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Annual Bibliography of Commonwealth Literature 2007
This paper argues that discourses of love in Ghanaian market literature for youth offer a view into complex negotiations of agency and empowerment. Drawing on Deborah Durham's notion of youth as "social `shifters'" and Francis Nyamnjoh's conception of the "interconnectedness" of agency, I take Ghanaian market literature as one specific case of how African literature for youth foregrounds questions of continuity and change as African societies enter into increasingly complex global relations. In this literature for youth, received notions of love, often constructed out of impressions from American pop and hip hop music, carry new notions of agency that compete with existing "domesticated" forms. Authors like Ike Tandoh and Evelyn Tay employ discourses of love to offer youth alternative avenues for empowerment in a context of socio-economic disenfranchizement. In a creative process of "straddling", this writing both reveals and reproduces the contradictions that obtain in youth configurations of agency.

La dame de Monsoreau v.1

A >> Alexandre Dumas >> La dame de Monsoreau v.1

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--Monsieur le baron, dit Bussy, vous venez, en ma presence, d'accuser
un prince que je sers, et vous l'avez accuse avec une violence qui me
force a vous demander une explication.

Le vieillard fit un mouvement.

--Oh! ne vous meprenez point au sens tout respectueux de mes paroles;
c'est avec la plus profonde sympathie que je vous parle, c'est avec le
plus vif desir d'adoucir votre chagrin que je vous dis: Monsieur le
baron, faites-moi, dans ses details, le recit de la catastrophe
douloureuse que vous racontiez tout a l'heure a M. de Saint-Luc et a
sa femme. Voyons, tout s'est-il bien accompli comme vous le croyez, et
tout est-il bien perdu?

--Monsieur, dit le vieillard, j'ai eu un moment d'espoir. Un noble et
loyal gentilhomme, M. de Monsoreau, a aime ma pauvre fille et s'est
interesse a elle.

--M. de Monsoreau! eh bien, demanda Bussy, voyons, quelle a ete sa
conduite dans tout ceci?

--Ah! sa conduite fut loyale et digne, car Diane avait refuse sa main.
Cependant ce fut lui qui le premier m'avertit des infames projets du
duc. Ce fut lui qui m'indiqua le moyen de les faire echouer; il ne
demandait qu'une chose pour sauver ma fille, et cela encore prouvait
toute la noblesse et toute la droiture de son ame; il demandait, s'il
parvenait a l'arracher des mains du duc, que je la lui donnasse en
mariage, afin que, helas! ma fille n'en sera pas moins perdue, lui,
jeune, actif et entreprenant, put la defendre contre un puissant
prince, ce que son pauvre pere ne pouvait entreprendre. Je donnai mon
consentement avec joie; mais, helas! ce fut inutile: il arriva trop
tard, et ne trouva ma pauvre Diane sauvee du deshonneur que par la
mort.

--Et, depuis ce moment fatal, demanda Bussy, M. de Monsoreau n'a-t-il
donc pas donne de ses nouvelles?

--Il n'y a qu'un mois que ces evenements se sont passes, dit le
vieillard, et le pauvre gentilhomme n'aura pas ose reparaitre devant
moi, ayant echoue dans son genereux dessein.

Bussy baissa la tete; tout lui etait explique.

Il comprenait maintenant comment M. de Monsoreau avait reussi a
enlever au prince la jeune fille qu'il aimait, et comment la crainte
que le prince ne decouvrit que cette jeune fille etait devenue sa
femme lui avait laisse accrediter, meme pres du pauvre pere, le bruit
de sa mort.

--Eh bien, monsieur, dit le vieillard, voyant que la reverie penchait
le front du jeune homme, et tenait fixes sur la terre ses yeux, que le
recit qu'il venait d'achever avait fait etinceler plus d'une fois.

--Eh bien, monsieur le baron, repondit Bussy, je suis charge par
monseigneur le duc d'Anjou de vous amener a Paris, ou Son Altesse
desire vous parler.

--Me parler, a moi! s'ecria le baron; moi, me trouver en face de cet
homme apres la mort de ma fille! et que peut-il avoir a me dire, le
meurtrier?

--Qui sait? se justifier peut-etre.

