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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Les grandes dames

A >> Arsene Houssaye >> Les grandes dames

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Brummel, d'Orsay et les autres dilettantes de la haute vie, ont
toujours vecu en grands seigneurs sans qu'on sache bien avec quoi; un
homme d'esprit disait sans vergogne: "Il faut laisser aux imbeciles le
privilege d'avoir pour les autres une maison, une femme, un cheval
et le reste." Le braconnier prend plus de gibier que le chasseur. Le
trouve-t-il moins bon? Greuze qui fut cocu comme Moliere, disait que
les hommes a la mode sont les braconniers du mariage. Ne sont-ils pas
les braconniers de la vie? Octave de Parisis etait plutot un comte
d'Orsay qu'un Brummel. Il vivait sur sa fortune passee et sur sa
fortune future Il menait toujours grand train, mais ca et la dans le
train des autres. Comment avait-il encore une ecurie de course et des
equipages de chasse? Parce que le jeune marquis de Saint-Aymour lui
avait dit un matin, au retour de Chine: "Veux-tu que nous fassions
courir et que nous chassions ensemble?--Oui. Mais je n'ai pas d'argent
comptant.--Qu'a cela ne tienne, nous compterons plus tard." En
attendant le compte, Octave partageait la moitie des prix gagnes.
C'etait de toute justice. Et naturellement, pour tout le monde,
c'etait Octave qui faisait courir et qui donnait les parties de
chasse.

Il savait bien qu'il payerait tout cela un jour. Il ne doutait pas
qu'un nouveau voyage a Lima ne le sauvat de toutes ces belles miseres.

Parisis n'avait pas de train de maison. On a trouve chez un duc de
ses amis, le jour de l'inventaire, quatre volumes depareilles, un
_La Rochefoucault_, le _Dictionnaire des Actrices de Paris_, le
_Parfait-Ecuyer_ et la _Clef des Songes_. Dans la cave d'Octave, on
eut a peine trouve quatre cents bouteilles depareillees. Il n'avait
pas a s'inquieter de sa cuisine, il etait de tous les diners
officiels: a peine avait-il un jour par semaine a donner aux femmes.
Mais comment s'etait-il bati un hotel avec le luxe des sculptures, des
fresques et des marbres? C'est encore bien simple. Il avait eu le
bon esprit--car il n'etait pas si desordonne qu'on pourrait le
croire--d'acheter un terrain avenue de l'Imperatrice, vendu par
expropriation, a peu pres la moitie de sa valeur. Cela se voit tous
les jours, selon les bruits de la guerre ou les sinistres de la
Bourse. Son notaire n'avait pas eu de peine, une fois l'hotel
commence, a lui trouver par un emprunt de quoi payer le terrain et la
moitie de l'hotel. L'hotel termine, comme il avait grande mine, un
second emprunt etait venu a point. Paris est le pays de la confiance.
Le credit cree des prodiges; si on ne travaillait a Paris qu'avec de
l'argent comptant, on ne ferait pas grand'chose: or, on y remue des
mondes.

Mais comment Octave se payait-il le luxe des femmes? Avec des bouquets
de violettes, des bouquets de lilas blanc, des bouquets de roses-the.
Le plus souvent par des cartes de visite; les courtisanes s'estimaient
bien payees par sa carte de visite quasi royale: n'etait-il pas le
prince des amoureux? Il n'avait pas de scrupule en se rappelant qu'il
avait debute dans la vie par bruler plus d'un million sur l'autel de
madame Venus.

Depuis trois ans, le duc de Parisis avait vecu sans un sou vaillant,
mais sans se priver de rien, tout en restant un des rois de Paris.
Seulement il ne jouait plus guere, parce qu'il ne voulait pas etre
frappe de decheance en dette d'honneur.

On commencait par dire qu'il devait a Dieu et a diable, mais ses amis
attribuaient ses dettes a son insouciance de toutes choses; selon eux,
s'il devait, c'est qu'il oubliait de payer.

Toutefois, il commencait a s'inquieter de cet abime qui s'appelle
la dette privee et qu'il franchissait tous les jours au risque d'y
tomber. C'etait danser sur le volcan: mais on ne faisait plus autre
chose au dix-neuvieme-siecle.

