A / B / C / D / E /  F / G / H / I / J /  K / L / M / N / O /  P / R / S / T / UV / W / Z

Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

French Lyrics

A >> Arthur Graves Canfield >> French Lyrics

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Et vous criez alors que la vie est un songe;
Vous vous tordez les bras comme en vous reveillant,
Et vous trouvez facheux qu'un si joyeux mensonge
Ne dure qu'un instant.

Malheureux! cet instant ou votre ame engourdie
A secoue les fers qu'elle traine ici-bas,
Ce fugitif instant fut toute votre vie;
Ne le regrettez pas!

Regrettez la torpeur qui vous cloue a la terre,
Vos agitations dans la fange et le sang,
Vos nuits sans esperance et vos jours sans lumiere:
C'est la qu'est le neant!

Mais que vous revient-il de vos froides doctrines?
Que demandent au ciel ces regrets inconstants
Que vous allez semant sur vos propres ruines,
A chaque pas du Temps?

Oui, sans doute, tout meurt; ce monde est un grand reve,
Et le peu de bonheur qui nous vient en chemin,
Nous n'avons pas plus tot ce roseau dans la main,
Que le vent nous l'enleve.

Oui, les premiers baisers, oui,les premiers serments
Que deux etres mortels echangerent sur terre,
Ce fut au pied d'un arbre effeuille par les vents,
Sur un roc en poussiere.

Ils prirent a temoin de leur joie ephemere
Un ciel toujours voile qui change a tout moment,
Et des astres sans nom que leur propre lumiere
Devore incessamment.

Tout mourait autour d'eux, l'oiseau dans le feuillage,
La fleur entre leurs mains, l'insecte sous leurs pies,
La source dessechee ou vacillait l'image
De leurs traits oublies;

Et sut tous ces debris joignant leurs mains d'argile.
Etourdis des eclairs d'un instant de plaisir,
Ils croyaient echapper a cet Etre immobile
Qui regarde mourir!

--Insenses! dit le sage.--Heureux! dit le poete.
Et quels tristes amours as-tu donc dans le coeur,
Si le bruit du torrent te trouble et t'inquiete,
Si le vent te fait peur?

J'ai vu sous le soleil tomber bien d'autres choses
Que les feuilles des bois et l'ecume des eaux,
Bien d'autres s'en aller que le parfum des roses
Et le chant des oiseaux.

Mes yeux ont contemple des objets plus funebres
Que Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus affreux que le toast a l'ange des tenebres
Porte par Romeo.

J'ai vu ma seule amie, a jamais la plus chere,
Devenue elle-meme un sepulcre blanchi,
Une tombe vivante ou flottait la poussiere
De notre mort cheri,

De notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous avions sur nos coeurs si doucement berce!
C'etait plus qu'une vie, helas! c'etait un monde
Qui s'etait efface!

Oui, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je l'ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses levres s'entr'ouvraient, et c'etait un sourire,
Et c'etait une voix;

Mais non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces regards adores dans les miens confondus;
Mon coeur, encor plein d'elle, errait sur son visage,
Et ne la trouvait plus.

Et pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle;
Entourer de mes bras ce sein vide et glace,
Et j'aurais pu crier: "Qu'as-tu fait, infidele,
Qu'as-tu fait du passe?"

Mais non : il me semblait qu'une femme inconnue
Avait pris par hasard cette voix et ces yeux;
Et je laissai passer cette froide statue
En regardant les cieux.

Eh bien! ce fut sans doute une horrible misere
Que ce riant adieu d'un etre inanime.
Eh bien! qu'importe encore? O nature! o ma mere!
En ai-je moins aime?

La foudre maintenant peut tomber sur ma tete;
Jamais ce souvenir ne peut m'etre arrache!
Comme le matelot brise par la tempete,
Je m'y tiens attache.

Je ne veux rien savoir, ni si les champs fleurissent,
Ni ce qu'il adviendra du simulacre humain,
Ni si ces vastes cieux eclaireront demain
Ce qu'ils ensevelissent.

Je me dis seulement: "A cette heure, en ce lieu,
Un jour, je fus aime, j'aimais, elle etait belle.
J'enfouis ce tresor dans mon ame immortelle,
Et je l'emporte a Dieu!"


SUR UNE MORTE

Elle etait belle si la Nuit
Qui dort dans la sombre chapelle
Ou Michel-Ange a fait son lit,
Immobile peut etre belle.

