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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

Les grandes dames

A >> Arsene Houssaye >> Les grandes dames

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Le marquis rugit. Il avait entendu cette parole--ce cri d'un coeur
eperdu: "Ah! si tu savais comme je t'aime!"--"Elle ne m'a jamais dit
cela!" dit-il en etouffant sa voix.

Il regardait toujours. Octave commenca a deshabiller Genevieve avec
sa grace accoutumee. Et, tout en la deshabillant, il lui baisait les
cheveux, il lui baisait le cou, il lui baisait les bras.

M. de Fontaneilles voyait mal, mais il voyait trop.

Et quand la robe tomba, Octave prit doucement Genevieve et la porta
sur le lit avec les paroles les plus amoureuses. "Il me semble qu'il y
a un siecle!" dit-elle.

Parisis alla fermer la porte ouverte sur le salon. Cette fois, le
marquis ne vit plus rien et n'entendit plus rien. Sa curiosite febrile
le clouait encore a la porte condamnee.

Tout a coup, il arracha cette porte. Il saisit le poignard,--il
avait le revolver dans sa poche,--il se precipita dans la chambre a
coucher.--Tout aveugle et tout eperdu il frappa.

Octave se defendit mal, parce qu'il fut surpris se deshabillant.

Quoique la femme fut presque nue, elle se jeta hors du lit pour se
precipiter au-devant du furieux, comme pour preserver Parisis. En
se jetant hors du lit, elle renversa le candelabre, les bougies
s'eteignirent.

Mais M. de Fontaneilles, voyant une forme blanche devant lui: "Toi
aussi, je te tuerai!" dit-il en rugissant comme une bete fauve.

Il avait deja blesse Parisis.

Avant que Parisis se fut jete entre l'assassin et sa femme, l'assassin
eut le temps de frapper. Et il frappa au coeur.

Genevieve poussa un cri: "Octave, je meurs! je meurs!"

M. de Fontaneilles n'etait pas assouvi; pendant que sa femme
entrainait Parisis qui l'avait prise dans ses bras, le marquis frappa
encore.

Parisis cria avec l'effroi de toutes les douleurs: "Genevieve!
Genevieve!"

Frappe au cote, ne s'inquietant que de sa femme, qui tombait a moitie
morte dans ses bras, il n'avait pas reconnu M. de Fontaneilles, il ne
comprenait rien a cet assassinat.

A ce cri d'Octave appelant Genevieve, M. de Fontaneilles eut peur.
Deja quand Genevieve avait dit:--_Octave, je meurs!_--, il avait pense
que sa femme parlait a son amant en deguisant sa voix.

Il courut dans sa chambre et revint avec une bougie.

Il vit la duchesse de Parisis mourante, mais s'agitant encore sous les
baisers et sous les cris d'Octave.

Alors il s'enfuit epouvante, laissant tomber son poignard.

Octave venait de tout voir et de tout deviner. Tout ensanglante, il
ramassa le poignard et courut sur le marquis.

Il etait effrayant: le visage livide, les traits contractes, les yeux
injectes de stries sanglantes.

Quand le marquis vit accourir Octave, il saisit un des deux pistolets
qui etaient sur la table. "N'avancez pas, lui cria-t-il, n'avancez pas
ou je vous tue."

Octave avanca, et, frappant au bras M. de Fontaneilles, il detourna le
coup.

La balle alla trouer une boiserie et briser bruyamment un miroir dans
la chambre voisine.

C'etait la chambre de Mme de Fontaneilles.

Elle ne savait pas que Genevieve fut venue a Ems non plus que M. de
Fontaneilles.

A cette heure meme, la marquise, aveuglee par son amour, se demandait
pourquoi Octave ne lui faisait pas signe, puisqu'il avait ete convenu
qu'a minuit, pendant le premier sommeil de Mlle de Joyeuse, elle
irait, de son pied leger, continuer sa causerie amoureuse avec
Parisis.