Le duc de Parisis avait bien pense ca et la a quelque beau mariage;
mais plus le mariage est beau, moins la femme est belle. Et puis, il
aimait peut-etre trop les femmes pour aimer une seule femme.




XXIII

UNE REAPPARITION A L'OPERA


Parisis etait a l'Opera avec ses amis, Miravault et Monjoyeux. On
jouait _le Prophete_. On ecoutait religieusement le ballet des
Patineurs.

Miravault, qui vivait a la minute, regardait sans cesse a sa montre;
Monjoyeux jetait ca et la une saillie; Parisis ne regardait pas
l'heure et n'ecoutait pas les beaux mots. Il avait vu apparaitre, dans
une loge de galerie, la jeune fille qu'il avait rencontree au bois de
Boulogne.

C'etait bien elle, c'etait la meme beaute, hautaine et decidee, que
temperaient la grace innee et la douceur du sourire. C'etait bien ce
meme profil idealement sculpte, c'etait la meme chevelure abondante,
retenue dans sa revolte, blonde comme les gerbes mures. Elle etait ce
soir-la plus belle encore: ses bras admirablement modeles, ses epaules
de marbre, son cou ferme et ondoyant a la fois, sa main qui agitait
l'eventail avec la simplicite du haut style, achevaient de seduire
Octave. "Voyez donc la-bas, dit-il a ses amis.--Eh bien! dit
Miravault, c'est la marquise de Fontaneilles, la duchesse d'Hauteroche
et une jeune fille que je ne connais pas. Mais tu n'as pas le temps de
t'attarder a ces curiosites-la: vois donc l'heure qu'il est. Tu sais
bien qu'on nous attend chez M. Million."

Octave devait emprunter cent mille francs pour une dette de Courses.

Il se tourna vers Monjoyeux: "Puisque vous restez dans ma loge, il
faut que vous me sachiez le nom de cette belle creature. J'espere
revenir d'ailleurs avant la fin du spectacle.--Allons! allons! dit
Miravault, te voila encore avec ta soif de conquetes. Il n'y a rien a
faire par la, mon cher; tu sais bien que la marquise est toute a Dieu,
que la princesse est une ambitieuse qui veut mettre un ecu d'or de
plus sur son blason. Quant a ce qui est de la jeune fille, qui me
semble ce soir faire son entree a l'Opera, tu dois bien juger au
premier coup d'oeil qu'elle est aussi imprenable que le quadrilatere
rhenan. Tout ce que tu pourras faire, ce sera de passer a cote. Viens
vite, M. Million n'attend pas."

Octave serra la main de Monjoyeux. "Vous me direz le nom de cette
jeune fille."

Il etait bien loin de penser que dans la meme loge il voyait du meme
coup trois cartes de son dernier jeu: la Dame de Carreau, la Dame de
Trefle et la Dame de Coeur.

Si l'homme etait toujours dans la coulisse, prendrait-il grand interet
au spectacle?

Octave donc avait prie Monjoyeux du savoir le nom de la jeune fille
qui etait avec la marquise de Fontaneilles dans la loge de Mme
d'Hauteroche. Mais elles etaient parties a la fin du quatrieme acte.
"Ca n'est pas de ma faute, dit Monjoyeux a Parisis, quand il reparut
vers la fin du spectacle: j'ai fait tout au monde pour les retenir;
j'ai dit a l'ouvreuse qu'un duc, un vrai duc, un comte des croisades,
demandait a etre presente a la marquise de Fontaneilles.--Est-ce que
vous avez dit mon nom?--Non.--Mais vous ne me dites pas le nom de la
jeune fille.

--Elle s'appelle Genevieve.--Genevieve de quoi!--Ah! je me suis arrete
au bapteme."

Octave etait furieux. "Genevieve! reprit-il, je connais ce nom-la.
Ah! pardieu, c'est le nom de ma cousine; mais celle-la est une vraie
Parisienne, tandis que ma cousine est une provinciale. Il faudra
pourtant que j'aille voir Mlle de La Chastaigneraye."

Octave tarda d'un jour; le lendemain, quand il se presenta au petit
hotel de sa tante, elle etait partie.