Elle etait bonne, s'il suffit
Qu'en passant la main s'ouvre et donne,
Sans que Dieu n'ait rien vu, rien dit:
Si l'or sans pitie fait l'aumone.

Elle pensait, si le vain bruit
D'une voix douce et cadencee,
Comme le ruisseau qui gemit,
Peut faire croire a la pensee.

Elle priait, si deux beaux yeux,
Tantot s'attachant a la terre,
Tantot se levant vers les cieux,
Peuvent s'appeler la priere.

Elle aurait souri, si la fleur
Qui ne s'est point epanouie,
Pouvait s'ouvrir a la fraicheur
Du vent qui passe et qui l'oublie.

Elle aurait pleure, si sa main,
Sur son coeur froidement posee,
Eut jamais dans l'argile humain
Senti la celeste rosee.

Elle aurait aime, si l'orgueil,
Pareil a la lampe inutile
Qu'on allume pres d'un cercueil,
N'eut veille sur son coeur sterile.

Elle est morte et n'a point vecu.
Elle faisait semblant de vivre.
De ses mains est tombe le livre
Dans lequel elle n'a rien lu.


A M. VICTOR HUGO

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
Pour savoir, apres tout, ce qu'on aime le mieux:
Les bonbons, l'Ocean, le jeu, l'azur des cieux,
Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.

Il faut fouler aux pieds des fleurs a peine ecloses;
Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d'adieux.
Puis le coeur s'apercoit qu'il est devenu vieux,
Et l'effet qui s'en va nous decouvre les causes.

De ces biens passagers que l'on goute a demi,
Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
On se brouille, on se fuit.--Qu'un hasard nous rassemble,

On s'approche, on sourit, la main touche la main,
Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
Que l'ame est immortelle, et qu'hier c'est demain.


ADIEU, SUZON

CHANSON.

Adieu, Suzon, ma rose blonde,
Qui m'as aime pendant huit jours:
Les plus courts plaisirs de ce monde
Souvent font les meilleurs amours.
Sais-je, au moment ou je te quitte,
Ou m'entraine mon astre errant?
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours courant.

Paf ! C'est mon cheval qu'on apprete.
Enfant, que ne puis-je en chemin
Emporter ta mauvaise tete,
Qui m'a tout embaume la main!
Tu souris, petite hypocrite,
Comme la nymphe, en t'en fuyant.
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Tout en riant.

Que de tristesse et que de charmes,
Tendre enfant, dans tes doux adieux!
Tout m'enivre, jusqu'a tes larmes,
Lorsque ton coeur est dans tes yeux.
A vivre ton regard m'invite;
Il me consolerait mourant.
Je m'en vais pourtant, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Tout en pleurant.

Que notre amour, si tu m'oublies,
Suzon, dure encore un moment;
Comme un bouquet de fleurs palies,
Cache-le dans ton sein charmant!
Adieu! le bonheur reste au gite;
Le souvenir part avec moi :
Je l'emporterai, ma petite,
Bien loin, bien vite,
Toujours a toi.




THEOPHILE GAUTIER


VOYAGE

Il me faut du nouveau n'en fut-il
plus au monde.
JEAN DE LA FONTAINE.

Jam mens praetrepidans avet vagari,
Jam laeti studio pedes vigescunt.
CATULLE.

Au travers de la vitre blanche
Le soleil rit, et sur les murs
Tracant de grands angles, epanche
Ses rayons splendides et purs:
Par un si beau temps, a la ville
Rester parmi la foule vile!
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, sellez vos chevaux.

Au sein d'un nuage de poudre,
Par un galop precipite,
Aussi promptement que la foudre
Comme il est doux d'etre emporte!
Le sable bruit sous la roue,
Le vent autour de vous se joue;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Les arbres qui bordent la route
Paraissent fuir rapidement,
Leur forme obscure dont l'oeil doute
Ne se dessine qu'un moment;
Le ciel, tel qu'une banderole,
Par-dessus les bois roule et vole;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Chaumieres, fermes isolees,
Vieux chateaux que flanque une tour,
Monts arides, fraiches vallees,
Forets se suivent tour a tour;
Parfois au milieu d'une brume,
Un ruisseau dont la chute ecume;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Puis, une hirondelle qui passe,
Rasant la greve au sable d'or,
Puis, semes dans un large espace,
Les moutons d'un berger qui dort;
De grandes perspectives bleues,
Larges et longues de vingt lieues;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Une montagne: l'on enraye,
Au bord du rapide penchant
D'un mont dont la hauteur effraye:
Les chevaux glissent en marchant,
L'essieu grince, le pave fume,
Et la roue un instant s'allume;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