En attendant, elle se mirait et se trouvait belle. Elle avait les deux
battements de coeur de celles qui attendent.

Au coup de pistolet, mille eclats de la glace volerent sur elle. Elle
fut stoique et ne cria pas.

Il restait assez du miroir pour lui montrer qu'elle etait defiguree.

Mlle de Joyeuse, presque endormie dans une chambre a cote, accourut,
poussa un cri et recula avec effroi devant ce spectacle. "Ma soeur!
ma soeur!--Chut! prions Dieu, Clotilde," dit Mme de Fontaneilles en
tombant evanouie.

Mlle de Joyeuse essuyait de ses mains et de ses levres le sang qui
perlait sur la figure de sa soeur.

La femme adultere etait frappee a jamais dans ce qu'elle aimait le
plus: sa beaute!




XXXIV

LE JUGEMENT DE DIEU


Parisis avait renverse le marquis de Fontaneilles; il avait frappe
deux fois deja... "C'est une lachete! dit le marquis, je suis
desarme.--Une lachete! dit Octave avec amertume; est-ce que ma femme
etait armee?--Vous savez bien que je croyais frapper ma femme."

C'etait la premiere fois que le mot _lachete_ resonnait aux oreilles
de Parisis. Il domina toutes ses coleres et toutes ses douleurs. Il se
releva et dit avec calme: "Eh bien! il vous reste un pistolet charge:
voulez-vous le jugement de Dieu?--Le jugement de Dieu! dit le marquis
se relevant aussi. Vous ne croyez pas a Dieu!"

Ce fut a cet instant que Mlle de Joyeuse jeta un cri en voyant sa
soeur toute sanglante.

Octave crut entendre la voix de Genevieve et courut a elle.

Il lui parla et l'embrassa comme s'il voulut lui donner son ame pour
la ranimer.

La lune repandait sur la figure de la duchesse un pale sillon de
lumiere.

Genevieve avait les yeux ouverts, mais elle ne voyait plus Octave.

Il s'agenouilla: "Oui, le jugement de Dieu! dit-il avec desespoir; le
jugement de Dieu, puisque tout est fini."

Et comme si Genevieve dut l'entendre: "Genevieve! Genevieve! mon
adoree Genevieve, attends-moi!"

Il l'embrassa encore. "Non, dit-il, l'ame n'est pas morte!" Et levant
les yeux dans la nuit, cet athee s'ecria: "_Credo!_"

Cette fois, il eut des larmes. Il lui sembla qu'il revoyait deja au
ciel sa mere et sa femme.

Mais le marquis attendait. Il retourna vers lui. "Voyons, dit-il, j'ai
hate.--Moi aussi, dit M. de Fontaneilles. Voila deux pistolets, tous
les deux sont couverts de sang: prenez!"

Mais Parisis dit qu'il reconnaissait celui qui venait d'etre tire.

Le marquis deplia une serviette, la jeta sur les pistolets et les
tourna trois fois. "Prenez donc!" dit-il avec impatience.

Parisis, toujours galant homme, ecrivait sur le coin d'une table:
"Je me bats en duel avec M. de Fontaneilles.

"DUC DE PARISIS."

Ce 28 juin, minuit et demi.

A son tour, le marquis de Fontaneilles ecrivit:

"Je me bats en duel avec M. de Parisis.

"MARQUIS DE FONTANEILLES."

Ce 29 juin, minuit et demi.

Le duc croyait que toute la nuit appartenait au jour passe. Le marquis
comptait, en homme ordonne, le jour nouveau a partir de minuit. Voila
pourquoi on trouva deux dates: _le 28 juin et le 29 juin._

Parisis mit la main sous le repli de la serviette et prit un pistolet.
Quand il l'arma, il lui sembla, malgre son emotion, tant etait grande
son experience des armes, que le canon de ce pistolet etait encore
tiede comme si on venait de s'en servir. "Dieu me condamne, Genevieve
m'appelle," dit-il en levant fierement la tete.