--Et, se justifiat-il, s'ecria le vieillard, non, monsieur de Bussy,
non, je n'irai point a Paris; ce serait d'ailleurs trop m'eloigner de
l'endroit ou repose ma chere enfant dans son froid linceul de roseaux.

--Monsieur le baron, dit Bussy d'une voix ferme, permettez-moi
d'insister pres de vous; c'est mon devoir de vous conduire a Paris, et
je suis venu expres pour cela.

--Eh bien, j'irai donc a Paris! s'ecria le vieillard, tremblant de
colere; mais malheur a ceux qui m'auront perdu! Le roi m'entendra, et,
s'il ne m'entend pas, je ferai appel a tous les gentilshommes de
France. Aussi bien, murmura-t-il plus bas, j'oubliais dans ma douleur
que j'ai entre les mains une arme dont jusqu'a present je n'ai eu a
faire aucun usage. Oui, monsieur de Bussy, je vous accompagnerai.

--Et moi, monsieur le baron, dit Bussy en lui prenant la main, je vous
recommande la patience, le calme et la dignite qui conviennent a un
seigneur chretien. Dieu a pour les nobles cours des misericordes
infinies, et vous ne savez point ce qu'il vous reserve. Je vous prie
aussi, en attendant le jour ou ces misericordes eclateront, de ne
point me compter au nombre de vos ennemis, car vous ne savez point ce
que je vais faire pour vous. A demain donc, monsieur le baron, s'il
vous plait, et, des que le jour sera venu, nous nous mettrons en
route.

--J'y consens, repondit le vieux seigneur, emu malgre lui par le doux
accent avec lequel Bussy avait prononce ces paroles; mais, en
attendant, ami ou ennemi, vous etes mon hote, et je dois vous conduire
a votre appartement.

Et le baron prit sur la table un flambeau d'argent a trois branches,
et d'un pas pesant gravit, suivi de Bussy d'Amboise, l'escalier
d'honneur du chateau.

Les chiens voulaient le suivre; il les arreta d'un signe; deux de ses
serviteurs marchaient derriere Bussy avec d'autres flambeaux.

En arrivant sur le seuil de la chambre qui lui etait destinee, le
comte demanda ce qu'etaient devenus M. de Saint-Luc et sa femme.

--Mon vieux Germain doit avoir pris soin d'eux, repondit le baron.
Passez une bonne nuit monsieur le comte.




CHAPITRE XXIV

COMMENT REMI LE HAUDOUIN S'ETAIT, EN L'ABSENCE DE BUSSY, MENAGE DES
INTELLIGENCES DANS LA MAISON DE LA RUE SAINT-ANTOINE.


Monsieur et madame de Saint-Luc ne pouvaient revenir de leur surprise:
Bussy aux secrets avec M. de Meridor; Bussy se disposant a partir avec
le vieillard pour Paris; Bussy, enfin, paraissant prendre tout a coup
la direction de ces affaires qui lui paraissaient d'abord etrangeres
et inconnues, etait pour les deux jeunes gens un phenomene
inexplicable.

Quant au baron, le pouvoir magique de ce titre Altesse Royale avait
produit sur lui son effet ordinaire: un gentilhomme du temps de Henri
III n'en etait pas encore a sourire devant des qualifications et des
armoiries.

Altesse Royale, cela signifiait pour M. de Meridor comme pour tout
autre, excepte le roi, force majeure, c'est-a-dire la foudre et la
tempete.

Le matin venu, le baron prit conge de ses hotes, qu'il installa dans
le chateau; mais Saint-Luc et sa femme, comprenant la difficulte de la
situation, se promirent de quitter Meridor aussitot que faire se
pourrait, et de rentrer dans les terres de Brissac, qui en etaient
voisines, aussitot que l'on se serait assure du consentement du timide
marechal.

Quant a Bussy, pour justifier son etrange conduite, il n'eut besoin
que d'une seconde. Bussy, maitre du secret qu'il possedait et qu'il
pouvait reveler a qui lui faisait plaisir, ressemblait a l'un de ces
magiciens chers aux Orientaux, qui, d'un premier coup de baguette,
font tomber les larmes de tous les yeux, et qui, du second, dilatent
toutes les prunelles et fendent toutes les bouches par un joyeux
sourire.