La cote raide est descendue.
Recouverte de sable fin,
La route, a chaque instant perdue,
S'etend comme un ruban sans fin.
Que cette plaine est monotone!
On dirait un matin d'automne;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Une ville d'un aspect sombre,
Avec ses tours et ses clochers
Qui montent dans les airs, sans nombre,
Comme des mats ou des rochers,
Ou mille lumieres flamboient
Au sein des ombres qui la noient;
Je veux voir des sites nouveaux:
Postillons, pressez vos chevaux.

Mais ils sont las, et leurs narines,
Rouges de sang, soufflent du feu;
L'ecume inonde leurs poitrines,
Il faut nous arreter un peu.
Halte! demain, plus vite encore,
Aussitot que poindra l'aurore,
Postillons, pressez vos chevaux,
Je veux voir des sites nouveaux.


TOMBEE DU JOUR

Le jour tombait, une pale nuee
Du haut du ciel laissait nonchalamment,
Dans l'eau du fleuve a peine remuee,
Tremper les plis de son blanc vetement.

La nuit parut, la nuit morne et sereine,
Portant le deuil de son frere le jour,
Et chaque etoile a son trone de reine,
En habits d'or s'en vint faire sa cour.

On entendait pleurer les tourterelles,
Et les enfants rever dans leurs berceaux;
C'etait dans l'air comme un frolement d'ailes,
Comme le bruit d'invisibles oiseaux.

Le ciel parlait a voix basse a la terre;
Comme au vieux temps ils parlaient en hebreu,
Et repetaient un acte de mystere;
Je n'y compris qu'un seul mot: c'etait Dieu.


NOEL

Le ciel est noir, la terre est blanche;
--Cloches, carillonnez gaiment!--
Jesus est ne;--la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnees
Pour preserver l'enfant du froid;
Rien que les toiles d'araignees
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraiche,
Ce cher petit enfant Jesus,
Et pour rechauffer dans sa creche
L'ane et le boeuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s'ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers: "_Noel! Noel!_"


FUMEE

La-bas, sous les arbres s'abrite
Une chaumiere au dos bossu;
Le toit penche, le mur s'effrite,
Le seuil de la porte est moussu.

La fenetre, un volet la bouche;
Mais du taudis, comme au temps froid
La tiede baleine d'une bouche,
La respiration se voit.

Un tire-bouchon de fumee,
Tournant son mince filet bleu,
De l'ame en ce bouge enfermee
Porte des nouvelles a Dieu.


CHOC DE CAVALIERS

Hier il m'a semble (sans doute j'etais ivre)
Voir sur l'arche d'un pont un choc de cavaliers
Tout cuirasses de fer, tout imbriques de cuivre,
Et caparaconnes de harnois singuliers.

Des dragons accroupis grommelaient sur leurs casques,
Des Meduses d'airain ouvraient leurs yeux hagards
Dans leurs grands boucliers aux ornements fantasques,
Et des noeuds de serpents ecaillaient leurs brassards.

Par moment, du rebord de l'arcade geante,
Un cavalier blesse perdant son point d'appui,
Un cheval effare tombait dans l'eau beante,
Gueule de crocodile entr'ouverte sous lui.

C'etait vous, mes desirs, c'etait vous, mes pensees,
Qui cherchiez a forcer le passage du pont,
Et vos corps tout meurtris sous leurs armes faussees,
Dorment ensevelis dans le gouffre profond.


LES COLOMBES

Sur le coteau, la-bas ou sont les tombes,
Un beau palmier, comme un panache vert,
Dresse sa tete, ou le soir les colombes
Viennent nicher et se mettre a couvert.

Mais le matin elles quittent les branches:
Comme un collier qui s'egrene, on les voit
S'eparpiller dans l'air bleu, toutes blanches,
Et se poser plus loin sur quelque toit.

Mon ame est l'arbre ou tous les soirs, comme elles,
De blancs essaims de folles visions
Tombent des cieux, en palpitant des ailes,
Pour s'envoler des les premiers rayons.


LAMENTO

Ma belle amie est morte,
Je pleurerai toujours;
Sous la tombe elle emporte
Mon ame et mes amours.
Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour, s'en aller sur la mer!