Les deux adversaires se placerent presque l'un contre l'autre, le
doigt sur la detente, la gueule du pistolet a peine a dix centimetres
du coeur.

Eclaires par la flamme vacillante d'une bougie, ils se regarderent un
instant d'un terrible regard; ils entendirent battre leur coeur
sous le canon des pistolets. "Un, dit Octave.--Deux, dit M. de
Fontaneilles.--Trois, dit Octave."

Une detonation retentit dans le silence de la nuit.

M. de Fontaneilles vit le dernier des Parisis, frappe d'une balle en
pleine poitrine, faire quelques pas en arriere.

Tout a coup, ressaisissant un eclair de vie, Octave alla d'un pas
rapide tomber avec un grand cri de douleur sur le sein de la duchesse
de Parisis.

Elle eut encore un tressaillement.




XXXV

MONJOYEUX


Quoiqu'il fut minuit et demi, quelques joueurs attardes avaient
reconduit apres souper Mlles Fleur-de-Peche, la Taciturne et
Tourne-Sol jusqu'a la porte de l'hotel d'Angleterre.

Ces deux dames ne recevaient pas _intra muros_.

On entendit le coup de pistolet qui frappait Parisis. "Entendez-vous?
dit un joueur, c'est un decave qui joue a la rouge."

Horrible mot, quand on pense a tout ce sang repandu.

Le prince Bleu devisait gaiement avec ces demoiselles; il avait
rencontre a onze heures Parisis et sa femme qui allaient entrer a
l'hotel d'Angleterre; ils lui paraissaient si heureux, qu'un rayon lui
etait venu jusque sur la figure; il n'avait jamais ete si gai.

Cette detonation l'inquieta pourtant.

Ce fut alors qu'un homme, plus inquiet que lui, arriva dans le groupe
et demanda de quoi il etait question. C'etait Monjoyeux, suivi bientot
de Villeroy qui etait arrive par le train du soir.

Quand on leur eut repondu qu'on venait d'entendre une detonation: "Oh!
mon Dieu! s'ecria Monjoyeux, il y a la-haut un assassinat."

On voyait courir des lumieres dans l'hotel, on criait et on parlait
haut.

Monjoyeux carillonna pour entrer. La porte s'ouvrit. Le prince Bleu
s'elanca desespere.

Monjoyeux allait le suivre, mais M. de Fontaneilles sortit.

Monjoyeux remarqua qu'il etait tout couvert de sang. "On ne passe
pas, lui dit-il en l'arretant.--Pourquoi? demanda froidement
le marquis.--Parce que vous ressemblez a un homme qui fait son
crime.--Moi! Je ne fuis pas. Cet homme m'avait pris ma femme, je
vais tout droit me constituer prisonnier.--Eh bien! vous etes mon
prisonnier," dit Monjoyeux. Et quand il eut appris l'horrible
tragedie: "Va! lui dit-il, je t'abandonne a toi-meme, va cuver ton
sang!"

Mais le ressaisissant: "Tu m'as tue mon seul ami; tu porteras un jour
ma marque, si tu es absous."

Le rude Monjoyeux pleurait comme un enfant. Et comme a toutes choses
il y a une moralite, Monjoyeux ajouta: "Il faut en finir une fois pour
toutes avec ces hommes qui assassinent les femmes. Dieu merci! la
peine de mort contre la femme est abolie."

Monjoyeux courut vers Parisis. Il lui sembla qu'il tressaillait
encore. Il voulait l'embrasser; mais, quand il le vit couvrant de
ses mains et de sa figure la chaste nudite de Genevieve, il tomba
agenouille et il eclata en sanglots.

Le medecin qui etait survenu, les supplia, lui, Villeroy et le prince
Bleu, de sortir de cette chambre sanglante, ou tout le monde voulait
entrer. "Oui, dit Monjoyeux, allons-nous-en. C'est la chambre
nuptiale de la mort. Que personne ne la profane." Et apres avoir
respectueusement baise la main de la morte, il ajouta: "Demain j'y
reviendrai seul."