En rentrant chez lui, il trouva parmi ses lettres du matin ce billet
qu'il n'avait pas lu:

Je pars tres mecontente, monsieur mon neveu. J'ai tente deux fois
de vous trouver pour vous dire adieu. Mais monsieur le duc ne
recevait pas. Je ne vous pardonnerai que si vous me faites la
grace de venir a Champauvert. Puisque vous avez peur de votre
cousine, je vous promets que vous ne la rencontrerez pas. Elle a,
d'ailleurs, le plus grand desir de ne jamais vous voir.

Sur ce, monsieur le Duc, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte
et digne garde.

REGINE DE PARISIS.

"Eh bien! dit Octave, j'irai chasser cette annee a Parisis."




XXIV

POURQUOI M. D'ANTRAYGUES DEMANDA A SA FEMME SI ELLE GANTAIT L'OCTAVE


Octave ne voulait pas--selon son habitude--revoir madame d'Antraygues.
On sait qu'il n'aimait pas se retourner vers le passe. Il aimait plus
les aventures que l'amour, ou plutot il aimait l'amour des aventures
plus encore que les aventures de l'amour.

Mais, trois jours apres, a un bal de la princesse ----, il vit entrer
la comtesse dans toute la souverainete de la jeunesse, de la beaute et
des diamants. Tout le monde s'ecria: "Comme elle est belle!" Faut-il
le dire, la comtesse etait plus belle apres sa chute que dans la
souverainete de sa vertu. L'orage fait eclore le lendemain mille
fleurs inattendues. La vertu a son despotisme, ses contraintes, ses
chaines inflexibles. La passion, quand elle ne rougit pas, quand
elle ne pleure pas, quand elle ne s'humilie pas, a je ne sais quelle
desinvolture irresistible. Chez les femmes du monde, elle s'abrite
encore sous des airs de vertu qui la font plus penetrante, comme
ces adorables voluptueuses de Prudhon, dont les yeux sont a la fois
baignes d'innocence et d'amour. La fable a fait Venus plus belle que
Junon.

M. de Parisis fut pris soudainement d'un vif _revenez-y_, comme disait
Mme de Sevigne. Il alla saluer Alice et lui dit qu'il mourait d'amour.
"Je vous connais, repondit-elle, aussi je ne crois pas un mot de ce
que vous dites."

Tout autre qu'Octave eut ete rejete bien loin, mais il eut bientot
prouve a Mme d'Antraygues qu'il ne l'avait pas revue parce qu'il
n'avait voulu revoir Violette. "Vous savez qu'elle vous attend
toujours?--Oui, mais c'est fini. Le coup de revolver a tue mon
caprice. Je n'aime pas ces betises-la. Comment voulez-vous revoir un
sein de femme qui a ete ensanglante?--Mais ce sang coulait pour vous,
monstre charmant!--Plus un mot de Violette. Qu'avez-vous fait de
votre belle jeunesse depuis notre derniere rencontre?--Je vous ai
hai.--C'est toujours par la que l'amour commence.--Que l'amour finit."

On jasait autour d'Octave et d'Alice. Quoiqu'il ne mit pas beaucoup
d'orgueil dans ses aventures galantes, il ressentait bien quelque
plaisir a etre accuse de cette conquete.

Comme Mme d'Antraygues semblait decidee a ne plus le recevoir ni a ne
plus revenir chez lui, il la menaca d'un air degage de se consoler
avec une de ses amies qui etait surnommee la consolatrice des affliges.
Elle aima mieux, tout bien considere, qu'il vint se consoler chez elle,
ou il restait encore un tete-a-tete en porcelaine de Sevres--pate
tendre.

Le lendemain, a minuit, quand M. de Parisis se retrouva chez la
comtesse, il lui fallut vaincre sa rebellion par toute la comedie du
sentiment. "Ah! vous voila a mes pieds. Je vous attendais la. Eh bien,
restez-y, mon cher duc.--Toujours, dit Octave en joignant les mains
sur les genoux de la comtesse.--Je ne puis m'empecher de penser, en
vous voyant ainsi en adoration plus ou moins railleuse, que dans les
pieces de theatre, c'est toujours a ce moment critique que le mari
frappe a la porte. Prenez garde a vous!"

La comtesse avait a peine acheve ces mots, qu'on frappa trois coups a
la porte. Les amoureux ne raillerent plus. Octave fut moins de temps
a se remettre debout qu'il n'en avait pris pour s'agenouiller. Il
interrogea Mme d'Antraygues du regard. Mais, pour toute reponse, elle
appuya le doigt sur ses levres agitees.

