIERS

Nous, dont la lampe, le matin,
Au clairon du coq se rallume;
Nous tous, qu'un salaire incertain
Ramene avant l'aube a l'enclume;
Nous, qui des bras, des pieds, des mains.
De tout le corps, luttons sans cesse,
Sans abriter nos lendemains
Contre le froid de la vieillesse,

Aimons-nous, et quand nous pouvons
Nous unir pour boire a la ronde,
Que le canon se taise ou gronde,
Buvons
A l'independance du monde!

Nos bras, sans relache tendus,
Aux flots jaloux, au sol avare,
Ravissent leurs tresors perdus,
Ce qui nourrit et ce qui pare:
Perles, diamants et metaux,
Fruit du coteau, grain de la plaine.
Pauvres moutons, quels bons manteaux
Il se tisse avec notre laine!
Aimons-nous, etc.

Quel fruit tirons-nous des labeurs
Qui courbent nos maigres echines?
Ou vont les flots de nos sueurs?
Nous ne sommes que des machines.
Nos Babels montent jusqu'au ciel,
La terre nous doit ses merveilles!
Des qu'elles ont fini le miel
Le maitre chasse les abeilles.
Aimons-nous, etc.

Mal vetus, loges dans des trous,
Sous les combles, dans les decombres,
Nous vivons avec les hiboux
Et les larrons, amis des ombres:
Cependant notre sang vermeil
Coule impetueux dans nos veines;
Nous nous plairions au grand soleil,
Et sous les rameaux verts des chenes!
Aimons-nous, etc.

A chaque fois que par torrents
Notre sang coule sur le monde,
C'est toujours pour quelques tyrans
Que cette rosee est feconde;
Menageons-le dorenavant,
L'amour est plus fort que la guerre;
En attendant qu'un meilleur vent
Souffle du ciel ou de la terre,
Aimons-nous, etc.


LE REPOS DU SOIR

Quand le soleil se couche horizontal,
De longs rayons noyant la plaine immense,
Comme un ble mur, le ciel occidental
De pourpre vive et d'or pur se nuance;
L'ombre est plus grande et la clarte s'eteint

Sur le versant des pentes opposees;
Enfin, le ciel, par degres, se deteint,
Le jour s'efface en des brumes rosees.
Reposons-nous!
Le repos est si doux:
Que la peine sommeille
Jusqu'a l'aube vermeille!

Dans le sillon, la charrue, au repos,
Attend l'aurore et la terre mouillee;
Bergers, comptez et parquez les troupeaux,
L'oiseau s'endort dans l'epaisse feuillee.
Gaules en main, bergeres, aux doux yeux,

A l'eau des gues menent leurs betes boire;
Les laboureurs vont delier les boeufs,
Et les chevaux soufflent dans la mangeoire.
Reposons-nous! etc.

Tous les fuseaux s'arretent dans les doigts,
La lampe brille, une blanche fumee
Dans l'air du soir monte de tous les toits;
C'est du repas l'annonce accoutumee.
Les ouvriers, si las, quand vient la nuit,
Peuvent partir; enfin, la cloche sonne,
Ils vont gagner leur modeste reduit,
Ou, sur le feu, la marmite bouillonne.
Reposons-nous! etc.

La menagere et les enfants sont la,
Du chef de l'atre attendant la presence:
Des qu'il parait, un grand cri: "Le voila!"
S'eleve au ciel, comme en rejouissance;
De bons baisers, la soupe, un doigt de vin,
Rendent la joie a sa figure bleme;
Il peut dormir, ses enfants ont du pain,
Et n'a-t-il pas une femme qui l'aime?
Reposons-nous! etc.

Tous les foyers s'eteignent lentement;
Dans le lointain, une usine, qui fume,
Pousse de terre un sourd mugissement;
Les lourds marteaux expirent sur l'enclume.
Ah! detournons nos ames du vain bruit,
Et nos regards du faux eclat des villes:
Endormons-nous sous l'aile de la nuit
Qui mene en rond ses etoiles tranquilles!
Reposons-nous! etc.




ANDRE LEMOYNE


CHANSON MARINE

Nous revenions d'un long voyage,
Las de la mer et las du ciel.
Le banc d'azur du cap Frehel
Fut salue par l'equipage.

Bientot nous vimes s'elargir
Les blanches courbes de nos greves;
Puis, au cher pays de nos reves,
L'aiguille des clochers surgir.

Le son d'or des cloches normandes
Jusqu'a nous s'egrenait dans l'air;
Nous arrivions par un temps clair,
Marchant a voiles toutes grandes.

De loin nous fumes reconnus
Par un vol de mouettes blanches,
Oiseaux de Granville et d'Avranches,
Pour nous revoir expres venus.