Mais le lendemain, quand il revint, on lui dit que son ami etait deja
dans le cercueil. Il rencontra dans l'escalier de l'hotel une femme
qu'il avait vue a Paris au bras d'Octave.

C'etait la Femme de Neige.

Elle lui tendit la main: "Tout est fini!" dit-elle tristement. Il
voulut lui parler, mais elle passa rapide et mysterieuse.




XXXVI

UNE NOUVELLE A LA MAIN


Madame d'Argicourt etait serieusement malade. Elle aussi avait perdu
son amant; elle aussi s'etait reveillee de toutes ses illusions.
Horrible reveil, quand deja la jeunesse decline et qu'on n'espere plus
reprendre pied dans le pays de l'amour. Cette femme, si vive et si
gaie, toute emportee par la force de sa nature, devait tomber d'un
seul coup comme ces arbres branchus qui appellent la foudre.

Une soeur de charite la veillait.

C'etait une jeune religieuse, pale et meditative, qui lui etait venue
par son medecin ou par son confesseur, je ne sais pas bien.

La jeune religieuse, toute a ses livres de prieres, ne semblait rien
savoir des choses de ce monde. On apportait les journaux de sport,
de haute vie, de nouvelles a la main a Mme d'Argicourt, la soeur de
charite ne les lisait jamais.

Mais un soir, comme Mme d'Argicourt s'impatientait dans la fievre,
elle lui dit: "Ma soeur, je vous en prie, lisez-moi les journaux,
faites-moi oublier que je souffre."

La religieuse tenta de la convaincre que si elle ecoutait quelques
lectures pieuses elle sentirait comme par miracle ses douleurs
s'apaiser, tant les legendes chretiennes sont un baume sur toutes les
douleurs, meme sur les douleurs corporelles, puisque, selon l'apotre,
il n'y a que l'ame qui vit. La est le vrai stoicisme.

Mais enfin, pour complaire a la malade, la religieuse ouvrit le
premier journal venu.

Elle promena ses regards ca et la. D'ou vient que la premiere chose
qu'elle lut fut cette nouvelle a la main toute fraiche venue d'Ems par
le telegraphe, comme s'il se fut agi d'un evenement politique?

"La ville d'Ems inaugure mal sa saison. Voici, en quelques mots,
la tragedie epouvantable dont cette petite ville, toujours si
gaie, vient d'etre le theatre. Il y a la un denouement pour les
faiseurs de drames.

"Un duc celebre dans le monde parisien etait arrive hier sans sa
duchesse. Il parait qu'il venait a Ems pour y rencontrer une belle
marquise parisienne.

"Mais le duc et la marquise avaient compte sans la duchesse et le
marquis.

"Or, la duchesse arrive a temps et prend sa place le soir dans le
lit du duc, c'etait son droit; c'etait son devoir.

"Mais, par malheur, le marquis, en proie a sa fureur jalouse, ne
doute pas qu'il va trouver sa femme dans le lit du duc; dans son
aveuglement, il se precipite, il entend parler une femme, la
jalousie lui dit que c'est la sienne, il est arme d'un poignard.
Il veut frapper le duc, peut-etre pour frapper la femme ensuite.

"Le duc etait debout, se deshabillant; la femme etait deja
couchee. Au premier coup de poignard, la femme se precipite; dans
son aveuglement, le marquis la frappe a son tour.

"Il frappe au coeur.

"Le duc est blesse et la femme tuee. Rien ne peut peindre cet
horrible carnage.

"Ce n'est pas tout: duel au poignard, duel au pistolet, jugement
de Dieu, que sais-je! Le duc est tue, le marquis s'est livre a la
justice allemande.

"On n'a pas de nouvelles de la marquise.

"C'est d'autant plus epouvantable, que le duc et la duchesse
s'adoraient. On sait qu'ils etaient encore dans leur lune de miel.
Mais n'est-ce pas bien mourir que de mourir heureux?