On frappa encore trois fois. "Ce n'est pas mon mari, dit la comtesse,
car Gladiateur n'a pas aboye." Modele des petits chiens de garde: elle
ne l'avait appris a aboyer que contre son mari. Qui donc a dit que le
chien etait l'ami de l'homme?

"C'est egal, reprit Alice, jetez-vous sur le balcon!" M. de Parisis
obeit. Il ouvrit la fenetre en homme experimente. Jamais un voleur
ou un amant n'avait fait moins de bruit. "N'a-t-on pas frappe?
demandait-elle en jouant l'innocence.--Comment donc! je ne fais que
cela! cria d'Antraygues."

Mme d'Antraygues ferma la fenetre, deploya les rideaux et poussa un
fauteuil dans l'embrasure, tout en disant: "Ah! c'est vous, mon ami!
Est-ce que vous voulez que je vous ouvre la porte?--Vous le voyez
bien, puisque je frappe depuis une heure!--Dites-moi ce que
vous voulez?--Je n'ai pas l'habitude de parler par le trou de la
serrure.--Puisque vous avez la cle?"

Mme d'Antraygues etait bien sure de la lui avoir prise.

Le comte frappa encore trois coups; mais cette fois avec le pied,
comme signe de haute impatience. "En verite, mon cher, vous n'aimez
pas a parlementer. Je me couchais; je remets ma robe. Faut-il faire
la conversation? Faut-il vous lire le journal du soir? On annonce que
Mlle Patti se marie et que Mlle Brohan divorce.--Pardieu, le monde est
un malade qui n'est jamais tourne du bon cote."

La comtesse ouvrit. "Vous faites des maximes comme votre cousin La
Rochefoucauld? Je ne parle pas de l'ancien.--Merci, ma chere; tous
les La Rochefoucauld sont bons, meme les mauvais. Vous ne savez pas
pourquoi je viens vers vous a une pareille heure?--C'est vrai, vous ne
rentrez jamais que vers quatre ou cinq heures du matin. Or il est a
peine minuit.--J'ai jure de ne plus jouer et je vous supplie de me
lier les mains. J'ai joue ce soir pour la derniere fois. J'ai perdu
pres de sept cents louis; mais, en verite, c'est une bonne fortune,
puisque je ne jouerai plus. Ah! ma chere, je vais redevenir un homme
de l'age d'or."

Et le comte ajouta, comme se parlant a lui-meme: "Quand j'aurai paye."

Mme d'Antraygues avait entendu. "Quoi! vous n'avez pas paye?--Oh! cela
se fait toutes les nuits. On joue sur parole. C'est la derniere parole
d'honneur.--Si vous n'avez pas paye, je suppose que ce n'est pas faute
d'argent." Le comte prit dans la poche de son gilet une piece de cent
sous a l'effigie de Louis XVIII, trouee en trois endroits, un vrai
fetiche qui naturellement lui avait toujours porte malheur, "Faute.
d'argent madame! Mais voyez donc cet objet d'art!--C'est tout ce
qu'il vous reste?--Oui, ma chere, avec notre piece de mariage.--Nous
parlerons de notre piece de mariage demain, monsieur. En attendant il
faut payer."

Et Mme d'Antraygues, qui ne comptait pas encore, ouvrit son
chiffonnier. "Vous etes aimable, lui dit son mari, de considerer les
billets de banque comme des chiffons. Comment faites-vous pour
en avoir toujours?--C'est que je ne joue pas. Combien vous
faut-il?--Donnez-moi seulement dix billets roses.--Cinquante mille
francs, dit-elle, les voila. Mais vous voyez ce qui me reste.--Vous
etes un ange, Alice."

M. d'Antraygues se pencha pour baiser la main de sa femme. Il ne donna
pas le baiser. Il avait vu sur le tapis un gant qui ne lui parut pas
un gant de femme.

Il le ramassa. "Madame, voulez-vous essayer ce gant-la?" Il tenta
violemment de ganter sa femme. "Je m'en doutais, lui dit-il, vous
gantez maintenant l'Octave." Et il rit de son mot pour dissimuler sa
colere.