Cette seconde, que nous avons dit suffire a Bussy pour operer de si
grands changements, fut employee par lui a laisser tomber tout bas
quelques syllabes dans l'oreille que lui tendait avidement la
charmante femme de Saint-Luc.

Ces quelques syllabes prononcees, le visage de Jeanne s'epanouit; son
front si pur se colora d'une delicieuse rougeur. On vit ses petites
dents blanches et brillantes comme la nacre apparaitre sous le corail
de ses levres; et, comme son mari, stupefait, la regardait pour
l'interroger, elle mit un doigt sur sa bouche, et s'enfuit en
bondissant et en envoyant un baiser de remerciment a Bussy.

Le vieillard n'avait rien vu de cette pantomime expressive: l'oeil
fixe sur le manoir paternel, il caressait machinalement ses deux
chiens, qui ne pouvaient se decider a le quitter; il donna quelques
ordres d'une voix emue a ses serviteurs, courbes sous son adieu et
sous sa parole. Puis, montant a grand'peine, et grace a l'aide de son
ecuyer, un vieux cheval pie qu'il affectionnait, et qui avait ete son
cheval de bataille dans les dernieres guerres civiles, il salua d'un
geste le chateau de Meridor et partit sans prononcer un seul mot.

Bussy, l'oeil brillant, repondait aux sourires de Jeanne et se
retournait frequemment pour dire adieu a ses amis. En le quittant,
Jeanne lui avait dit tout bas:

--Quel homme etrange faites-vous, seigneur comte! Je vous avais promis
que le bonheur vous attendait a Meridor... et c'est vous au contraire
qui apportez a Meridor le bonheur qui s'en etait envole.

De Meridor a Paris il y a loin; loin surtout pour un vieux baron
crible de coups d'epee et de mousquet recus dans ces rudes guerres ou
les blessures etaient en proportion des guerriers. Longue route aussi
faisait cette distance pour ce digne cheval pie que l'on appelait
Jarnac, et qui, a ce nom, relevant sa tete enfoncee sous sa criniere,
roulait un oeil encore fier sous sa paupiere fatiguee.

Une fois en route, Bussy se mit a l'etude: cette etude etait de
captiver par ses soins et ses attentions de fils le coeur du vieillard
dont il s'etait d'abord attire la haine, et sans doute il y reussit,
car, le sixieme jour au matin, en arrivant a Paris, M. de Meridor dit
a son compagnon de voyage ces paroles, qui peignaient tout le
changement que le voyage avait amene dans son esprit:

--C'est singulier, comte, me voici plus pres que jamais de mon
malheur, et cependant je suis moins inquiet a l'arrivee que je ne
l'etais au depart.

--Encore deux heures, seigneur Augustin, dit Bussy, et vous m'aurez
juge comme je veux etre juge par vous.

Les voyageurs entrerent a Paris par le faubourg Saint-Marcel,
eternelle entree dont la preference se concoit a cette epoque, parce
que cet horrible quartier, un des plus laids de Paris, semblait le
plus parisien de tous, grace a ses nombreuses eglises, a ses milliers
de maisons pittoresques et a ses petits ponts sur des cloaques.

--Ou allons-nous? dit le baron; au Louvre, sans doute?

--Monsieur, dit Bussy, je dois d'abord vous mener a mon hotel, pour
que vous vous rafraichissiez quelques minutes, et que vous soyez
ensuite en etat de voir comme il convient la personne chez laquelle je
vous conduis.

Le baron se laissa faire patiemment; Bussy le conduisit droit a son
hotel de la rue de Grenelle-Saint-Honore.

Les gens du comte ne l'attendaient pas ou plutot ne l'attendaient
plus: rentre la nuit par une petite porte dont lui seul avait la clef,
il avait selle lui-meme son cheval, et etait parti sans avoir ete vu
d'aucun autre que de Remy le Haudouin. On comprend donc que sa
disparition instantanee, les dangers qu'il avait courus la semaine
precedente, et qui s'etaient trahis par sa blessure, ses habitudes
aventureuses enfin qu'aucune lecon ne corrigeait, avaient porte
beaucoup de gens a croire qu'il avait donne dans quelque piege tendu
sur son chemin par ses ennemis, que la fortune, si longtemps favorable
a son courage, avait un jour enfin ete contraire a sa temerite, et que
Bussy, muet et invisible, etait bien mort par quelque dague ou quelque
arquebusade.