Ils nous disaient: "L'Orne et la Vire
Savent deja votre retour,
Et c'est avant la fin du jour
Que doit mouiller votre navire.

"Vous n'avez pas compte les pleurs
Des vieux peres qui vous attendent.
Les hirondelles vous demandent,
Et tous vos pommiers sont en fleurs.

"Nous connaissons de belles filles,
Aux coiffes en moulin a vent,
Qui de vous ont parle souvent,
Au feu du soir dans vos familles.

"Et nous en avons pris conge
Pour vous rejoindre a tire-d'ailes,
Vous avez trop vecu loin d'elles,
Mais pas un seul coeur n'a change."


UN FLEUVE A LA MER

Quand un grand fleuve a fait trois ou quatre cents lieues
Et longtemps promene ses eaux vertes ou bleues
Sous le ciel refroidi de l'ancien continent,
C'est un voyageur las, qui va d'un flot trainant.

Il n'a pas vu la mer, mais il l'a pressentie.
Par de lointains reflux sa marche est ralentie.

Le desert, le silence accompagnent ses bords.
Adieu les arbres verts.--Les tristes fleurs des landes,
Bouquets de romarins et touffes de lavandes,
Lui versent les parfums qu'on repand sur les morts.

Le seul oiseau qui plane au fond du paysage,
C'est le goeland gris, c'est l'eternel presage
Apparaissant le soir qu'un fleuve doit mourir,
Quand le grand inconnu devant lui va s'ouvrir.




DE BANVILLE


LA CHANSON DE MA MIE

L'eau dans les grands lacs bleus
Endormie,
Est le miroir des cieux:
Mais j'aime mieux les yeux
De ma mie.

Pour que l'ombre parfois
Nous sourie,
Un oiseau chante au bois,
Mais j'aime mieux la voix
De ma mie.

La rosee, a la fleur
Defleurie
Rend sa vive couleur;
Mais j'aime mieux un pleur
De ma mie.

Le temps vient tout briser.
On l'oublie:
Moi, pour le mepriser,
Je ne veux qu'un baiser
De ma mie.

La rose sur le lin
Meurt fletrie;
J'aime mieux pour coussin
Les levres et le sein
De ma mie.

On change tour a tour
De folie
Moi, jusqu'au dernier jour,
Je m'en tiens a l'amour
De ma mie.


A ADOLPHE GAIFFE

Jeune homme sans melancolie,
Blond comme un soleil d'Italie,
Garde bien ta belle folie.

C'est la sagesse! Aimer le vin,
La beaute, le printemps divin,
Cela suffit. Le reste est vain.

Souris, meme au destin severe!
Et quand revient la primevere,
Jettes-en les fleurs dans ton verre.

Au corps sous la tombe enferme
Que reste-t-il? D'avoir aime
Pendant deux ou trois mois de mai.

"Cherchez les effets et les causes,"
Nous disent les reveurs moroses.
Des mots! des mots! cueillons les roses.


BALLADE DES PENDUS

Sur ses larges bras etendus,
La foret ou s'eveille Flore,
A des chapelets de pendus
Que le matin caresse et dore.
Ce bois sombre, ou le chene arbore
Des grappes de fruits inouis
Meme chez le Turc et le More,
C'est le verger du roi Louis.

Tous ces pauvres gens morfondus,
Roulant des pensers qu'on ignore,
Dans les tourbillons eperdus
Voltigent, palpitants encore.
Le soleil levant les devore.
Regardez-les, cieux eblouis,
Danser dans les feux de l'aurore.
C'est le verger du roi Louis.

Ces pendus, du diable entendus,
Appellent des pendus encore.
Tandis qu'aux cieux, d'azur tendus,
Ou semble luire un meteore,
La rosee en l'air s'evapore,
Un essaim d'oiseaux rejouis
Par dessus leur tete picore.
C'est le verger du roi Louis.

ENVOI

"Prince, il est un bois que decore
Un tas de pendus enfouis
Dans le doux feuillage sonore.
C'est le verger du roi Louis."




HENRI DE BORNIER


RESIGNONS-NOUS

C'est la saison des avalanches;
Le bois est noir, le ciel est gris,
Les corbeaux dans les plaines blanches,
Par milliers, volent a grands cris;
--Mais, bientot, de tiedes haleines
Descendront du ciel moins jaloux,
Avril consolera les plaines....
Resignons-nous.

C'est l'orage! Les eaux flamboient
En se heurtant comme des blocs,
Les dogues de l'abime aboient
Et hurlent en mordant les rocs;
--Mais demain tous ces flots rebelles
Se changeront, unis et doux,
En miroirs pour les hirondelles....
Resignons-nous.