Il se demanda serieusement s'il allait tuer Alice. "Adieu, madame,
je vais payer pour l'honneur de la maison que vous protegez si bien.
Demain, je vous rendrai cet argent avec les interets!" Il partit.
Toute cette scene n'avait pas dure une demi-minute. Alice courut a l'a
fenetre. "Nous sommes perdus! Il a ramasse un de vos gants, il a
joue sur le mot, il m'a demande si je gantais l'Octave.--Soyez sans
inquietude, dit Octave, mes chevaux m'attendent rue de Courcelles, je
serai au cercle avant lui." Et il baisa la main que M. d'Antraygues
n'avait pas voulu baiser. "Octave! Octave!--Adieu! adieu!"

Quand M. d'Antraygues arriva au cercle, il trouva M. de Parisis a une
table de baccarat. Il lui tendit son gant au bout de sa canne. "C'est
votre, gant, n'est-ce pas? Oui, dit Octave, si vous n'etes pas
content, gardez-le."

Et s'adressant a tous les spectateurs. "Messieurs, nous nous battrons
demain, M. d'Antraygues m'a trouve chez sa maitresse. Pas un mot, car
si Mme d'Antraygues le savait!"

Le duel fut terrible. Tous ceux qui tiennent une epee s'en souviennent
encore. On se battit dans le parc d'une villa du bois de Boulogne. M.
d'Antraygues, blesse a la main, ne voulut pas cesser le combat. Il dit
que c'etait un duel a mort. Il atteignit Octave a l'epaule, il vit
jaillir le sang, mais ce ne fut pas assez. Il eut beau faire, Octave
se contenta de se defendre par de simples oppositions de quarte et de
six. A chaque nouvelle attaque, il se retrouvait a la meme parade.
Mais M. d'Antraygues lui perca la main. Octave, toujours souriant,
Octave reprit son epee de la main gauche et desarma deux fois son
adversaire.

Les temoins se jeterent entre eux et declarerent que l'honneur etait
satisfait. Mais on recommenca. D'Antraygues se battit en furieux. Il
finit par se jeter sur l'epee savante de Parisis. Le sang jaillit de
la poitrine. Il tomba en rugissant et en agitant son epee. "Eh bien!
dit-il aux temoins avec un rire horrible, l'honneur est-il satisfait?"

L'honneur n'eut ete satisfait que si M. d'Antraygues avait force
l'amant de devenir le mari. Le duel n'etait pas fini: Il recommenca
entre M. d'Antraygues et sa femme.

Quand le comte fut porte chez lui, il demanda la comtesse. On lui
apprit qu'elle etait partie a l'heure meme du duel et on lui remit
cette lettre:

_Adieu, monsieur, je vais en Irlande chez ma grand'mere. Nous n'avons
plus besoin de separation de corps, puisqu'elle est faite depuis
longtemps, ni de separation de biens, puisque vous les avec manges.
Adieu._

Alice.

Avec la meme encre elle avait ecrit a Octave:

Decidement, votre amour porte malheur. Vous avez presque tue
Violette et vous m'avez exilee.

Je ne vous dis pas ou je vais, parce que vous n'y viendriez pas.

Alice.




XXV

UNE AMBASSADE GALANTE D'OCTAVE DE PARISIS


Le duc de Parisis s'ennuyait bien un peu ca et la, comme Rodolphe
de Villeroy, d'attendre trop longtemps sa nomination de ministre en
Allemagne, quoiqu'il n'aimat pas beaucoup la rive droite du Rhin.

En attendant, il ne se consumait pas dans l'orgueil trompe. Un de ses
amis, Guillaume de Montbrun, devait epouser Mlle Lucile de Courthuys
a la chapelle du Senat. Les lettres de faire part s'imprimaient. Le
lendemain, la nouvelle devait eclater par tous les mondes de Paris.

Comme Octave, Guillaume etait de tous les mondes, du meilleur et
du plus mauvais. Il alla des l'aurore reveiller le duc de Parisis:
"Pourquoi viens-tu si matin?--Parce qu'il n'y a pas un jour a perdre.
Tu m'as promis d'etre toujours la pour mes affaires d'honneur; voila
pourquoi je te reveille.--Parle; un duel?--Oui, un duel a mort: je me
marie."