De sorte que les meilleurs amis et les plus fideles serviteurs de
Bussy faisaient deja des neuvaines pour son retour a la lumiere,
retour qui leur paraissait non moins hasardeux que celui de Pyrithous,
tandis que les autres, plus positifs, ne comptant plus que sur son
cadavre, faisaient, pour le retrouver, les recherches les plus
minutieuses dans les egouts, dans les caves suspectes, dans les
carrieres de la banlieue, dans le lit de la Bievre ou dans les fosses
de la Bastille.

Une seule personne repondait quand on lui demandait des nouvelles de
Bussy:

--M. le comte se porte bien.

Mais, si l'on voulait pousser plus loin l'interrogatoire, comme elle
n'en savait pas davantage, les renseignements qu'elle pouvait donner
s'arretaient la.

Cette personne, qui essuyait, grace a cette reponse rassurante, mais
peu detaillee, force rebuffades et mauvais compliments, etait maitre
Remy le Haudouin, qui, du soir au matin, trottait menu, perdant son
temps a des contemplations etranges, disparaissant de temps en temps
de l'hotel, soit le jour, soit la nuit, rentrant alors avec des
appetits insolites, et ramenant par sa gaiete, chaque fois qu'il
rentrait, un peu de joie au coeur de cette maison.

Le Haudouin, apres une de ces absences mysterieuses, rentrait
justement a l'hotel au moment ou la cour d'honneur retentissait des
cris d'allegresse, ou les valets empresses se jetaient sur la bride du
cheval de Bussy et se disputaient a qui serait son ecuyer, car le
comte, au lieu de mettre pied a terre, demeurait a cheval.

--Voyons, disait Bussy, vous etes satisfaits de me voir vivant, merci.
Vous me demandez si c'est bien moi, regardez, touchez, mais faites
bien vite. Bien, maintenant aidez ce digne gentilhomme a descendre de
cheval, et faites attention que je le considere avec plus de respect
que je ne ferais d'un prince.

Bussy avait raison de rehausser ainsi le vieillard, a qui l'on avait a
peine fait attention d'abord, et qu'a ses habits modestes, a ses
habits peu soucieux de la mode, et a son cheval pie, fort vite
apprecie de gens qui chaque jour manoeuvraient les chevaux de Bussy,
on avait ete tente de prendre pour un ecuyer mis en retraite dans
quelque province, et que l'aventureux gentilhomme ramenait de cet exil
comme d'un autre monde.

Mais, ces paroles prononcees, ce fut aussitot a qui s'empresserait
pres du baron. Le Haudouin regardait la scene en riant sous cape,
selon son habitude, et il fallut toute la gravite de Bussy pour forcer
ce rire a disparaitre du joyeux visage du jeune docteur.

--Vite une chambre a monseigneur! cria Bussy.

--Laquelle? demanderent aussitot cinq ou six voix empressees.

--La meilleure, la mienne.

Et a son tour il offrit son bras au vieillard pour gravir l'escalier,
essayant de le recevoir avec plus d'honneur encore qu'il n'en avait
ete recu.

M. de Meridor se laissait aller a cette entrainante courtoisie sans
volonte, comme on se laisse aller a la pente de certains reves qui
vous conduisent a ces pays fantastiques, royaumes de l'imagination et
de la nuit.

On apporta au baron le gobelet dore du comte, et Bussy voulut lui
verser lui-meme le vin de l'hospitalite.

--Merci, merci, monsieur, disait le vieillard; mais irons-nous bientot
ou nous devons aller?

--Oui, seigneur Augustin, bientot, soyez tranquille, et ce ne sera pas
seulement un bonheur pour vous, mais pour moi.

--Que dites-vous, et d'ou vient que vous me parlez presque toujours
une langue que je ne comprends pas?

--Je dis, seigneur Augustin, que je vous ai parle d'une providence
misericordieuse aux grands coeurs, et que nous approchons du moment ou
je vais, en votre nom, faire appel a cette providence.