"Et maintenant, on se demande ce que faisait la une dame etrangere
connue a Paris sous le nom de la _Femme de Neige_?

"Tout est mysterieux en cette tragedie d'Ems."

La religieuse ne lut tout haut que les premieres lignes de cette
"nouvelle a la main." Mme d'Argicourt se souleva. "Lisez, lisez, ma
soeur. Je suis sure que c'est le duc de Parisis. Oh! mon Dieu! mon
Dieu! quel malheur!"

Mme d'Argicourt s'apercut alors que la religieuse venait de tomber
evanouie.




XXXVII

LES ROSES FANEES


Cette depeche de Bade avait averti d'Aspremont, qui etait alors en
Bourgogne:

M. le comte d'Aspremont a Dijon. Ami, allez nous attendre a Paris.
Epouvantable malheur. Duc et duchesse assassines. Funerailles
mardi.

MONJOYEUX.

D'Aspremont courut au chateau de Parisis. Il y trouva, dans la chambre
de la duchesse, Mlle Hyacinthe, a peine revenue de Cologne. Elle avait
le matin cueilli des roses pour Genevieve. Elle venait, elle aussi, de
recevoir, une depeche de Monjoyeux.

Quoique d'Aspremont connut a peine la jeune amie de la duchesse, il se
jeta dans ses bras et pleura avec elle. "Voyez-vous, lui dit-il, je
ne retrouverai jamais un ami comme de Parisis. Brave comme le feu,
genereux comme l'or, celui-la ne se marchandait pas. Il donnait son
coeur et son ame comme sa fortune. C'est un deuil pour tout Paris!
car il etait partout la joie et la vie.--Et la duchesse? s'ecriait
Hyacinthe en eclatant dans ses sanglots, c'etait la plus adorable de
toutes les femmes: la beaute, la vertu, lachante. Elle n'avait pas sa
seconde, si ce n'est la Violette."

D'Aspremont fut touche des larmes de Mlle Hyacinthe. Il n'avait jamais
si bien pleure. "Dieu ne voulait pas qu'ils fussent heureux, lui
dit-elle, car Violette etait morte pour eux.--Qui vous a dit que
Violette fut morte? dit d'Aspremont. Je suis sur que je l'ai reconnue
a Paris aux filles repenties, quoiqu'elle se cachat bien.--Oh!
dites-moi que Violette n'est pas morte; si vous saviez comme nous nous
aimions! Si vous saviez comme la duchesse aimait sa cousine! Il n'y a
pas une fleur ici qui n'en temoignerait."

Mlle Hyacinthe eut un sourire a travers ses larmes. "Genevieve,
reprit-elle, effeuillait tous les jours des milliers de roses en
souvenirs de Violette. Les pauvres roses de Parisis et de Pernan, qui
donc les cueillera?"

Hyacinthe montra a d'Aspremont une couronne de roses blanches qu'elle
avait jetee sur le lit de la duchesse. "Ce lit, dit-elle, ou on ne la
couchera plus, meme dans la mort! Ce lit ou j'esperais la voir mere!"

D'Aspremont eut a cet instant comme une vision de sa vie future: il
sembla que ces roses deja fanees etaient jetees sur le tombeau de son
coeur. Il se jeta dans les bras de Hyacinthe comme un desespere qui
voudrait mourir.

Hyacinthe ne comprenait pas; elle s'imagina un instant que d'Aspremont
l'aimait. Mais d'Aspremont n'etait si triste que par prescience: comme
un spectateur au theatre de sa vie, il voyait le drame avant que le
rideau fut leve. "Que m'importe moi-meme, dit-il a la jeune fille;
mon vrai desespoir, c'est la mort de Parisis. Que ferai-je sans lui,
maintenant!"

Et ce fut a Paris le cri de tous les amis d'Octave, tant il etait
l'ame de toutes ses belles folies.




XXXVIII

VIOLETTE ETAIT-ELLE MORTE?