Octave se souleva sur l'oreiller. "Pourquoi cette mauvaise
plaisanterie?--Parce que j'ai trouve une jeune fille adorable; je ne
te l'ai pas dit plus tot, connaissant tes allures, tu me l'aurais
enlevee. Et pourtant celle-la, Dieu merci! n'est pas une de celles qui
se laissent enlever. Tu ne t'imagines pas ce que c'est: un ange!--Un
ange avec cinquante mille livres as rente? Le pain est si rare a ta
table.--Ne parlons pas d'argent.--Tu as raison; on n'en a jamais et on
en a toujours.--Mon cher, je ne viens pas pour te parler de la fiancee
ni de la dot.--A propos, que va dire cette belle dame que j'ai
entrevue une fois sous les ombrages de la Valliere, a Versailles?
Elle etait bien voilee, mais je crois qu'elle etait bien jolie. Elle
marchait comme une reine, et si depuis elle a boite comme Mlle de la
Valliere, c'est qu'elle avait pris une entorse en se promenant avec
toi.--C'est precisement pour te parler d'elle que je suis venu
ici.--Alors, c'est elle qu'il faut que j'enleve?--Je ne vais pas
jusqu'a te demander un tel service. Mais enfin, tu t'es si souvent
montre mon ami....--Explique-toi, sphinx."

Guillaume de Montbrun se renversa dans un fauteuil. "Voila. Je suis
adore comme tous ceux qui vont se marier; une femme ne vous aime bien
que quand une autre femme est la, c'est de toute antiquite.--Ah! mon
ami, comme tu es malheureux si tu es aime!--Ne m'en parle pas, tu
sais cela, toi. Eh bien, mon cher ministre plenipotentiaire en
disponibilite, il faut que tu ailles bravement chez la dame en
question, et que tu lui arraches son amour du coeur.--C'est simple
comme tout. Je vais a elle et je lui dis: "Madame, n'aimez plus mon
ami Guillaume, parce qu'il a confie les destinees de son coeur a une
autre femme." Et quand j'aurai parle, la dame dira: "Je ne l'aime
plus." Cela se fait toujours comme cela. Tu as donc peur qu'elle
poignarde la blanche epousee?--J'ai peur de tout; j'ai peur surtout
qu'elle ne se poignarde elle-meme. Quand une femme tombe dans la
betise d'aimer, elle est capable de toutes les autres.--Alors tu feras
bien mieux de ne lui rien dire du tout jusqu'a la lune de miel.--Ah!
s'il n'y avait pas de journaux! Mais, un de ces jours, elle va lire la
nouvelle et tomber chez moi comme une avalanche, ou comme un coup de
tonnerre. L'amour qui commence est une bien belle chose, mais l'amour
qui finit....--Voila pourquoi tu recommences.--Ne rions pas, c'est
serieux."

Guillaume de Montbrun se leva et porta a Octave, toujours couche,
une enveloppe cachetee a ses armes, renfermant une cinquantaine de
lettres, autant de pales souvenirs deja scelles dans le tombeau.
"Voila ses lettres. Tu iras chez elle, tu la trouveras a deux heures;
son mari ne rentre qu'apres la Bourse....--Ou, naturellement, il est
heureux. Comment s'appelle-t-il, ou comment s'appelle-t-elle?--Elle
s'appelle Mme ... Mme de Revilly.--En verite! Je ne l'ai jamais vue,
mais on m'a dit qu'elle etait charmante.--Elle ne va jamais dans le
monde. Elle s'etait emprisonnee dans notre amour avec une fenetre
ouverte sur le ciel. Tu sais, les femmes arrangent tout cela: Dieu et
le diable.--Parce que les femmes sont l'oeuvre de Dieu et du diable.
Donc je porterai ces lettres a Mme de Revilly. Et tout naturellement
tu lui demanderas les miennes. Tu comprends que si le lendemain des
noces il lui prenait fantaisie de les envoyer a ma femme, Lucile ne me
pardonnerait pas d'avoir ecrit a une autre avec une pareille eloquence
de coeur."

Parisis regarda son ami Montbrun avec admiration. "Je te trouve beau,
en verite, de t'inquieter de pareilles billevesees. Ta femme te
pardonnera d'autant plus que ton eloquence sera plus belle. Mais
enfin, tu veux briser, brisons."