C'est l'age ou l'homme nie et doute:
Soleils couches et reves morts!
A chaque tournant de la route,
Ou des regrets ou des remords!
--Mais, bientot, viendra la vieillesse
Elevant sur nos fronts a tous
La lampe d'or de la sagesse....
Resignons-nous.

Ceux qu'on aima sont dans les tombes,
Les yeux adores sont eteints,
Dieu rappelle a lui nos colombes
Pour rejouir des cieux lointains....
--Mais, bientot, d'une ame ravie,
Seigneur! pour les rejoindre en vous,
Nous nous enfuirons de la vie....
Resignons-nous.




ANDRE THEURIET


BRUNETTE

Voici qu'avril est de retour,
Mais le soleil n'est plus le meme,
Ni le printemps, depuis le jour
Ou j'ai perdu celle que j'aime.

Je m'en suis alle par les bois.
La foret verte etait si pleine,
Si pleine des fleurs d'autrefois,
Que j'ai senti grandir ma peine.

J'ai dit aux beaux muguets tremblants:
"N'avez-vous pas vu ma mignonne?"
J'ai dit aux ramiers roucoulants:
"N'avez-vous rencontre personne?"

Mais les ramiers sont restes sourds,
Et sourde aussi la fleur nouvelle,
Et depuis je cherche toujours
Le chemin qu'a pris l'infidele.

L'amour, l'amour qu'on aime tant,
Est comme une montagne haute:
On la monte tout en chantant,
On pleure en descendant la cote.


LES PAYSANS

Le village s'eveille a la corne du patre;
Les betes et les gens sortent de leur logis;
On les voit cheminer sous le brouillard bleuatre,
Dans le frisson mouille des alisiers rougis.

Par les sentiers pierreux et les branches froissees,
Coupeurs de bois, faucheurs de foin, semeurs de ble,
Ruminant lourdement de confuses pensees,
Marchent, le front courbe sur leur poitrail hale.

La besogne des champs est rude et solitaire:
De la blancheur de l'aube a l'obscure lueur
Du soir tombant, il faut se battre avec la terre
Et laisser sur chaque herbe un peu de sa sueur.

Paysans, race antique a la glebe asservie,
Le soleil cuit vos reins, le froid tord vos genoux;
Pourtant si l'on pouvait recommencer sa vie,
Freres, je voudrais naitre et grandir parmi vous!

Petri de votre sang, nourri dans un village,
Respirant des odeurs d'etable et de fenil,
Et courant en plein air comme un poulain sauvage
Qui se vautre et bondit dans les pousses d'avril,

J'aurais en moi peut-etre alors assez de seve,
Assez de flamme au coeur et d'energie au corps,
Pour chanter dignement le monde qui s'eleve
Et dont vous serez, vous, les maitres durs et forts.

Car votre regne arrive, o paysans de France;
Le penseur voit monter vos flots lointains encor,
Comme on voit s'eveiller dans une plaine immense
L'ondulation calme et lente des bles d'or.

L'avenir est a vous, car vous vivez sans cesse
Accouples a la terre, et sur son large sein
Vous buvez a longs traits la force et la jeunesse
Dans un embrassement laborieux et sain.

Le vieux monde se meurt. Dans les plus nobles veines
Le sang bleu des aieux, appauvri, s'est fige,
Et le prestige ancien des races souveraines
Comme un soleil mourant dans l'ombre s'est plonge.

L'avenir est a vous!... Nos ecoles sont pleines
De fils de vignerons et de fils de fermiers;
Trempes dans l'air des bois et les eaux des fontaines,
Ils sont partout en nombre et partout les premiers.

Salut! Vous arrivez, nous partons. Vos fenetres
S'ouvrent sur le plein jour, les notres sur la nuit....
Ne nous imitez pas, quand vous serez nos maitres,
Demeurez dans vos champs ou le grand soleil luit....

Ne reniez jamais vos humbles origines,
Soyez comme le chene au tronc noueux et dur;
Dans la terre enfoncez vaillamment vos racines,
Tandis que vos rameaux verdissent dans l'azur.

Car la terre qui fait murir les moissons blondes
Et dans les pampres verts monter l'ame du vin,
La terre est la nourrice aux mamelles fecondes;
Celui-la seul est fort qui boit son lait divin.

Pour avoir dedaigne ses rudes embrassades,
Nous n'avons plus aux mains qu'un lambeau de pouvoir,
Et, pareils desormais a des enfants malades,
Ayant peur d'obeir et n'osant plus vouloir,

Nous attendons, tremblants et la mine effaree,
L'heure ou vous tous, bouviers, laboureurs, vignerons,
Vous epandrez partout comme un ras de maree
Vos flots victorieux ou nous disparaitrons.

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