Celui qu'on surnommait le prince Bleu, le marquis de Villeroy et
Monjoyeux accompagnerent au chateau de Parisis les depouilles
mortelles du duc et de la duchesse. Monjoyeux avait des bouffees de
colere contre ce jeu de hasard que d'autres appellent la destinee.
Villeroy etait grave, triste et silencieux: un chagrin diplomatique.
Le prince etait meconnaissable. Il sentait qu'il avait perdu celui
qu'il aimait, lui aussi, comme son seul ami.

On se racontait dans ce pelerinage de la mort tous les episodes
amoureux d'Octave de Parisis. Il semblait que la vie parisienne
fut deja en deuil. Qui donc vivrait si bravement dans toutes les
aventures, dans le luxe inoui, dans les elegances exquises; une fois
encore le beau monde avait perdu son d'Orsay.

Les trois amis parlaient de Genevieve comme d'une soeur et comme d'une
sainte.

Quand on arriva devant le chateau, qui ce jour-la riait au soleil, on
vit, appuyee sur Mlle Hyacinthe, une religieuse voilee, qui descendit
le perron et qui fit le signe de la croix sur les deux cercueils
recouverts de velours.

La religieuse etait blanche comme un linceul; elle ressemblait a ces
figures d'Angelico da Fiesole qui n'ont plus rien de la terre. Aussi
etait-ce un etrange contraste que de la voir soutenue par Mlle
Hyacinthe qui, quoique toute a sa douleur, gardait l'eclat de ses
vingt ans.

C'etait l'image de la mort soutenue par la vie.

Monjoyeux demanda a Mlle Hyacinthe si cette religieuse etait de la
famille. "Vous ne la connaissez donc pas?--Dites-moi son nom.--Elle
s'appelle Louise de la Misericorde, comme Mlle de la Valliere."

La religieuse avait pose ses deux mains sur les deux cercueils, comme
si elle eut senti battre encore le coeur d'Octave de Parisis et de
Genevieve de La Chastaigneraye. "Octave, murmura-t-elle, priez Dieu
pour moi!"




XXXIX

LA LEGENDE DES PARISIS


Les funerailles du duc et de la duchesse de Parisis appelerent au
chateau le beau monde qui naguere etait venu si joyeux aux noces
d'Octave et Genevieve.

Mais il y eut des absents.

Ce pauvre chateau de Parisis! un instant reveille pour les fetes,
desormais le campo santo d'une grande famille dont le nom ne retentira
plus!

Apres les funerailles, dans la crypte des tombeaux, la religieuse ne
dit qu'un seul mot, le mot de Genevieve:--C'EST LA!--

Et elle montra les deux cercueils.

Monjoyeux ne dit qu'un seul mot a la religieuse: "Ma soeur ainsi le
voulait la legende des Parisis, qui a dit:

L'AMOUR DES PARISIS DONNERA LA MORT,
L'AMOUR DONNERA LA MORT AUX PARISIS.

La soeur de charite murmura: "Oui, puisque je suis morte pour ce
monde."




XL

FRAGMENT D'UNE LETTRE DE MONJOYEUX


On donnera ici quelques lignes d'une lettre ecrite par Monjoyeux a
celui qui a conte cette histoire:

N'imprimez pas encore le mot FIN. Il n'y a jamais de denouement
dans les histoires de ce monde. La mort ne tue ni l'ame
le souvenir, ni la passion. Le tombeau n'est pas le neant; ne
parle-t-il pas a ceux qui survivent? Que de chapitres a travers la
mort! Demandez a Violette, cette autre Louise de la Misericorde,
qui porte son linceul, mais qui ne peut pas mourir.

Demandez a Mme d'Antraygues, a Mme de Fontaneilles, a Mme de
Hauteroche, a toutes celles que nous avons vues dans les paleurs
de la passion.

Violette me disait hier: "Pourquoi la tombe ne s'ouvre-t-elle pas
pour moi, puisque je traine mon suaire!" Et elle ajouta: "Mourir
d'amour, c'est vivre deux fois: de la vie presente et de la vie
future."