Octave regarda la pendule. "Dix heures. Je n'aurai pas le temps de
m'occuper de moi aujourd'hui. Un duel a arranger, ce qui veut dire
qu'il faut qu'il ait lieu; une visite au ministre pour lui prouver que
je n'ai pas de rancune; ta chaine a briser--o esclave blanc qui en a
deja une autre;--un nouveau cheval a montrer, je veux dire a monter au
Bois; un diner officiel et un bal a l'ambassade d'Autriche. Enfin, a
minuit je pourrai commencer ma journee.--Je sais bien que tu es comme
le sage, et que, pour toi, chaque grain qui tombe du sablier est un
grain d'or."

M. de Montbrun s'etait leve: "Adieu, je compte sur toi, Tu sais tout
ce qu'il faut dire a la dame. Parle-lui de mon chagrin et de mes
dettes.--Oui, on se marie pour echapper a une maitresse qui vous
ennuie et on met cela sur le dos de ses creanciers. Sois tranquille,
je suis un excellent avocat pour ces causes desesperees. Sais-tu
pourquoi?--Parce que cela t'amuse.--Parce que c'est une etude de
femme.--Et parce qu'on n'apprend a connaitre la femme qu'apres avoir
mis le scalpel dans tous les coeurs.--Oh! je ne suis pas si medecin
que cela.--Je reviendrai chercher la reponse a six heures.--Oui, tu
me trouveras; c'est l'heure ou je m'habillerai pour aller diner."

Les deux amis se serrerent la main. "N'oublie pas qu'elle demeure
boulevard Haussmann. Te rappelles-tu, quand l'autre jour tu m'as
demande du feu pour allumer ton cigare? c'etait sous sa porte
cochere. Que Dieu te conduise!--Sois heureux, va cueillir des fleurs
d'oranger."

A deux heures, M. de Parisis descendait a pied le boulevard Haussmann,
tout a sa mission; comme un avocat qui va plaider une mauvaise cause,
il cherchait de bons arguments. "C'est la que demeure la belle,
dit-il tout a coup en regardant un petit hotel d'architecture trop
composite.--Mme de Revilly? demanda-t-il."

Sur un signe affirmatif, il monta l'escalier. Le concierge avait fait
deux fois retentir le timbre pour annoncer un homme. Il ne sonnait
qu'une fois pour une femme. Octave vit, par le grand air de
l'escalier, qu'il etait dans une bonne maison.

Un valet de chambre lui demanda son nom et revint tout de suite pour
lui dire d'entrer. Il fut quelque peu desappointe en voyant deux dames
au lieu d'une. Il tombait mal, on recevait ce jour-la. Toute femme
du monde qu'elle etait, la maitresse de la maison ne put masquer une
vraie surprise en voyant entrer M. de Parisis. "Je ne m'attendais pas
a cette gracieuse visite, dit-elle avec un sourire charmant.--Madame,
j'etais dans mon tort. Il a fallu toute une histoire, que je vous
dirai, pour m'autoriser a me presenter ainsi devant vous, sans avoir
eu l'honneur de vous etes presente."

La visiteuse comprit qu'on ne dirait pas l'histoire devant elle. Apres
de profondes reflexions sur la pluie et le beau temps, elle se leva et
sortit sans qu'on fit de bien grands efforts pour la retenir.

M. de Parisis avait deja etudie la dame du logis. Elle etait fort
jolie, dans tout l'epanouissement de la seconde jeunesse, qui est
peut-etre la vraie. "Madame, reprit Octave avec gravite, pouvez-vous
m'accorder quelques instants et pouvez-vous m'ouvrir une parenthese de
cinq minutes dans vos trois heures de reception?--Je ne reponds de
rien, dit la dame, plus surprise encore qu'a l'arrivee d'Octave,
seulement vous avez toutes chances de n'etre pas trouble, car les
vraies visites ne commencent qu'a quatre heures, mais surtout au
retour du Bois. Parlez, monsieur.--Eh bien! madame, je vais droit
au but. Avez-vous lu des romans? Avez-vous ete a la comedie? Oui,
n'est-ce pas? Eh bien! figurez-vous que vous etes une heroine de roman
ou un personnage de comedie. La vie! qu'est-ce autre chose, surtout la
vie du coeur?--Je ne comprends pas bien.--Il me semble que je vous ai
vue a cette premiere representation d'une comedie ou il y a une jeune
fille qu'on aime et une jeune femme qu'on a aimee. Le comedien est
tres amoureux de la jeune femme, mais il va epouser la jeune fille;
c'est la loi du monde."

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