Le baron regarda Bussy d'un air etonne, mais Bussy, en lui faisant de
la main un signe respectueux, et qui voulait dire: Je reviens dans un
instant, sortit le sourire sur les levres.

Comme il s'y attendait, le Haudouin etait en sentinelle a la porte; il
prit le jeune homme par le bras, et l'emmena dans un cabinet.

--Eh bien, cher Hippocrate, demanda-t-il, ou en sommes-nous?

--Ou cela?

--Parbleu! rue Saint-Antoine.

--Monseigneur, nous en sommes a un point fort interessant pour vous,
je presume. A ceci, rien de nouveau.

Bussy respira.

--Le mari n'est donc pas revenu? dit-il.

--Si fait; mais sans aucun succes. Il y a dans tout cela un pere qui
doit, a ce qu'il parait, faire le denoument; un dieu qui, un matin ou
l'autre, descendra dans une machine; de sorte qu'on attend ce pere
absent, ce Dieu inconnu.

--Bon! dit Bussy; mais comment sais-tu tout cela?

--Comprenez bien, monseigneur, dit le Haudouin avec sa bonne et
franche gaiete, que votre absence faisait momentanement de ma position
pres de vous une sinecure; j'ai voulu utiliser a votre avantage les
moments que vous me laissiez.

--Voyons; qu'as-tu fait? raconte, mon cher Remy, j'ecoute.

--Voici: vous parti, j'ai apporte de l'argent, des livres et une epee
dans une petite chambre que j'avais louee et qui appartenait a la
maison faisant l'angle de la rue Saint-Antoine et de la rue
Sainte-Catherine.

--Bien.

--De la je pouvais voir, depuis ses soupiraux jusqu'a ses cheminees,
la maison que vous connaissez.

--Fort bien!

--A peine en possession de ma chambre, je me suis installe a une
fenetre.

--Excellent!

--Oui, mais il y avait neanmoins un inconvenient a cette
excellence-la.

--Lequel?

--C'est que, si je voyais, j'etais vu, et qu'on pouvait, a tout
prendre, concevoir quelque ombrage d'un homme regardant sans cesse une
meme perspective; obstination qui m'eut, au bout de deux ou trois
jours, fait passer pour un larron, un amant, un espion ou un fou....

--Puissamment raisonne, mon cher le Haudouin. Mais alors qu'as-tu
fait?

--Oh! alors, monsieur le comte, j'ai vu qu'il fallait recourir aux
grands moyens, et ma foi....

--Eh bien?

--Ma foi, je suis devenu amoureux.

--Hein? fit Bussy, qui ne comprenait pas en quoi l'amour de Remy
pouvait le servir.

--C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, repeta gravement le
jeune docteur, amoureux, tres-amoureux, amoureux fou.

--De qui?

--De Gertrude.

--De Gertrude, la suivante de madame de Monsoreau?

--Eh! oui, mon Dieu! de Gertrude, la suivante de madame de Monsoreau.
Que voulez-vous, monseigneur? je ne suis pas un gentilhomme, moi, pour
devenir amoureux des maitresses: je suis un pauvre petit medecin, sans
autre pratique qu'un client qui, je l'espere, ne me donnera plus que
de loin en loin de la besogne, et il faut bien que je fasse mes
experiences _in anima vili_, comme nous disons en Sorbonne.

--Pauvre Remy! dit Bussy, crois bien que j'apprecie ton devouement,
va!

--Eh! monseigneur, repondit le Haudouin, je ne suis pas si fort a
plaindre, apres tout: Gertrude est un beau brin de fille qui a deux
pouces de plus que moi et qui me leverait a bras tendus en me tenant
par le collet de mon habit, ce qui tient chez elle a un grand
developpement des muscles du biceps et du deltoide. Cela me donne pour
elle une veneration qui la flatte, et, comme je lui cede toujours,
nous ne nous disputons jamais; puis elle a un talent precieux.

--Lequel, mon pauvre Remy?

--Elle raconte merveilleusement.

--Ah! vraiment?

--Oui, de sorte que par elle je sais tout ce qui se passe chez sa
maitresse. Hein? que dites-vous? j'ai pense que cela ne vous serait
pas desagreable d'avoir des intelligences dans la maison.