La blanche creature
Est couchee au cercueil.
Comme dans la nature
Tout me parait en deuil!
La colombe oubliee
Pleure et songe a l'absent;
Mon ame pleure et sent
Qu'elle est depareillee.
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour, s'en aller sur la mer!

Sur moi la nuit immense
S'etend comme un linceul;
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah! comme elle etait belle
Et comme je l'aimais!
Je n'aimerai jamais
Une femme autant qu'elle;
Que mon sort est amer!
Ah! sans amour, s'en aller sur la mer!


TRISTESSE

Avril est de retour.
La premiere des roses,
De ses levres mi-closes,
Rit au premier beau jour;
La terre bienheureuse
S'ouvre et s'epanouit;
Tout aime, tout jouit.
Helas! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse.

Les buveurs en gaite,
Dans leurs chansons vermeilles,
Celebrent sous les treilles
Le vin et la beaute;
La musique joyeuse,
Avec leur rire clair,
S'eparpille dans l'air.
Helas! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse.

En deshabilles blancs,
Les jeunes demoiselles
S'en vont sous les tonnelles
Au bras de leurs galants;
La lune langoureuse
Argente leurs baisers
Longuement appuyes.
Helas! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse.

Moi, je n'aime plus rien,
Ni l'homme ni la femme,
Ni mon corps, ni mon ame,
Pas meme mon vieux chien.
Allez dire qu'on creuse,
Sous le pale gazon,
Une fosse sans nom.
Helas! j'ai dans le coeur une tristesse affreuse.


LA CARAVANE

La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans qui n'a pas de retour,
S'en va trainant le pied, brulee aux feux du jour,
Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde.

Le grand lion rugit et la tempete gronde;
A l'horizon fuyard, ni minaret, ni tour;
La seule ombre qu'on ait, c'est l'ombre du vautour,
Qui traverse le ciel cherchant sa proie immonde.

L'on avance toujours, et voici que l'on voit
Quelque chose de vert que l'on se montre au doigt:
C'est un bois de cypres, seme de blanches pierres.

Dieu, pour vous reposer, dans le desert du temps,
Comme des oasis, a mis les cimetieres:
Couchez-vous et dormez, voyageurs haletants.


PLAINTIVE TOURTERELLE

Plaintive tourterelle,
Qui roucoules toujours,
Veux-tu preter ton aile
Pour servir mes amours?

Comme toi, pauvre amante,
Bien loin de mon ramier,
Je pleure et me lamente
Sans pouvoir l'oublier.

Vole et que ton pied rose
Sur l'arbre ou sur la tour
Jamais ne se repose,
Car je languis d'amour.

Evite, o ma colombe,
La halte des palmiers
Et tous les toits ou tombe
La neige des ramiers.

Va droit sur sa fenetre,
Pres du palais du roi,
Donne-lui cette lettre
Et deux baisers pour moi.

Puis sur mon sein en flamme,
Qui ne peut s'apaiser,
Reviens, avec son ame,
Reviens te reposer,


PREMIER SOURIRE DU PRINTEMPS

Tandis qu'a leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgre les averses,
Prepare en secret le printemps.

Pour les petites paquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisele des boutons d'or.

Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer a frimas l'amandier.

La nature au lit se repose;
Lui, descend au jardin desert
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.

Tout en composant des solfeges,
Qu'aux merles il siffle a mi-voix,
Il seme aux pres les perce-neiges
Et les violettes aux bois.

Sur le cresson de la fontaine
Ou le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachee il egrene
Les grelots d'argent du muguet.

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.

Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son regne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tete,
Il dit: "Printemps, tu peux venir!"



L'AVEUGLE

Un aveugle au coin d'une borne,
Hagard comme au jour un hibou,
Sur son flageolet, d'un air morne,
Tatonne en se trompant de trou,

Et joue un ancien vaudeville
Qu'il fausse imperturbablement;
Son chien le conduit par la ville,
Spectre diurne a l'oeil dormant.

Les jours sur lui passent sans luire;
Sombre, il entend le monde obscur
Et la vie invisible bruire
Comme un torrent derriere un mur!

Dieu sait quelles chimeres noires
Hantent cet opaque cerveau!
Et quels illisibles grimoires
L'idee ecrit en ce caveau!

Ainsi dans les puits de Venise,
Un prisonnier a demi fou,
Pendant sa nuit qui s'eternise,
Grave des mots avec un clou.