La pauvre et douce Violette avait raison. C'est une vraie femme
celle-la, une figure et un coeur, une ame dans la passion!

Plus je vais, plus je reconnais la superiorite de la femme.
Qu'est-ce que l'homme? Un rheteur. Notre ami Octave n'etait pas un
rheteur. C'etait la jeunesse emportee par la passion.

Pauvre Parisis! J'ai pleure sur son tombeau; mais je ne puis
croire qu'un homme si vivant soit couche dans un linceul. Quand je
vois une belle femme, il me semble toujours qu'il n'est pas loin.





TABLE DES CHAPITRES


PREFACE.


LIVRE I

MONSIEUR DON JUAN


I. C'EST ECRIT SUR LES FEUILLES DU BOIS DE BOULOGNE.

II. LA LEGENDE DES PARISIS.

III. PAGES D'HISTOIRE FAMILIALE.

IV. OU OCTAVE DE PARISIS SUIT SON BONHEUR.

V. LES CURIOSITES D'UNE FILLE D'EVE.

VI. LA MARGUERITE.

VIL L'OR, LE POUVOIR, LA RENOMMEE, L'AMOUR.

VIII. LE JEU DE CARTES.

IX. LA DAME DE PIQUE ET LES POIGNARDS D'OR.

X. LE BAISER DE DON JUAN.

XI. LA DAME DE COEUR ET LA DAME DE PIQUE.

XII. LE TOUR DU LAC.

XIIL POURQUOI MADEMOISELLE ALICE SE FIT ENLEVER.