--Le Haudouin, tu es un bon genie que le hasard ou plutot la
Providence a mis sur ma route; alors, tu en es avec Gertrude dans des
termes....

--_Puella me diligit_, repondit le Haudouin en se balancant avec une
fatuite affectee.

--Et tu es recu dans la maison?

--Hier soir, j'y ai fait mon entree, a minuit, sur la pointe du pied,
par la fameuse porte a guichet que vous savez.

--Et comment es-tu arrive a ce bonheur?

--Mais assez naturellement, je dois le dire.

--Eh bien, dis.

--Le surlendemain de votre depart, le lendemain du jour de mon
installation dans la petite chambre, j'ai attendu a la porte que la
dame de mes futures pensees sortit pour aller aux provisions, soin
dont elle se preoccupe, je dois l'avouer, tous les jours de huit
heures a neuf heures du matin. A huit heures dix minutes je l'ai vue
paraitre; aussitot je suis descendu de mon observatoire, et j'ai ete
me placer sur sa route.

--Et elle t'a reconnu?

--Si bien reconnu, qu'elle a pousse un grand cri et s'est sauvee.

--Alors?

--Alors, j'ai couru apres elle, et l'ai rattrapee a grand'peine, car
elle court tres-fort; mais, vous comprenez, les jupes, cela gene
toujours un peu.

--Jesus! a-t-elle dit.

--Sainte Vierge! ai-je crie.

La chose lui a donne bonne idee de moi; un autre, moins pieux que moi,
se fut ecrie: Morbleu! ou: Corbeuf!

--Le medecin! a-t-elle dit.

--La charmante menagere! ai-je repondu.

Elle a souri; mais se reprenant aussitot:

--Vous vous trompez, monsieur, a-t-elle dit, je ne vous connais point.

--Mais moi je vous connais, lui ai-je dit, car, depuis trois jours, je
ne vis pas, je n'existe pas, je vous adore; a ce point que je ne
demeure plus rue Beautreillis, mais rue Saint-Antoine, au coin de la
rue Sainte-Catherine, et que je n'ai change de logement que pour vous
voir entrer et sortir; si vous avez encore besoin de moi pour panser
de beaux gentilshommes, ce n'est donc plus a mon ancien logement qu'il
faut venir me chercher, mais a mon nouveau.

--Silence! a-t-elle dit.

--Ah! vous voyez bien! ai-je repondu.

Et voila comment notre connaissance s'est faite ou plutot renouee.

--De sorte qu'a cette heure tu es....

--Aussi heureux qu'un amant peut l'etre... avec Gertrude, bien
entendu, tout est relatif; mais je suis plus qu'heureux, je suis au
comble de la felicite, puisque j'en suis arrive ou j'en voulais venir
dans votre interet.

--Mais elle se doutera peut-etre....

--De rien, je ne lui ai pas meme parle de vous. Est-ce que le pauvre
Remy le Haudouin connait de nobles gentilshommes comme le seigneur de
Bussy? Non, je lui ai seulement demande d'une facon indifferente:--Et
votre jeune maitre va-t-il mieux?

--Quel jeune maitre?

--Ce cavalier que j'ai soigne chez vous.

--Ce n'est pas mon jeune maitre, a-t-elle repondu.

--Ah! c'est que, comme il etait couche dans le lit de votre maitresse,
moi, j'ai cru... ai-je repris.

--Oh! mon Dieu, non; pauvre jeune homme! a-t-elle repondu avec un
soupir, il ne nous etait rien; nous ne l'avons meme revu qu'une fois
depuis.

--Alors, vous ne savez meme pas son nom? ai-je demande.

--Oh! si fait.

--Vous auriez pu l'avoir su et l'avoir oublie.

--Ce n'est pas un nom qu'on oublie.

--Comment s'appelle-t-il donc?

--Avez-vous entendu parler parfois du seigneur de Bussy?

--Parbleu! ai-je repondu, Bussy, le brave Bussy!

--Eh bien, c'est cela meme.

--Alors, la dame?

--Ma maitresse est mariee, monsieur.

--On est mariee, on est fidele, et cependant on pense parfois a un
beau jeune homme qu'on a vu... ne fut-ce qu'un instant, surtout quand
ce beau jeune homme etait blesse, interessant et couche dans notre
lit.