Mais peut-etre aux heures funebres,
Quand la mort souffle le flambeau,
L'ame habituee aux tenebres
Y verra clair dans le tombeau!


LA SOURCE

Tout pres du lac filtre une source,
Entre deux pierres, dans un coin;
Allegrement l'eau prend sa course
Comme pour s'en aller bien loin.

Elle murmure: Oh! quelle joie!
Sous la terre il faisait si noir!
Maintenant ma rive verdoie,
Le ciel se mire a mon miroir.

Les myosotis aux fleurs bleues
Me disent : Ne m'oubliez pas!
Les libellules de leurs queues
M'egratignent dans leurs ebats:

A ma coupe l'oiseau s'abreuve;
Qui sait?--Apres quelques detours
Peut-etre deviendrai-je un fleuve
Baignant vallons, rochers et tours.

Je broderai de mon ecume
Ponts de pierre, quais de granit,
Emportant le steamer qui fume
A l'Ocean ou tout finit.

Ainsi la jeune source jase,
Formant cent projets d'avenir;
Comme l'eau qui bout dans un vase,
Son flot ne peut se contenir;

Mais le berceau touche a la tombe;
Le geant futur meurt petit;
Nee a peine, la source tombe
Dans le grand lac qui l'engloutit


LE MERLE

Un oiseau siffle dans les branches
Et sautille gai, plein d'espoir,
Sur les herbes, de givre blanches,
En bottes jaunes, en frac noir.

C'est un merle, chanteur credule,
Ignorant du calendrier,
Qui reve soleil, et module
L'hymne d'avril en fevrier.

Pourtant il vente, il pleut a verse;
L'Arve jaunit le Rhone bleu,
Et le salon, tendu de perse,
Tient tous ses hotes pres du feu.

Les monts sur l'epaule ont l'hermine,
Comme des magistrats siegeant;
Leur blanc tribunal examine
Un cas d'hiver se prolongeant.

Lustrant son aile qu'il essuie,
L'oiseau persiste en sa chanson,
Malgre neige, brouillard et pluie,
Il croit a la jeune saison.

Il gronde l'aube paresseuse
De rester au lit si longtemps
Et, gourmandant la fleur frileuse,
Met en demeure le printemps.

Il voit le jour derriere l'ombre;
Tel un croyant, dans le saint lieu,
L'autel desert, sous la nef sombre,
Avec sa foi voit toujours Dieu.

A la nature il se confie,
Car son instinct pressent la loi.
Qui rit de ta philosophie,
Beau merle, est moins sage que toi!


L'ART

Oui, l'oeuvre sort plus belle
D'une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, email.

Point de contraintes fausses!
Mais que, pour marcher droit,
Tu chausses,
Muse, un cothurne etroit.

Fi du rhythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend!

Statuaire, repousse
L'argile que petrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l'esprit.

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur;

Emprunte a Syracuse
Son bronze ou fermement
S'accuse
Le trait fier et charmant;

D'une main delicate
Poursuis dans un filon
D'agate
Le profil d'Apollon.

Peintre, fuis l'aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frele
Au four de l'emailleur.

Fais les sirenes bleues,
Tordant de cent facons
Leurs queues,
Les monstres des blasons;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jesus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe.--L'art robuste
Seul a l'eternite.
Le buste
Survit a la cite.

Et la medaille austere
Que trouve un laboureur
Sous terre
Revele un empereur.

Les dieux eux-memes meurent.
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisele;
Que ton reve flottant
Se scelle
Dans le bloc resistant!



VICTOR DE LAPRADE


A UN GRAND ARBRE

L'esprit calme des dieux habite dans les plantes.
Heureux est le grand arbre aux feuillages epais;
Dans son corps large et sain la seve coule en paix,
Mais le sang se consume en nos veines brulantes.

A la croupe du mont tu sieges comme un roi;
Sur ce trone abrite, je t'aime et je t'envie;
Je voudrais echanger ton etre avec ma vie,
Et me dresser tranquille et sage comme toi.

Le vent n'effleure pas le sol ou tu m'accueilles;
L'orage y descendrait sans pouvoir t'ebranler;
Sur tes plus hauts rameaux, que seuls on voit trembler,
Comme une eau lente, a peine il fait gemir tes feuilles.

L'aube, un instant, les touche avec son doigt vermeil;
Sur tes obscurs reseaux semant sa lueur blanche,
La lune aux pieds d'argent descend de branche en branche,
Et midi baigne en plein ton front dans le soleil.