XIV. SU LA GLACE.

XV. L'ESCALIER D'ONYX.

XVI. VIOLETTE.

XVII. POURQUOI OCTAVE SENTIT UNE PETITE MAIN SUR LA SIENNE QUAND IL
VOULUT SONNER.

XVIII. LE ROI DE THULE.

XIX. OCTAVE JETTE SA COUPE A LA MER.

XX. UNE FEMME EN HAUT, UNE FEMME EN BAS.

XXI. LES DEUX RIVALES.

XXII. LE DUC DE PAS LE SOU.

XXI. IL UNE REAPPARITION A. L'OPERA.

XXIV. POURQUOI M. D'ANTRAYGUES DEMANDA A SA FEMME SI ELLE GANTAIT
L'OCTAVE.

XXV. UNE AMBASSADE GALANTE D'OCTAVE DE PARISIS.

XXVI. LA VALSE DES ROSES.

XXVII. LE DERNIER MOT DE L'AMBASSADE.

XXVIII. LE NAUFRAGE DU COEUR.

XXIX. LES METAMORPHOSES DE MADEMOISELLE VIOLETTE DE PARME.

XXX. LE VOYAGE A DIEPPE.

XXXI. SUR LA PLAGE.

XXXII. LES DIX MILLIONS DE MADEMOISELLE REGINE DE PARISIS.

XXXIII. LA DAME BLANCHE.

XXXIV. LA MESSE DE DON JUAN.

XXXV. LE BOUQUET DE ROSES-THE.

XXXVI. LE BOUQUET DE ROSES-THE ET LE POISON DES MEDICIS.

XXXVII. L'ADIEU DE VIOLETTE.

XXXVIII. LES DIX MILLIONS.

XXXIX. ALICE.

XL. OU VA UNE FEMME QUI TOMBE.


LIVRE II

MADAME VENUS


I. LA CHAMBRE A DEUX LITS.

II. DE MADAME DE MARSILLAC QUI PORTAIT DES MUFFLES D'OR SUR CHAMP
DE GUEULES.

III. LA LUNE REGARDAIT PAR LA FENETRE.

IV. POURQUOI ANGELE ETAIT-ELLE PARTIE.

V. VIOLETTE AU SECRET.

VI. DE QUELQUES DEMOISELLES CHEZ LE JUGE D'INSTRUCTION.

VII. POURQUOI ANGELE ETAIT-ELLE PARTIE.

VIII. DE QUELQUES PARADOXES DE MONJOYEUX.

IX. MONJOYEUX JOUE UN NOUVEAU ROLE.

X. LA COUR D'ASSISES.

XI. LA MERE DE VIOLETTE.

XII. VIOLETTE ET GENEVIEVE.

XIII. TROIS MARIS CONTENTS.

XIV. LES FEMMES INVINCIBLES.

XV. L'ESCARPOLETTE.

XVI. LE FESTIN DE MARBRE.

XVII. UN TOAST A LA FEMME.

XVIII. HISTOIRE DE MADAME VENUS.

XIX. LE THE DE MADAME VENUS.

XX. LE SOUPER DU COMMANDEUR.

XXL. CI GIT MADAME VENUS.


LIVRE III

LA DAME DE COEUR



I. DEUX LARMES DE GENEVIEVE.

II. LA FOLIE DE LA RAISON.

III. LES DEUX COUSINES.

IV. LA CONFESSION DE GENEVIEVE.

V. POURQUOI CLOTILDE MOURUT VIERGE.

VI. L'HEURE DU DIABLE.

VII. LES VISIONS DE MADEMOISELLE JULIA.

VIII. LA SOLITUDE DE VIOLETTE.

IX. LES DEUX COUSINES.

X. LE CHATEAU DE CARTES.

XI. UN AUTRE BOUQUET MORTEL.

XII. OU ETAIT ALLEE VIOLETTE.

XIII. LE TROISIEME LARRON.

XIV., LA FEMME DE NEIGE.

XV. PAGES DETACHEES DE LA VIE D'OCTAVE.

XVI. LA CHIFFONNIERE.

XVII. L'HOTEL DU PLAISIR, MESDAMES.

XVIII. LES INSEPARABLES.

XIX. LES POIGNARDS D'OR.

XX. UN CARABIN ARRACHE UNE DENT A MADEMOISELLE REBECCA.


LIVRE IV

LA TRAGEDIE


I. LA CONFESSION DE VIOLETTE.

II. OCTAVE A PARISIS.

III. LE DEFI A DIEU.

IV. LA MORTE ET LA VIVANTE.

V. LE BOUQUET DE FRAISES ET LE HOUQUET DE LEVRES.

VI. LE MARIAGE DE DON JUAN.

VII. L'EXTRAIT MORTUAIRE DE VIOLETTE DANS LA CHAMBRE NUPTIALE.

VIII. L'HIRONDELLE DE VIOLETTE.

IX. LE LENDEMAIN DU BONHEUR.

X. MOURIR CHEZ SOI.

XI. LA D'ANTRAYGUES!

XII. LA MORT D'UNE PECHERESSE.

XIII. LA LETTRE DE DEUIL.

XIV. L'APPARITION.

XV. LE DIABLE AU CHATEAU.

XVI. LA MARQUISE DE FONTANEILLES.

XVII. LE DEJEUNER SUR L'HERBE.

XVIII. LES FILLES REPENTIES.

XIX. LA CRISE.

XX. QUE L'AMOUR DE LA RESISTANCE EST AUSSI IMPERIEUX QUE LE DESIR
DE L'AMOUR.

XXI. LE DERNIER SOUPER.

XXII. UNE CAUSERIE SUR LES FEMMES AU CONCERT DES CHAMPS-ELYSEES.

XXIII. LA FATALITE.

XXIV. LES ADIEUX.

XXV. LE DEMON DE L'ADULTERE.

XXVI. NEE FOUR AIMER, NEE POUR SOUFFRIR.

XXVII. TOURNE-SOL ET LA TACITURNE.

XXVIII. LA FEMME VOILEE.

XXIX. LES DEUX ATHEES.

XXX. M. DE FONTANEILLES.

XXXI. PROPOS PERDUS.

XXXII. OU ETAIT LA DUCHESSE DE PARISIS?

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