--Aussi, a repondu Gertrude, pour etre franche, je ne dis point que ma
maitresse ne pense pas a lui.

Une vive rougeur monta au front de Bussy.

--Nous en parlons meme, a ajoute Gertrude, toutes les fois que nous
sommes seules.

--Excellente fille! s'ecria le comte.

--Et qu'en dites-vous? ai-je demande.

--Je raconte ses prouesses, ce qui n'est pas difficile, attendu qu'il
n'est bruit dans Paris que des coups d'epee qu'il donne et qu'il
recoit. Je lui ai meme appris, a ma maitresse toujours, une petite
chanson fort a la mode.

--Ah! je la connais, ai-je repondu; n'est-ce pas:

Un beau chercheur de noise,
C'est le seigneur d'Amboise;
Tendre et fidele aussi,
C'est monseigneur Bussy!

--Justement! s'est ecriee Gertrude. De sorte que ma maitresse ne
chante plus que cela.

Bussy serra la main du jeune docteur; un indicible frisson de bonheur
venait de passer dans ses veines.

--C'est tout? dit-il, tant l'homme est insatiable dans ses desirs.

--Voila, monseigneur. Oh! j'en saurai davantage plus tard; mais, que
diable! on ne peut pas tout savoir en un jour... ou plutot dans une
nuit.




CHAPITRE XXV

LE PERE ET LA FILLE.


Le rapport de Remy faisait Bussy bien heureux; en effet, il lui
apprenait deux choses: d'abord que M. de Monsoreau etait toujours
autant hai, et que lui, Bussy, etait deja plus aime.

Et puis, cette bonne amitie du jeune homme pour lui lui rejouissait le
coeur. Il y a dans tous les sentiments qui viennent du ciel un
epanouissement de tout notre etre qui semble doubler nos facultes. On
se sent heureux, parce qu'on se sent bon.

Bussy comprit donc qu'il n'y avait plus de temps a perdre maintenant,
et que chaque frisson de douleur qui serrait le coeur du vieillard
etait presque un sacrilege: il y a un tel renversement des lois de la
nature dans un pere qui pleure la mort de sa fille, que celui qui peut
consoler ce pere d'un mot merite les maledictions de tous les peres en
ne le consolant pas.

En descendant dans la cour, M. de Meridor trouva un cheval frais que
Bussy avait fait preparer pour lui. Un autre cheval attendait Bussy;
tous deux se mirent en selle et partirent, accompagnes de Remy.

Ils arriverent dans la rue Saint-Antoine, non sans un grand etonnement
de M. de Meridor, qui depuis vingt ans n'etait point venu a Paris, et
qui, au bruit des chevaux, aux cris des laquais, au passage plus
frequent des coches, trouvait Paris fort change depuis le regne du roi
Henri II.

Mais, malgre cet etonnement, qui touchait presque a l'admiration, le
baron n'en conservait pas moins une tristesse qui s'augmentait a
mesure qu'il approchait du but ignore de son voyage. Quelle reception
allait lui faire le duc, et qu'allait-il ressortir de nouvelles
douleurs de cette entrevue?

Puis, de temps en temps, en regardant avec etonnement Bussy, il se
demandait par quel etrange abandon il en etait venu a suivre presque
aveuglement ce gentilhomme d'un prince auquel il devait tous ses
malheurs. N'eut-il pas bien plutot ete de sa dignite de braver le duc
d'Anjou, et, au lieu d'accompagner ainsi Bussy ou il lui plairait de
le conduire, d'aller droit au Louvre se jeter aux genoux du roi? Que
pouvait lui dire le prince? En quoi pouvait-il le consoler? N'etait-il
point de ceux-la qui appliquent des paroles dorees comme un baume
momentane sur les blessures qu'ils ont faites; mais on n'est pas
plutot hors de leur presence que la blessure saigne plus vive et plus
douloureuse qu'auparavant.

On arriva ainsi a la rue Saint-Paul. Bussy, comme un capitaine habile,
s'etait fait preceder par Remy, lequel avait ordre d'eclairer le
chemin et de preparer les voies d'introduction dans la place.

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