L'eternelle Cybele embrasse tes pieds fermes;
Les secrets de son sein, tu les sens, tu les vois;
Au commun reservoir en silence tu bois,
Enlace dans ces flancs ou dorment tous les germes.

Salut, toi qu'en naissant l'homme aurait adore!
Notre age, qui se rue aux luttes convulsives,
Te voyant immobile, a doute que tu vives,
Et ne reconnait plus en toi d'hote sacre,

Ah! moi je sens qu'une ame est la sous ton ecorce:
Tu n'as pas nos transports et nos desirs de feu,
Mais tu reves, profond et serein comme un dieu;
Ton immobilite repose sur ta force.

Salut! Un charme agit et s'echange entre nous.
Arbre, je suis peu fier de l'humaine nature;
Un esprit revetu d'ecorce et de verdure
Me semble aussi puissant que le notre, et plus doux.

Verse a flots sur mon front ton ombre qui m'apaise;
Puisse mon sang dormir et mon corps s'affaisser;
Que j'existe un moment sans vouloir ni penser:
La volonte me trouble, et la raison me pese.

Je souffre du desir, orage interieur;
Mais tu ne connais, toi, ni l'espoir, ni le doute,
Et tu n'as su jamais ce que le plaisir coute;
Tu ne l'achetes pas au prix de la douleur.

Quand un beau jour commence et quand le mal fait treve,
Les promesses du ciel ne valent pas l'oubli;
Dieu meme ne peut rien sur le temps accompli;
Nul songe n'est si doux qu'un long sommeil sans reve.

Le chene a le repos, l'homme a la liberte....
Que ne puis-je en ce lieu prendre avec toi racines!
Obeir, sans penser, a des forces divines,
C'est etre dieu soi-meme, et c'est ta volupte.

Verse, ah! verse dans moi tes fraicheurs printanieres,
Les bruits melodieux des essaims et des nids,
Et le frissonnement des songes infinis;
Pour ta serenite je t'aime entre nos freres.

Si j'avais, comme toi, tout un mont pour soutien,
Si mes deux pieds trempaient dans la source des choses,
Si l'Aurore humectait mes cheveux de ses roses,
Si mon coeur recelait toute la paix du tien;

Si j'etais un grand chene avec ta seve pure,
Pour tous, ainsi que toi, bon, riche, hospitalier,
J'abriterais l'abeille et l'oiseau familier
Qui sur ton front touffu repandent le murmure;

Mes feuilles verseraient l'oubli sacre du mal,
Le sommeil, a mes pieds, monterait de la mousse
Et la viendraient tous ceux que la cite repousse
Ecouter ce silence ou parle l'ideal.

Nourri par la nature, au destin resignee,
Des esprits qu'elle aspire et qui la font rever,
Sans trembler devant lui, comme sans le braver,
Du bucheron divin j'attendrais la cognee.


BEATRIX

Gloire au coeur temeraire epris de l'impossible,
Qui marche, dans l'amour, au sentier des douleurs,
Et fuit tout vain plaisir au vulgaire accessible.

Heureux qui sur sa route, invite par les fleurs,
Passe et n'ecarte point leur feuillage ou leurs voiles,
Et, vers l'azur lointain tournant ses yeux en pleurs,

Tend ses bras insenses pour cueillir les etoiles.
Une beaute, cachee aux desirs trop humains,
Sourit a ses regards, sur d'invisibles toiles;

Vers ses ambitions lui frayant des chemins,
Un ange le soutient sur des brises propices;
Les astres bien aimes s'approchent de ses mains;

Les lis du paradis lui pretent leurs calices.
Beatrix ouvre un monde a qui la prend pour soeur,
A qui lutte et se dompte et souffre avec delices,

Et goute a s'immoler sa plus chere douceur;
Et, joyeux, s'elancant au dela du visible,
De la porte du ciel s'approche en ravisseur.
Gloire au coeur temeraire epris de l'impossible!


LE DROIT D'AINESSE

Te voila fort et grand garcon,
Tu vas entrer dans la jeunesse;
Recois ma derniere lecon:
Apprends quel est ton droit d'ainesse.

Pour le connaitre en sa rigueur
Tu n'as pas besoin d'un gros livre;
Ce droit est ecrit dans ton coeur....
Ton coeur! c'est la loi qu'il faut suivre,

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